III. — MAHOMET ET LE CORAN
Textes anciens : Ibn Ishak, Yie du prophète, texte arabe. Wastenfeld . Gottiogue, 1858-60 (version allemande par Weil. Stuttgart, 1864). — Alcorani textus universus^dXLciovQ Lud. Maruccio (avec version latine)* Padoue, 1695, fol. (version française par Kazimirski. Paris, 1860). — Ibn Kaldoan, Prolégomènes de V histoire des Berhers. Texte arabe avec version française par de Slane, dans les vol. 16 à 19 des Notices ET EXTRAITS DBS MSS. (Ac. dos Inscr.). Paris, 1858-1870.
Travaux modernes : Caussin de Perceval (cité p. 232). —Weil, Mohamed der Prophet Stuttgart, 1843. — DOllinger, Muhammed's Religion. Ratisbonne, 1838, in-4«». — Sprenger, Las Leben und die Ehre des Mohammad. Berlin, 1861-65, 3 vol. — Mair, The Life of Mahomet. Londres, 1858.
Mahomet ou Mohammad, qui signifie en arabe digne de louange, appartenait à la famille des Hachémites, de la tribu des Coréishites. L'année où il naquit (A° 570), fut signalée par une expédition tentée contre la Mecque par une armée d'Abyssins, sous la conduite du vice-roi du Yemen, Abraha. Ce prince chrétien méditait la destruction de la Caaba, ce foyer de polythéisme. Mais il éprouva un échec^ que les indigènes ne manquèrent pas d'attribuer à la protection du ciel*. Cette année fut appelée Y ère de t éléphant, à cause de l'impression que fit sur les Arabes ce genre de monture usité chez les Abyssins : c'est la même année que naquit Mahomet.
Les ancêtres de Mahomet, son bisaïeul Hacbem et son grand-père Abd el Motaleb, avaient eu l'intendance de la Caaba et, avec elle, le gouvernement de la Mecque. Son
^) Caussin de Perceval, î, p 277.
240 HISTOIRE DU MOYKN AGB.
père Abdallah mourut jeune, avant la naissance du prophète, «n sorte que cette intendance passa, après la mort de son grand- père, à son oncle Abou-Taleb. A la mort de sa mère, qu*il perdit à Tâge de six ans, il ne restait à Mahomet pour tout héritage qu'une esclave et cinq chameaux. Abou-Taleb, son oncle, se chargea de son éducation et le destinait à Tétat de commerçant, le plus honorable alors parmi les Arab(Ms. A treize ans, Mahomet fit son premier voyage, en accompagnant cet oncle, qui* se rendait à Bostra, dans la province romaine d'Arabie. A Tâge de vingt-cinq ans, il entra au service d'une riche veuve, qu'il épousa plus tard, et il devint ainsi un des habitants les plus riches de la Mecque. Jusqu'à Fàge de 40 ans, il s'occupa principalement de négoce, ce qui lui fesait entreprendre des voyages fréquents en Perse et en Syrie. Mais déjà il avait un goût prononcé pour la solitude : il se retirait du monde un mois tous les ans, qu'il allait passer dans une caverne du mont Héra près de la ville. Dans la quarantième année de sa vie, il abandonna les affaires et commença à publier la mission dont il se croyait investi comme prophète de Dieu.
Voici comment il raconte lui-même dans quelles circonstances il reçut cette mission. Pendant une nuit qu'il passait dans sa caverne, Tarchange Gabriel lui apparut en songe, tenant dans les mains un livre et le lui présenta en disant : « Lis, » — « Comment lirais- je f » répondit Mahomet. Car il ne savait pas lire. L ange lui répéta jusque trois fois : « Lis^ au nom du Dieu créateur, » Et Gabriel, en lui communiquant la faculté de lire, lui annonça sa mission comme envoyé de Dieu*. Rentré dans la ville, Mahomet raconta aux siens ce qui venait de lui arriver : il ne fut cru que d'un petit nombre d entre eux, tels que sa femme Kadisha, son esclave Zéid, et Abdallah, nommé plus tard Abou Becr; et comme il commençait à s'élever contre le culte des idoles qui entouraient la Caaba, la plus grande partie de sa tribu se déclara contre le novateur, qui mettait en péril un culte si profitable par les étrangers que cela attirait dans la ville. Les
*) Le Coran, chap. 96.
Goréishites eussent tué Mahomet, sans la protection de son oncle Abou-.Taleb, l'intendant de la Caaba. Néanmoins la famille de Mahomet fut frappée d'une sorte d'excommunication par le reste de la tribu, et à la mort d'Abou-Taleb, dont le fils Ali avait embrassé vivement la cause de son cousin, là garde des clefs du sanctuaire passa à une autre branche de la même tribu, à la famille des Ommayades, représentée alors par Abou-Sofian. Mahomet, forcé de quitter la ville à plusieurs reprises, se mit à prêcher sa doctrine dans les autres villes, où il rencontra plus d'adhérents, mais nulle part avec tant de succès qu'à Yatreb, où il existait une ancienne rivalité avec la Mecque, et où les Juifs, très nombreux, avaient répandu la croyance à l'arrivée prochaine d'un Messie. Les Goréishites, voyant le succès du prophète, conspirèrent contre sa vie. Il fut sauvé par la fidélité de son cousin Ali et dut fuir de la Mecque à Yatreb, où il fut reçu à bras ouverts.
L*liégire du prophète.
Cet événement, appelé l'hégire (Hechra) ou la fuite du prophète, est le ppint de départ de l'établissement de l'islamisme. Yatreb reçut le nom de Médine ou ville du prophète (Medinaù al Nabi). Sa date, qui répond au 15 juillet de Tan 622 de l'ère chrétienne, fut adoptée plus tard comme ère dans la chronologie musulmane ^ Fixé à Médine, Mahomet commença à propager sa religion par les armes, fesant un devoir à ses partisans de faire la guerre aux infidèles, c'est-à-dire à tous ceux qui ne professent pas l'islamisme. Pendant cinq ans, il fit à ses ennemis une petite guerre, pillant les riches caravanes qui se rendaient à la Mecque : il augmenta ainsi le nombre de ses partisans, gagnant les uns par l'espoir du butin, contraignant les autres par les armes à le reconnaître comme l'envoyé de Dieu.
^) C'est la date officielle de Thégire, qui fat reportée au 15 juillet, parce que c'était le premier jour de cette année chez les Arabes, tandis que Mahomet n'est arrivé a Médine en réalité qu'au mois de septembre suivant.
Les Coréishitôs, sous la conduite d*Abou-Sofian, marchèrent contre lui ; mais dans la rencontre de Bedr, ils furent repoussés, grâce à l'assistance du vaillant Omar (A** 624). Après plusieurs combats, où Mahomet ne fut pas toujours heureux, il fit la paix avec les Coréishites (A^ 628). Il tourna ensuite ses armes contre les Juifs, qui durent se soumettre, et se trouva enfiu en mesure de rassembler une armée de 10,000 hommes, avec laquelle il attaqua à son tour la Mecque. La ville tomba en son pouvoir, et tous les habitants furent forcés d'embrasser Tislamisme. Les idoles de la Caaba furent renversés, et le nouveau culte fut installé dans ce sanctuaire national des Arabes, qui embrassèrent alors en masse la réforme religieuse de Mahomet (A** 630). Deux ans après, Mahomet se préparait à porter la guerre hors de T Arabie contre les souverains étrangers, qui avaient refusé de le reconnaître, lorsqu'il mourut, empoisonné, dit on, par une esclave juive, qui avait à venger la mort d'un frère. Il avait atteint l'âge de 01 ans et fut inhumé à Médine, qui conserve le tombeau du prophète.
Une discussion intéressante a surgi depuis sur le vrai caractère de Mahomet et de sa mission. Dans les auteurs chrétiens du moyen âge. il est toujours parlé de lui comme d'un imposteur, et déjà de son vivant, ses adversaires à la Mecque n'avaient cessé de lui jeter cette injure de fourbe^ menteur^ charlatan. Toutefois on s'est demandé comment Mahomet a pu supporter pendant douze ans, sans renoncer à son rôle d'apôtre, les railleries, les insultes, les persécutions de ses compatriotes, s'il n'avait pas eu foi en lui-môme; et cette foi, qu'il n'aurait pas eue, comment a-t-il réussi à l'inspirer à tant d'hommes émiuents de son entourage et enfin à toute une nation * ? De là une autre théorie, mais non moins excessive, d'après laquelle iljn'y aurait pas lieu de douter de la parfaite sincérité de Mahomet. Les apparitions surnaturelles, dont Mahomet fait un récit si circonstancié, ne sont pas un mensonge. Mais, en considérant l'action prodigieuse exercée
1) Caussin de Peroeval, vol. I, préf. p. x.
par cet homme inculte sur une moitié du monde et depuis douze siècles, on serait tenté d'attribuer son œuvre à une puissance infernale, dont Mahomet aurait été le jouet et rinstrument inconscient, et de voir dans cette antithèse exacte du christianisme une arme forgée parTEsprit du mal pour combattre et tenir en échec l'Église de Jésus-Christ *. Enfin il y a une opinion moyenne et plus acceptable qui distingue dans la carrière de Mahomet deux périodes.
Appartenant par sa naissance à une famille où la conservation d'un sanctuaire religieux était héréditaire, Mahomet était habitué dès sa jeunesse à attacher une importance capitale à la religion. Cherchant à se rendre compte de ses croyances, il acquit, dans le cours de ses voyages, la conviction que ridoUtrie des Arabes n'était pas la religion primitive des patriarches, dont ils étaient fiers de descendre. Il conçut ainsi peu à peu le projet de réformer le culte de sa patrie et d'y rétablir le monothéisme d'Abraham. A mesure qu'il se pénétrait de la nécessité de cette réforme et de la gloire que Dieu devait en retirer, la pensée que Dieu le destinait à opérer cette réforme, naquit dans son esprit, s'y développa et le conduisit à se persuader qu'il était investi à cet égard d'une mission divine. Il se sentait d'ailleurs les qualités nécessaires pour diriger un peuple inculte, auquel il ne laissait pas d'être très supérieur. Alors il se retira du monde pour mûrir son projet dans la solitude ; plongé dans de profondes méditations sur les choses religieuses, il fut sans doute visité par des hallucinations et des rêves que
^) N. Mœller, ffistorischer Versuch Ûber Muhamed und der Ursprung des Islam. Bonn, 1845 (dans la Katholischb Zritsghrift fur Wissbnscbaft). Mentionnons pour mémoire Topinion paradoxale de l'arabisant J. de Hammer : « Mahomet fat moins un imposteur et un fourbe qu'un homme religieux et croyant, vraiment (?) inspiré de la divinité et envoyée par elle pour détruire les idoles. » (Minbs db l'Okibnt, vol. I, p. 360). Un autre aatear. Laurent, dans ses ÉtiuLes sur Vhistoire de V humanité (vol. V» p. 503; a découvert que rislamisme a été un progrès sur le christianisme, pour rOri«nt du moins, en vertu de sa philosophie du progrés constant et fatal* philosophie éminemment simpliste, qui réduit toute discussion sur la valeur j^mparative des systèmes religieux ou politiques & une pure question de date.
son âme ardente prit pour des réalités. Dans la première partie de sa carrière, jusqu'à sa fuite à la Mecque, il ne songeait à propager sa réforme que par la persuasion, et il parlait avec douceur des chrétiens et des juifs. Il se bornait à prêcher contre le culte des idoles et ne se lassa point de le faire, malgré les persécutions qu*il eut à endurer de la part des Coréishites. Ces persécutions, qui lobligèrent à fuir, aigrirent son caractère, et quand il fut accueilli à Médine comme un triomphateur, Tivresse du succès acheva de lui tourner la tôte.
 partir de ce moment, Mahomet enseigna qu'il fallait combattre les ennemis de Tislamisme par les armes ; il se servit de son ascendant pour tromper ses partisans, en prétendant avoir des entrevues avec les anges et recevoir des communications de Dieu lui-même ^ Dès lors ses passions ne connurent plus de frein, et il alla jusqu'à s'autoriser, dans le dérèglement de ses moeurs, du nom de la divinité elle-même. Plus d'une fois, il dut éluder la demande répétée de ses partisans, qui le 'sommaient de leur prouver sa mission divine par des miracles dont ils seraient témoins. Il sen référait à ses victoires, « victoires remportées, disait-il, à l'aide de légions d'anges invisibles qui se mêlaient à ses troupes. » Après sa mort, ses partisans ne manquèrent pas de raconter des miracles opérés sur son tombeau. Le Coran qu'il avait laissé à ses fidèles, fut regardé par ceux-ci comme le plus grand des miracles.
Le Coran de Mahomet.
Pour bien apprécier le Coran, devenu le livre sacré des Musulmans, il faut tenir compte de la manière dont il a été composé et des sources où son auteur a puisé. Le Coran est un recueil de 114 Sures ou chapitres, divisés à leur tour en
^) On ne peut pas prendre ce voyage nocturne de Mahomet au ciel pour un simple songe ou vision. C'est aller à rencontre de la parole du prophète, qui répéta publiquement les détails de ce récit, malgré ses amis qui rengageaient à se taire, et dont il repoussa la prudence comme de la faiblesse. (Gaussin de Perceva', I, p. 412.)
plusieurs versets, qui ont été publiés par Mahomet successi-, vement dans le cours de vingt-trois années, en sorte que chaque verset a été écrit sous l'inspiration de quelqu'événement important. Cette publication graduelle fournit à Mahomet un moyen facile de surmonter chaque difficulté nouvelle, de sanctionner chacun de ses actes et de modifier aussi souvent que cela lui convenait ses opinions et ses doctrines. Voilà pourquoi le Coran abonde en contradictions, dont Fauteur avait si bien conscience que, dans un de ses chapitres, il se fait adresser par l'ange ces paroles : « Si nous révoquons un verset du Coran ou si nous en effaçons ' un de ta mémoire, nous le remplacerons par un autre semblable ou meilleur. » Ces versets, Mahomet les avait écrits sur des feuilles volantes, et ce n*est que deux ans après sa . mort qu'on en fit un premier recueil. Le texte définitif fut arrêté sous le califat d'Othman (A** 645) pour couper court aux versions dissidentes qui circulaient de son temps. Ce texte fut revu par Ibn Thabit, qui s'en était déjà occupé sous le calife précédent, déposé à Médine, avec défense de se servir encore d'exemplaires qui n'y fussent pas conformes. Dans cette rédaction officielle, on n'observa aucun ordre chronologique, en sorte que des versets qui appartenaient d'abord aux premiers chapitres, furent rejetés dans les derniers. Cette interversion a beaucoup contribué à Tobscurité du Coran, Un grand nombre de passages sont susceptibles d'interprétations différentes et ont donné lieu, chez les théologiens musulmans, à une multitude de commentaires et de controverses * .
Quant aux sources du Coran, trois éléments y sont reconnaissables : le christianisme, le /urfawmg et l'ancien sabéisme .
^) Lea Musulmans orthodoxes admettent, outre le Coran, la Souna ou l'autorité de la tradition orale. Le Coran, c'est la parole de Dieu, recueillie par le prophète ; la Souna, c*est la parole du prophète, conservée par ses ilisciples et transmise À leurs successeurs. A ces deux sources canoniques, vinrent se joindre plus tard VJ(jiinar ou Tunanimité des Imams orthodoxes sur les points soumis & leur jugement et le Kias ou analogie tirée des jugements existants pour des cas nouveaux. Mines de l*Okiknt, I, p. 370.
des Arabes*. Du sabéisrae, Mahomet a conservé le culte extérieur, mais en le purifiant de toute pratique idolâtrique. Les passages du Coran où il est question du christianisme, prouvent à l'évidence que Mahomet n en avait qu'une connaissance imparfaite. En général, il a emprunté assez peu de choses au Nouveau-Testament, et lorsqu'il Ta fait, c'est en défigurant les vérités chrétiennes et les récits des saints évangiles. Il est môme vraisemblable qu'il n'en avait jamais lu le texte, et qu'il devait ce qu'il en savait à ses relations orales avec les chrétiens. La religion de l'Ancien- Testament tient une place plus large dans le Coran. Le Pentateuque et les psaumes y sont cités expressément. Mahomet nomme comme ses prédécesseurs dans la dignité de prophètes Adam, Noë, Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, Moïse, David et Jésus-Christ. C'est surtout Moïse et Notre- Seigneur qu'il considère comme les plus grands prophètes avant lui. Son but avoué était le rétablissement de lancienne religion des patriarches : il devait par conséquent attacher beaucoup plus d'importance à l'ancien Testament qu'au nouveau.
Dans l'islamisme, comme dans le Judaïsme, le dogme fondamental est la croyance en un seul Dieu. Ce principe monothéiste est fortement inculqué dans le Coran. « Il n'y a de Dieu que Dieu; il n'y a qu'un seul Dieu; Dieu, et hors de lui pas de Dieu, 9» voilà des maximes qui y sont répétées à chaque instant. Pour mieux affermir l'unité de Dieu, Mahomet rejetait, comme entaché de polythéisme, le dogme de la Trinité, dont son esprit inculte ne pouvait pénétrer la profondeur. Le Coran parle des différentes qualités de Dieu, de sa toute-puissance, de sa miséricorde infinie, de sa justice, de sa bonté et de son omniscience. Dieu d'après le Coran a tiré le monde du néant ; il est le Créateur des anges et des hommes. Mais un des chefs des anges
0 Les auteurs chrétiens du moyen âge veulent que l'auteur du Coran ait eu des collaborateurs, qu'ils vont jusqu'À désigner par leur nom : un jaif, Abdallah Ibn Salem, un persan converti à Tislamieme, Selman^ et un moine nestorien, Sergius.
Mahomet. 247
refusa d obéir à Dieu, et expulsé du ciel, il devint Eblis ou Satan. Cet esprit déchu séduisit les hommes, qui, après leur chute, furent chassés du paradis. Le Coran enseigne Fimmortalité de Tâme et la résurrection du corps à la fin du monde : il parle souvent du dernier jugement et de la vie future; mais ses peines et ses récompenses sont toutes matérielles. La béatitude éternelle consiste, selon la doctrine de Tlsla* misme, en voluptés purement physiques : un jardin de délices reçoit les véritables fidèles et leur offre tout ce qu'une imagination sensuelle peut souhaiter. C*est là surtout le côté faible du Coran, qui, dans sa conception d'une autre vie, ne s élève pas au-dessus des notions humaines et grossières de la vie présente. « La foi, dit-il d'ailleurs, suffit pour conduire rhomme au paradis, » et cette doctrine a exercé une influence néfaste sur la moralité des partisans de Tislamisme.
Le Coran ne se préoccupe guères non plus, — et c'en est une autre lacune, — de l'amélioration intérieure de l'homme, bien qu'il défende plusieurs crimes tels que le meurtre, le suicide, l'usure et surtout l'idolâtrie, le plus affreux de tous les crimes. Comme l'islamisme autorise la polygamie, la continence lui est inconnue ; il est cependant interdit aux Musulmans de violer les lois du mariage, et l'adultère est puni par des peines sévères. Les cinq principaux devoirs que l'Islamisme impose à ses partisans sont les ablutions, Y aumône, . la prière cinq fois par jour, le jeûne un mois par an, le mois du Ramadhan, et le pèlerinage de la Mecque, une fois dans leur vie. Plus tard Mahomet y ajouta, comme sixième commandement, la guerre sainte contre les infidèles. Chez les Musulmans, tout est subordonné au devoir de se sacrifier pour la cause de Dieu dans la guerre sainte : « Le paradis, dit le Coran, est à l'ombre des épées ; les fatigues de la campagne sont plus méritoires que le jeûne, la prière et toutes les autres pratiques de la religion ; les braves qui périssent sur le champ de bataille montent au ciel comme martyrs, j»
Mahomet conserva l'ancien usage des Arabes qui interdisait toute hostilité pendant quatre mois de l'année;
mais il permit d*attaquer ceux qui ne respectaient pas cette trêve sacrée. Au lieu du dimanche des chrétiens et du samedi des juifs, Mahomet consacra le vendredi au culte public, parce que c*était un vendredi qu'il avait fait sa première entrée à Médino et peut-être aussi parce que la création du premier homme aurait eu lieu un vendredi. Parmi les choses défendues par le Coran se trouvent, outre le culte des images, Tusage du porc, du lièvre et des animaux étouffés et celui du vin, des liqueurs fermentées, du jeu et de la musique. Mahomet conserva le circoncision comme une pratique recommandable, mais non obligatoire.
Quant au culte public, les Mosquées ne sont que des maisons de prière. Il n y a pas de sacrifices publics, bien que Mahomet laissa subsister les sacrifices d'animaux que les pèlerins fesaient dans la Caaba. Mais ces sacrifices, comme ceux qui ont lieu à l'occasion de quelque événement domestique, la naissance ou la circoncision d'un enfant, la fin d'un voyage ou de toute autre entreprise, ont un caractère purement privé. Comme il n'y a pas de sacrifices, il n'y a pas non plus de sacerdoce dans l'islamisme. Mahomet et les califes, ses successeurs, fesaient eux-mêmes la prière publique et adressaient des exhortations aux croyants. Mais, dans la suite, ils durent se faire remplacer, ce qui donna naissance aux Imams, qui, réunis aux Khatibs ou lecteurs, aux Ulémas ou interprètes, ont formé une sorte de clergé musulman.
Parmi les doctrines du Coran, celle qui a exercé sur ses adeptes l'action le plus profonde, c'est sans contredit le fatalisme ou la prédestination des hommes et de leurs actes, qui sont écrits dans les décrets immuables de Dieu^ C'est ce fatalisme qui dans le principe a surtout contribué à donner aux. partisans de l'islamisme cette bravoure invincible, ce mépris de tous les dangers, avec lequel ils se précipitèrent sur l'ennemi et remportèrent tant de victoires. C'est encore ce même dogme qui les a plongés plus tard
1) De \k vient le nom de V Islamisme, du mot Islam, qui signifie en araberésignation, entier abandon à. la volonté de Dieu ; d'Islam vient Muslim ou musulman, Caustin de Perceval, I, p. 357.
LES SDCCESSEURS DE MAHOMKT. 249
dans une apathie profonde. Cette résignation illinaitée à la volonté de Dieu impliquait nécessairement une obéissance», aveugle à ses volontés manifestées par son envoyé le prophète et par les successeurs de celui-ci. « Reconnaissez, dit le Coran, lautorité souveraine de l'envoyé de Dieu ou de son successeur : car Tempire est à Dieu et il le donne à qui il veut, la terre est à Dieu et il la donne à qui il veut, n Sur ces deux principes si religieux, les théologiens musulmans ont fondé « d'abord les droits absolus et monarchiques du souverain sur ses sujets, qu'il le soit devenu par successioD ou par conquête, et ensuite les droits de propriété de ce même souverain sur les terres de son empire, qui sont considérées comme lui appartenant de droit divin en propriété pleine et absolue. Il n'y a hors de là que des stipulations passées réellement ou que l'on suppose avoir été passées entre le souverain musulman et ses sujets dans les pays conquis^ stipulations en vertu desquelles le souverain aurait cédé ses droits de propriété sur une partie de terres. »» Cet absolutisme donna aux Arabes la puissante unité qui leur fut si avantageuse contre les peuples divisés et les États désorganisés de. rOrîent.
§ lïl. — LES PREMIERS SUCCESSEURS DE MAHOMET