LES SUCCESSEURS DE MAHOMET
leffusion du sang, Ali demanda une entrevue avec ses adversaires, mais dans le cours de celle-ci, la lutte s alluma inopinément; de part et d autre Ion cria à la trahison : ce fut Ali qui l'emporta (A° 654) ; Aysha, qui assistait au combat montée sur un chameau, tomba entre les mains du calife, qui la traita d'ailleurs avec beaucoup d'égards, et la ramena à Médine, où elle vécut encore jusqu'à un âge avancé (A? 674). Une opposition plus sérieuse fut suscitée à Ali par Aloawiah, qui avait succédé à Othman comme chef des Ommayades, et qui voulut venger son parent. Gouverneur de Damas, il refusa de livrer cette ville au nouveau gouverneur choisi par Ali, et se ligua avec Amrou, qui lui promit les troupes de TÉgypte. Moaviah assembla ses partisans dans la Syrie et après sétre réuni avec Amrou, il prit aussi le titre de calife. Les deux rivaux se rencontrèrent près de Saffain en Syrie et restèrent en présence pendant <îent jours sans qu'une action générale s'engageât. Quarantednq mille Musulmans de Tarmée de Moaviah et vingt-cinq mille de celle d'Ali avaient déjà péri dans plus de quatrevingt-dix combats. Enfin le premier redoutant une défaite complète proposa de remettre la décision de leur querelle à ^eux arbitres : Abou Mousa fut choisi par le parti d'Ali, Amrou par celui de Moaviah. Ils décidèrent que les deux califes se démettraient de leur dignité et que Ton procéderait à une nouvelle élection. Abou Mousa fidèle à la convention proclama la déchéance d'Ali ; mais Amrou, violant l'engagement qu'il avait contracté, salua Moaviah du titre de -calife. La guerre se ralluma avec fureur, et l'Irac ainsi que TArabie furent cruellement dévastés par les deux partis. Cependant il se forma un troisième parti, celui des Khay^égîtes ou fanatiques, qui réclamait une décision parle Coran. Enfin trois IQiarégites s'engagèrent à assassiner les trois chefs de partis Ali, Moaviah et Amrou. Celui-ci échappa au danger qui le menaçait, mais les deux autres furent dangereusement blessés. Ali mourut peu après à Coufa. Moaviah, -étant guéri, fut reconnu seul calife après que Hassan, fils
d'Ali, eut solennellement abdiqué. Maov.iah rendit cette dignité héréditaire dans sa famille.
* Cette division des Musulmans en deux pHartis qui d abord n'avaient été que des partis politiques, subsista après la mort d*Ali. Deux sectes religieuses se formèrent, les Shiiles ou les partisans d'Ali, qui s'en tiennent à la lettre du Coran, et les Sounites, qui se considèrent comme les seuls orthodoxes, et qui admettent, à côté du Coran, l'autorité de la Souna ou tradition ; et cette scission a été s'approfondissant toujours depuis cette époque. Ainsi, trente ans après Mahomet, l'édifice religieux élevé par celui-ci était déjà entamé.
Mais la domination politique des Arabes devait continuer à s'étendre sous le califat des Ommayades, qui ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de l'Orient. Dès cette époque aussi, • l'islamisme se révélait avec ses caractères délétères, tels qu'ils seront résumés sept siècles plus tard par l'un de leurs plus grands auteurs* : « Les Arabes, dit Ibn Kaldoun*, font consister la liberté et l'indépendance dans leur existencenomade. Or une telle disposition s'oppose au progrès de la civilisation. Si les Bédouins ont besoin de pierres pour servir d'appuis à leurs marmites, ils dégradent les bâtiments afin de se les procurer ; s'il leur faut du bois pour en faire
^) Ibn Kaldoun, qu'on a appelé le Montesquieu arabe, vivait au ziv« sidcle. Ses prolégomènes à Vhistoire sont surtout temarquables par ses vues politiques, supérieures, comme originalité et pénétration, à la masse des historiens orientaux.
2) P. 310-314 de la traduction de Slane. Il va de soi que cet auteur, Ibn Kaldoun, n*a pas voulu imputer à sa religion les ravages dont il nous trace ce tableau désolant. Il s'en prend uniquement au caractère natif des Bédouins ou Arabes nomades que la religion n*est pas parvenue à corriger. Mais les faits qu'il cite, sont en tout cas objdctifs, et renversent la thèse de ceux qui représentent l'islamisme comme un progrès relatif. — D'après J. de Hammer, il faudrait s'en prendre, non pas au caractère arabe, mais au contact des nations étrangères, dont les Arabes ont emprunté les vices. « L'esprit de mollesse et de corruption finit par miner les fondements du Mahométisme, qui ne devint plus qu'un prétexte pour autoriser les cruautés les plus atroces et les outrages les plus sanglants à la pauvre humanité. L'histoire politique et religieuse du califat, de cet empire par excellence dans l'Islam, n'offre qu'un tableau révoltant de cruautés, de trahisons, d'assassinats et d'horreurs en tout genre. D'autres empires ont eu leurs époques d'horreurs, mais ils ont eu aussi lenrs-
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des piquets ou des soutiens de tente, ils détruisent les toits des maisons pour en avoir. Par la nature même de leur vie, ils sont hostiles à tout ce qui est édifice ; or construire des édifices, c'est faire le premier pas dans la civilisation. Tels sont les Arabes nomades en général. Toujours prêts à enlever de force le bien d'autrui, ils méprisent les lois destinées à protéger les propriétés et les richesses des habitants. Sous leur domination, la ruine envahit tout... 11$ imposent aux artisans et gens de métiers des corvées sans rétribution. Or quand les professions manuelles cessent d'être profitables, on perd l'espoir du gain et l'on renonce au travail : l'ordre établi se dérange et la civilisation recule. Ils négligent les soins du gouvernement. Veiller à la sécurité publique, prévenir les crimes, pourvoir à la prospérité du peuple conquis, ils n'y songent même pas. Aussi sous leur domination les crimes ne cessent d'augmenter.
s» On trouve chez les Arabes beaucoup de chefs et de gens revêtus d'une certaine autorité. Tous ces personnages s'occupent, les uns après les autres, à pressurer la race conquise et à la tyranniser. Cela suflSt pour ruiner la civilisation. Voyiez tous les pays que les Arabes ont conquis depuis les siècles les plus reculés : la civilisation en a disparu, ainsi que la population. Dans l'Yemen, tous les centres de la population sont abandonnés, à l'exception de quelques grandes villes. Dans l'Irac arabe, il en est de même ; toutes les belles cultures dont les Persans l'avaient couvert, ont cessé d'exister. De nos jours, (au XIV** siècle) la Syrie est ruinée; dans l'Africa et le Maghreb depuis l'irruption des Berbers, qui, pendant trois siècles et demi, ont continué à s'acharner sur ce pays, la dévastation et la solitude régnent. Avant cette invasion, toute la région qui s'étend depuis le pays des Nègres jusqu'à la Méditerranée était bien habitée, les traces d'une ancienne
joan de félicité et de paix; celui des califes n*a jamais connu le repos : toajours turbulent, toujours agité par des factions politiques et des sectes religieuses, il n*/ a pas un seul régne qui n'ait été souillé de forfiaits. Les mceais y furent plutôt amollies que radoucies par les lettres et l'humanité ne put jamais j quitter le deuil. • (Mines de VOrim*, I, p. 38'^-385.)
civilisation sont là pour Tattester : c'est le nombre de monuments et d*édifices, de villes et de villages qui sont en ruine aujourd'hui. »
Après l'Asie, après l'Afrique, l'Europe allait à son tour éprouver le choc de cette puissance envahissante de l'islamisme, choc d'autant plus redoutable que les nations chrétiennes en étaient encore à la phase critique de leur premièro formation.