DE PALAIS
Tbxtbs latins : Scriptores remm Merowinc^amm t II : Frédégaire, Chronica; Anonyme, Gesta aerum Francorum alias Liber historiae Francorum; vitae Sanctorum; t. III : continuation des vitae. — Annales Metten ses (Monumenta de Pertz in-fol. vol. I). — Paul Warnefried, Gesta episc. Mettensium (ib, vol. II) — Heriger, Gesta episc. Tunçrensium (ib. vol. VII). — Acta 88. opère BollandistaiTum : Vitae SS, Balthildis (26 janvier) ; Aldegundis (30 janvier) ; Amandi (6 février); Gertrudis (17 mars) ; Pippini (ib) ; Amulfi (18 juillet) ; Audoëni (24 août); Leodegariî (2 cet.), cir. Acta SS. ordinis S. Benedicti Saec. II, (600-700) éd. Mabillon. Paris, 1769. — Vita S. Eligii (t. IIÏ des Acta SS. BELon). — yita S. Desiderii Cadurcensis éd. Poupardin, Paris 1900.
Travaux modbrnbs : Outre les ouvrages de Fauriel, Richter, Dahn» cités p. 81, Pertz, Geschichte der Meroving. Hausmeier, Hanovi'e 1819. — Bonnell, Aufânge des harolingischen Havres Berlin. 1866. — Warnkoenig et Gérard, Histoire des Carolingiens^ vol. I. Bruxelles, 1862. — Pitra, S. Léger et l'Église des Francs au VZ/« siècle, Paris, 1846. — Daris, Histoire du diocèse de Liège depuis les origines, Liège, 1890.
A la suite de la conversion des nations germaniques^ , un nouvel ordre de choses avait commencé en Occident : si l'unité politique en avait disparu pour jamais, lunité religieuse y était refaite. Il s'agissait maintenant de donner à
*) Voir le chap. IV ci-dessus.
ces nations diverses une organisation commune, assez forte pour résister à l'assaut imminent des armées fanatiques de l'islamisme, déjà maître de tout l'Orient. A qui allait revenir cette mission? La puissance des Mérovingiens, qui datait d'un siècle à peine, était déjà en baisse : ces fils aînés de l'Église ne s'étaient signalés jusque là que par la violence de leurs passions et l'éclat de leurs querelles *. Il était temps qu'une autre djmastie, celle des Carolingiens, prit la place de la dynastie si tôt épuisée de Clovis. Entre ces deux dynasties, il y une période de transition qui fut occupée par les maires de palais.
Les origines ripuaires de la maison des Pépins.
Les ancêtres des Carolingiens appartiennent à la race des Francs Ripuaires * : ce sont les Pépins d'une part et les Arnolfings de l'autre, deux maisons distinctes d'abord, mais
1) Supra p. 201-216.
*) Le territoire des Ripuaires, qui entrent avec les Pépins dans l'histoire, répond au territoire des Lotbaringiens sous les successeurs de Charlemagne; ainsi s'explique le titre de Rex Ripuariœ, Rex Ripuariorum donné parfois À Lothaire II par les historiens du ix* siècle (Ânn. Bertiniani 879 ; Xantenses 861, 870). Tout autre est la thèse de Schroeder, qui réduit la Ripuaria au seul territoire de Cologne (voir la carte annexée à son Lehrbuch), En réalité ce terme géographique, comme beaucoup de ce genre, est élastique, s^appliqnant tantôt à un seul pagiis (dans les textes invoqués par Scbroeder), tantôt à tout un ducatus ou provincia (dans la leœ Ripuaria, passim), et dans ce dernier sens, il comprend, comme la Lotharingie plus tard, les Francs de la Moselle et ceux de la Meuse. Les Mosarii sont nne fraction des Ripuaiii pris dans ce sens. Ce que Schroeder enlève aux Ripuaires, il le donne aux Francs salions, qu'il étend énormément, en tirant un argument de la diffusion du droit salique (Ausbreitung der Salischen Franken, vol. 19 des F. D. G.). Mais le régime du droit personnel suffit À expliquer cette diffusion, d'ailleurs fort irrégulière, comme le constate la variété des coutumiers, lorsque le droit, de personnel, est devenu local. L'emploi de ces critères juridiques pour fixer la géographie franque se retourne contre la thèse de Schroeder. Car il se fait que les coutumiers du territoire de Cologne ne sont rien moins que Ripuaires, d'après les recherches nouvelles de Ficker, Heimat der Lex ribuaria, 1896. Par contre le droit liégeois du moyen âge (dit Loy de Charlemagne) a un caractère ripuaire très prononcé. Voir PouUet, Droit criminel de Liège. Bruxelles (Ac.) 1874, in-4.
<[m, en se fusionnant, ont préparé la fortune des Carolingiens. On doit chercher le berceau des Pépins aux rives de la Afeuse, dans Fancienne Tongrie, qui avait été envahie par les Ripuaires, lorsque ceux-ci se répandirent des bords du Rhin jusque dans le bassin de la Moselle. Cette in va-' sien germanique semble avoir été plus dense que celle des Francs Saliens. Chez les Ripuaires, l'élément romain ne forme qu'une minorité. Dans les colonies autrefois si florissantes de Trêves et de Cologne, il fut extirpé. Il ne s'était guère maintenu que dans la vallée de la Meuse, en amont de Herstal, et dans la vallée de la Moselle en amont de Metz ' . Il semble s'être concentré autour des villas dites publiqties qui formaient dans cette région le domaine royal : Jupille, Amblève, Theux et Herstal, avec son vicus ou hameau appelé Leodius^. Ces restes des anciens Tongres, bien que d'origine germanique^, étaient devenus romains de nationalité, ne parlant que latin, d'où le nom de Wallen ou Wallons, qu'ils reçurent de leurs envahisseurs. Quant aux Pépins, ils sont sortis des rangs des conquérants, des Francs de la Meuse, et non pas des provinciaux romains. Leur illustration était récente. Avant Pépin l'ancien dit de Landen, ils n'ont point d'ancêtres connus, il leur manque un nom de famille, et même leurs prénoms ont je ne sais qu'elle tournure populaire, qui contraste avec les prénoms sonores, ceux de Sigébert, Chilpéric, Dagobert, usités dans les grandes maisons du temps ^. D'autant plus rapide dut
') Karth, Im frontière îinguistèque en Belgique, BraxeUes, 1897.
«j Kurth, Les origines de la ville de Liège. Liège, 1882.
^) Sapra, p. 4 et 18. U y aurait lieu de rechercher dans les Inscription de Vépoque romaine ce qui était resté de germanique dans les noms propres de cette région. Ce travail n'a été qu*amorcé par Kern dans la Revue archéologique àe \S7 4. t. 27, p. 101.
*) Le nom de Carolingiens ou Carolingi, qui dans les auteurs du moyen âge, signifie descendants de Charlemagne^ a été étendu par les modernes, & toute sa race, à défaut d*un nom de famille. D*autres modernes ont adopté, pour désigner les ascendants de Charlemagne, le nom à^Arnolftngi, plus exact peut-être, mais non moins étranger aux contemporains de ce prince. <)uant à son prénom Karl, qui signifie mâle, avec la nuance familière du
être leur fortune. Dès le début du vu* siècle, les Pépins ont une situation prépondérante dans l'ancienne Tongrie, grâce à leurs vastes domaines, disséminés dans les cantons francs de Haspingau, (Hesbaye) Luichgau (Liège) Toxandrie, Lommegau, Ardenne, Condroz, Brabant et Hainaut'. La concentration de tant de terres entre leurs mains leur assurait déjà sur une multitude de colons, serfs et vassiy dans toute la région Mosane une autorité quasi princière. Cette puissance temporelle, ils la mirent de bonne heure au service de l'Eglise et s'assurèrent par là un appui moral qui allait contribuer à leur élévation.
Plus germaniques que les Francs Salions, les Ripuaires étaient aussi plus barbares, moins dégagés des vielles superstitions de leur paganisme. Encore au temps de la loi Ripuaire (vers 630), c'était parmi les provinciaux romains que le clergé se recrutait exclusivement. La composition pour le meurtre d'un clerc, qui n'était pas plus élevée que pour celui d'un laïc de naissance romaine*, le prouve, ainsi que les noms tout romains des évéques de cette région au VI® siècle, en Tongrie Domitianus (concilo de 549) ; à Metz Hesperius (c. de 535) ; à Cologne, Remedius et Solatius
français gars^ il n'apparait dans la famille quavec Charles-Martel, qui n'était, à sa naissance, qu'un bâtard sans avenir. D'ailleurs leurs prénoms. Pépin, À raison du redoublement, Grimoald (rapproché de Grimi, chagrin, en a.h.a.), Grippon, semblent tenir du sobriquet aussi. Quant aux surnoms de Landen et de Herstal, par lesquels on distingue les deux premiers Pépins, ces qualifications tirées d'une terre ou d'un château sont inconnues à répoque franque. Elles datent des chroniqueurs de l'époque féodale, et ne sont môme pas exactes. Herstal était une villa publica, relevant du fisc rojal, partant n'a jamais pu faire partie du patrimoine des Pépins.
^) Si l'origine de la puissance territoriale des Pépins demeure un mystère^ on peut assez bien en reconstituer l'extension, À l'aide des diplômes concernant leurs donations monastiques, disséminées dans tout le bassin de la Meuse : en Brabant (Nivelles), dans le Masgaa (Susteren), en Ardenne (Ambra), dans le Condroz (Leignon, Wellin), dans l'Entre-Sambre et Meuse (Fontaines), en Campine (Ham), etc. Voir un diplôme de confirmation de Charlemagne A° 779 (Regrsta Karol. n» 215).
-) Wodon, Du Wergeld des Romains libres chez les Ripuaires, Annale» de rUn. de Bruxelles, 1888.
(c. de 614), à Trêves, Nicetias (c. de 549) et Sabaudus (c. de 614). Par contre au vu* siècle, ces sièges épiscopaux sont illustrés par des Francs de nom comme d'origine : en Tongrie Tévêque Bettolf (c. de 614), à Cologne S. Cunibert (c. de 627), à Metz S. Arnolf ou Arnoul (c. de 627)*.
Le mouvement de conversion que ce changement accuse, fut encore activé par de nouveaux missionnaires arrivés du midi de la Gaule, parmi lesquels brillent deux moines aquitains. S. Amand, et son successeur S. Remacle. Le fruit immédiat de cette propagande, fut une efflorescence nouvelle de la vie monastique : presque tous les grands monastères du diocèse de Tongres surgissent comme simultanément^ dans le cours du vu® siècle : Stavelot-Malmédy, St-Trond,. Chévremont, St-Hubert, Susteren, Andenne, Nivelles. Presque tous aussi ne se fondent ou ne subsistent que grâce au concours des Pépins, qui profitèrent de leurs richesses immenses pour les doter en terres ; et parmi les membres de cette famille illustre, plusieurs finirent leur vie dans le cloître. La veuve de Pépin l'Ancien, Sainte Itta, qui était d'origine aquitaine comme S. Amand, après avoir fondé avec le concours de celui-ci, le monastère de Nivelles en Brabant, s'y retira avec Ste-Gertrude sa fille. Ste Begga, son autre fille, qui fut mère du second Pépin dit de Herstal, fonda de môme, pour s'y retirer, le monastère d'Andenne sur la Meuse. L'autre grande maison ripuaire celle des
^) Voyez ces souscriptions épiscopales dans le recueil des Concilia aeti Meroûingici (passim). Ces noms propres, romains ou germaniques, ne sont pas un critère absolu de nationalité. Cfr. Qiry, Diplomatique p. 356. Il y a des exceptions que les mariages mixtes suffisent à expliquer. Ainsi Thistorien des évéques de Metz. Paul Warnefried (Gesta episc, Mettensium), qui se sert de ce critère pour certains évéques, reconnaît que les prédécesseurs immédiats de S. Arnoul sont de famille romaine et sénatoriale, bien que portant les noms germaniques d'Agiolf et Arnoald, dus peut-être À leur aUiance avec les Mérovingiens, dont ils descendent par les femmes : • Très isti (Agathander, etc.) sicut in eorum nominibus attenditur, de œigine Graecorum, XXVIm (episcopus) Agiulfus qui fertur pâtre ex nobili senatorum familia orto, ex Cblodovaei régis Francorum fîlia piocreatus. Post istum^ nepos ipsius Amoaldus ».
ArnolÛQgs, dont sortait Pépin de Herstai, ne fut pas moins renommée par son zèle religieux. Arnoul ou Arnolf, son grand père, qui était maître de plusieurs domaines dans la vallée de la Moselle, après avoir exercé les plus hautes dignités, d'abord à la cour austrasienne de Metz, ensuite dans l'Église, comme évéque de cette ville, quitta tout pour se retirer dans un monastère des Vosges, où il finit ses jours dans une haute réputation de sainteté. De ses deux fils, l'un, Clodulf, lui succéda à Metz dans sa dignité d'évôque ; le second, Anségise, qui lui succéda dans ses dignités de cour, fut gendre de Pépin l'Ancien et père de Pépin de Herstai * . C'est de cette religieuse maison dont le premier auteur connu * fut évéque, moine et saint que devait sortir Charlemagne.
^) Généalogie des Pépins de la maison dite de Landen :
Pépin l'ancien (f 640) » Iduberge ou Itta d'Aquitaine (f à Nivelles en 652).
Grimoald (f 656) SteGertrude, Begga