‹ Histoire du moyen âgeChapitre 57 sur 114 · DAGOBERT · texte numérisé non relu

DAGOBERT

ÂQSégise le fils d'Arnoul, ces deux hommes n'usèrent de leur influence que pour empêcher le retour des querelles qui avaient troublé les règnes précédents. Tant que vécut Clotaire, il n y eut que des conflits passagers et facilement aplanis soit au sujet des frontières, qui avaient été si souvent remaniées,soit à propos de certains personnages qui, brouillés avec Tune des cours, allaient chercher protection dans l'autre*. Mais cette union fut compromise plus gravement à la mort de Clotaire II, (A** 629), qui laissait un fils d'un autre lit du nom de Charibert. Un oncle de ce dernier, Brodolf, suscita en Neustrie une faction qui réclamait ce Charibert pour roi. Dagobert se hâta de désintéresser son frère par une transaction qui laissait à celui-ci le gouvernement de l'ancienne Aquitaine au delà de la Loire. Pour s'assurer la fidélité des Francs de Neustrie, Dagobert se décida à reprendre la résidence de son père parmi eux. Il fallut que Pépin l'y suivît, tandis que son ami Arnoul quittait définitivement la cour pour le cloître. Ce furent les Australiens alors qui commencèrent à se plaindre et dans leur dépit, ils s'en prirent à Pépin', qu'ils cherchèrent à perdre. Cependant Charibert ne tarda pas à mourir, ne laissant qu'un enfant qui ne lui survécut guère, et l'Aquitaine retourna sous lautorité de Dagobert (A'' 631) ^

Dagobert I (630-639).

Le règne de Dagobert I, dont la domination s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à l'Elbe, fut une époque de grande prospérité intérieure, qui profita surtout au commerce franc :

ï) Frédégaire c. 52-53.

*) Ib. 61 : le texte] porte « zelus Austrasioram » — Pertz, Bausmeier p. 164, y substitue Neustrasiorum, correction adoptée par le dernier éditeur ^^. rerum Merowing t. II, p. 57b. Mais cette correction, inutile en soi, est condamnée par les compilateurs subséquents, l'anonyme de la \ita Pippini, Sigebert de Gembloux, Vita S, Sigeberti, c. 6, dont le texte confirme la lecture adoptée ici.

^) Ib. c. 67.

les foires annuelles qui se tenaient aux lieux de pèlerinage les plus fréquentés étaient le contre de ce commerce ; la plus célèbre est la foire de S. Denys, auprès du monastère de ce nom fondé par Dagobert*. A ces foires aflSuaientles marchands et les marchandises qui arrivaient de TOrient par les ports de Marseille et de Narbonne, de l'Espagne par Bordeaux, de la Grande-Bretagne par Rouen et Wissant. Il y avait des colonies de marchands syriens dans les plus grandes villes, à Marseille, Arles, Bordeaux. Les Juifs n'étaient pas moins nombreux, en particulier à Clermont, Orléans et Paris. D'autre part les marchands francs, voyageant en caravane, trafiquaient dans les autres contrées. Un de ces marchands du nom de Samon, s'étant aventuré dans les pays slaves, y avait fondé, on Ta vu*, avec le con» cours des indigènes, un royaume qui s'étendait de l'Elbe jusqu'en Bohême (A° 623).

Mais, à partir de ce moment, les Slaves devinrent des voisins dangereux pour les contrées franques. Comme ils avaient dépouillé et exterminé une caravane de marchands francs, Dagobert réclama une réparation. Son ambassadeur fut mal reçu, ayant d'ailleurs traité de chiens ces Slaves, qui étaient encore païens^. Il fallut en appeler aux armes. Pour écraser cette puissance naissante des Slaves, Dagobert provoqua une coalition de toutes les nations du voisinage, Austrasiens, Alemanes et jusqu'aux Langobards. Mais tandis que Langobards et Alemanes étaient victorieux sur leurs frontières, les Austrasiens, s'étant engagés imprudemment au cœur des pays slaves, éprouvèrent un grave échec devant une obscure localité (A^ 630) *. Leur retraite désastreuse fut suivie d'une invasion des Slaves dans la Thuringe

0 Praeceptnm Dagoberti concernant la foire de S. Denys (PardesBas, n° 247). Document interpoUé.

-) Supra, p. 150.

>) Frédégaire, c. 68.

^) Les érudits slaves n*ont pas réussi à identifier cette localité qui nW mentionnée, sous la forme de Vocastinburg, que dans le texte de Frédégaire c. 68, cfr. Bachmann, Geschichte Bôhmens, Gotha, 1899, vol. ï p, 87 n« 2.

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franque. Dagobert, à la tête de nouvelles forces, réunies pour réparer cet échec, s'était avancé jusqu'à Mayence*, lorsque entra en scène une quatrième nation, les Saxons, qui vinrent le trouver et lui oflfrirent de défendre la frontière franque contre les Slaves à la condition d'être libérés du tribut annuel de 500 vaches. Ces offres furent acceptées, et les Saxons cessèrent ainsi d'être tributaires des Francs (A^ 631). Les dévastations des Slaves n'en continuèrent pas moins.

Enfin Dagobert, qui avait un fils de trois ans du nom de Sigebert, se décida à l'associer au trône, comme son père Clotaire II avait fait autrefois, de façon à rendre aux Ripuaîres leur gouvernement particulier, avec Melz comme même centre. Il rendit en même temps une place dans ce gouvernement aux grands du pays : le fils de S. Arnoul, Anségise eut le commandement militaire sous le titre de duc. L'évêque Cunibert de Cologne partageait avec lui l'administration du palais (A"" 634). Quant à Pépin l'Ancien, Dagobert le retint à sa cour, on ignore pour quel motif. Dagobert établit aussi en Thuringe un duc particulier, du nom de Radolf pour la défense de cette frontière. Grâce à ces mesures, les incursions des Slaves prirent finV Ce ne fat pas la seule guerre que Dagobert eut à soutenir à l'extérieur. Il intervint en Espagne entre les prétendants qui se disputaient le trône, sans en retirer d'autre profit qu'une grosse somme d'argent '. En Gaule môme, les Gascons et les Bretons, toujours réfractaires, durent être ramenés à l'obéissance, les premiers, par une expédition armée, les seconds par la menace d'un traitement pareil (A** 635) \

^) ^nstola Ad Desiderium Cadurc, n» 15 (tome III dw Epistolab p. 21 1) : • Cognoscite... regem modo Mogontiae esse ». Ce témoignage d'un contemporain immédiat confirme Texactitude de Frédégaire, c. 74. Il est à regretter que ces allusions aux événements politiques soient si rares dans les oorres* pondances du temps.

*) Frédégaire, c. 75.

3) Voir infra, § 2.

*) Frédégaire, c. 78.

Plus importants dans le règne de Dagobert, sont les progrès que le christianisme continuait à faire dans les vastes Etats de ce prince, grâce à lapôtre S. Amand, Aquitain dorigine, mais se rattachant aux missions ceUiques*, par son éducation monastique et aussi par Tubiquité de son apostolat : partout où il y avait encore des païens à convertir, chez les Basques de la Gascogne, chez les Slaves du Danube, parmi les Francs des rives de l'Escaut, on retrouve ses traces ; mais c'est dans ce dernier pays qu'elles ont été le plus durables : les colonies monastiques de S. Bavon et -de Blandin, berceau de la ville de Gand, lui doivent leur première fondation; le monastère de S. Amand, sur la Scarpe, perpétue son nom^. Des colonies du même genre -surgissaient partout alors, créées ou dotées par la générosité des grands; Solignac, fondé par S. Eloi, alors qu'il était -encore ministre de Dagobert^; Rebaix, fondation du référendaire Dadon*; St-Amantius, édifié par Didier élu récemment évêque de Cahors^. Dagobert lui-même se plut à prodiguer ses largesses à son monastère de S. Denys ^, ' Jont il fit la nécropole royale : il y fut inhumé le premier, Jaissant, comme maint de ses prédécesseurs, une mémoire

») Supra, p. 205.

2) Baudemundi, Vita Si Amandi, c. 11 : • pagum... Gandavum, cujus ioci habitatores... relicto Deo, arbores et ligna pro deo celèrent. » Il résulte de ce texte que les Francs de ce diocèse, ceux de Tournai, étaient non pas demeurés, mais retombés dans le paganisme, ce qui rend plus explicable Tédit de Dagobert, qui aurait décrété (d'après Baudemund) le baptême obliga- •toire pour les enfants de ces apostats (relicto Deo).

3) Gharta S. Eligii A^ 631 en faveur de Solignac. n^ 254 de Pardessus.

*) Praeceptam Dagoberti A^ 635 (en faveur du monastère de Rebais) n? 13 de Pardessus des Diplomata de Pertz.

^) Epistola Desiderii, n? 2 pour recommander au maire d'Âustrasie labbé de ce monastère. Voir aussi llndicnlus régis de Dagobert proposant pour l'évêché de Cahors ce Didier son trésorier ( Vita Lesiderii),

^) Havet, Questions mérovingiennes, fait remonter cette fondation A Tannée 624, au temps où Dagobert régnait conjointement avec son père. Le monastère est k distinguer de la basilique (S. Denys de l'Etrée), qui existait alors déjà sur le tombeau de cet ancien évêque de Paris {^ 25 Ij.

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