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III. - LA NATION DES LANGOBARDS SOUS LA DYNASTIE DES AGILOLFINGS

Textes latins : Scriptores rerum Langobardica^um et Italicarum (Mon. Pertz série in-4») : Origo gentis; — Paul Warnefried ; — Agnel- Iq8, cités p. 151. — Frédégaire, cité p. 261. — Liber pontificcUis (cité ib.). — Textes grecs : Nicéphore patriarche, Breviarium (cité p. 218). — Théophane, Chronographia, éd. de Boor. Leipzig, 1883.

Travaux modernes : outre les ouvrages de Balan, de Caotu, cités p. 188, de Tnrk, cité p. 151, Bianchi-Giovini, Storia dei Langobat^di^ 1846. — Bertolini, Storia dei dominaziani barbariche. Milan, 1880. — Hodgldiis, Italy and her Invaders, Vol. VI. Londres, 1895. — Harttt, Qeschichte Italien 's. Vol. II. Gotha, 1900.

Parmi les nations nouvelles établies sur le sol romain, les Langobards se sont montrés les plus lents à se fusionner avec l'ancienne population de l'empire. Ils venaient sans doute de renoncer à 1 arianisme pour embrasser la foi romaine*. Ils ne firent non plus difficulté d adopter le latin comme langue officielle*. Par contre, ils maintinrent avec ténacité leur caractère germanique dans leur droit, dans leurs institutions et jusque dans Taspect extérieur de la

») Voir p. 190.

«) Bluhme, Die gens Langobardorum : Ihre Sprache, Bonn, 1874.

coiffure et du costume ^ Aussi contînuaient-ils à être l'objet d'une antipathie prononcée de la part des Romains d'Italie*.

Dans l'Italie qu'ils avaient envahie, les Langobards n'occupaient en masse compacte que l'ancienne Cisalpine, qui deviendra la Lombardie^. Dans le reste de la péninsule,, le terrain leur était disputé pied à pied par les empereurs byzantins, et toute leur histoire se résume dans cette lutte séculaire dont l'Italie était l'enjeu, et qui se dénouera d'une façon inattendue par l'intervention d'une troisième puissance^ celle des Francs, appelée à faire de l'Italie le centre de la chrétienté du moyen âge. En attendant, les Césars de Constantinople avaient toujours en Italie une position très forte, parce qu'ils en occupaient encore toutes les côtes, avec lesquelles leur capitale demeurait en communication par la mer, et dont la possession intéressait surtout celle-ci à cause du commerce maritime dont elle avait alors le monopole. Dé plus Rome leur restait, et avec cette tête du monde, les^ héritiers des Césars conservaient l'espoît de récupérer un jour la domination de celui-ci.

Le royaume des Langobards en Italie n'était d'ailleurs guères mieux assis que celui des Goths en Espagne faute, ici comme là, d'une dynastie nationale, celle d'Alboin, son fondateur, s'étant éteinte brusquement au lendemain de la conquête ; il n'en restait qu'une branche éloignée, qui régnait, avec une quasi-indépendance dans les duchés excentriques du Frioul et de Bénévent*. La dignité royale allait

I) P. WarDefried IV, 22 décrit leurs • vestimenta taxa et linea qualia Ângli-saxones habere soient, » en invoquant les peintures murales de S. Jeai> de Monza. qui existaient encore de son temps. — Voir dans le Liber ponii^ flcalis, deux cas où les habitants de T Italie, en changeant de maître, changeaient aussi de costume, Qregorius III c 14 Hadrianus I c. 1^2 .

^) Les papes eux-mêmes de ce temps n*échappent pas à la contagion de cette aversion, qui se traduit, dans leur correspondance, par les expression» les plus blessantes; ils partagent le préjugé populaire sur U puanteur des Langobards (voir dautre part Tingénieuse explication de leur historien national, Warnefried IV, 39).

») Voir p. 155.

^) Voir la généalogie plus haut, p. 156.

périr livrée aux compétitions des factions lorsqu'elle fut relevée par la grande reine Theodelinde : les Langobards lui doivent, avec la foi catholique, une nouvelle lignée de princes, de la race des Agilolfings, bavaroise d'origine, mais bientôt nationale par une sorte d'adoption. Ce fut d'abord le fils de Theodelinde, Adoald [A^ 616), prince faible d'esprit, qui ne tarda pas, à se trouver en lutte avec son beau-frère, Ariovald. Il succomba malgré l'appui que lui prêtèrent le pape Honorius et l'exarque byzantin. Isace*.

Devenu roi à son tour (A** 626), Ario\'ald ne bénéficia pas moins du souvenir toujours populaire de Theodelinde, dont il avait épousé la fille Gundeberge ; son règne ne fut troublé que par une courte rébellion, celle du duc Tason de Frioul, qui fut promptement étouffée avec le concours de l'exarque byzantin. A sa mort, comme il ne laissait pas d'héritier, les Langobards donnèrent à Gundeberge, comme autrefois à Theodelinde, le droit de désigner comme roi celui qu'elle prendrait comme second époux : ce fut Rothari, duc de Brescia, quelle choisit (A*" 636), prince qui professait encore Tarianisme, dont il y eut alors une recrudescence en Italie *: on vit dans toutes les villes reparaître, à côté des évêques catholiques, d'autres qui étaient ariens; mais cela n'alla point jusqu'à la persécution cette fois; la conversion des Langobards en fut seulement ralentie ^. Rothari illustra son règne par deux grands actes : il acheva de soumettre aux Langobards tout le nord de l'Italie, en faisant la conquête du territoire de Gènes, demeuré jusque là byzantin ; en vain l'exarque Platon essaya de lui disputer cette possession ; il fut battu et y perdit une grande partie de son armée*. L'autre acte durable de ce règne fut le

^) Voir Epistolae Langobardicae, n^ 2. (Jaffé n» 2016).

'I Sur ces deax mariages de Gundeberge, il faut suivre les contemporains Jonas, Vita S, Bertul/l, c. 50 et Frédégaire, c. 50 et non Warnefried, iV, 47, qui lui donne pour époux Rodoald, le successeur de Rothari, erreur <^éji releTée par Baronius; cfr. Muratori Annali, A° 652.

') Warnefried, IV, 42.

*; Ib. IV, 45.

premier recueil du droit langobard que Rotharî publia sous forme (ÏEdit roi/alK Avec son fils Rodoald qui ne régna que quelques mois (A"* 652^ la descendance directe de Theodelinde s'éteignit ; il fallut procéder à une élection. Ce fut encore le souvenir de cette princesse, qui valut la couronne à son neveu Aripert, avec lequel commence la branche masculine des Agilolfings d'Italie (A"" 653)*. L'avènement de cette branche issue du frère de Theodelinde et catholique comme elle marque la fin de larianisme dans la Cisalpine^, et l'unité de foi qui y régna depuis, devait contribuer à consolider cette dynastie nouvelle. Malheureusement, à la mort d' Aripert (A'^ôô) i, la dynastie se divisa soit en vertu du testament de ce prince, soit à la suite d'une contestation entre ses deux fils, Gundebert et Pertharit; le premier régnait à Pavie ; le second à Milan, et les Langobards eurent deux capitales et deux rois *. Gundebert s'avisa d'appeler à son aide le puissant duc de Bénévent, Grimoald,. qui abusa de son hospitalité pour faire tuer Gundebert. Pertharit, menacé à son tour, prit la fuite, laissant entre

1) Voir infra § VI.

') Généalogie des Agilolfings d*Itaiie :

Garibald,

duc deé Bavarois

Branche féminine : | Branche masculine :

épouse

Theodelinde : GundobaUi,

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