‹ Histoire du moyen âgeChapitre 66 sur 114 · interrégne 695-705) restauré · texte numérisé non relu

interrégne 695-705) restauré

«) Nicéphore, p. 30 36. Théophane A* 6133.

(A** 648)*, qui imposait le silence aux deux partis. Il comptait sans doute rallier les chrétientés d'Orient et ramener la paix religieuse, plus nécessaire que jamais en face des envahissements de l'islamisme. Mais cette intrusion despotique d'un pouvoir incompétent dans une questions dogmatique, ne fit qu'envenimer le débat et aboutit à une véritable persécution du parti orthodoxe. Le pape alors régnant, Théodore, condamna cet édit, qui mettait sur la même ligne Terreur et la vérité, et excommunia le patriarche de Constantinople, Paul, qui en était l'inspirateur. Le pape Martin I, successeur de Théodore, rassembla à Rome un concile de 105 évêques, qui ratifia cette sentence (A"* 649)*. Irrité de cette résistance à ses volontés despotiques, l'empereur donna à l'exarque de Ravenne l'ordre de saisir la personne du pape, qui était son sujet, et de l'amener dans sa capitale. Cet ordre fut exécuté avec la plus grande brutalité. Martin I fut arraché à son église par les soldats de l'exarque, déclaré déposé {A? 653)^ et amené, comme prisonnier d'Etat, à Constantinople, subissant durant cette captivité des outrages et des mauvais traitements de tout genre; finalement condamné pour avoir pactisé avec les infidèles contre la sûreté de l'Empire, il fut rélégué à Cherson en Crimée, au fond de, la mer Noire, où il mourut dans le plus grand dénuement (A^ 655), vénéré depuis comme martyr à la fois dans l'Église grecque et dans l'Eglise latine. D'autres défenseurs de l'orthodoxie, dans ce nombre le plus célèbre théologien du temps, S. Maxime, subirent le même sort, pour avoir soutenu le pape dans sa résistance à l'empereur (A" 662).

Cependant Moaviah, alors qu'il n'était encore que gouverneur de la Syrie, avait commencé ses expéditions maritimes, enlevé à l'Empire Chypre et Rhodes, et il mena-

i) Cfr Mansi X p. 1029.

<) Les Acta du concile dans Mansi X p. 7901 188. Cfr Hefele,] III p. 189-208.

•) Vita Martini dans le Liber poktificalis.

çait Constantinople lorsque la rivalité qui éclata entre Ali et lui, le força à conclure une suspension d'armes, par laquelle il se reconnaissait tributaire de l'empereur, s'obligeant à lui donner par jour de trêve mille pièces d'or, un cheval et un esclave (A"* 658) * . Néanmoins les armes arabes continuaient à faire des progrès en Afrique et menaçaient déjà la Sicile et l'Italie. Constant II se décida à abandonner sa capitale, où ses violences l'avaient rendu tout à fait odieux*, pour se rapprocher de lltalie, où il songea sérieusement à fixer sa résidence. Mais, en Italie, il échoua dans la guerre qu'il entreprit contre les Langobards *, et après une courte apparition à Rome (A** 663)*, — il est le dernier César qui y mit le pied, — il alla se fixer en Sicile, à Syracuse, où il ne tarda pas à se rendre non moins impopulaire par ses exactions ; c'est là qu'il mourut, étouffé au bain par l'un de ses serviteurs (A** 668)^. Le fils aîné de Constant, Constantin IV, surnommé le Barbu {Pogonat) était resté à Constantinople, retenu avec ses frères par le peuple de cette ville, qui s'était opposé à les laisser partir avec leur père. Il y exerçait déjà la régence et y fut reconnu sans peine comme empereur. Mais il n'en fut pas ainsi dans l'armée, qui stationnait en Sicile, et qui s'était empressée de déférer la couronne à l'un de ses chefs, Miziz l'Arménien. Il fallut que Constantin armât une seconde flotte et marchât contre ses propres soldats; son arrivée en Sicile étouffa la rébellion, qui finit par l'exécution de Miziz et de ses complices ^.

A peine consolidé sur son trône, Constantin eut à soutenir les premières attaques des musulmans contre sa capitale. C'est sous son règne que les flottes du calife

1) Théophane, A° 6150.

«) Théophane, A» 6153.

3) Voir supra, p. 303.

*) Vita Vitaliani dans le Liber pontificalis.

6) Nicéphore, p. 36. Théophane, A*» 6160. Warnefried V : 12, 30. Isidorus coniinuatus c. 29.

6) Théophane, ib.

Moaviah s'emparèrent du port de Cyzique dans la Propontide et de là, pendant sept années consécutives (673-678)*, vinrent assiéger Constantinople, repoussées chaque fois avec perte, grâce au feu grégeois, qu'un ingénieur grec, Callinicos, venait d'inventer*. Finalement Callinicos détruisit une partie des vaisseaux de l'ennemi dans le port de Cyzique, tandis que le reste était dispersé par la tempête. La même année, Moaviah, inquiété à son tour dans sa capitale par ses voisins les Mardaïtes,. renouvela le traité antérieur, avec l'empereur dont il se reconnut tributaire aux mêmes conditions de fournir par an mille livres d'or, 50 prisonniers de guerre et autant de chevaux (A*^ 678)'. La mort de Moaviah et la scission du califat achevèrent de consolider la paix extérieure dans cette partie du monde. Mais à peine débarrassé des Arabes, Constantin IV eut à défendre sa frontière du Danube contre une seconde migration de Bulgares*, déterminée par l'arrivée dans l'ancienne Sarmatie, des Khazares, un peuple de race touranienne, qui venait de prendre possession du littoral de la mer Noire, ainsi que de la Crimée, la Tauride des anciens, la Gazzarie du moyen âge. Cette guerre fut malheureuse pour l'Empire : non seulement l'empereur dut abandonner aux Bulgares la Bulgarie actuelle, où ils fusionnèrent avec les Slaves ; mais il consentit à leur payer, à son tour, un tribut annuel (A*>679)».

Après avoir ainsi assuré la paix extérieure, il s'agissait de la rétablir au dedans, en terminant la longue controverse

^) Nicéphore, p. 36-37. Théophane» 6165. VIsidorus continuatus, dans la rédaction de 741, ne parle que de deux années, et c'est le seul texte contemporain, n est vrai que ces deux années s'appliquent ici à Texpédition de Yezid, et que les Byzantins mentionnent plusieurs autres généraux, auxquels on peut attribuer les campagnes précédentes.

2) Voir, sur le feu grégeois, l'ouvrage classique du général KÔhler, Kriegstoesen in der RUierjteit Breslau, 1887, vol. IH p 167-171.

3) Thêopbane Â* 6169. Nicéphore, p. 37. Les historiens musulmans gardent le silence sur ces traités humiliants pour eux.

*) Voir plus haut, p. 149.

5) Nicéphore, p. 39. Théophane. A^ 6171.

sur la personnalité du Christ, qui n'avait cessé d'agiter les chrétientés d'Orient depuis le triomphe du christianisme : tel fut l'objet du VI* concile œcuménique, qui siégea à Constantinople durant toute une année (680-681)*, sous la présidence des légats du pape Agathon : dans cette assemblée de 174 évêques, le monothélisme, la dernière des grandes hérésies christologiques, fut condamné, avec ses auteurs, ses adhérents et même ses fauteurs indirects, parmi lesquels fut rangé un prédécesseur d'Agathon, le pape Honorius I *. Ces décrets furent ensuite confirmés à Rome par le pape Léon II (A° 683). Tels furent les résultats du règne de Constantin IV, Tun des meilleurs empereurs byzantins.

Son fils et son successeur Justinien II (A"* 685), au contraire, en fut l'un des plus mauvais, à la fois présomptueux et maladroit, avide de faire la guerre et incapable de la conduire. Le calife Abdel Malec, en renouvelant le traité de paix conclu avec Constantin, y fit insérer une condition nouvelle, à savoir Tévacuation du Liban par les Mardaïtes» qui servaient alors de boulevard à l'empire byzantin contre les califes de Damas. De plus, les revenus de trois provinces, Chypre, l'Arménie et l'Ibérie devaient être partagés entre les deux puissances (A** 086)^. Les Mardaïtes furent transplantés par Justinien dans l'Arménie, dont le général Léonce venait d'expulser les Arabes (A° 687) : concession désastreuse qui était à l'empire sa première ligne de défense. Il voulut également faire évacuer l'île de Chypre, dont une partie des habitants furent transplantés sur le continent. Rompant ensuite la paix conclue par son père avec les Bulgares, Justinien remporta sur eux, ainsi que sur les Slaves, une victoire, qui lui permit de transplanter une colonie de ces derniers sur la côte d'Asie et d'en tirer un nouveau corps d'armée (A** 688)*. Enflé par ce premier succès, Justinien

i] Ck>ncilia de Mansi (XI p. 175). Hefele, III p. 227-235.

2) Supra, p 230. n. 2.

3) Thôophane. A? 6178. — Nicéphore. p. 41. Cfr supra, p. 374. *) Théophane AO6180.

n'hésita pas à rompre avec le calife, parce que celui-ci se serait avisé de payer le tribut convenu en monnaie, non plus byzantine, mais arabe, frappée au nom d'Allah*. Dans la bataille de Sébaste, livrée en Cappadoce*, Justinien fut trahi par les Slaves de son armée, qui passèrent à Tennemi et décidèrent la déroute des Impériaux. L'Arménie retomba au pouvoir des musulmans.

Dans sa politique intérieure, Justinien se montra plein de zèle pour l'orthodoxie et put satisfaire ses instincts cruels en sévissant contre les hérétiques : il est le premier souverain chrétien qui fit appliquer aux Manichéens le supplice du bûcher', conformément à 1 edit de Dioclétien*. Non seulement il maintint les décrets dogmatiques du VI* concile, mais il lui donna un complément, en y faisant ajouter un certain nombre de canons disciplinaires par un concile d'évéques d'Orient convoqués dans son palais (in TruUo)^. Ces canons accentuaient certaines divergences jusque là latentes entre l'Église grecque et l'Église latine, particulièrement au sujet de la clérogamie^ qui était tolérée dans le clergé grec : non seulement l'on admettait aux ordres des gens mariés, mais on leur permit, contrairement à la pratique de l'Église latine, de conserver leurs femmes, tout en continuant à interdire au prêtre célibataire dé contracter mariage une

1) Ib, Â^ 6182. Ce texte est confirmé par une Monnaie d'Abdel M&lec ^reproduction dans Muller, Islam, vol. I, p. 396). C'est peut-être, comme protestation, que Justinien II, de son C(Mé« fit alors pour la première fois £gurer l'image du Christ sur les monnaies impériales.

«) Nicéphore, p. 42. — Théophane. A» 6183.

3) Ce fait n est rapporté que dans un texte, qui n'est pas contemporain, dans Petrus Siculus, Sistoria Manichaeorum, c. 27 (en grec, dans la Patr, Orabca db Migne, vol. 104, p. 1240).

*) Cfr supra, p. 219. Cette secte odieuse ne fut pas moins proscrite alors par les princes musulmans. Cfr Denys de TelUMahré, p. 68 70, qui signale comme une pratique secrète des Manichéens de Harran le meurtre rituel.

^) Ce concile est appelé Goncilium TraUense ou aussi qmni-sextum, parce qu'il fut considéré comme le complément disciplinaire des deux conciles précédents, le V^ et le VI<', qui avaient été purement dogmatiques. Les Acta concilii dans Mansi XI, p. 930. Sur son histoire, Hefele HI, p. 300.

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fois dans les ordres (A** 692)*. Le pape Sergius P, demeuré étranger à ce concile tronqué, refusa sa confirmation à des canons disciplinaires en désaccord avec la discipline romaine; de là colère de lenapereur; ordre donné à ses agents de se saisir de la personne du pape et de l'amener devant lui, mais ordre qui, cette fois, ne fut pas exécuté : le peuple de Rome, l'armée impériale elle-même se déclarèrent pour le pape et empêchèrent le renouvellement des indignités dont le saint pape Martin avait été victime (A*" 693).

Cependant Tétat de guerre auquel TEmpire était condamné, pesait lourdement sur l'administration des finances impériales, obligée de pressurer la capitale et les provinces pour faire face aux besoins incessants d'une armée permanente. Le mécontentement croissant des populations éclate à Constantinople dans une émeute soudaine ; avec la complicité d'un général disgracié, Léonce, les conjurés s'emparent de la personne de Justinien et l'entraînent à l'hippodrome : le peuple demandait sa mort; Léonce se contenta de le défigurer en lui coupant le nez et le rélégua en Crimée, à Cherson {A° 695)^, d'où il devait revenir, dix ans plus tard, régner une seconde, fois. Dans l'intervalle, le trône impérial fut occupé par des généraux d'armée, Léonce d'abord (695-698), Apsimare ensuite (698-705). Léonce avait envoyé sa flotte au secours de Carthage, assiégée par les généraux arabes. Mais la flotte byzantine, accablée par des forces supérieures, fut obligée de battre en retraite. Cette défaite fut le signal d'une défection générale. Un corps d'armée, stationné en Crête, proclama empereur son général, Apsimare; les autres corps s'y rallièrent, et arrivés devant Constantinople, ravagée en ce moment par une peste, ils y entrèrent à la faveur de la trahison des troupes étrangères chargées de la défense de cette ville. Abandonné de toute l'armée, Léonce fut détrôné et enfermé dans un monastère

i) Théophane A«>6177.

2) Viia Sergii dans le Libbr pontificalis.

3) Nicéphore, p. 43-44; Théophane, A« 6187.

(A** 698)*. Apsimare, reconnu comme empereur soiS le nom de Tibère, reprit la guerre contre les Arabes, qui avaient envahi l'Asie-Mineure. Son frère Héraclius, nommé général de larmée d'Asie, venait de remporter sur eux plusieurs victoires, lorsqu'il fut subitement arrêté dans le cours de ses succès par une nouvelle révolution. Justinien, chassé de Cherson par les habitants lassés de ses violences, avait trouvé un refuge d'abord chez le khan des Chazares, dont il épousa la sœurThéodora. Brouillé bientôt avec son beaufrère, qui voulut le livrer à son rival Apsimare, il dut chercher un nouveau refuge chez ses anciens ennemis, les Bulgares, et s'allia avec leur khan Terbélis, en lui promettant sa fille en mariage. Avec le secours d'une armée de Slaves et de Bulgares, Justinien alla mettre le siège devant son ancienne capitale : il y pénétra par un aqueduc ; il en ouvrit les portes aux barbares. Apsimare, qui n'eut que le temps de s'échapper, fut poursuivi et livré, avec Léonce, à Justinien, qui remonta sur le trône (A° 705)'.

Ces dix années d'exil et de revers, loin de corriger ce prince violent, n'avaient fait que l'exaspérer, et, durant son second règne, Justinien se comporta comme un fou furieux^. Après avoir inondé de sang sa capitale, il exerça ses vengeances jusque dans les provinces les plus lointaines de son empire. Un conflit ayant éclaté entre l'archevêque de Ravenne et le pape Constantin (A° 708), il y envoya son armée de Sicile, moins pour faire raison au pape, que pour se venger des principaux de cette ville, qui s'étaient réjouis autrefois de sa chute, et qui furent cruellement décimés *. Il donna ensuite au pape Tordre de se transporter à Constantinople pour traiter de la confirmation toujours en suspens de son dernier concile. Le pape obéit et fut d'ailleurs reçu par Justinien

1) Nicéphore, p. 44-45. Théophane, A» 6190. *) Nicôphore, p. 47. — Théophane, A» 6198. ») Warnefried VI : 32.

*) Vita Conslantini dans le Liber pontificalis. — AgneUus, Vitae pon-^ Uficum Ravennatensium dans les Scriptorks rbrum Langob.

avec toutes les marques de respect dues à son rang. Toutefois le pape Constantin se borna à confirmer les canons conformes à la discipline romaine, en rejetant les autres ^ Justinien dut s en contenter. Il lui restait encore à se venger des Chersonites de Crimée, contre lesquels il envoya une flotte formidable avec Tordre de massacrer tous les habitants. Cette horrible exécution fut arrêtée par une sédition des Chersonites, qui prirent pour chef un ancien prétendant à lempire, du nom de Bardane, relégué alors en Crimée. Justinien envoya contre la ville rebelle une seconde flotte et lui-môme, rassemblant ses troupes d'Asie avec un contigent de Bulgares, s était avancé le long de la mer Noire jusqu'à Sinope, lorsqu'il aperçut sa propre flotte voguant à pleines voiles vers sa capitale. Elle revenait de Crimée, portant Bardane, qu elle avait proclamé empereur. Justinien courut à Constantinople. L'usurpateur y était déjà. Abandonné de tous ses soldats, Justinien fut massacré, avec son fils, dernier des six empereurs que la dynastie d'Héraclius donna à l'Orient (A^ 711) «.

1) Vito Canstantini — Warnefried VI : 31. ») Nicéphore p. 50-53. — Théophane A« 6203.

Grandeur du califat et second siège de Gonstantinople (690-740)*.

Le calife de Damas, Abdel Malec, qui veDait de se liébarrasser de tous ses rivaux, profita des dissensions de lempire byzantin, pour reprendre le cours de ses conquêtes. 11 s'agissait de faire la conquête définitive de l'Afrique romaine, contre laquelle les Arabes avaient déjà dirigé trois expéditions, chaque fois sans résultat durable : ils avaient dû abandonner leur ville de Caïrwan à peine fondée. Cette fois tous leurs efforts se portèrent contre Carthage, la capitale byzantine de cette province. Abdel Malec la fit attaquer du côté de la terre par une armée syrienne, grossie en route par un contingent égyptien, sous les ordres de son général Harsan. Carthage, dégarnie de troupes en ce moment, fut en&portée à lescadade sans grande peine : une partie des habitants s étaient enfuis ; le reste fut passé au fil de l'épée (A'^eOT)*. L'empereur Léonce envoya au secours de cette ville une flotte nombreuse sous les ordres du patrice Jean ;

1) Généalogie des Ommayades de Damas depuis Mervan (faisant suite à -celle de la p. 255) :

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