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LES PIRATES SARRASINS. G

à la curée de tous les points de la Méditerranée, des côtes de la Syrie, du littoral africain, voué par tradition à la piraterie, de l'Espagne , dont les Maures, refoulés du côté du continent par Charlemagne, se lancèrent dans les entreprises maritimes. Ce ne furent plus de simples descentes passagères. Comme les Normands, les Sarrasins visaient à fonder des établissements permanents au sein des possessions byzantines. Dès 824 une bande partie des côtés de l'Andalousie s'emparait d*un coup de main de l'île de Crête, et malgré les efforts réitérés des empereurs, ils n'en sortirent plus : de cette époque date la ville de Candie dont ils firent leur repaire *. Mais la proie la plus convoitée était Tîle de Sicile, cette perle de la Méditerranée. Leurs premières descentes remontent au vii^ siècle*. En 813, une nouvelle tentative fut repoussée par le patrice byzantin- de Sicile, Grégoire, qui leur fit signer une Irève de 10 ans^. Mais la trahison d'un autre fonctionnaire byzantin, Eupbémius, les y rappela en 828^, et dès Tannée suivante, la plus grande partie de Tîle reconnaissait la souveraineté de Témir aglabite de Caïrwan. Ils échouèrent, il est vrai, au siège de Syracuse qu'ils se contentèrent de rançonner. C'est Palerme, jadis centre de la Sicile punique, qui devint la résidence d'un émir arabe et la capitale de la Sicile musulmane.

Les pirates sarrasins et les Francs dans la Méditerranée.

De Sicile en Italie il n'y avait qu'un pas, qui fut franchi avant même l'achèvement de cette première conquête. En Italie, les Sarrasins se heurtaient aux Francs. Ce ne fut pas d'ailleurs leur première rencontre. Déjà en 799, à la demande des Baléares, Charlemagne les avait aidés à repousser les pirates d'Espagne^. En 807, il mit en mer

1) Theophanes contin, II, 21,

') Supra, p 400, n. 2.

3) Epistola Leonis III (Reg. n^ 2520).

*) Theophanes contin. II, c. 27.

*) Annales Regni, 799.

une flotte, sous le commandement du connétable Burchard, pour concourir à la défense de la Corse. Cela n empêcha point la Corse d'être dévastée par les pirates en 812 ; mais, sur leur retour, ils furent surpris par le comte franc de Majorque, qui leur captura huit navires et relâcha tous leurs captifs. Les Maures, pour se venger, s'en furent dévaster Nice en Provence et Civita-Vecchia en Italie (A"* 813)*. La Sardaigne n était pas moins exposée que la Corse. Possession byzantine, mais abandonnée à elle-même, elle invoqua à son tour la protection des Francs. En 828, le margrave de Toscane Boniface croisait dans ses eaux pour donner la chasse aux pirates ; ne les ayant pas rencontrés dans ces parages, il s'avisa de faire à son tour une descente sur les côtes de T Afrique, comme avait fait jadis, au temps des guerres puniques, le consul Régulus. Cette expédition audacieuse lui réussit complètement. Il battit les indigènes dans cinq rencontres et leur laissa, en partant, une crainte salutaire des armes franques'. Malheureusement cette glorieuse campagne n'eut pas de lendemain. C'est le moment où toute défense du côté des Francs fut paralysée par la brouille survenue dans la famille de Louis le Pieux.

Alors commencèrent les funestes descentes' des Sarrasins en Italie, favorisées d'ailleurs par les dissensions des indigènes. Car l'Italie était dès lors la terre classique des petites principautés, réfractaires à toute autorité commune et toujours prêtes à sacrifier à leur politique de clocher les intérêts essentiels de leur pays et de la chrétienté. En 835, les Byzantins de Naples en guerre avec les Langobards de Bénévent^ n'hésitent pas à appeler à leur aide les Sarrasins. Les Bénéventains s'étant ensuite divisés entre eux, on rencontre des Sarrasins dans chacun des deux camps*.

1) Annales Regni, 813.

«) Ib. 828.

3; Gay, L'Italie méridionale, p. 50. — Voir le Sicardi pactmn cam Ne(h politanis de 836, qui termine cette guerre, en appendice des Lrges Lan-

GOBARDORUM.

*) Infra, p 680.

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