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LES CAROLINGIENS DE FRANCE

été élevé dans des idées de grandeur * que seule la dignité d'empereur romain pouvait satisfaire. Son royaume comprenait déjà la plus grande partie de l'ancienne Gaule, qui était, après Tltalie, la contrée qui avait gardé le mieux l'empreinte de la culture romaine. Elle ne comptait pas moins de dix provinces ecclésiastiques, qui perpétuaient le cadre de l'administration impériale. Toutefois, depuis l'irruption des barbares dans la Gaule, il en était resté sur son sol des sédiments disparates : Francs, Goths, Bretons, Bourguignons, Gascons, qui, à mesure que Ion s'éloignait de la grande époque de Charlemagne, revenaient à leurs anciennes habitudes d'indiscipline et de déprédations ; et pour comble, les Normands, nouveaux barbares, profitaient de ces troubles pour se livrer à un pillage en règle. Au milieu de ce désordre, seule l'Église gallicane présentait l'image d'un gouvernement régulier, animé d'un esprit de corps, tenant des assemblées périodiques et continuant à promulguer des capitulaires plus sages qu'efficaces *. S'appuyer sur son épiscopat, pour tenir tête à l'insubordination de ses grands laïcs, telle a été la politique suivie par Charles le Chauve durant trente ans de luttes avec des alternatives de revers et de succès. Vis à-vis des Bretons, il échoua. Leur duc, Néminoé, aspirait maintenant au titre de roi. Il s'efforça de séparer ses évéques de Bretagne de l'Église gallicane en leur donnant un métropolitain indigène' et, avec leur concours, de fonder un royaume breton. Son fils Erispoé en étendît les frontières par la conquête des comtés francs voisins, et après une campagne malheureuse, Charles le Chauve fut obligé de conclure le traité d'Angers, qui lui laissait ses conquêtes et son titre à condition de reconnaître la suzeraineté nominale des Francs (A® 851)*. Charles le Chauve se retourna ensuite contre Bernard de

i) Supra, p. 648.

2) Capitularia vol. II, n» 257, 258, 266, 272.

8) Duchesne, Fiistes épiscopaux. Paris, 1890, vol. Il, p. 256.

*) Annales beriiniani, 852.

Barcelone, lancien favori de sa mère, mais qui faisait maintenant cause commune avec Pépin II d'Aquitaine et qu'il fit décapiter (A° 844). Le même sort atteignit le fils de Bernard, qui essaya de reprendre Barcelone par surprise (A^ 850)*. Quant aux Aquitains, Charles le Chauve n'épargna aucune démarche pour se les concilier. Il leur avait d'abord rendu leur roi particulier Pépin II «. Après la révolte et Téloignement de celui-ci (A® 853), il leur donna pour roi l'un de ses fils : d'abord Charles l'Enfant ; après la mort de celui-ci, Louis le Bègue (A° 866)^. Mais le vent d'insubordination qui soufflait partout, pénétra jusque dans la maison royale, et Charles le Chauve passa une partie de son règne à se chamailler avec ses propres enfants. Avec son fils Charles, il se brouilla à l'occasion d'un mariage mal assorti. Louis le Bègue, celui qui devait lui succéder, tomba deux fois en disgrâce. Un troisième, Carloman avait été tonsuré dès sa jeunesse. Mais ce moine malgré lui rompit deux fois la clôture do son couvent* pour se livrer à une vie d'aventures et de scandales, auxquels on mit fin en lui crevant les yeux. Dans sa mauvaise humeur contre ses enfants, Charles le Chauve avait un jour songé à les déshériter ^ Il eut aussi à se plaindre de sa fille Judith, qu'il avait fait épouser à l'âge de 13 ans au vieux roi anglosaxon, Ethelwolf*^, le père d'Alfred le Grand. Veuve à

*) Annales bertin. 848, 850.

^) Voir les Regestes des Pépins d'Aquitaine, 44 n*'* p. p. Giard ; Paris, 1901 (dans Bibliothèque E des Chartes, vol. 62).

3) Annales bertin. 866.

*) Il est & remarquer que le pape Hadrien II prit fait et cause poar cette ▼ictime du cloître. Reg. n« 2940-42.

^) C'est ainsi qu'il faut interpréter la cérémonie de Soissans de 866, la consecratio Hermintnidis Reginae, dont le texte figure aux Capitularia, ▼ol. II, n^ 301. Cette henedictio Reginae y d après le contexte, est moins un couronnement qu*un renouvellement de la bénédiction nuptiale, à l'effet de lui donner, après 24 ans de mariage et après huit naissances, d'autres héritiers, cérémonie aussi bizarre qu'inopérante d*ailleurs.

^) En 855, lorsqu'Ethelwolf traversa les États de Charles le Chauve en revenant de son pèlerinage à Rome, supra, p. 681.

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