LES CAROLINGIENS DE FRANCK
se divisèrent, les uns partisans du Carolingien de Touest, les autres tenant, avec Engelberge, pour les Carolingiens de lest. Charles le Chauve prit les devants. Forçant le passage des Alpes, que les deux fils de Louis le Germanique essayèrent en vain de lui barrer, il reçut à Pavie les envoyés romains et arriva sain et sauf à Rome, où le sacre impérial eut lieu le jour de Noël, 75 ans après celui de Charlemagne (A° 875)*. Le pape Jean VIII avait fondé les plus grandes espérances sur ce successeur de Charlemagne, qui devait Taider à repousser les Sarrasins et à tenir tête aux factions italiennes. Mais il avait compté sans la jalousie de Louis le Germanique, qui se vengea de Téchec de ses plans sur l'Italie en ravageant les États de son frère absent. II mourut, il est vrai. Tannée suivante pendant que Charles se faisait acclamer empereur par les Italiens à Pavie, par les Francs à Ponthion (A°876)^ A son tour, Charles voulut profiter de la mort de son frère pour corriger à son profit le traité de Meersen et reprendre Aix la Chapelle avec le reste de la Lotharingie; mais, arrivé aux bords du Rhin, il se heurta à l'armée rassemblée par son neveu, Louis le Jeune d'Allemagne, qui lui infligea à Andernach une défaite humiliante et complète. Ainsi le résultat le plus clair de l'élévation de Charles à l'empire est d'avoir brisé le concert carolingien et multiplié les sujets de querelle dans la chrétienté.
Cependant Jean VIII, qui n'avait pas moins à se plaindre des chrétiens voisins de ses États que des Sarrasins, assiégeait l'empereur de ses appels désespérés^. Avant de reprendre le chemin de l'Italie, Charles avait encore à compter avec les Normands, dont il acheta la paix moyennant un nouveau tribut imposé à ses sujets*. Il réunit ensuite une assemblée nationale à Kiersy, où il délégua la régence du royaume à
1) Annales bertin, 875. — Libellus de imperat, polestate. *) Les Acta du synode de Pavie dans les Capitularia vol. Il n® 221, avec la Gonfirmatio du synode de Ponthion, 876, ib. n** 279. 3) Rkg. n^ 3077-79.
*) Annales bertin. 877.
son fils Louis le Bègue, en l'entourant de deux conseils d*évôques et de comtes, l'un pour la Lotharingie, l'autre pour le reste de ses États : dans cette assemblée, il soumit aux délibérations et à l'approbation de la nation les célèbres capitula de Kiersy, concernant le gouvernement intérimaire tant du royaume que des évôchés et des comtés qui viendraient à vaquer pendant son absence*.
En Italie, l'empereur se rencontra une dernière fois à Pavie avec Jean VIII, qui procéda au couronnement de sa seconde femme, Timpératrice Richilde*. Charles y attendit vainement l'arrivée des grands du royaume, qui devaient lui amener leurs armées. Cette expédition était impopulaire, et Tépiscopat franc lui-même y était défavorable. Le temps était passé où lenthousiasme pour S. Pierre précipitait sur la route de l'Italie les Francs de Pépin et de Charlemagne. L'élan de la nation était brisé. Les énergies semblaient s'être épuisées dans les dissenssîons intestines. Charles, découragé, dut reprendre le chemin de son pays, tandis que son compétiteur Carloman pénétrait dans Pavie ^. Saisi de la fièvre, l'empereur succomba en route dans une cabane des Alpes (A°877), d'où ses restes ne furent ramenés que sept ans plus tard à la nécropole royale de St-Denys. Ainsi disparaissait subitement le cinquième empereur carolingien, à Tâge de 54 ans, après avoir porté la couronne impériale pendant deux années à peine, avec plus de faste que de fruit : car ses actes, comme empereur, se réduisent à des cérémonies et à des protocoles.
Louis le Bègue, son unique héritier, qui lui succéda sans diflSculté en France, était incapable de reprendre la lourde succession de l'empire. Il mourut d'ailleurs au bout de deux ans (A® 879)*, laissant deux fils encore jeunes, qui ne devaient guère régner plus longtemps : Louis 111 de
^) Cap. de Kiersy 877 dane les Gapitularia» vol. II, n® 281. ») Annales bertin. 877.
3) Annales fuldenses^ 877, * Annales bertin, 879.
LA GERMAMIE FRANQUE. 707
France, qui mourut en 882, Carloman, qui sii^ivit ce dernier dans la tombe deux ans plus tard, en 884v Le pape Jean VIII, qui ne pouvait se passer d'un empereur, s'était déjà pourvu ailleurs : il s était tourné vers les Carolingiens de la branche germanique.