‹ Histoire du moyen âgeChapitre 9 sur 114 · ORIGINES CELTIQUES. Ô · texte numérisé non relu

ORIGINES CELTIQUES. Ô

Bretagne) et YHibernie (Irlande). Dans la Bretagne ^ il faut distinguer un premier groupe de Celtes réputé indigène^ parce qu'il datait d'une haute antiquité, du groupe des Belges et des AtrébaceSy arrivés plus récemment de la Belgique^. Les Bretons indigènes portaient les noms de Cantii (Kent) et Dumhans (Devon) au sud ; THnohantes sur la Tamise ; Brigantes au nord de THumber ; il faut y ajouter, dans le pays de Galles, les Silures^ qui passaient pour apparentés aux Ibères de l'Espagne^, et dans la moderne Ecosse les Calédoniens, appelés aussi Pietés^ par les Romains, à cause de leur coutume barbare de se tatouer le corps. Les mêmes noms de certains peuples se retrouvaient en Irlande, tels que les Brigantes et les Belges Ménapiens^ par suite d'invasion récentes. Ivemes ou lemes (Irish) y était le nom commun des indigènes.

Les Celtes du continent se répandirent aussi dans les contrées plus civilisées de l'Europe méridionale, et promenèrent leurs armes successivement : au vi^ siècle^, au delà

1) Sur la Bretagne avant l'époqae romaine, les testes classiques sont : César, IV, 20-36; V, 8-23; Tacite, Âgricoia; Ptolémôe, Geoçr. II; Dion Caasins. Voir, parmi les modernes, Rhjs, Celtic Britain, Londres, 1882.

*) César, V, 12 : «pars interior ab iis incolitur quos natos in insula ipsi memoria proditum dicunt. •

^ D'après César, la cause de cette migration des Belges en Bretagne serait : • praedae ae belli inferendi causa » (ib,). On pourrait Texpliquer mieux par Tinvasion en Belgique des Germains ci-dessus, qui en ont chassé les tribus celtiques « Galles, qui ea loca ineolerent, [Germanos] expulisse n (W, II, 4}. Où ces Gaulois ont-ils émigré ?

4) Tacite, Agricoia, c. 11.

>) Euméne, Paneg, Const. Aug. VII « Caledonum aliorumque Pictorum. • Sur les discussions interminables an sujet du nom des Pietés ou Peghies et au sujet de leur nationalité (bretonne on gadhéle ou germanique?) voir Dieffenbach, CelHca II, 2, p. 208-292 ; p. 325-337 ; Rhjs, CéUie Britain, p. 235. La solution la plus simple est d'admettre Calédoniens et PiK^es, comme noms sjnonjmes, l'un indigène, l'autre latin, de cette portion de la Bretagne demeurée barbare, et où s'est conservé le tatouage autrefois commun à tous les Bretons. César, V, 14. La forme Peghte ne serait qu'une déformation anglo-saxonne du vocable latin.

*) Cette date de l'établissement des Celtes en Espagne est conjecturale : on est porté à croire qu'ils j sont arrivés avant l'époque d*Hérodote (v* siècle),

b HISTOIRE DU MOYEN AGE.

des Pyrénées, en Espagne; au iv* siècle, au delà des Alpes,' en Italie; au m* siècle au delà du Danube, en Thrace, d où ils portèrent leurs ravages en Grèce et jusqu'en Asie-Mineure (les Galates). A l'époque de leur plus grande expansion, les Celtes occupaient plus de la moitié de TEurope, des extrémités de r Ecosse jusqu'aux Apennins et des montagnes de la Bohême au littoral de l'Atlantique. Mais, faute d'une organisation politique commune, les Celtes, en se dispersant, se sont affaiblis et se sont trouvés ainsi hors d'état de résister aux attaques de leurs voisins, des Germains d une part et des Romains de l'autre. Partis du nord, les Germaine refoulèrent les Celtes devant eux, les rejetant au midi au delà du Danube, à l'ouest au delà du Rhin. Déjà les Germains avaient profité des divisions qui régnaient entre les Gaulois pour franchir ce dernier fleuve, lorsqu'arriva César à là tête de ses légions romaines (A^ 58 ante C). César se présentait aux Gaulois comme libérateur, pour les aider à repousser les Germains d'Arioviste au delà du Rhin. Unefois en Gaule, les Romains n'en sortirent plus. César y passa huit ans à réduire les Gaulois sous la domination romaine. Auguste organisa le pays conquis en provinces, et à partir de ce moment, les Gaules formèrent la portion la plus considérable de l'empire en Occident. Sous le môme règne d'Auguste, son gendre Tibère joignit encore à cette donaination les contrées celtiques situées entre les Alpes et le Danube, où furent organisées les provinces de Rhétie, Norique et Pannonie.

Après Auguste, les Romains passèrent du continent dans l'Ile de Bretagne, dont la conquête fut achevée au ii* siècle, sous Domitien, par le général Agricola, sauf la Calédonie. Les Romains renoncèrent à soumettre les tribus barbares de

qui les mentionne dans le voisinage des Cjnétes de la Lasitanie. D'autre part, au vi« siècle, lors de la fondation de Marseille par les Phocéens, il est question d'une migration gauloise, des Gaulois de Bellovése (Justin, 43 : 5, Tite-Live, V, 34\ qui semble impliquer une poussée générale des peuples celtiques du nord vers le sud.

ORIQINBS CBLTIQURS. 7

€6 dernier pays ; ils se bornèrent à élever une barrière forti^ fiée à travers l'isthme qui sépare l'Angleterre de TÉcosse, de façon à couper la communication entre la Bretagne romaine et les barbares du nord. Ceux-ci conservèrent ainsi leur indépendance ; les tribus celtiques de l'Irlande ne furent pas non plus inquiétées. Mais, sauf ces deux points extrêmes deTOcddent*, toutes les contrées celtiques font dès lors partie de l'empire romain et ont perdu, durant cette longue •domination, leur nationalité et leur langue^ pour adopter la langue, les mœurs et la civilisation du vainqueur. Ainsi ^explique que cette race, si puissante dans l'antiquité, n'a {)as pris» dans la formation de l'Europe moderne, une part proportionnée à son expansion géographique.

Institutions celtiques.

A l'arrivée des Romains, les peuples celtiques n'étaient plus tout à fait barbares. Déjà cinq siècles avant César, les Orecs avaient colonisé le littoral de la Qaule entre le Rhône et les Alpes, et ces colonies dont Marseille était la principale, furent là, comme ailleurs, des foyers de civilisation. Les Grecs ont appris aux indigènes de la Provence à

^) C*e0t là aussi que s^est maintenu ce qui reste des langues celtiques parlées autrefois dans la moitié de l'Europe : ce sont les trois dialectes des Gaëls ou •Oadhéles (forme primitiTe, qui exclut tout rapport aTec les QcUli), A savoir le gaë'lic proprement dit, Terse et le manx ; et les deux dialectes bretons, le Kjmri de la Grande-Bretagne (le comique du Comouailles est éteint depuis un siècle) et le bas-breton de la Bretagne française, importé sur le continent ^u T* siècle après J.-C.

<) Le bas-breton n^est pas une exception, puisqu'il appartient au groupe insulaire. Quant au celtique du continent, il en est question pour la dernière fois dans saint Jérôme, qui Tentendit parler aux environs de Trêves» au. iv* siècle^ •ce qui prouve qu'on ne parlait plus que latin dans les villes. Les inscriptions gauloises, au plus une centaine, les plus longues n'ayant pas plus de douze mots,sont insuffisantes pour reconstituer cette langue, qui parait aussi distante du bas-breton, que le bas-breton l'est du gadhèle. Aussi faat-il se défier des fantaisies des Villemarqué et autres bretonnisants A propos de soi-disant restes d'une littérature gauloise. Voir Pictet, Nouva essai sur Us inserlpUons gau* Mses, (Revue archéologique, 1867.)

8 HISTOIRB DU MOYBN AGE.

cultiver la vigne et Tolivier*. C'est à la Grèce que les Gaulois ont emprunté l'alphabet^ et la monnaie'.

Leur principale occupation était Tagriculture. Néanmoins ils avaient déjà des oppida ou bourgades fortifiées, où ils s'adonnaient aussi à l'industrie et au commerce. Us travaillaient les métaux, qu'ils tiraient des mines de la Gaule et des îles Cassitérides. Le commerce était facilité par les grands fleuves qui sillonnent le territoire de la Gaule. Les Venètes de l'Armorique s'adonnaient à la navigation et leurs voiliers d'un type spécial s'aventuraient déjà sur locéan Atlantique^.

Un fait non moins frappant, c'est l'existence de classes sociales bien tranchées, à savoir : les Druides, les chevaliers et les clients, qui formaient le peuple proprement dit*

Les Druides étaient organisés comme un ordre religieux, vivant séparé du reste de la nation, et exempt des charges publiques^. Ce n'était pourtant pas une caste, puisque leurs rangs étaient ouverts aux autres classes^ ; mais on n'y entrait qu'après un long noviciat, qui durait quelquefois vingt ans* Il y avait aussi des Druidesses^ Ils avaient un chef suprême ou grand-prêtre, dont la dignité était conférée à vie par élection ; ils tenaient des conciles généraux sur le territoire des Camutes (Chartres), considéré comme le centre de la Gaule*. Il y avait trois classes* parmi eux : \e& prêtres ou

^) Jastin, 43 : 4. « Ab is Galli usnm vîtae cnltioris... didicerant. Tanc et ▼item patare, tanc oUvam serere eongaerunt. •

*) César, VI : 14. « Graecis atantur litteris. • Et en effet, nos inscrip* tiens ganloises emploient Talphabet grec. Voir les fac-timiU de la Commission topographique.

") Maret, Catalogue des numnaUi gauloises de la BibUoiKèqtte nationale.

^) Sur la navigation des Vénôtes» César donne les renseignements les plus intéressante, BeU, Q. III, 13.

^) César VI, 14 : • Militiae vacationem omninumque remm habent immu* nitatem. »

«) César VI : 14; Pomp. Mêla III : 2.

7) Strabon IV, p. 197. Sur leur prétendu rôle de propbétesses, voir Reçue celtique 1 1. 18, p. 1. Quant à ces devineresses isolées que Ton rencontre çà ou là dans les biographies de quelques empereurs, elles n*ont aucun caractère ofSciel.

8) César, VI : 13.

9) Ammien Marc. XV : 9.

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