ANGLO-SAXONNE
Textes latins : Adam de Brème, Gesta pontifieum Hammaburg. p. p. Weiland, SS. in-8 de Pertz. — Elwerd (^thel weard), Chronicon de rehus anglicis; — Asserius, / e rébus gestis Alfredi : dans les Monumenta HiSTORicA BRITANNICA, Londres, 1848 in-fol. — Awnaies Inisfallentes : dans Rerum Hibernicarum SS. p. p. 0*CoDnor. Londres, 1826, voL II.
— Saxo grammaticus, Gesta Danorum, p. p. Holder. Strasbourg, 1886.
— TEXTES ANGLO-SAXONS : Two ofthe Saxon Chronicles, cité p. 309. - Textes Scandinaves : Snorro Sturleson, Reimshringla, p. p. Schnltz. Upsal; 1870-72, 3 vol. (verston danoise par J. Aal. Christiania, 1818, 3 vol.).
Travaux modernes : Outre les oavrages de Lappenberg, Kemble cités p. 159, Pauli, Kônig Alfred. Berlin, 1851. — Worsaae, Den Danske Erohring afEngland og Xormandiet, Copenhague, 1863. — Dahlmann, Geschichte van Dânnem arh, vol. I. Hambourg, 1840. — Manrer. Die Bekehrung des norwegischen Stammes. Munich, 1856, 2 vol.
Formation de la monarchie anglo-saxonne.
Les nations qui entouraient les États francs du x® siècle, peuvent se classer en quatre groupes : ce sont les États britanniques dans les mers de Touest ; les nations Scandinaves dans les îles et les presqu'îles entre la mer du Nord et la Baltique ; les nations slaves et magyares échelonnées le long 4e la frontière de Test, de la Baltique à l'Adriatique, enfin, au midi, les États méditerranéens, tant musulmans que byzantins. Dans Thistoire de ce temps, les deux premiers
groupes sont inséparables : en effet, du ix® au x* siècle, rhistoire Scandinave se résume dans Texpansion extérieure de ces nations maritimes, et les îles britanniques furent le principal théâtre de cette expansion.
Quand les pirates danois vinrent assaillir ces lies, la race anglo-saxonne, qui en occupait la plus grande partie, passait par une phase critique de sa formation : c'est le moment où Theptarchie faisait place à la monarchie, et les attaques des pirates ont tout à la fois accéléré et contrarié ce mouvement de concentration. Ils l'ont, d'une part, accéléré en démontrant la nécessité de concentrer ses forces pour leur tenir tête ; et d'autre part, le royaume à peine fondé a succombé à deux reprises dans le cours de la lutte : une première fois, l'Angleterre a été partagée entre Saxons et Danois ; la seconde fois elle est devenue tout entière danoise.
Moins heureuse encore fut la destinée de l'île sœur, l'Irlande, d'autant moins épargnée par les pirates qu'il n'y avait là aucun État organisé, capable de leur tenir tête. Ils y arrivaient principalement des côtes de la Norwège, ce qui leur valut le nom, plus conforme à l'orientation, dCOstmannen, c'est-à-diro, les hommes, non du nord, mais de l'est. Ils y firent des' stations prolongées à Dublin, • à Limerik, à Waterford*. De cette époque date la décadence de l'Irlande et de la civilisation précoce, dont elle avait été jusque là le foyer. Son malheur, elle l'a dû à l'esprit de clan, qui est propre aux institutions des Celtes insulaires, et qui y a empêché toute formation d'un Etat unitaire.
En Angleterre, par contre, la concentration monarchique s'est faite en trois étapes, marquées par la succession de trois grands souverains, Egbert, Alfred, Athelstan, issus tous trois de la vieille dynastie nationale du Wessex, la dernière survivante de Theptarchie.
ï) Annales inisfal. 837.
*) Giraldas Cambrensis. Topographia Hiberniae, c. 43.
770 HISTOIRE DU MOYKN AGK.
Première époque : Egbert et son fils Kthelwolf (800-8ri7).
Egbert, lauteiir d'une nouvelle branche de cette dynastie, (A" 800) Iorsqu*il fut appelé du continent, où il passa sa jeunesse comme exilé, au trône du Wessex, en rapportait des exemples de gouvernement recueillis au contact de sou illustre contemporain, Charlemagne. Il se mit aussitôt à l'œuvre. Il commença par.étendr) sa domination sur ses voisins les Bretons du Cornouailles (A" 809). La bataille d*Ellendun le rendit maître de la Mercie (A° 823), et il s'annexa, sans combat, les petits royaumes de Kent et d'Essex. Dans les rovaumes Anp:les des deux côtés de l'Humber, il se contenta d'exiger l'hommage de leurs princes respectifs (A*" 828). Enfin, après une victoire remportée sur les Bretons de Galles, Egbert se trouvait maître de l'île de Bretagne presque entière, avec une autorité plus effective que celle des anciens By^etwalda. Toutefois il se contenta de son titre de roi des West Saxons, laissant à son fils Ethelwolf le royaume de Kent. Presque aussitôt commencèrent les attaques sérieuses des pirates danois. Jusque là ils ne s'étaient attaqués qu'aux populations inotfensives des abbayes des îles ou des côtes, dont Lindisfarne avait été surtout éprouvée*. Cette fois ils entamèrent une campagne en règle avec le concours des Bretons du Cornouailles : Egbert dut leur livrer la bataille de Hengestdun, qui tourna à son avantage (A*" 835). Il mourut l'année suivante (A"" 8361
Son successeur Ethelwolf eut de nouveau affaire aux Danois, qui par deux fois poussèrent jusqu'à Londres. Mais après la victoire qu'il remporta sur eux à Ocley (A'' 851), la fin de son règne de 22 ans fut assez paisible pour lui permettre d'entreprendre le pèlerinage de Rome (A° 855)*, ou il avait déjà auparavant fait bénir par le pape son plus jeune fils, Alfred, qui ne semblait pas appelé à lui succéder,
ï) Annales mo7iastiques, 793. — Alcuin, Epistolae n° 22 et 23 (Jaffé) et Carmen de clade Lindisfarn^ dans les Poktab carolim, I, p. 229. 2) Supra, p. 681.
ayant trois frères plus âgés. Ceux-ci reçurent assez mal à son retour le vieux monarque, qui, en repassant par la France, en ramena comme épouse la très jeune Judith, fille de son allié Charles le Chauve *. Pour éviter une lutte ouverte, Ethelwolf céda son rovaume deWessex àEthelbald, son aîné, pour se retirer dans le royaume de Kent, où il mourut peu après (A° 858).
Deuxième époque Alfred le Grand et son fils Edouard I (871-925).
Le plus grand des rois anglo-saxons, Alfred, quatrième des fils et successeurs d'Ethelwolf, a eu l'honneur d'être comparé à Charlemagne, et en elfet, il en approche par son talent d'organisateur, bien qu'il n ait guère pu le déployer que sur un très petit théâtre. C'est sous Alfred, en effet, que les attaques des Danois, de plus en plus puissants, manquèrent de renverser son royaume. Us avaient commencé à se fixer sur le sol, d'abord en Northumbrie (A*^ 866), ensuite au sud de THumber, en Est-Anglie (A° 870) ; après avoir fait subir le martyre au roi du pays, S. Edmond, un chef danois, Gothorm (Gorm), prit sa place et fonda ainsi en Est-Anglie un premier royaume danois. Le Wessex allait avoir sou tour : la lutte fut acharnée. Le fils alors régnant d'Ethelwolf, Elhelred, ne livra pas moins de neuf batailles, dont la dernière, celle de Merton, fut un désastre pour ses armes et causa sa mort. C'est dans ces circonstances critiques que son jeune frère Alfred fut appelé au trône (A"" 871). 11 ne fut pas plus heureux d'abord que son prédécesseur. 11 arriva même un moment où il fut condamné à s'évader dans un refuge au milieu des marais inaccessibles du Somerset. Ralliant dans l'île d'^i]telney un petit noyau de braves, il commença une guerre de surprises, qui eut un succès inattendu. Bientôt d'autres Saxons affluèrent dans son camp, et lui permirent de remporter sur les Danois -une victoire décisive, celle d'Ethandun. Les envahisseurs
ï) Supra, p. 10 i.
entrèrent en négociations. En vertu du traité conclu entre Alfred et Gothorm*, ce dernier conservait son royaume d'Est-Anglie, à condition d'embrasser le christianisme. Ce n en était pas moins un démembrement de TAngleterre. On y distingue, à partir de ce traité, trois régions : le pays des Anglo- Danois, Danelaga, qui ne comprenait pas moins de quinze shires ou cantons ; le pays des Anglo-Saxons, Wesi- Saxenlaga, avec neuf cantons, et l'ancienne Mercie, Merchenelaga, avec huit cantons. L'autorité directe d'Alfred ne s'étendait que sur les cantons du Wessex, plus sept petits cantons dans le Cornouailles. Il délégua le gouvernement de la Mercie à un régent Ethered, qui avait épouséune de ses filles. Toutefois les Danois conservaient en Mercie cinq bourgs importants. Par contre, la ville de Londres leur fut reprise et annexée à la Mercie. Alfred tenait sa résidence à Winchester en Wessex.
11 s'agissait avant tout de réorganiser l'État ébranlé par l'invasion danoise : c'est en cela qu'Alfred a mérité d'être considéré comme une sorte de Charlemagne britannique. Il est le premier souverain qui eut l'idée d'une organisation financière : il dressa le budget annuel de ses revenus et en régla la destination : une moiiié était consacrée aux églises, aux écoles et aux pauvres. De l'autre moitié, il fit trois parts, l'une pour les besoins de l'armée, la seconde pour les travaux publics, et le reste constituait une réserve pour l'imprévu. En réorganisant Tarmée, il allégea le poids decette charge, par un roulement mensuel et annuel entre les contingents fournis par les habitants et proportionnés à leur fortune. Son budget de guerre lui permit d'entretenir desgarnisons permanentes sur les points fortifiés du territoire. Il est aussi le créateur de la marine anglaise. Pour combattre les pirates sur leur élément, il fit un groupement des centaines du littoral, qui devaient par groupes de trois
>) Foedus inter Alfreium et Guthrun yen aoglo-iison) dins Tborpe,. Ancient Laws, p. 6Ô.
contribuer à la fourniture d'un navire. Les premiers équipages furent recrutés à l'étranger, parmi les populations maritimes de la Frise. Enfin, pour assurer le service destribunaux, il réorganisa les centaines, dont chacune formait, sous la présidence du Shérif, une assemblée judiciaire composée des notables. Il fit pour eux un code ou recueil des Domas ou décisions judiciaires promulguées par ses prédécesseurs et de celles qu'à son tour il promulgua avec le concours de ses hommes de loi^
Restait à restaurer les études, autrefois si renommées chez les Anglo Saxons, mais tombées au point qu'il fallut emprunter de nouveaux maîtres à l'étranger. Alfred fit venir du pays de Galles l'évoque Asher, son biographe, de la Flandre le moine Grimbald de St Omer, de l'Allemagne un autre moine, Jean de Corvey. Comme Charlemagne, Alfred s'intéressait à la culture littéraire de la langue nationale. Il fit plus. Il traduisit lui-même, dans ses loisirs, en anglo-saxon les ouvrages latins les plus nécessaires à l'éducation du clergé, soit de théologie, comme la Régula pasioralis de S. Grégoire le Grand, soit d'histoire, tels qu'Orose pour Yhistoire universelle et Bède pour Yhisloire nationale. Grâce à lui, l'Angleterre eut une littérature nationale avant tous les autres peuples modernes.
Alfred, en mourant, léguait un royaume prospère à son fiils Edouard 1 (A^ 901), qui l'agrandit encore. La guerre danoise recommença à la suite de la rébellion de son cousin Ethelwald, avec lequel fit cause commune le roi danois d'Est*Anglie, Eric, successeur de Gothorm, tous deux succombèrent dans la lutte (A° 905), et un autre Gothorm, successeur d'Eric, s'empressa de renouveler le traité précédent*. En même temps, la sœur d'Edouard, demeurée régente de Mercie après la mort de son mari Ethered, enlevait aux Danois leurs cinq bourgs, et étendait son
1) Sur les Domas d'Alfred, supra, p. 560.
•) Traité conclu entre Edouard ei GuLhrun (en anglo-saxon) dans Thorpe, e«^, p. 71.
autorité sur le pays de Galles. A sa mort (A° 918), Edouard réunit la Mercie au reste de ses Etats. Il reçut également la soumission des chefs danois et bretons qui se partageaient le reste de la Grande-Bretagne, en sorte qu elle ne formait plus qu'une monarchie, lorsqu il mourut (A'' 824).
Troisième époque : d'Athelstan à Edgard (925-975).
La monarchie anglo-saxonne atteint enfin son apogée sous les successeurs d'Edouard. Au Wessex, à la Mercie, qu'il obtint en héritage, son fils Athelstan joignit encore la Northurabrie, devenue vacante par la mort du danois Sihtric, son gendre. 11 prit alors le titre nouveau de roi des Angles, et c'est de là que son royaume a reçu le nom qu'il conserve, à^A7îgleterre, La puissance de ce royaume est constatée par 1 éclat de ses alliances de famille avec les premières maisons du continent. De ses sœurs, l'aînée, Ogive, avait épousé le Carolingien, Charles le Simple, et c'est à la cour d'Athelstan qu'Ogive trouva avec son jeune fils, un refuge, après la chute du Carolingien (A° 924)*. Une sœur d'Ogive, Edhild, était mariée en France aussi au chef de la maison rivale, Hugues le Grand, et c'est le rapprochement de ces deux maisons qui facilita le retour du neveu d'Athelstan (A"* 936), Louis d'Outre-mer, sur le trône de ses pères. Enfin le fondateur de la maison de Saxe, le roi Henri I obtint la main d'Edith, la troisième de ces sœurs, pour son jeune fils, qui devait porter dans l'histoire le nom glorieux d'Otton le Grand {A° 929),
Sur la fin de son règne, Athelstan fut aux prises avec une coalition de lous les éléments réfractaires de la Grande Bretagne, des Danois sous Olaf, un chef revenu de l'Irlande, des Celtes du Cumberland, sous leur prince Owen, et des Scotes ou Celtes de la Haute-Ecosse sous leur roi Constantin. La rencontre eut lieu en Northumbrie, à Brunaburgh et se termina par la victoire des Anglais,
*) Supra, p. 751.
l'une des plus célèbres dans l'histoire du temps (A*" 937)*. Toutefois, quand le roi Edmond succéda à son frère Athelstan (A*^ 940), les Danois reconquirent le terrain perdu, et l'Angleterre fut refoulée dans les frontières fixées autrefois par leur traité avec Alfred. Comme Edmond laissait en mourant deux fils trop jeunes pour régner, le royaume passa à son frère Edred (A° 947), pour revenir à ses enfants à la mort de celui-ci (A^ 955). Mais son aîné, Edwig, ne conserva que le Wessex, tandis que la Mercie se donnait au second, Edgard. A la mort d'Edwig (A"* 958), Edgard réunit encore une fois toute l'Angleterre, y compris la Northumbrie, qu'il démembra comme trop étendue et trop distante du Wessex : il y créa deux gouvernements, répondant aux anciens royaumes de Bernicie et de Déira. De plus il en céda une partie au roi Kennet de la Haute- Ecosse ( HighlandsJ, sdiYoir le Lothian,qui est devenu laBasse-Écosse (Lowlands) et où les Scotes, en se mêlant aux Angles indigènes se sont germanisés avec le temps : de cette époque date le royaume d'Ecosse dans son étendue actuelle. En retour de cette cession, le roi d'Ecosse accepta la suprématie d'Edgard, qui depuis aifecte, dans ses diplômes, de s'intituler « empereur et maître de la Bretagne entière et de toutes les nations qu'elle contient »'. Le règne d'Edgard fut d'ailleurs pacifique. A l'exemple d'Alfred, il donna tous ses soins à la marine et sut tenir les pirates à dislance des côtes britanniques, dont il faisait chaque année le périple. Il eut le bonheur d'être secondé dans la réforme dont l'Eglise et rÉtat avaient un égal besoin, par un grand homme d'Église, S. Dunstan, qu'il éleva au siège de Cantorbéry (A"" 961)^.
i) C'est à cette bataille que se rapporte la plus ancienne ballade historique en anglo-saxon, qui nous soit conservée, dans le Saxon chronicle A° 937. Voir une traduction dans Freeman, Old english Hisiory. Londres 1869, p. 155.
-) Diplômes a'Kdgard dans le Codex diplomaticus de Kemble, cité, p. 318.
3) \Ua S. DunUani: Acta SS. 19 raai» ainsi que dans Stubbs, Memorials uf iSt Dunstan, Londres, 1874.
On lui doit aussi le recueil connu sous le nom de lois dCEdgard'.
La royauté venait de triompher de tous les éléments réfractaires qui pouvaient entraver au dedans son action. Elle était fixée dans une dynastie unique, celle du Wessex*, sans être héréditaire selon une loi rigoureuse. Mais seuls les princes du sang étaient éligibles ; ils étaient les uEthelings par excellence, et il n'y avait pas d'autre noblesse du sang. Les Thanes, qui formaient l'entourage du roi, les Aiderman^^ auxquels il déléguait le gouvernement des provinces, n'étaient plus que des fonctionnaires royaux. C'est du dehors que devait partir le choc sous lequel la jeune monarchie anglo-saxonne succomba finalement.
Formation d'une monarchie Scandinave.
A l'époque où la monarchie anglo-saxonne jetait son dernier éclat, se formait, au delà des mers, dans les iles danoises, la puissance qui devait l'abattre. Le contact prolongé des chefs normands avec les États britanniques n'aura pas été étranger à cette transformation des États scandi-
^) Les lois civiles d'Edgard dans Thorpe, cité p. 111. Ses canons ecd. ib. p. 394.
') Généalogie de la dynastie du Wessez : Egbert 800-837
Ethelwolf 837-858
Ethelbald t 860 Ethelbert f 866 Ethelred I f 871 Alfred 871-901
Edouard TAncien 901-925
Ethelstan 9^5-940 Edmond 940-946 Bdrea 946-955
Edwig Edgard
3) Le terme de Earl, du danois Jarl (supra, p. 664), est plus usité dans le nord du royaume, où régnaient les Danois.
naves. Le fondateur de la première dynastie, Gorm le Vieux, avait séjourné en Angleterre et dut en rapporter la première idée d'un royaume organisé. Comment il sy prit pour opérer la concentration de tant d'îles et presqu'îles, Fionie, Jutland, Scanie, on l'ignore. Sans doute qu'il a fallu la durée exceptionnelle de son règne (860-935) pour avoir raison des autres chefs, ses rivaux, dont les uns firent leur soumission, dont les autres préférèrent s'expatrier.
Ce contact avec l'étranger n'a pas été sans influence sur la conversion des nations Scandinaves. La fondation de leur Église-mère, Hambourg, transférée ensuite à Brème, date, on l'a vu *, de Louis le Pieux (A"" 831). De là sont sortis une série d'évêques missionnaires, S. Anschaire, son disciple Rimbert, au viii® siècle, Unni et Adeldag au ix* siècle, qui ont poursuivi cette œuvre ingrate, avec des alternatives de succès et de revers. Transplantés au milieu de populations chrétiennes, les pirates normands ne faisaient aucune difficulté d'accepter le baptême, sans dépouiller tout à fait leurs mœurs payennes : ainsi en Frise Harald et Godfrid ; en Angleterre Gothorm ; en France Rollon. Mais la mèrepatrie demeurait réfractaire. Gorm, bien que sa femme, la célèbre Thyra, qu'il avait ramenée d'Angleterre , fût une princesse chrétienne*, continuait à se montrer pay en zélé. Son fils Harald (935-985), par contre, permit l'érection sur le sol Scandinave des premiers évêchés, Sleswig^, Ribe» Aarhus, . comme sufFragants de la métropole Brème-Hambourg (A"" 948)^. C'est encore à Otton le Grand qu'est due en grande partie cette nouvelle extension de la chrétienté. Enfin, avec le petit-fils d'Harald, Canut le Grand, l'Europe septentrionale devait entrer définitivement dans la famille des nations chrétiennes.
A Canut revient aussi l'honneur d'avoir mis fin à la piraterie dont les mers du nord avaient été si longtemps le
i) Supra, p. 642.
2) D'après Saxo Grammaticus, IX« c. 95.
3) Adam de Brém), M, c. 2 et 16.
théâtre. Quand les Danois se sont rendus maîtres de l'Angleterre , ce ne fut plus comme pirates , ce fut comme conquérants.
Mais cet événement, qui s accomplit au xi^ siècle, sort de notre cadre. La conquête danoise finit Tépoque anglosaxonne, qui a été pour les îles britanniques le pendant de Tépoque franque sur le continent.
§ II. — LE MONDE SLAVE ET LES HONGROIS JUSQU'A LEUR ENTRÉE DANS LA CHRÉTIENTÉ DU MOYEN AGE.
Textes latins : outre les auteurs cités, p. 723, Helniold, Chronicon Slavorum, p. p. Lappenberg. Hanovre, 1868 : dans les mêmes SS. in-8 de Pertz. — Textes grecs -. Léon, Tactica (P. Gr. de Migne, vol. 107 1.
— Theophanes continuatus p. p. Bekker (vol. 31 du Corpus H. Byzakt.i Constantin Porphyr. De administraiione Imperii, p. p. Bekker {ib, vol. 38). — Textes slavons : Nestor, Chronicon, avec version latine, p. p. Miklozich. Vienne, 1860. (Version française par Léger. Paris, 1884).
— Textes arabes, traduits en néerlandais par De Goeje. Amsterdam (ACAD.) 18S0, in-8.
Travaux modernes : Sayous, Origines et (époque payenne de thisioire des Hongrois, Paris, 1874. — Dussieux, Les invasions des Hongrois en Europe et spécialement e^i France, Paris, 1879. — Dudik, Màhrens Geschichte, vol. I. Brunn, 1860. — Giesebrecht, Wendische Geschichten, vol. I. Berlin, 1843. — Palaçky, Geschichte von Bohmen, vol. I. Prague, 1836. — Biidinger, Œstef^reichische Geschichte (jusqu'en 1056). Leipzig, 1858. — Rambaud, Histoire de la Russie. Paris, 1884.
Origine et institutions des Hongrois.
Dans l'histoire du monde slave, Tépoque de -formation s'achève vers le même temps par l'inauguration du royaume catholique de Hongrie, Les Hongrois ou Magyars, qui l'ont fonde, sont les derniers venus parmi les peuples européens. Ils n'ont quitté l'Asie, en effet, qu'au ix* siècle. Ils s'y rattachent à la famille des nations tshoudes ou finnoises*
1) Comme la langue magyare contient des éléments turcs, il y a désaccord entre les linguistes sur cette question d'origine, les uns donnant aux Magyars une origine turque, c'est la thèse de Vambéry, Der Ursprungder Magyaren, Leipzig, 1882, mais le plus grand nombre se prononcent pour l'origine finnoise : Millier; Budenz; Hunfaly, Die Ungern oder Aîagyaren, Vienne, 1881.
répandues au nord de la Russie actuelle depuis la Baltique jusqu'au delà de TOural. Mais tandis que les autres peuples de même origine, venus en Elurope avant eux, Huns, Avars, Bulgares, ont disparu comme races, absorbés qu ils ont été dans les pays conquis par Tclément indigène, les Magyars ont conservé jusqu'aujourd'hui leur langue nationale.
Lorsqu'on mentionne pour la première fois la présence des Magyars entre la Caspienne et le Volga, ils y vivaient en nomades sous la domination des Khazars, dont Tempire alors florissant occupait la plus grande partie des contrées au nord de la mer Noire*. Ce qui a donné le branle à l'émigration des Magyars, c'est l'arrivée d'un autre peuple barbare, les Patzinaces ou Pétchenègues, mélange de Turcs et de Mongols, longtemps la terreur de tous leurs voisins par leurs mœurs sauvages et leur rage de destruction. C'est en fuyant ces ennemis redoutés que les Magyars se sont jetés sur l'Europe, où ils sont devenus à leur tour redoutables.
En Europe, ils sont connus tantôt sous le nom de Turcs, que leur donnent les Byzantins, tantôt sous celui de Hitns^, qui prévaut chez les Francs. Les Slaves les ont appelés Ugr; leur nom indigène est Magyar, nom qui a passé, d'une de leurs tribus, à l'ensemble de la nation.
Peuple nomade, les Magyars n'avaient qu'une organisation embryonnaire, plus militaire que politique : ils étaient groupés en sept hordes ou tribus, comptant ensemble 108 familles, plus une huitième horde fournie par une fraction des Khazares qui se joignit à cette migration. Leur méthode de combattre était celle des peuples asiatiques, jamais qu'à cheval, chargeant ou fuyant tour à tour, de façon à dérouter l'ennemi, et aussi redoutables, grâce à leurs arcs, à distance que de près. Leur paganisme consis-
1) Supra, p. 379.
-) Les Hongrois eux-mêmes prétendent se rattacher aux Huns dans leur légende nationale. Sur ces origines légendaires, voir Thierry (Amédée), Attila et ses successeurs, Paris, 1804, vol. II.
tait en une sorte de dualisme, analogue à la religion persane. Ils avaient dès lors une dynastie, qui commence avec Arpad*, et dont la longue durée, du ix*^ au xiv^ siècle, leur a valu la perpétuité de leur indépendance nationale. En Europe, ils continuèrent pendant près d'un siècle leur vie nomade, ne vivant que de pillage, du butin, ainsi que des tributs qu'ils arrachaient à la faiblesse des derniers Carolingiens. Mais leur action a été surtout destructive chez les peuples slaves, qui en étaient précisément alors à la phase critique de leur première formation.
Les commencements des naUons slaves.
L'histoire nationale des Slaves ne commence qu'avec leur entrée dans la famille des peuples chrétiens. Sur leur époque payenne, on n'a que des données sporadiques, fournies par les relations intermittentes qu'ils ont eues avec les nations déjà chrétiennes. Francs ou Byzantins. Ce que leurs chroniqueurs d'une époque plus récente nous racontent sur leur formation historique, se réduit à des fables populaires, combinées avec des conjectures d'érudit. Ici, comme ailleurs, les nations ont commencé avec les dynasties. Avant cela, il n'existait qu'une masse indistincte au sein de laquelle Wendes, Bohèmes, Moraves, Polonais étaient encore confondus. Tel est le sens de la légende quand elle représente comme deux frères Check, l'éponyme des Bohèmes, et Leck, l'éponyme des Polonais. De part et d'autre la légende pose comme point de départ de la dynastie un laboureur qui devient roi. Chez les Bohèmes, c'est Prémysl, qu'une princesse légendaire, Libussa, appelle de son champ au trône. Chez les Polonais, c'est Piast, qui n'est non plus qu'un paysan, mais signalé par son hospitalité*. Ils auraient
^) Cette dynastie se partageait en plusieurs branches dont on trouvera une généalogie dans Constantin porphyr. De administr, imperif, chap. 40 : De Turcis (vol. 113 de la P. Gr. de Migne, p. 322).
-) Sur ces lég3ndes nationales, cf. Shafarik, Les Antiquités slaves (version allem.) vol. II, p. 368, p. 422 ; Rôpell, Geschichte Polens, vol. I, Hambourg, 1840; Palaçky, cité, vol. I.
réussi , Tun et l'autre , à imposer leur autorité à leurs contemporains et à la transmettre à leurs descendants. A partir de ce moment, nations et dynasties confondent leurs destinées. En Bohême, les Prémyslides régneront jusqu'en 1310 ; En Pologne, les Piast ne s'éteindront qu'en 1370. C'est la dynastie qui a été le premier facteur de l'indépendance nationale dans ces pays, et qui leur a conservé leur type historique, même sous des maîtres étrangers. Par contre les populations slaves répandues sous le nom de Wendes entre l'Elbe et l'Oder, manquant de cohésion faute d'une dynastie, sont tonabées dans l'entière dépendance de l'empire franc d'abord, de l'empire germanique ensuite, qui, dans le cours du moyen âge, finit par absorber leur nationalité.
D'autres nations slaves dont la dynastie n'a eu qu'une existence éphémère n'ont pas réussi à se consolider : telle a été la destinée de l'empire morave, qui n'a pas duré plus de trois générations. Son fondateur Moymir est déjà renversé par un neveu, Ratislav, qui s'empare du pouvoir avec l'appui de Louis le Germanique (A"* 846)* Ratislav, devenu suspect à son protecteur par ses allures indépendantes, est trahi à son tour par son neveu Swatopluk, qui le livre aux Francs (A° 870)*. Swatopluk, bientôt brouillé avec les Francs, leur tint tête pendant vingt ans. Sous son règne, l'empire morave atteignit son apogée : il s'étendait au nord sur la Bohême, au sud sur toute la Pannonie jusqu'au Danube. Mais cet empire, attaqué à l'ouest par Temperôur Arnulf, à l'est par les hordes hongroises, ne lui survécut pas. A sa mort (A"" 894)', à la faveur de la rivalité de ses deux fils, Moymir II et Swatopluk II, les Hongrois leur enlevèrent la Pannonie, tandis que le reste de la Moravie tombait dans la dépendance des Prémyslides de Bohême.
^) Annales fiddenses, 846.
2) Ih. 870.
S) Ib. 894.
La première chrétienté slavonne : SS. Cyrille et Méthode*.
NoH moins éphémère fut l'éclat qu a jeté en Moravie la première chrétienté slavonne. Confinant aux deux églises qui se partagent la chrétienté, le monde slave était ouvert à deux propagandes, Tune byzantine, l'autre latine, dont la concurrence donnait lieu à des conlîits fâcheux et de nature à retarder les progrès du christianisme. Déjà Ion avait vu chez les Bulgares, leur premier prince catholique, Bogoris (Boris), passer de la mission byzantine à la mission latine et contribuer ainsi à la funeste scission de Photius. C est peutêtre ce qui suggéra à deux missionnaires grecs de Thessalonique, à Méthode et à son frère Constantin-Cyrille, l'idée hardie de doter les Slaves d'une liturgie nationale, en langue slavonne, partant plus accessible à des peuples incultes* On en fait honneur à Cyrille, surnommé le Savant (philosophas), et qui devait, en effet, s'être familiarisé avec plusieurs langues barbares, puisqu'il commença son apostolat en Crimée, chez les Khazars. Que le Méthode que Ton rencontre à cette époque comme missionnaire chez les Bulgares, soit son frère, il n'est pas certain. Mais c'est la Moravie qui a été le théâtre commun et principal de leur zèle apostolique. Le christianisme n'y était pas inconnu. Moymir, le fondateur de la dynastie, son successeur Ratislav, avaient été baptisés, à la suite de leurs relations avec la Germanie franque. C'est même Ratislav qui fit appel aux deux frères de Thessalonique, pour les opposer à la mission germanique (A® 863). Ce qui est nouveau, c'est leur liturgie, à l'usage de laquelle Cyrille dut inventer un alphabet, la Cyriliiza',
1) Sur Cyrille et Méthode, voir la littérature dans Hergenrother, ci/c, vol. H, p. 191. — Ajouter : Léger, Cyrille et Méthode. Paris, 1867. — d'Avril, S, Cyrille et 5. Méthode. Paris, 1885,
^) Il y a en réalité deux alphabets slaves, le glagolitique, usité chez les Slaves de l'Adriatique, et le q/rilique, qui a prévalu chez les Bulgares, les Serbes ainsi que les Russes, qui en ont dérivé leur alphabet civil. Sur lorigine de cette différence, voir Jagitsch, GlagolHica, Vienne (Acad.) 1890, in-4.
LBS ÉTATS SLAVES. 783
et traduire en vieux slavon une partie des Livres-Saints * . Mais leur œuvre fut entravée par les protestations du clergé germanique et dénoncée à Rome, où les deux frères allèrent s'expliquer en personne*. Cyrille y mourut (A'' 8t)9); son frère survivant retourna en Moravie, pourvu par le pape de la juridiction épiscopale dans toute Tétendue de sa mission, et avec une approbation conditionnelle de sa liturgie. On ne lui suscita pas moins de nouvelles difficultés jusqu a sa mort (A° 888), qui fut suivie d'une réaction germanique contre la liturgie slave. La chute de la puissance morave étoujïa la querelle, mais entraîna en môme temps la ruine de cette chrétienté pleine de promesse.
Pour en revenir aux Hongrois, leurs dévastations se sont étendues bien au delà des marches slaves ; pas une contrée du continent dont les Annales n'en rappellent le passage avec effroi, non seulement en Occident, mais même dans les provinces de l'empire d'Orient.
Les invasions des Hongrois en Occident.
Une première irruption des Hongrois dans la Germanie franque est déjà mentionnée en 862, sous le règne de Louis le Germanique, sans aucun détail concernant le théâtre de cette apparition \
Il n'en est plus question que trente ans plus tard, sous le règne d'Arnulf, en 81)2, où ils apparaissent comme auxiliaires de ce prince dans sa lutte contre les Moraves de Swatopluk*.
^) C'est sans doute à la version de Cyrille que fait allusion Tlbrahim cité, (p. 207, De Goeje), lorsqu'il mentionne, sans nom d'auteur, une traduction slave des Evangiles chez les Bulgares. Sur la question de savoir si le vieux slavon répond au slave de Bulgarie ou au slave de Pannonie, voir Jagitsch, Zur Enisthehunggeschichle der kirchensîavischen Sprache. Vienne (Acad.), 1902, in-4.
*) Supra, p. 694.
3) Annales bertin. 862 : « Ilostes antea illis inexperti, qui Ungri vocantur. « — Annales Alemanici, 803.
^) Annales Fuldenses, 892. Supra, p. 725.
Deux ans plus tard, ils enlèvent aux Moravcs la Pannonie, où ils se sont établis à demeure (A"* 894)*.
De là ils portent leurs ravages chez leurs voisins du sud en Bulgarie (A° 896) \
Continuant leur marche vers le Sud, ils font en 899 leur première apparition en Italie, où ils infligent au roi Bérenger la défaite écrasante de la Brenta**.
En 901, c'est la tour de la Carinthie.
En 902, ils envahissent la Moravie, mais sont repoussés par les fils de Swatopluk.
C'est de 906 à 919 que la Germanie eut le plus à souffrir de leurs invasions : chacune de ces années est signalée par leurs ravages, et en 910, après la défaite de Louis l'Enfant, la Germanie chrétienne subit la honte de devoir se reconnaître tributaire de ces barbares payons *. Il arrive aussi que des ducs rebelles appellent les Hongrois comme auxiliaires contre la royauté. C'est ce que fit en 914 le duc de Bavière, Arnolf, brouillé avec le roi Conrad I. Les Hongrois promenèrent la dévastation en Saxe, en Thuringe, incendiant en passant le célèbre monastère de Fulda^.
En 917, les Hongrois franchirent pour la première fois le Rhin près de Worms, et la Lotharingie subit leurs ravages à son tour*^.
En 922, ils reparurent en Italie, mais cette fois comme auxiliaires du roi Bérenger en lutte avec le roi Rodolphe de Bourgogne, qui lui disputait la couronne d'Italie. Le sac de Pavie fut la conséquence de ce pacte avec les barbares {A° 724)^; après quoi ceux-ci firent une descente en Provence, où il poussèrent jusqu'à Nîmes, qui fut saccagée*.
1) Annales Fuldenses, 894.
2) Ib, 896.
®) Liutprand, II, 7-13. — Annales Aîefnanici, 899.
*) Supra, p. 728.
*) Liutprand II, c. 19. — Annales mofiastiques, 914.
^) Reghw coniin. A° 917.
'^) Liutprand III, c. 2-5. Supra, p. 741.
'^) Pouppardin, cité. Appendice 1 1 : note relatine aux invasions hongroises.
' #ie;v* '
Mais, arrivés ea Gothie, ils furent attaqués par le comte Raimond-Pons de Toulouse et décimés par la guerre et par la maladie.
En 926, d'autres Hongrois reparaissent en Allemagne, dévastent la Suisse, où le monastère do St-Gall fut détruit, puis l'Alsace et enfin traversant tout le nord de la France, ils ne s'arrêtent qu'au bord de l'Océan * . Mais en repassant par la Saxe, ils furent surpris par le roi Henri I de la maison de Saxe, qui fit prisonnier leur chef et ne le relâcha que moyennant une trêve de neuf ans, tout en leur continuant le tribut annuel*.
En 933, les Hongrois se partagèrent en trois bandes, dont l'une descendit en Italie, la seconde passa en France' et la troisième s'attaqua à la Germanie, avec laquelle la trêve de neuf ans venait d'expirer : mais c'est alors que le roi Henri leur infligea leur première grande défaite, celle de Mersebourg, qui libéra enfin son royaume du tribut hongrois*.
Cela ne les empêcha pas de revenir à la charge en 937 et de faire le tour de la plus grande partie de l'Europe, passant par le midi de la Germanie, pénétrant de nouveau en Lotharingie, de là en Aquitaine, pour finir par l'Italie, qu'ils traversèrent dans toute sa longueur. Le célèbre Mont- Cassin dut payer chèrement leur retraite^. Mais, en repassant par la Lombardie, avec leur butin, ils furent attaqués et presque entièrement anéantis.
L'année 938 fut signalée par une nouvelle défaite que les Hongrois subirent en Saxe.
En 940, ils firent une nouvelle invasion en Italie. Le roi Hugues, pour s'en débarrasser, leur paya une grosse rançon et leur donna des guides pour les conduire en
*) Annales Alemanici, 926. — Flodoard, A*» 926.
2) Widukiad I 32-38.
8J Annales Besuenses, 933.
*) Widukind I, 38. — Liutprand II, 28. — Flodoard, A^ 933.
^) Léo Ostiensie I, 55,
Espagne*. Mais en route ils furent décimés par les maladies et ne franchirent pas les Pyrénées.
L'année 942 est signalée par leur défaite sur la Traun en Bavière ; en 744, ils ne furent pas plus heureux en Carinthie.
En 947, les Hongrois traversent de part en part toute ritalie, où on les signale à Otrante*.
De ritalie, ils passent en Aquitaine, où le Berry mentionne leur présence en 951.
En 954, les Hongrois profitent du bouleversement de la Germanie causé par la rébellion du prince Ludolf contre son père Otton le Grand pour rentrer dans ce pays : avec la complicité du duc de Lotharingie, Conrad, impliqué dans cette rébellion et destitué par Otton, ils franchissent la Meuse, ravagent la Hesbaie et poussent jusqu'à l'Escaut. A Lobbes, à Liessies, à Cambrai, on mentionne leui^ dévastations ^. Enfin, chargés de butin et traînant leurs captifs, ils arrivent en Bourgogne* et font leur retraite par l'Italie, non sans avoir été décimés par les batailles et les maladies ^.
Ce succès les engagea à reprendre Tannée suivante leurs chevauchées, avec une armée qu'on évaluait à cent mille cavaliers. Mais la victoire éclatante qu'Otton le Grand remporta sur eux au Lechfeld, près d'Augsbourg, mit un terme à leurs expéditions en Occident (A^ 955)^.
Les invasions des Hongrois dans Tempire d'Orient.
Les Hongrois apparaissent pour la première fois dans l'histoire de l'empire d'Orient, non comme aggresseurs,
J) Liutprand V, 19.
*) Annales benevent, 947,
3) Regino contm, Flodoard, A° 954. — Folcuin, Gesta Ahb. Lobb, c. 25. — Gesta episc, Camerac. I, 75.
*) Ekitehard, Casus S. Galli, A° 951 attribue au roi Conrad de Bourgogne une victoire sur les Hongrois et les Sarrasins aux prises, mais cela appartient plus à la légende qu'à l'histoire, Cfr Pouppardin, ciU\ p. 267. n. 7.
5) Flodoard, A'^ 954.
^) Widukind III, 44. — Reginon cmtin.; Annales sangcUlenscs ; Flodoard, A° 955.
mais comme alliés de l'empereur Léon VI, alors en guerre avec les Bulgares. Ils en profitèrent pour promener leurs ravages en Bulgarie (A^ 889)*.
En 934» ils se portèrent subitement jusqu'aux portes de Constantinople. L'empereur, qui n'était pas préparé à la guerre, leur envoya le patrice Théophane, qui, à force de présents, les détermina à la retraite*. Neuf ans plus tard, en 943, ils reparurent dans les mêmes conditions : Théophane parvint à négocier une trêve de cinq ans, en garantie de laquelle il exigea deux de leurs chefs comme otages, Giulay et Bultzu^ Transplantés dans un milieu chrétien, Giulay et son compagnon furent gagnés au christianisme et reçurent à Constantinople le baptême, qui devait être une source de bénédictions pour leur nation. Ils purent, en elfet, retourner dans leur pays, avec le titre de patrice, de riches présents et un missionnaire grec, consacré comme évêque par le patriarche de Constantinople (A° 951)^.
Quelques années plus tard, les Hongrois firent deux incursions en Thrace, mais furent repoussés chaque fois par les généraux byzantins (A° 958, 961).
Enfin en 970, les Hongrois prirent part à une grande expédition des Russes contre l'empire d'Orient^. Ils furent battus, avec eux, près d'Andrinople, par le général Bardas, et la mort de leur chef Taksony, petit-fils d'Arpad, mit fin à leurs entreprises (A"" 972).
Le monde slave depuis la conquête hongroise.
Une fois établis au milieu des populations slaves, les Magyars se sont rapidement élevés, de la vie nomade, au même degré de civilisation. Les Slaves, en elïet, n étaient
1) Constantin, VI, 9.
2) Syméon, 44.
3) Ib. 47.
*) Constantin, De administr, c. 40. — Ce Bultzu reparaît en 9ho dan» la bataille du Lechfeld. Annales Sangall. 955. ^) Infra, p. 791.
plus des barbares. De temps immémorial, ils étaient sédentaires et agricoles. De plus, ils] avaient des villes où ils se livraient à diverses industries, et dans les grands centres, régnait un mouvement commercial déjà intense. Tel était Prague en Bohême, où se rencontraient des marchands de toute nationalité, Russes, Turcs, Juifs, Arabes. A Prague, d après un voyageur contemporain d'Otton le Grand', la ville était entièrement bâtie en pierre, alors que chez les Francs la plupart des demeures étaient encore en bois.
Au point de vue politique, les Slaves étaient moins avancés, et nulle part ils ne jouissaient d'une indépendance complète. Avant l'arrivée des Magyars, ils étaient échelonnés dans l'Europe orientale depuis la mer Baltique jusqu'à l'Adriatique. Mais la ruine de l'empire des Moraves par les Magyars porta à l'indépendance de la race slave un coup mortel, en la brisant en trois tronçons : ce sont au nord de la Hongrie : les Wendes, avec leurs congénères, les Bohèmes et les Polonais ; au sud de la Hongrie : les Slaves de Bulgarie, avec les Serbes et les Croates ; enfin à l'est : les Slaves de Russie. Quant aux Prussiens, qui habitaient le littoral de la Baltique, au nord des Polonais, ils formaient une race distincte, avec une langue qui n'étaient pas comprise de leurs voisins*. Les autres peuples avaient une langue slave commune, qui était également parlée par les étrangers. Turcs, Khazars, Felchenègues , dans leurs relations avec les Slaves.
Avec le temps, ces trois tronçons de la race slave se sont différenciés sous l'influence des dominations étrangères qu'ils ont subies. Le tronçon du nord a été rattaché à l'enapire germanique définitivement sous Otton le Grand, non seulement les Slaves du groupe Wende, mais encore les
^) D'après le texte arabe, cité, dont Tauteiir, un voyageur du nom d'Ibrahim ibn Jacob, probablement un juif d'Espagne, a visité les pays slaves sous le règne d'Otton le Grand, dont il eut une audience.
^) Sur cette différence entre les langues slaves et l'ancien prussien, qui a;t|)aiiient au groupe lettjn, voir supra^ p. 15.
Bohèmes et les Polonais, avec leurs dynasties nationales, les Prémyslides et les Piast. Aussi leurs chefs, Boleslav I chez les Bohèmes et Miceslav chez les Polonais, ne portaient-ils que le nom de ducs à cette époque, tout en jouissant dune autonomie relative*. L'autorité de Boleslav s'étendait depuis Prague jusqu'à Cracovie. Plus étendu encore était le duché de Miceslav, dont Posen était alors le centre. Ce prince avait une armée permanente de 3000 soldats, auxquels il fournissait les chevaux, les armes et l'entretien. Il en faisait les frais au moyen d'un impôt que ses sujets lui payaient en monnaie byzantine*.
Chez les Slaves de Bulgarie, la dynastie elle même était étrangère et de la même souche asiatique que les Magyars. Ce n'est qu'à la suite de la conversion de leur chef Bogoris (A*" 860), que s'opéra la fusion dans laquelle l'élément slave prit complètement le dessus. Déjà le second fils de Bogoris, Syméon (888-927), abandonna le titre asiatique de Khan et adopta le premier le titre slave de Tsar (dérivé de César). Sous son règne, la guerre reprit entre les Bulgares et les^ Grecs. En vain Tempereur Léon VI fit cause commune avec les Magyars, qui firent alors irruption en Bulgarie (A^ 889). Non seulement ceux-ci furent repoussés; mais à plusieurs^ reprises, les Bulgares portèrent de nouveau leurs dévastations jusque sous les murs de Constantinople (A"* 914 922). Enfin la paix fut rétablie en 927 par le fils et successeur de Syméon, le tsar Pierre, qui épousa une princesse byzantine, Marie, fille de Christophore, collègue de l'empereur Constantin VII. Mais une brouille ayant éclaté entre lui et l'empereur Phocas, celui-ci provoqua une nouvelle irruption en Bulgarie, en faisant cause commune avec les Russes, qui venaient de fonder leur premier empire dans l'Europe orientale. L'invasion russe mit fin à l'indépendance des Bulgares : leur capitale Prislav tomba aux mains de l'ennemi;
^) Le teœie arabe, cité, p. 192 leur donne le titre de rois \\ cite un troisième Nacon, mention Lé ausbi comme un subregulus slave par Widukind ill, 50.
*) Ce tableau du monde slave est tiré du teœte arabe, cité.
le tsar Pierre mourut dapoplexie, et ses deux fils furent réduits en captivité (A^ 969)*.
Enfin les Slaves de Test, qui forment le troisième groupe de cette même race, n'étaient non plus indépendants. Leur territoire, lors de lexpansion Scandinave, avait été conquis par des bandes de Normands sortis de la Suède et connus dans Tempire d'Orient, sous le nom de Russes*. L'une de ces bandes, conduite par Rurik et ses deux frères, s'était établie à Novgorod (A° 862). Une autre bande, celle de Dir et Askold, prit possession de Kief, sur le Dnieper. Dès cette époque, les Russes menaçaient Constantinople. Descendant ce fleuve sur des centaines de barques, la plupart des pirogues, ils s'aventuraient dans la mer Noire, et, dans la première fougue de leur expansion, ils tentaient à leur tour de prendre Constantinople, ce rêve de toutes les invasions barbares. Une première fois, sous Michel III, Constantinople dut son salut à une tempête, qui dispersa leurs flotilles (A^ 806)^. Durant Taccalmie qui suivit, les Russes conclurent avec l'empire d'Orient des traités de commerce*, qui leur ouvrirent les ports de Constantinople. Bon nombre entrèrent au service des empereurs, comme marins^ ou comme soldats de la garde impériale : ce sont les Varègues.
1) Léon Diacre V, 2-3 — Nestor, A*» 6476.
^) Liutprand V, 15 : « Gens sub aquiloais parte constituta quam a qaalitate corporis Graeci vocant Rusios, nos vero a positione loci nominamas Nordmannos. » Cfr supra, p. 667, n, 3. — Cette origine Scandinave de la Russie, contre laquelle regimbe l'amour propre de quelques historiens russes, est démontrée suffisamment dans Shafarik, cité, II, p. 70-76, dans Schiemann, Russland (Collection oxcken), 1886, vol. I, p. 41-44.
3) Theophanes contin. IV, 33. — Photius, Homeliae duae in irrupiionem Russorum. Voir le recueil ; Fragmenta historicorum Gr. p. p. MuUer. Paris, 1870, vol. V, p. 162.
^j Nestor, A^ 6415, donne un texte de ces traités, dont l'authenticité est discutable. De plus il les fait précéder d'une nouvelle attaque de Constantinople par les Russes, sous un chef Oleg, dont les textes byzantins et contemporains ne disent rien. On ne doit pas perdiede vue que la cbrobiquâ russe date du xii*^ siècle, et qu'elle empruLte A la légende.
^) Mentionnés sur la flotte byzantine en 937 : Constantin forph. Bt cacrem. Il, 44.
Cependant un fils de Rurik, Inger ou Igor, s'était emparé de Kief (A° 913) et en avait fait la capitale d'un empire qu'il agrandit au détriment de l'empire voisin, alors en décadence, des Khazars. A son tour il essaya de surprendre par mer Constantinople ; mais sa flotte, qui ne comptait pas moins de 2000 barques, fut détruite cette fois par le feu grégeois (A** 941)*. La troisième expédition des Russes dans l'empire d'Orient fut provoquée par l'empereur luimême, par Phocas, qui voulut s'en servir pour détruire la puissance des Bulgares. Ce plan ne réussit que trop bien. Quand les Russes se furent emparés, comme on l'a vu', de Prislav, la capitale de la Bulgarie, leur chef, Sviatoslav, flls d'Igor, séduit par la richesse de la contrée, s'établit dans cette ville et refusa d'évacuer la Bulgarie, malgré les sommations de l'empereur. Au péril bulgare, succédait le péril russe (A° 969). La lutte qui éclata aussitôt, fut acharnée. Avec les Russes, combattaient, en effet, les Bulgares, les Magyars, les Patzinaces. Il fallut le génie militaire de Tzimiscès, le successeur de Phocas, pour triompher de tant d'ennemis. La bataille finale fut livrée à Silistrie sur le Danube et força Sviatoslav à battre en retraite, après avoir renouvelé l'ancien traité de commerce avec les Byzantins (A** 972) \ Mais, en repassant par le territoire des Patzinaces, Sviatoslav fut massacré (A** 973).
Ce contact entre Grecs et Russes eut d'autres suites, plus heureuses, en ouvrant la Russie au christianisme. Déjà il y avait des chrétiens parmi les Slaves de Russie. La mère de Sviatoslav, Olga, originaire de Pleskof, était slave peut-être, comme le fait penser le nom slave donné à son fils. En tout cas, elle était déjà chrétienne. Toutefois cette conversion demeura isolée dans sa famille. Ce n'est qu'à la suite du mariage de son petit-fils Wladimir avec la princesse byzantine Anna, petite-fille de Constantin VII, que la
»j Liutprand V, 15. — Léon Diacre VI, 10. — Nes(or, A° 6449.
«) Supra, p. 780.
3) Léon Diacre VIIT, MX, 12. Nestor, A« 6479.
dynastie entière se convertit, entraînant la conversion de la nation russe (A** 988)*. L'adoption du christianisme facilita la fusion des Slaves et des Scandinaves de Russie. Ici, comme en Bulgarie, c'est Télément indigène qui prévalut, en absorbant les conquérants étrangers. La Hongrie seule fait exception et présente ce phénomène d'être demeurée une enclave asiatique au beau milieu de populations européennes.
L*achèvemeiit de la chrétienté du moyen âge.
Au point de vue religieux, le monde slave se scinda aussi, en se partageant entre les deux propagandes qui venaient s'y croiser, entre les missionnaires latins envoyés de Germanie et les missionnaires b^^zantins venus de Constantinople. Le choix revenait aux dynasties régnantes, et Ton constate que presque toujours ce sont les alliances de famille qui décident de ce choix *. En Bulgarie et en Russie,
1) Sur la date et le lieu du baptême d'Olga, les textes ne sont pas d'accord. Les textes russes le placent à Constautinople, en 957, lors de la réception de cette princesse dans cette ville, réception dont les textes byzantins parlent avec détails — voir Constantin porphjr. De caeremoniis 11, c. 15 (vol. 112 de la P. Gr. de Migne, p. 1107), mais sans mentionner le baptême.
') Généalogie des premiers souverains chrétiens en pays slave : Moraves :
X Moymir, C. 846
J I I Prémyslides :
X Ratislav 870 Hostivit
Zwatopluk t 894 = fille X Borclvoy f 894
= S. Ludmille f 927
Vratislav f 921 = Drahomir, régente 921-923
I I Piast :
S. Wenceslas f 936 Boleslav I f 967 Zemimysl
I II I Arpadet:
Boldslav II t 999 Dubravka = Miceslav f 992 Adeh I le? = Gaysa f ^
Bobsiav I S. Etienne (Woyk)
I*^ roi de Polcrna l" roi de Hongrie
(en 10>5). (en 1000).
les dynasties, converties à la suite de mariages avec des princesses de Constantînople, se sont rattachées à l'Église grecque,' que Russes et Bulgares suivront plus tard dans le schisme. Les autres nations slaves, ainsi que les Magyars, sont entrées, Tune à la suite de lautre, dans l'Église latine. Le branle avait été donné par la dynastie de Moravie, dont la conversion était un fait accompli avant Tarrivée des Hongrois. Déjà aussi, de la Moravie, le christianisme avait pris possession officielle de la Bohême, par la conversion de son duc Borcivoy, devenu, par le mariage de sa sœur, beau-frère de Swatopluk (A** 880). En Pologne, la conversion de la dynastie date du mariage de Miceslav, dont il a été question plus haut, avec Dubravka, fille de cet autre duc cité, Boleslav de Bohême (A** 965), mariage dont est issu le premier roi de Pologne.
Enfin c'est encore par des mariages que le christianisme fit la conquête de la dynastie des Arpades en Hongrie. Geysa, le lils de Taksony, épousa successivement deux chrétiennes : sa première femme était fille de ce Giulay qui s'était converti à Constanlinople et en avait ramené un évêque de cette ville. Ce mariage devait incliner son choix vers l'église grecque. Mais sa seconde femme, sœur du premier duc chrétien de Pologne, ouvrit la Hongrie aux missionnaires latins de l'évêque Pilgrim de Passau, et ce sont eux qui arrachèrent les Magyars au paganisme et à la barbarie Dès la génération suivante, avec S. Etienne, fils de Geysa, la Hongrie est érigée en royaume, sous les auspices de la papauté (l'an 1000).
Quant aux Slaves qui faisaient partie de l'empire germanique, c'est Otton le Grand qui fonda, avec le concours du pape, leur chrétienté. Avant lui, la mission slave relevait, avec la mission Scandinave, de l'église de Brème-Hambourg, métropole commune de tous les peuples transalbins. C'était insuffisant. Otton établit une série d'évêchés en pays slaves et dotés de terres conquises par ses armes, et couronna son œuvre en leur donnant comme métropole l'église de Magdebourg (A^ 962).
Ici finit Fépoque de formation de la chrétienté du moyen âge, qui s'achève par la conversion de la Hongrie. Ce n est pas qu'il n y eût encore des payens retardataires çà et là, principalement dans les contrées reculées de la Baltique. Mais partout ailleurs l'esprit étroit, fanatique des religions barbares est vaincu et a fait place aux lumières du christianisme. Sans doute on est loin d'en pratiquer la mansuétude. Plus que jamais sévit, dans cette société féodale, le droit de vengeance, la guerre privée, le recours incessant aux armes, auquel donnent lieu les querelles dynastiques, les contestations juridiques et jusqu'aux moindres piqûres d'amour-propre. Mais on chercherait en vain, au fond de leurs démêlés, ces haines irréductibles qui distinguent les rivalités entre nations. Dans tout TOccideut catholique, régnent alors une même foi commune, un culte unique, des institutions similaires et le latin comme la seule langue officielle de TÉglise, des écoles et des chancelleries. A ce point de vue, on peut dire que les nations européennes ont formé vraiment une famille, où Ton distinguait à peine rindigène de l'étranger, et c'est cet esprit cosmopolite qui explique comment des maisons allemandes ont pu régner si longtemps en Italie; comment en Hongrie le roi S. Etienne a pour successeur un Vénitien d'origine ; comment un Danois, Canut le Grand, règne paisiblement en Angleterre; comment le royaume de Sicile doit sa fondation à des Normands de France ; comment la dynastie de Portugal tire son origine d'un cadet de Bourgogne; comment enfin un peuple asiatique comme les Magyars a pu prendre et gaixler son rang parmi les nations européennes.
En face de cette famille de nations formant le monde catholique, se place son antithèse, le monde musulman, dont il faut reprendre l'histoire depuis l'avènement des Abbassides, qui a coïncidé avec l'entrée en scène des Carolingiens.