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Califes depuis Moaviah jusqu'aux Abassides

Yésid Ier (680-683), fils de Moaviah ;

Moaviah II (683-684), fils dYésid ;

Memon I (684-68o\ arriere-petit-fils d'Omniias :

qui lui succéda, fit révolter les Arabes par sa con- 680. duite, et ruina la Mecque et Médine en poursuivant les rebelles qui s'y étaient retranchés. Après lui, la jalousie du pouvoir divisa les musulmans, jusqu'à ce que Abdel-Malek, victorieux de tous ses rivaux, eût affermi, en 691, la dynastie des Ommiades. Dans l'intervalle, Constantin eut à se défendre d'un nouvel ennemi. Les Bulgares avaient dû subir, en 560, le joug des Avares, qu'ils ne secouèrent qu'en 634, et Couvrat, leur libérateur, avait fait avec Héraclius un traité, fidèlement observé de part et d'autre. Une guerre civile ayant éclaté entre ses fils, Asparouk, l'un d'eux, franchi tle Dnieper et le Dniester, et s'arrêta vers l'embouchure du Danube. Comme il attaquait sans cesse les terres de l'empire, Constantin voulut réprimer ses brigandages; mais la défaite des troupes impériales le contraignit à acheter la paix, moyennant un tribut et l'abandon des deux Mésies. Ce prince désirait, avant tout, ramener le calme dans l'église, que déchirait, depuis Héraclius, l'hérésie des monothélites, et il y réussit. Sa justice, sa piété, son courage, réparaient les malheurs des règnes précédents, lorsqu'il succomba à une maladie de langueur, après 17 années d'un gouvernement aussi glorieux que sage.

Son successeur fut Justinien II, son fils, âgé de 16 685. ans. Profitant des circonstances, il vainquit les Slaves, défit les Bulgares, qui ne tardèrent point, il est vrai, à s'en venger par une victoire, et força le calife à lui payer un tribut plus considérable qu'à son père-, mais il eut la maladresse d'abattre les Maronites, dont la diversion était si utile à l'Empire. Quand il rompit en-

Abdel-Malek (685-705), fils de Merwan ;

Walid Ier (705-715), fils d'Abdel-Malek;

Soliman (715-717), idem ;

Omar 11(717-720), neveu d'Abdel-Malek;

Yésid II (720-724), fils d'Abdel-Malek;

Hescham Ier (724-743), idem;

Walid II (743-744), fils d'Heschain ;

Yésid III (744), fils de Walid I".

Ibrahim < 744) , idem ;

Merwan II (744-750), gouverneur d'Arménie, élu.

suite avec Abdel-Malek, les circonstances n'étaient plus les mêmes ; car le calife avait soumis les rebelles et ramené les provinces dissidentes : aussi Justinien fut vaincu. De retour à Constantinople, il se fit haïr par les cruautés et les exactions de ses ministres. On le déposa. Léonce et Tibère Absiinare lui succédèrent

698. tour à tour sur le trône. Le premier perdit l'Afrique par sa négligence; le second avait en Orient de brillants succès qu'il devait à son frère Héraclius, lorsque Justinien, aidé du roi des Bulgares, ressaisit

705, la couronne, qu'il perdit bientôt une seconde fois avec la vie. Philippique , élu par les troupes, ne jouit pas longtemps de son élévation. Les Sarrasins et les Bulgares ayant impunément ravagé les environs de Constantinople, le peuple s'irrita, et un certain Rufus, pénétrant dans le palais à la tête de quelques conjurés, fit crever les yeux à l'usurpateur. Le lende-

713. main, Artémiusfut élu parle peuple, et prit le nom d'Anastase II. Ce prince régna deux ans. Sage, religieux, appliqué aux affaires, sachant choisir ses généraux et ses ministres, il aurait fait le bonheur de ses peuples, si une révolte ne l'eût précipité du trône, où fut

715. placé, malgré lui, Théodose, de basse extraction et receveur dans une petite ville. Léon, né en Isaurie, qu'Anastase avait nommé général de ses armées, refusa de reconnaître le nouveau prince. Il marcha contre lui, défit ses troupes, le fit résigner la pourpre, à

716. condition d'avoir la vie sauve, et prit lui-même le titre d'empereur à Constantinople.

Outre les conquêtes dont nous avons déjà parlé, les Sarrasins avaient étendu , en Asie, leur domination jusque dans les Indes, presque entièrement soumises. D'autre part, ils avaient passé en Espagne et fait, en 712, la conquête de cette riche province. Mais en Orient, leurs progrès parurent arrêtés. Sous les quatre fils de Moaviah et sous Omar II . ils firent plusieurs courses dans les provinces appartenant encore à l'Empire : il y eut ravage, mais nullement conquête. La seconde année du règne de Léon III . ils mirent le siège devant Constantinople, avec toutes les forces de

DU MOYEN AGE. o/

la Syrie, de l'Egypte et de l'Afrique; et cependant ils se retirèrent honteusement, après une année entière 718. d'attaques infructueuses, les tempêtes se joignant au feu grégeois pour anéantir leurs efforts. De leur armée innombrable, peu de soldats rentrèrent dans leurs foyers.

A peine sauvée de ce premier danger, Constantinople se vit menacée par les Bulgares, qui voulaient remettre Anastase sur le trône ; mais le courage et l'argent de Léon les engagèrent à la retraite, et ils livrèrent même leur malheureux protégé, dont le sang cimenta leur alliance avec l'empire. Tranquille de cet autre côté, Léon voulut abolir le culte des images, qu'il regardait comme une idolâtrie. Cette entreprise fit perdre aux Grecs les provinces qu'ils possédaient en Occident; car l'Italie se détacha de l'Empire, et à peine si quelques villes demeurèrent fidèles. Cependant le patriarche de Conslanlinople et le pape Grégoire II combattaient à l'envi la nouvelle doctrine, sans qu'un accord aussi unanime put faire céder l'opiniâtre volonté de l'empereur. Les quinze dernières années de son règne ne furent marquées que par ses violences, suite naturelle d'une funeste hérésie, et par quelques courses des Arabes, que réprimèrent ses généraux avec assez de bonheur.

Constantin V Copronyme succcéda aux excès de tu. son père. Il eut à combattre d'abord l'usurpation de son beau-frère Arlabaze, reconnu à Constantinople à cause de son orthodoxie. Vainqueur dans plusieurs combats, il força la ville à se rendre et la livra au pillage. Artabaze et son fds eurent les yeux crevés. Aucun de ceux qui avaient embrassé leur parti, n'échappa aux vengeances de l'empereur.

Vers le même temps, il s'était élevé entre les Sarrasins des querelles pour le califat. Mcrwan II , gouverneur d'Arménie, en profila pour s'emparer de la souveraine puissance. D'autre part, les descendants d'Abbas, oncle de Mahomet, ralliant à eux les partisans d'Ali, faisaient aux Ommiades, depuis plusieurs années, une guerre sanglante. L'insurrection prit de

oô HISTOIRE

nouvelles forces sous le règne de Merwan II. Battu suites bords du Zab par Aboul-Abbas et par Almanzor, son frère, dont les peuples de l'ancienne Perse suivaient les étendards, ce prince s'enfuit en Egypte, où il fut '50, poursuivi et mis à mort. Aboul-Abbas commença la dynastie des Abassides. Il fut reconnu par tous les musulmans d'Asie, d'Afrique et d'Espagne, et après quatre années de règne, il laissa la puissance à son frère Almanzor, qui fonda la ville de Bagdad, où il établit sa résidence. Sous les Ommiades, Damas avait été la capitale des états mahométans.

Constantin crut le moment favorable pour reprendre aux Sarrasins quelques-unes de leurs conquêtes. Vainqueur dans plusieurs combats sur terre et sur mer, il leur avait enlevé un grand nombre de places en Syrir et en Arménie, lorsqu'une invasion des Bulgares le rappela à la défense de la Thrace. Apres avoir réparé la honte d'une première défaite par une éclatante victoire, il se disposait à pousser vivement celle guerre: 775. niais il mourut, l'an 775, après vingt-quatre années de règne. L'église lui reproche la persécution qu'elle éprouva. D'ailleurs il défendit l'Empire avec bravoure et avec bonheur contre les Sarrasins et contre les Bulgares ; mais il perdit la plus grande partie des provinces d'Occident, qui lui furent enlevées les unes par les Lombards , les autres par les Francs, sous tes premiers **ois de la racecarlovindenne.

CHAPITBE VIII.

Histoire des Visigoths en France et en Espagne depuis Justi nien jusqu'à la conquête des Arabes. (56o-712 — VIe, VII* et VIIIe siècles.) — Cause de la chute rapide des royaume* fondés par les Goths.

A la mort de Justinien, trois peuples se partageaient les provinces de l'Espagne : tes Grecs possédaient toute la côte méridionale: les Suèves s'étaient

maintenus dans la Galice, les Asturies et le Portugal ; enfin le royaume des Goths embrassait le reste du pays avec la Septimanie dans les Gaules.

Athanagilde étant mort en 567, Liuba fut élu roi après cinq années de troubles, et s'associa son frère Léovigilde. Celui-ci demeura seul maître de la monarchie parla mort de Liuba, arrivée en 572. Déjà il avait 572. fait heureusement la guerre aux impériaux, et il avait soumis laCantabrie, soulevée avec quelques autres pays à l'avènement des deux frères. Seul roi, il déploya une activité et un courage que seconda toujours la fortune , et qui lui auraient mérité le nom de grand , s'il n'avait été aussi cruel envers ses sujets et envers son propre fils Herménigilde. Le jeune prince, associé au trône par son père, tenait sa cour à Séville. Son mariage avec une princesse du sang de Clovis lui avait fait ouvrir les yeux sur les erreurs de l'arianisme. Cette abjuration excita contre lui Léovigilde, que l'ambition peut-être, plus que la conviction, rendait zélé pour un culte alors professé par la nation entière. Herménigilde dépouillé fut exilé de la cour. Les Espagnols, toujours catholiques et rarementpersécutés sous les précédents règnes, se virent condamnés aux plus cruels supplices. On se soulève de toutes parts; mais Léovigilde, toujours heureux, déjoue les entreprises formées contre lui. Les Yascons surtout, qui habitaient alors le Béarn, avaient entrepris de résister. Vaincus ils abandonnent leur pays, et viennent chercher asile dans cette partie de la Gaule qui plus tard fut appelée, de leur nom, Gascogne.

Cependant les catholiques opprimés tournaient les yeux vers Herménigilde comme vers leur protecteur naturel. Le prince crut devoir embrasser leur défense contre la barbarie de son père. Cette révolte d'un fils, toujours coupable, de quelque raison qu'on la colore , eut le sort qu'elle méritait , et il entraîna dans sa chute ceux qui lui prêtèrent leur appui. Les Suèves furent complètement défaits ; les impériaux éprouvèrent la même fortune ; Mérida , Cordoue , Séville après un an de siège . tombèrent successi-

vement au pouvoir de Léovigilde. Herménigilde fui pris dans celte dernière place; et comme il refusait courageusement de retournera l'arianisme, il fut mis à mort secrètement dans sa prison. Cependant Léovigilde, animé par l'ambition et par la vengeance, profila des divisions qui eurent lieu parmi les Suèves , pour étendre sur eux son empire. L'Espagne entière lui était donc soumise, à l'exception de ce qui restait aux empereurs d'Orient ; mais elle eut à gémir sur l'opiniâtreté avec laquelle il ne cessa , jusque vers la fin de son règne , de persécuter les catholiques. Des historiens n'en ont pas moins avancé que plusieurs miracles lui ouvrirent les yeux , et qu'au moment de la mort il abjura un culte qui lui avait fait verser tant de sang et même le sang d'un fils.

Cependant Gontran, roi de Bourgogne, voulait tirer vengeance du meurtre d'Herménigilde et des mauvais traitements essuyés par sa fille. Dans cette vue , il fit obstinément la guerre , sans entendre à aucune proposition de paix , et à Léovigilde et à

586. Récared, qui succéda à son père en 586. La fortune lui fut toujours contraire. Quand il se hasarda à passer les Alpes, il perdit inutilement la meilleure partie de ses troupes, et Récared fit au contraire dans les Gaules plusieurs incursions, dans lesquelles il s'empara de villes importantes. Ce prince ne fut pas moins heureux contre les impériaux et lesVascons. D'autre part, l'église lui est redevable de la conversion des Yisigoths. Le sang d'un frère et de tant de martyrs ne devint point une semence stérile. Récared renonça publiquement à l'arianisme, ainsi que les principaux seigneurs , et ceux qui tentèrent de défendre leurs erreurs les armes à la main , furent aisément réprimes.

612. Après onze années de troubles1. Sisebut fut élu roi des Yisigoths. Dès qu'il eut affermi son autorité en apaisant quelques troubles dans les Asturies. il

1. Ont été rois pendant cet intervalle : l.iuball (601-603), fils de Récared ; Widéric ;603-610,i, arien, usurpateur; <iondemar (610 612), élu.

résolut de chasser enfin les Impériaux de toute l'Espagne. Deux grandes victoires le rendirent maître de leurs meilleures places, et un traité ne laissa plus aux empereurs que les AJgarves. Alors Sisebut assura les côtes en poursuivant les corsaires qui les infestaient : puis il passa en Mauritanie, et soumit Ceula et Tanger. Redoutable par ses victoires, il se faisait aimer par sa justice et sa clémence : cependant on soupçonne qu'il mourut empoisonné.

A Récared II , qui suivit de près son père au tom- 6*21 beau, succéda par élection Suinlilla, qui défit les Yascons, qui poursuivit sur les Impériaux les conquêtes de son prédécesseur, et qui les força d'abandonner enfin ce qui leur restait en Espagne. Mais de juste et modéré, il devint injuste et cruel : aussi les peuples applaudirent en le voyant renversé par une conspiration. Quelques princes1 occupèrent le trône après lui, sans mériter d'occuper l'histoire. Enfin parut Wamba, déjà 672. célèbre par ses exploits dans plusieurs guerres, et qu'il fallut contraindre l'épée sur la gorge à accepter la couronne. Pendant cinq années, il eut à lutter pour abattre les factions et tout ramener à son obéissance. Lui-même alla apaiser une révolte dans les Asturies et la Navarre. Le comte de Nîmes ayant pris les armes, il envoya pour le réduire Paul, un de ses généraux, qui pril lui-même le litre de roi, et qui entraîna dans son parti les provinces de la Gaule et de l'Espagne septentrionale. Dès que Wamba reçoit cette nouvelle, il marche en diligence, prend Barcelone, passe les Pyrénées, défait les généraux des rebelles, enlève Narbonne, prend d'assaut Nîmes, où s'était renfermé Paul, à qui il fait grâce de la vie, et revient triompher à Tolède, qu'il environne de murs. Aussi heureux «outre les ennemis extérieurs, il contint les entreprises des Francs, et fit repentir les Sarrasins d'avoir

t. Sisenand (631-636), usurpateur; Chintila (636-640), élu; Tulga ;G40 642 , fils de Chintila; Ctiindasuinthe (612-683), élu, législateur; Récésuintbe (653-672;, fils du précédent.

voulu pénétrer en Espagne. Deux cent-soixante-dix de leurs barques furent coulées à fond dans un combat naval. Ce fut le dernier exploit de Wamba. L'ambitieux Ervige lui fit prendre un breuvage empoisonné. On le crut mort; mais il revint à force de soins, et il vécut même quelques années. Monté malgré lui sur le 680. trône, il en descendit avec joie, et alla finir ses jours dans un monastère, après avoir engagé les seigneurs à reconnaître Ervige, dont il connaissait les belles qualités, et dont il ignorait les trames.

Cependant les Sarrasins, maîtres de l'Afrique, s opiniàtraientà la conquête de l'Espagne. En 696, sous Egiza, gendre et successeur d'Ervige (687-707), une de leurs flottes fut encore battue et dispersée sur les côtes de la Mauritanie. En 707, sous \Nitiza, fils du précédent prince, l'émir Musa, envoyé par le calife Walid, s'empara sur les Yisigoths, de la Mauritanie et

709. de Tanger : mais il écboua devant Ceuta que défendait le comte Julien. Deux ans plus tard, il éprouva encore sur mer une défaite complète. Néanmoins les Sarrasins abordèrent en Espagne l'année suivante. Les Yisigoths étaient alors divisés ; mais on se réunit contre l'ennemi commun, et les Sarrasins durent regagner honteusement l'Afrique. Ils paraissaient donc ne pouvoir jamais s'établir en Europe, quand la trahison leur eu ouvrit les portes. Rodrigue était monté sur le trône au préjudice des fils de YVitiza. Le comte Julien, dont Wiliza avait épousé la sœur, livra Ceuta aux Sarrasins, et leur offrit de les guider en Espagne ; les fils de ,Witiza et Oppas, leur oncle, archevêque de Séville. pro-

710. mettaient de se joindre à eux. Musa envoie sur-lechamp une armée composée en partie de Maures. Tarik, qui la commande, \oit se réaliser les promesses des traîtres. Maître d'Algésiras et de Calpé, il marche contre Rodrigue qui s'avançait avec une armée de quatre-vingt-dix mille hommes, et le rencontre

'!-• dans les plaines de Xérès. Les fils de Witiza avaient feint une réconciliation : mais ils tournent à l'ennemi pendant le combat. Rodrigue est vaincu et disparaît sans que l'on ait su ce qu'il devint. Séville et Cor-

doue ouvrent leurs portes; Mérida se défend, puis capitule; Tolède soutient en vain quelques assauts : la monarchie des Visigoths est anéantie. En quatre ans, Musa, passant à son tour le détroit, parcourut et soumit entièrement la péninsule, excepté Murcie, où se maintint Théodemir à des conditions honorables, et les montagnes des Asturies et de Biscaye, où se cantonna Pelage, avec les Espagnols qui le voulurent suivre, et d'où nous verrons descendre ses successeurs pour reconquérir pied à pied le sol de la patrie.

Des deux royaumes fondés par lesGoths, l'un dure à peine en Italie un demi-siècle (493-553), l'autre paraît avoir environ trois siècles de durée; mais à le bien prendre, la chute en est presque aussi rapide. En effet, c'est dans les Gaules que s'établissent d'abord les Visigoths, qui s'appellent alors soldats de l'empire. C'est en 415 qu'Honorius leur cède l'Aquitaine, et dès l'an 496, les Francs les refoulent au delà des Pyrénées, où ils trouvent les Suèves et les soldats de Justinien. Leur domination sur le pays n'est complète et réelle que sous Léovigilde. De ce prince à l'invasion des Arabes, il s'est écoulé seulement un siècle et demi.

Les nations barbares qui ont envahi l'Occident ne pouvaient espérer la stabilité de leurs conquêtes qu'en exterminant les anciennes races ou en se fondant avec elles. Une guerre d'extermination était pour ainsi dire impossible; car les Romains seuls résistaient, et les possesseurs du sol, peu accoutumés aux armes ou peu disposés à s'en servir, regardaient les ennemis de l'empire comme des libérateurs. S'il y avait eu résistance générale, chaque peuple envahisseur, isolé de la mère patrie, qu'il avait abandonnée pour toujours, se serait usé sans réparer ses pertes. Le résultat était le môme, si les vaincus se soumettaient, mais qu'une invasion nouvelle s'en prît aux vainqueurs. Les Francs seuls fondèrent un véritable empire, parce qu'ils avaient seulement franchi le Rhin, et qu'ils ne s'avancèrent, pour ainsi dire, que pas à pas vers le midi

La fusion des conquérants avec les anciennes races ne pouvait être assurément l'œuvre d'un jour. Ceux-ci étaient adonnés à l'agriculture : ceux-là en faisaient un déshonneur. Les uns avaient tous les besoins factices des peuples vieillis : les autres, la sauvage énergie des sociétés primitives. Les sujets de Rome lui devaient au moins le goût de la littérature et des arts : Théodoric le Grand, qui fit tant pour civiliser ses guerriers, n'écrivait son nom qu'au moyen d'une lame de métal où se trouvaient les lettres percées à jour. Mais ces différences pouvaient s'effacer vite. La divergence même des législations cessait en Italie sous Théodoric, dans les Gaules sous Euric. Malheureusement les Goths avaient embrassé l'arianisme, et dès lors il fallait renoncer à toute espèce de fusion avec une population catholique. Ce fut là une premier»' cause de ruine prochaine. Quand les troupes de 4ustinien descendirent en Italie, le peuple laissa les Ostrogoths à leurs propres forces, ou même il les trahit, comme firentles Romains en livrant Rome sousVitigès. Quand les Francs attaquèrent les Visigolhs à Vouillc. 1<'^ évêques les saluèrent comme les protecteurs du christianisme et comme les défenseurs de la foi: d'autant qu'ils avaient à souffrir, depuis Euric. toutes les rigueurs d'une persécution religieuse. Et quand les vaincus se furent repliés en Espagne, peut-être devrait-on attribuer aux mêmes causes la prolongation de la lutte contre les impériaux et lesSuèves malgré leur infériorité.

En 589, Piécared ramena la péninsule à l'unité catholique. Mais il s'était déjà manifesté une autre cause de dissolution. A la mort d'Amalaric, en 534, la monarchie était devenue élective. De là des factions comprimées quelquefois par l'énergie d'un prince, mais se réveillant après lui avec une nouvelle activité. D'un côté étaient le clergé et le peuple qui s'appuyaient sur le roi ; de l'autre une noblesse turbulente, égoïste et ambitieuse, qui tendait à morceler la monarchie en un certain nombre de gouvernements absolus. Sur vingt-trois princes, successeurs d'Amalaric, sept

ou huit périrent de mort violente, et autant furent renversés du trône. Aussi la dignité royale était-elle dégradée au point que Wamba la refusait, pour ne pas être victime d'un dévouement inutile. Ce fut donc un esprit de jalousie et de faction qui triompha à Xérès, plutôt que les Maures. Ceux-ci en profitèrent pour conquérir le pays. S'ils furent enfin expulsés malgré leur puissance et les fréquents renforts de l'Afrique, c'est que la différence de religion les rendit jusqu'à la fin étrangers sur le sol qu'ils avaient envahi.

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