Schœllj Ilisl. des Elals européens, l
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bissait la même peine qu'aurait subie l'accusé, s'il eût été dit coupable. L'accusation se prouvait ou par l'aveu de l'accusé, ou par la preuve testimoniale. Le nombre des témoins variait avec la qualité de l'accusé. Il en fallait soixante-douze contre un évêque, quarante contre un prêtre, plus ou moins contre un laïc, suivant le rang et la classe. Tous devaient être probes et justes, irréprochables dans leur vie et dans leurs mœurs, et de rang égal à celui de l'accusé. Cette dernière condition était aussi imposée pour les juges, que présidait, suivant le fait et la personne, soit le juge du canton soit le comte.
Quand la preuve testimoniale manquait, le juge pouvait avoir recours à Y ordalie, c'est-à-dire au jugement de Dieu. L'ordalie était de trois sortes : le combat singulier ou duel, l'épreuve de l'eau bouillante, et celle ài\ fer ardent.
Le duel avait lieu à l'épée et à cheval pour les nobles, au bâton et à pied pour les autres citoyens. S'il était ordonné entre un noble et un roturier, le noble conservait ses avantages, s'il était l'accusé: mais il les perdait, s'il était accusateur. Plus tard on put se dispenser de combattre soi-même, et fournir un champion dans touteépreuve judiciaire. Celui dont le champion succombait, était réputé coupable.
L'épreuve de l'eau consistait à prendre un anneau au fond d'une cuve d'eau bouillante, sans qu'il y eut trace de brûlure trois jours après; l'épreuve du fer ardent, à porter l'espace de neuf pas une barre de fer rouge sans se brûler. Avec le temps, on admit des changements dans la forme primitive de l'épreuve. Mais on y croyait aveuglément, comme si Dieu eût dû intervertir l'ordre du monde pour qu'un innocent ne devînt pas la victime d'une calomnie.
Telles furent les institutions des barbares dans les différentes contrées de l'Occident. Leur apparition renouvela la face du monde. Sans doute ils firent rétrograder les vaincus vers la barbarie. Habitues a une vie pauvre et n'aimant que les combats, ils dédaignèrent la littérature et les arts. Quelques-uns se laissèrent entraîner par les jouissances du luxe : mais ils
ne surent pas en respecter les sources, qu'ils tarirent soit par des impôts excessifs, soit parce qu'ils n'accordèrent aucune protection au commerce. Et cependant, à tout prendre, leur invasion fut un bonheur pour les sociétés vieillies dont ils renouvelèrent la jeunesse.
Le vieil empire romain était à jamais corrompu dans sa langue, dans sa civilisation et dans ses mœurs : il ne se soutenait plus que par les barbares. Quand ceux-ci prétendirent s'emparer de quelques provinces, ils ne trouvèrent de résistance que parce que les empereurs furent assez politiques pour les opposer l'un à l'autre en sacrifiant telle partie pour conserver le reste. Des guerres continuelles et quelquefois d'extermination, comme en Bretagne, firent répandre, il est vrai , des flots de sang. La famine , compagne de la guerre, moissonna de nombreuses victimes, puisqu'un historien raconte qu'en 539 cinquante mille individus moururent de faim dans la seule province du Picénum. Enfin la persécution que les ariens exercèrent contre les catholiques, décima encore, toute rare et courte qu'elle a été, ce qui avait échappé aux fléaux précédents. Mais ces pertes furent compensées et au delà, sinon au moment même, du moins dès les premières générations, par la sève jeune et vigoureuse que l'infusion des barbares introduisit aux veines de l'empire.
Un autre avantage que leur dut chaque province, ce fut la restauration des mœurs. « Dans les pays où « les Golhs dominent, écrivait au cinquième siècle le « prêtre gaulois Salvien, on ne trouve des mœurs cor- « rompues que chez les Romain». Dans le pays des '< Vandales, on n'en trouve pas même chez les I\o- « mains. Non-seulement les Vandales sont chastes: » mais il faut dire une chose nouvelle et incroyable. « une chose presque inouïe, ils sont parvenus à rendre « chastes les Romains mêmes. » Le même éloge es! accordé aux Saxons. On aurait pu en dire autant dès Francs et des Germains, si leurs lois n'avaient pas permis la polygamie et le divorce.
En troisième lieu , les invasions barbares revivifièrent dans toutes les provinces les idées de nationalité et par suite de patriotisme. L'unité romaine
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n'avait laissé que des oppresseurs et des sujets. A mesure qu'une peuplade germaine s'établit dans un pays, elle voulut pour elle une complète indépendance, et elle en fit jouir la nation à laquelle elle s'incorpora. Il est bien vrai que, tant qu'il y eut distinction entre les conquérants et les vaincus, ceux-ci demeurèrent. pour ainsi dire, impassibles au milieu des luttes de ceux qui se disputaient le sol. Hais quand la fusion eut été faite, une nation se soulevait tout entière contre quiconque osait envahir le pays. Il en résulta des guerres plus opiniâtres ; et si parfois il fallut céder momentanément à l'ascendant d'un peuple ou d'un homme, le sentiment d'indépendance couvait au fond des cœurs jusqu'à ce que l'occasion lui permit de se reproduire avec son ancienne vivacité. C'est là ce qui tendit à morceler dès la première génération le vaste empire de Charlemagne.
Enfin les invasions des barbares régénérèrent aussi le langage. On n'a pas vu jusqu'à présent de langue qui se soit relevée de sa décadence; car la langue suit les mœurs, et les mœurs des nations une fois flétries ne sauraient refleurir. Chaque peuple conserva son idiome; mais il le fondit avec la langue latine, surtout dans les pays où il s'était fortement imprégné des coutumes romaines, comme l'Italie. l'Espagne et la Gaule. De ce- mélange de mots latins et de mots tudesques habillés à la romaine, il naquit une langue vulgaire ou rustique, appelée depuis ?'omane, et qui se poliça en se perpétuant chez les peuples occidentaux.