CHAPITRE XII
Etal de l'Eglise en Orient et en Occident, depuis Théodose jusqu'au IXe siècle. — Etablissement de la hiérarchie ecclésiastiqae. — Fondation des premiers monastères. — Hérésies. — Principaux conciles.
A la mort de Théodose, le christianisme était, pour ainsi dire, la seule religion de tout l'empire. Quelques philosophes païens soutenaient cncor.\ à Athènes et à
Alexandrie, le culie des faux dieux, et les Juifs disperses s'opiniâtraient , comme ils le font encore, à méconnaître l'avènement du Messie promis à leurs pères : mais les impuissantes protestations des uns et des autres périssaient étouffées sous l'hosannah universel de la société chrétienne. Hors de l'empire, les églises d'Ethiopie et d'Arménie florissaient toujours. Il n'en était pas de même en Perse. Sapor II avait proscrit dans ses Etats le christianisme. Le sang des martyrs coulait à Ilots, sans féconder toutefois une terre ingrate, et il était facile de prévoir que malgré ses profondes racines, la religion de Jésus-Christ céderait enfin au fanatisme cruel et opiniâtre de ses persécuteurs.
Parmi les peuples barhares, les Golhs s'étaient convertis au christianisme dès la (in du quatrième siècle, grâce aux efforts de l'évêque Llphilas; malheureusement ils avaient été entraînés presque aussitôt dans l'hérésie d'Arius. A mesure que les Vandales, les Suèves, les Alains, les Bourguignons, les Lombards envahirent les provinces de l'Occident, ils abjurèrent les faux dieux, mais en tombant aussi dans le schisme. Aucune persécution ne fut plus terrible que celle de Genséric, en Afrique, contre les catholiques. L'Espagne et la Gaule eurent aussi leurs martyrs, mais moins nombreux; car la lutte ne fut jamais que passagère.
Nous avons vu les Francs devenir, sousClovis, chrétiens et catholiques. Les Bourguignons ouvrirent de nouveau les yeux à la vérité en 499, etlesVisigoths. maîtres de toute l'Espagne, imitèrent leur exemple sous le fils de Léovigilde le persécuteur. Le Lombard Grimoald ramena pareillement son peuple à l'unité de croyance. Mais déjà l'Eglise avait fait de nouvelles conquêtes. En 596, le pape saint Grégoire le Grand avait envoyé le. moine saint Augustin aux Anglo-Saxons qui avaient envahi la Bretagne, et il avait ainsi rallumé danscette île la foi que l'invasion y avait complètement éteinte. L'Irlandais saint Columban avait, quelques années auparavant, prêché l'Evangile aux Picles et aux Sorts. < Miant à l'Irlande elle-même, elle avait dû la connais-
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sance de la vérité à saint Patrick vers le milieu du cinquième siècle. Cette ile. dédaignée par les conquérants du Nord, était devenue l'asile des Bretons chassés de leur pays, et avait conservé intact le dépôt des véritables croyances.
Au huitième siècle, la Bretagne apparut à l'occident comme une pépinière féconde de savants et de missionnaires qui allèrent porter chez les peuples voisins le double flambeau de la civilisation et du christianisme. C'est de là que Charlemagne appela près de lui Alcuin et tant d'autres qui ranimèrent en France le goût des lettres. C'est de là que s'élancèrent aussi les premiers apôtres de l'Allemagne. Saint Egbert et saint Willibrod , qui prêchèrent le vrai Dieu dans la Frise (09 1-736), sortaient l'un de Bretagne, l'autre d'Irlande. Saint Boniface était du Devonshire. De la Frise, il se rendit successivement 723-755) dans la Hesse, la Thuringe et la Bavière, où il fonda de nombreux é vécues, jusqu'à ce qu'il eût scellé de son propre sang les vérités qu'il avait annoncées. L'archevêché métropolitain de Mayence fut érigé en sa faveur, l'an 745, par le pape Zacharie.
Les guerres de Charlemagne donnèrent à l'Eglise toute la Saxe, c'est-à-dire tous les pays compris entre la mer Baltique, l'Eyder, l'Elbe, laSaala, la Lippe et l'Ems. Ce grand prince fonda dans ces contrées un assez grand nombre d'évêchés, parmi lesquels on remarque ceux de Paderborn , d'Osnabruck et de Munster. Ses conquêtes ménagèrent à la religion de nouveaux triomphes. Le Danemarck, la Suède, les Slaves de Pologne et les Bulgares étaient devenus limitrophes des Français : en moins d'un demi-siècle, tous ces peuples embrassèrent le christianisme. L'apôtre des Danois et des Suédois (8*29, fut saint Anscaire, archevêque de Hambourg, que Louis le Débonnaire, successeur de Charlemagne, envoya dans ces contrées jusqu'alors inconnues. Quelques années après (842), les Slaves de la Pologne et les Busses furent à leur tour convertis par les envoyés de saint Ignace, archevêque de Constant inople. Ce fut aussi de l'Orient que la lumière
vint aux Bulgares. La sœur d'un de leurs princes, longtemps captive à Constantinople. en rapporta (855) les premières étincelles de la foi, qui bientôt embrasèrent du feu divin tout le pays. Les invasions du Nord amenèrent de nouveaux prosélytes. A mesure que les Normands se fixèrent dans les contrées qu'ils attaquaient, en Frise, en Angleterre, en Neustrie 912;, ils renoncèrent à leur culte sauvage pour les croyances des vaincus. Ainsi l'Eglise réparait heureusement, parmi les peuples vierges de l'Occident, les pertes que le mahométisme lui faisait chaque jour éprouver chez les nations corrompues de l'Afrique et de l'Asie.
Dès l'origine et surtout au quatrième siècle, le pape, évêque de Rome, avait été regardé par tous les évèques d'Orient et d'Occident, comme le chef universel de l'Eglise, soit parce que Rome avait été jusqu'alors la capitale de l'empire, soit plutôt parce qu'il était le successeur de saint Pierre , à qui Jésus- Christ lui-même avait attribué la suprématie. D'ailleurs la hiérarchie ecclésiastique s'était à peu près modelée, dans l'empire, sur l'administration civile. Les évèques de Constantinople. d'Alexandrie, d'Anfioche, prirent le titre de patriarche, que plus tard ou accorda aussi à l'évêque de Jérusalem parce que le saint mystère de la rédemption s'était accompli dans cette ville. En outre, chaque province reconnaissait un métropolitain, que ce titre fût accordé à l'ancienneté dansl'épiscopal, comme en Afrique, ou qu'il fût annexé à la ville, comme à Trêves, dans les Gaules, et à Césarée, en Asie.
Dans le principe, les évèques étaient élus par les fidèles, quelquefois sur la présentation du clergé, quelquefois en présence de deux ou trois évèques de la même province. Constantin et ses successeurs revendiquèrent la nomination aux évêchés, la sanction des lois ecclésiastiques et la présidence des conciles. Cependant ils n'abolirent pas complètement l'élection : mais ils se réservèrent de la confirmer, surtout quand il s'agissait des principaux sièges. Plus tard, maispiïn-
eipalementen Occident, les évoques, plus indépendants de la puissance civile, furent institués et consacrés par le métropolitain. Quand il y avait dissidence, on en appelait à Rome. De là cet usage universellement établi de nos jours, de demander au souverain pontife la confirmation de toute élection à l'épiscopat, de quelque manière que cette élection ait été faite.
Constantin avait permis au clergé de posséder des biens-fonds, et il avait défendu aux ecclésiastiques de disposer de leurs biens par testament. Aucune église nouvelle ne pouvait être fondée sans avoir justifié au préalable d'une dotation déterminée par les lois. La piété des fidèles accrut bientôt les richesses des différentes églises. Il arriva parfois que les princes s'en emparèrent , comme en France sous Charles Martel , soit pour eux-mêmes , soit pour récompenser leurs guerriers. Parfois aussi ils voulurent arrêter les accroissements du territoire entre les mains du clergé. Comme compensation dans les deux cas , ils accordèrent la dime, devenue obligatoire sous Charlemagne, mais que les peuples repoussèrent longtemps.
Le code théodosien avait exempté les églises de tout impôt. On revint sur ce privilège , surtout en Occident. Les évêques réclamèrent et obtinrent, mais les uns après les autres et avec peine, d'abord une remise partielle, puis l'immunité la plus complète. Ils devaient seulement le service militaire comme tout autre possesseur du sol , mais par les vassaux et non pas en personne.
L'époque que nous avons jusqu'à présent parcourue, vit l'Occident se peupler d'une foule de monastères. La vie ascétique avait pris naissance, au commencement du quatrième siècle, dans les déserts do la Thébaide. Saint Antoine avait attiré autour de lui de nombreux imitateurs de ses austérités. Saint Hilarion, son disciple, s'était fixé dans les déserts de la Palestine et delà Syrie. Des lieux auparavant inhabitables furent bientôt couverts d'une fouit; de solitaires soumis volontairement à la règle la plus sévère. Le pain ,
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noprrkurT'Jîf 8 f'Ui,S ,aisaient prcsf*l,fi ,eur seule nou, mure. Leur vie se passait en partie à prier et à
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Saint Martin, né Fan 31€ à Sabare. en Pannonie ;i abord soldat . puis évéque de Tours fonda p,Tde I oitiers le premier monastère de l'Occident. En 529 d„ mnnfr0^ de Nursie ë,'igea le célèbre monastère
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qua nous; précieux restes d'antiquité qu'ils recollaient sans cesse dans la solitude des cloîtres, \inour de chaque couvent, se rassembla bientôt une popua ion qui admirait les vertus des hommes qui l'habi- S (;1 <F» U,°l,Iv:,i1l à vivre sur les terres qu'ils avaient fécondées de leurs sueurs. Des hameaux, des le vS ^«efois ràême des villes populeuses sY- S e,mi- S0UVent ai,ssi d^ essaims abandonna ilP V r G P°Ur aHer' a travers millp dangers et
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\insi |'Egiise sft réjouissait chaque jour de nou-
\ elles conquêtes, et elle brillait de l'éclat de toutes les vertus. Il s'en fallait cependant que sa joie fût constamment pure et qu'elle fût exempte d'épreuves. De temps en temps l'hérésie et le schisme lui déchiraient le sein. Nous avons vu les maux que lui avait causés l'arianisme. Cette hérésie prit naissance en Egypte sous. Constantin. Arius, prêtre d'Alexandrie, d'un savoir égal à son ambition, prétendit que Jésus- Christ n'était pas en tout égal à son père. Son adresse et ses intrigues lui concilièrent quelques évêques et même l'empereur. À la faveur de ce double appui, il propagea son erreur tantôt par la persuasion, tantôt par la violence. On recourut à une assemblée ou concile de tous les évêques de l'empire. Elle eut lieu en 325 à Nicée. Trois cent dix-huit évêques s'y rendirent de toutes les provinces ; le pape saint Sylvestre, arrêté par son grand âge, envoya Osius de Cordoue pour présider à sa place; enfin Constantin lui-même ajouta par sa présence à leur autorité. On condamna solennellement Arius et sa doctrine, en déclarant que dans la sainte Trinité le père était consubstantiel au fils. Néanmoins il s'écoula près de deux siècles avant que la société chrétienne pût être ramenée à l'unité.
Le concile de Nicée a été le premier concile œcuménique, c'est-à-dire général. Dans ceux qui le suivirent, on ne vit pas toujours siéger ensemble et les évêques d'Orient et ceux d'Occident, à cause de la division des deux empires. Mais dès que les décrets du concile avaient été reçus par les évêques absous, et sanctionnés par l'acceptation du saint-siége, ils revêtaient ce caractère d'universalité qui les rendent obligatoires pour tous les fidèles.
Outre les conciles œcuméniques, il y a eu souvent des réunions d1 évêques de tout un royaume ou seulement dune province. On les appelle tantôt conciles, tantôt synodes nationaux ou provinciaux. Leur autorité est circonscrite. Ils ne s'occupent ordinairement (pic de discipline. Quand ils prononcent sur le dogme, leurs décisions sont naturellement subordonnées au consentement de l'Eglise.
Cinquante ans environ après Arius, Macétlonius attaqua la divinité du Saint-Esprit, et fut condamné au deuxième concile œcuménique qui eut lieu à Constantinople en 381. En Afrique, Donat se détacha de l'Eglise en refusant de reconnaître un évêque de Cartilage-, ses partisans ne cédèrent qu'à l'autorité du synode de Cartilage en 411, où les évêques catholiques offrirent d'une voix, unanime d'abandonner leurs sièges à leurs adversaires afin de rétablir la paix. Ce fut aussi en Afrique que se développa l'hérésie de Pelage, qui niait le péché originel et la nécessité de la grâce ; elle fut combattue par saint Augustin et condamnée par un synode avec l'approbation de toute l'Eglise.
Le troisième concile œcuménique, tenu à Ephèse en 431 , arrêta l'hérésie de Nestorius , archevêque de Constantinople, qui admettait en Jésus-Christ deux personnes, refusant à la sainte Vierge le titre de Mère de Dieu; et le concile de Chalcédoine. en 451, présidé par les légats du pape saint Léon, anathématisa les sectateurs d'Eutychès, qui avait combattu Nestorius, mais en soutenant qu'il n'y avait en Jésus- Christ qu'une seule nature comme une seule personne. Mais pour abattre le nestorianisme, il fallut, en 553, un cinquième concile œcuménique, à Constantinople, où furent condamnés les trois chapitres. livres écrits par trois évêques et qui étaient favorables à l'erreur.
On accuse le concile de Chalcédoine d'avoir en quelque sorte préparé le schisme de T Eglise grecque, parce qu'il décerna au patriarche de Constantinople le même rang qu'à l'évèque de Piome. C'était en effet une grave atteinte à l'unité. Des patriarches qui suivirent, les plus distingués par leurs talents et leur piété se soumirent au saint-siége. Mais l'ambition s'appuya en effet sur le concile de Chalcédoine. Quand l'archevêque Sergius, qui enseignait une seule volonté en Jésus-Christ, eut été condamné par le sixième concile œcuménique, qui eut lieu en 680 à Constantinople, il se soumit, parce que telle fut la volonté de l'empereur Constantin Pogonat. Malheureusement il devait
arriver une époque où les princes deviendraient favorables au schisme.
Le septième concile œcuménique, deuxième de Nicée, s'assembla par les soins de l'impératrice Irène, et mit fin à l'hérésie des iconoclastes, qui avait eu pour chef un empereur.
En général , les conciles ont été convoqués par les princes, qu'ils aient eu le mérite de l'initiative, ou qu'ils se soient rendus aux sollicitations des pontifes. Il fallait en effet, pour de telles assemblées, le concours de la puissance temporelle, qui pouvait seule en réaliser la pensée et en sanctionner civilement les décrets, en les proclamant lois du royaume ou de l'empire.