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CHAPITRE XIII

Règne de Louis le Débonnaire. (S14-840 — IXr siècle.)

A la première nouvelle de la mort de son père, 814, Louis se rendit en hâte d'Aquitaine à Aix-la Chapelle, où il fut unanimement reconnu. Vertueux, mais faible, il voulut réformer les abus et suscita contre lui les haines. L'impulsion d'obéissance, imprimée dans les esprits par la sévère et puissante justice de Charlemagne , soutint d'abord son fils; plus tard elle dut céder aux ambitions des grands et des princes mêmes, enfants de Louis.

Couronné par le pape Etienne IV, le nouveau roi reçut les hommages de tous les seigneurs, et les assurances d'amitié des peuples voisins. Les Normands parurent sur les côtes et furent repoussés. Un prince danois, chassé de ses Etats, eut recours aux Français et fut rétabli. Les ambassadeurs grecs vinrent renouveler les traités de la part de Léon l'Arménien ; car, Nicéphore ayant péri dans une expédition contre les Bulgares, Michel, son beau-frère et son

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successeur, de peu de moyens et de courage, avait été dépossédé par Léon, un de ses généraux., qui le relégua dans une île du Péloponèse. En même temps les Sarrasins d'Espagne recherchaient aussi l'amitié de la France. Louis, comme Chartemagne, ^e trouvait l'arbitre de l'Europe entière.

#1~- Lne seule démarche causa les malheurs de son règne. Malgré les plus sages remontrances, dans une diète à Aix-la-Chapelle, il partagea ses provinces entre les trois fils qu'il avait eus de sa première femme Hermengarde. Lothaire. l'aîné, lut associé a l'empireet eut la Neustrie : Pépin eut l'Aquitaine, et Louis la Bavière. La nouvelle de ce partage décida à la révolte Bernard, roi d'Italie. Depuis longtemps ce jeune prince, qui se croyait des droits à l'empire, comme fils de Pépin, frère aîné de Louis, ralliait à son parti les seigneurs et les évoques de France, mécontents des nouvelles réformes. Mais l'empereur averti passe les Alpes. Bernard, surpris et abandonné de ses troupes, se soumet. Condamné avec ses complices par une assemblée de seigneurs, il a les yeux crevés, et meurt de ce supplice trois jours après.

L'empereur se repentit de cette sévérité cruelle, et eu fit lui-même, à Atligny. une pénitence publique: mais il rappela ceux qu'il avait exiles en cette circonstance : imprudence qui déconsidérait la majesté royale, sans guérir des cœurs ulcérés. Cependant le calme dura quelque temps encore. A l'ouest, les Bretons se révoltèrent plusieurs fois et furent contraints de se soumettre. Au midi, les Sarrasins eurent différents succès, par la perfidie des émirs attachés à la France, sans pouvoir néanmoins refouler les armées françaises au delà des Pyrénées. Au nord, les troupes de l'empereur éprouvèrent de nombreux et sanglants échecs contre les Slaves, dans la Pannonie et le Fiioul: néanmoins les frontières furent à peine entamées de ce côté, et la guerre mieux conduite remit les Français en possession de presque tout ce qu'ils avaient perdu. Ici commence à se faire sentir le contre-coup des fautes de Louis. Après ne s'être réservé aucune pro-

vince, pas môme l'Italie, qu'il donna à Lothaire quand Bernard en eut été dépossédé, il eut un quatrième fils, nommé Charles, de Judith, qu'il avait épousée en secondes noces. Cette princesse ne fut point arrêtée par le sermenlque l'empereur avait fait de ne rien changer au premier partage. Elle sut si bien captiver par des caresses et le cœur de son vieil époux et celui de Lothaire,que celui ci abandonna une partie de ses états, vers la Bourgogne et la Suisse, pour en faire un apanage à son jeune frère, sous le nom de royaume de llhétie. Lolhaire s'en repentit bientôt. De là un pre- 820. mier complot avec ses frères, à qui la faiblesse de leur père avait laissé prendre dans le royaume plus d'autorité qu'il n'en avait lui-même. Les trois princes rallièrent à eux tous les mécontents, et surtout Vah, abbé de Corbie, ministre d'Italie sous Charlemagne-, et l'un des complices de Bernard. Pépin, roi d'Aquitaine, fut le premier à prendre les armes, sous prétexte de renverser Bernard, comte de Barcelone, ministre tout-puissant, et par conséquent haï. Son père, abandonné des troupes à Verberie, étant tombé 8o0. avec l'impératrice Judith entre ses mains, il songeait à les reléguer tous les deux dans un cloître ; mais il changea bientôt d'intention. Peu jaloux de contribuer à l'élévation de son frère Lothaire, il se réconcilie avec l'empereur, ainsi que Louis le Germanique, jusqu'alors tranquille au sein de ses états. Louis, rétabli à ISimègue, pardonne d'abord à Lothaire et punit les complices de la révolte; puis il les rappelle, mêmeVala. acharné contre lui, et déclare Lothaire privé de l'empire, auquel il était associé depuis tant d'années, apprenant ainsi à ses fils et aux peuples à se jouer également de sa justice et de sa clémence.

Aussi les trois princes ne tardèrent pas à renouer de nouvelles trames contre l'autorité de leur empereur et de leur père. Louis pardonna une seconde fois; mais ce second pardon ne put lui ramener le cœur de Pépin. Irrité d'une nouvelle révolte, Louis le déclara privé de son royaume d'Aquitaine, et le donna au (ils de Judith. Aussitôt Lothaire et Louis le Gei- Gen. Hisl. du Moyen Age. 6

833. manique prennent la défense de leur frère; ils lèvent des troupes, et, moitié de gré, moitié de force, ils entraînent le pape dans leur parti. L'empereur, eneoiv abandonné de ses troupes, retomba à la discrétion de ses fils. Cette fois il n'eut point à se louer de leur générosité. Lothaire le tint renfermé comme en prison dans le monastère de saint Medard à Soissons; puis, dans une assemblée de seigneurs, il le fit déposer, et, pour se mettre à couvert de tout retour, il lui fit imposer par des évoques la pénitence canonique, après que le faible empereur se fut accusé lui-même publiquement des crimes que lui imputaient ses ennemis. Mais les murmures de la France apprirent aux trois princes qu'ils avaient été trop loin. Louis le Germanique, le dernier dans les complots, fut le premier à se repentir. L'empereur, tiré par lui et Pépin des mains de Lotbaire, força, les armes à la main, ce fils dénaturé de recevoir son pardon. Il crut cependant

835. avoir besoin pour se réhabiliter d'une diète générale, qui sanctionna d'ailleurs un nouveau partage dans lequel Lotbaire ne conserva que l'Italie.

Charles venait d'être déclaré roi de Neustrie. au mécontentement de ses frères. La mort de Pépin amena de nouvelles combinaisons et ne rétablit pas l'harmonie. Sans égard aux. droits de Louis le Germanique et à ceux des fils que laissait Pépin, on partagea toute la France, excepté la Bavière, entre Charles et Lothaire, que l'impératrice Judith voulait attacher aux intérêts de son fils. Les Aquitains protestèrent en faveur des jeunes princes. Tandis que l'empereur les soumettait, il apprit que le roi de Bavière avait pris également les armes contre ce partage. Il marcha aussitôt de ce côté ; mais la douleur et les fatigues

840. l'arrêtèrent près de Mayence, où il mourut, après avoir déclaré Lothaire son successeur à l'empire. Trèsbon prince, très-bon père, très-mauvais politique, tel est le portrait fidèle que L'histoire nous a laisse de lui.

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