‹ Histoire du moyen ageChapitre 32 sur 84 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De l'Allemagne et de lltalio, depuis l'avènement de Henri V, jusque la maison de Souabe. '1106-1137 — XIIe siècle.)

1-106. Henri V à peine affermi se départit bientôt de la docilité qu'il avait montrée jusqu'alors pour la cour de Rome. Pascal H ayant rendu contre les investitures de nouveaux décrets, Henri déploya, pour les défendre, encore plus d'énergie que son père, et sa puissance inspira une telle crainte au pontife , qu'il alla chercher un asile et des secours auprès du roi de France. Des ouvertures d'accommodement, à Chàlons en Champagne, n'amenèrent aucun résultat. L'empereur cependant avait entrepris sur le roi de Pologne la conquête de la Silésie. Vainqueur dans une première bataille, il crut pouvoir imposer de dures conditions de paix, et fut battu: ce qui l'obligea d'abandonner ses projets de ce côté. Il fut plus heureux en Italie, où il passa à la tête' de 30, 000 hommes. L'espoir d'obtenir le riche héritage de Mathilde, alors très-avancée en âge et attaquée d'infirmités , fit qu'il traita cette princesse avec les plus grands égards, ajoutant même à sa puissance, et semant ainsi pour recueillir : mais la route qu'il suivit d'ailleurs nous est représentée par les histo-

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riens comme une roule de sang. Pascal effrayé lui aecorda ce qu'il voulut. Mais les murmures des cardinaux ayant forcé le pontife à se dédire , Henri s'empara de sa personne; et les Romains ayant voulu le délivrer, il y eut dans Rome un tel carnage, que les eaux du Tibre en furent rougies. Le pape céda à une longue et dure captivité. Plusieurs bulles recon- M*nurent aux empereurs le droit de conférer les investitures, et Henri satisfait se retira en Allemagne, laissant le pape, fidèle au traité, se disputer, tant qu'il vécut, avec les cardinaux et les conciles sur ce qu'ils appelaient sa faiblesse.

La mort de la comtesse Mathilde ramena l'empereur 1115. au delà des Alpes. Après avoir recueilli son héritage , malgré la donation qu'elle avait faite au saint-siége, dès l'année 1077, de la Ligurie et de la Toscane . il se rendit à R.omer qui le reçut en triomphateur. Pascal, n'osant pas l'attendre, s'était réfugié chez les Normands, et Gélase, son successeur, se LH9. retira en France. Mais les ambitions remuaient en Allemagne , où l'archevêque de Mayence tramait une ligue contre son maître et son bienfaiteur. Henri, fatigué de toutes ces disputes, prit le parti de s'accommoder avec le pape CalixteH (1119-1124), de la 142-2 maison de Bourgogne. Le traité montra combien était faible la cause de cette controverse, qui, pendant cinquante ans, avait déchiré l'Allemagne et l'Italie, puisque l'empereur conservait le droit de sanctionner l'élection des évêques et des abbés; seulement, au lieu de donner, comme autrefois, l'investiture avec la crosse et l'anneau, il fut convenu qu'il la donnerait avec le sceptre. On ne dit rien de l'autorité que les empereurs prétendaient avoir sur les papes , et les papes sur les empereurs : c'était laisser une ouverture; à de nouvelles et prochaines querelles.

Depuis ce traité, Henri ne s'occupa plus qu'à pacifier l'Allemagne. Chaque jour, pour ainsi dire, voyait éclore des révoltes. Ce n'était pas seulement les seigneurs, mais des villes mêmes qui osaient méconnaître l'autorité impériale. La Hollande soulevée ne se rangea

à son devoir que par la force des armes. Ce fut au milieu de ces secousses sans fin , que la mort surprit Henri à Utrecht. Il n'avait point eu d'enfants, et laissait pour héritiers Conrad, duc de Franconie, et Frédéric, duc de Souabe, ses neveux.

Les principaux seigneurs élurent malgré lui et presque malgré eux, Lothaire II, duc de Saxe, séduits qu'ils furent par les intrigues de l'archevêque de Mayence. Mais quelques difficultés que Lothaire eûl faites pour acrepter le trône, dès qu'il eut consenti à son élévation, il n'omit rien pour se maintenir. Ses compétiteurs les plus ardents furent les deux neveux du défunt empereur. Frédéric se créa en Allemagne un parti considérable, tandis que Conrad prenait la couronne de fer à Milan, et se faisait reconnaître d'une partie de l'Italie. Lothaire s'appuya contre eux de la maison de Bavière. Henri le Superbe, petit-fils de Welf IY, possédait , outre la Bavière , de vastes domaines dans la Souabe et dans la Saxe. Lothaire lui donna sa fille en mariage avec le duché de Saxe, et le fit ainsi héritier des familles de Supplinbourg. de >'ordheim et de Brunswick que lui-même représentait. Les deux partis, dès lors à peu près égaux, se firent pendant plusieurs années une guerre assez vive. La maison de Hohenstaufen céda enfin. Les deux frères se réconcilièrent (4435] avec l'empereur, et devinrent ses serviteurs les plus dévoués.

En 1130, le pape Honorais II mourut. Innocent II et Pierre de Léon, sous le nom d'Anaclet, se disputèrent la chaire de saint Pierre. Le premier avait pour lui les canons, et fut presque universellement reconnu dans les royaumes de l'Europe ; mais le second avait pour lui les Normands, et il leur dut la possession de Rome. Piobert Guis?ard avait eu pour successeurs au gouvernement de ses états B.oger I, son fils (1095- 1111) et Guillaume, fils de Roger (1111-1127), qui régnèrent sans gloire et moururent sans postérité. Roger H, qui avait succédé, en 1101, à son père dans le comté de Sicile, s'empara de ce que les Normands possédaient en Italie, prit le titre de roi, et reçut

d'Anaclet, dans la cathédrale de Palerme, la confir- 1130. niation et l'investiture du royaume des Deux-Siciles. Ce fut deux ans après que Lothaire, qui avait embrassé la défense d'Innocent II, passa les Alpes; mais il avait emmené trop peu de forces, parce qu'il comptait sur le concours des seigneurs. Milan lui ferma ses portes. Entré à Rome, il ne put en chasser Anaclet, qui se maintint dans une partie de la ville. Dès qu'il eut repris le chemin de l'Allemagne, ceux qui s'étaient déclarés pour lui furent exilés de leurs principautés par Roger et les Normands.

Depuis le milieu du onzième siècle, les principales villes de la Lombardie et de la Toscane s'étaient constituées en républiques indépendantes. Telles étaient, en Lombardie, Milan et Pavie, dont les rivalités commencèrent avec le douzième siècle. En Toscane, Pise sur l'Arno s'adonna au commerce, couvrit la Méditerranée de ses flottes, obtint, en 1090, l'île de Corse comme un fief du saint-siége, conquit ensuite la Sardaigne, que lui disputèrent longtemps les Génois, augmentant ainsi chaque jour et sa richesse et son influence. Ce fut dans cette ville qu'Innocent II se retira. II y tint un concile où assista saint Rernard, abbé de Clairvaux, l'oracle et la lumière de son siècle. Les lettres du saint abbé détachèrent toute la Lombardie 1134 des intérêts d'Anaclet. En même temps, Lothaire repassait les Alpes à la tête d'une belle armée. Amédée III, comte de Maurienne et de Piémont, dut se soumettre; les villes de la Romagne et de la Toscane . qui refusèrent d'ouvrir leurs portes, furent forcées; Roger, poussé de place en place par l'armée impériale partagée en deux corps, repassa en Sicile, et Rainolfe, prince allemand, reçut du pape et de l'empereur l'investiture de la Pouille et de la Calabre. Anaclet étant mort de dépit, Innocent rentra triomphant dans Pujme. Mais déjà quelques nuages s'élevaient entre le pontife et Lothaire, son protecteur, lorsque celui-ci mourut 1137. à Trente, comme il regagnait l'Allemagne. Roger profita des circonstances pour revenir en Italie: il reprit tout ce qui lui avait été enlevé, et reconnut Inno-

cent II, qui se ménagea un appui en lui confirmant la possession du royaume des Deux-Siciles.

Sous Lothaire, l'Allemagne vit commencer la grandeur de deux familles. Le landgrave deThuringe ayant été proscrit par une diète pour un crime qu'il avait commis, ses états furent donnés au comte deThuringe Louis 111, petit-fils de Louis le Barbu et arrière-petitfils de Charles de Lorraine, le dernier des Carlovingiens. En 1134, Lothaire conféra le margraviat de la Saxe septentrionale au comte d'Ascanie Albert l'Ours, qui fut la souche de la famille ascanienne. Albert avait déjà la vieille Marche; il fit ensuite quelques conquêtes sur les AVendes à l'est de l'Elbe, et des l'an 1144, il prit le litre de margrave de Brandebourg.

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