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CHAPITRE XX

De l'Angleterre jusqu'à la conquête des Normands. — Etablissement des Anglo- Saxons dans la Grande-Bretagne. — Heptarehie. — Guerres civiles. — Invasions danoises. — Conquête de I Angleterre par Guillaume. — Bataille d'Hastings. — Partage de la terre conquise. (449-1066 — Ve, XF siècles.)

L'Angleterre proprement dite était connue des Romains sous le nom de Bretagne; l'Ecosse, habitée par les Pietés, sous celui de Calédonie ; et l'Irlande est l'ancienne Hibernie.

Soumise en partie par César, la Bretagne se défendit longtemps et quelquefois avec succès contre les maîtres du monde : elle fut entièrement conquise par Agricola, qui étendit encore l'empire de Rome sur toutes les petites îles voisines.

Bientôt une colonie d'anciens Bretons réfugiés en Hibernie s'empara du pays des Pietés , lui donna le nom d'Ecosse, et se jeta sur la Bretagne. Rarement vainqueurs et souvent pillés, les Bretons confièrent plusieurs fois aux Piomains leur défense. Mais Maxime et Constantin, partis de ce pays pour disputer la cou-

ronne impériale, épuisèrent la Bretagne en enrôlant dans leurs troupes toute sa jeunesse. Tous deux furent vaincus. Les Bretons de leur armée s'échappèrent , cherchèrent un asile en Gaule , dans l'Armorique, et cette province prit d'eux le nom de Bretagne, qu'elle porte encore aujourd'hui.

Les Pietés et les Ecossais profitèrent de l'affaiblissement des Bretons insulaires pour renouveler leurs incursions. Ceux-ci durent deux fois la victoire aux secours que leur fit passer Aétius. Abandonnés de ce général et des Bomains, ils mirent à leur tête Constantin, frère du prince qui régnait sur les Bretons des Gaules.

Après plusieurs victoires, Constantin mourut assassiné. On élut à sa place Vorligern, qui remporta sur les Pietés et sur les Ecossais de nouveaux avantages. Il s'était servi, dans cette guerre, d'une colonie d'Anglo-Saxons, partie d'un canton de la Saxe, sous la 449. conduite de deux frères, Hengist et Horsa. et qui venait d'aborder sur les côtes de Bretagne. Pour les récompenser de leur secours, il leur abandonna la province de Kent. Hengist ne larda pas à faire venir de nouvelles troupes de ses compatriotes, et sa sœur B.onice, par sa beauté, se fit aimer et épouser de Vortigern. Ce mariage souleva les Bretons contre leur roi. Sous les ordres de Vortimer , son fils aine, ils firent aux Anglo-Saxons une guerre longue et sanglante, et les vainquirent dans une grande bataille, où Horsa périt-, mais vaincus à leur tour, ils allaient êlre entièrement subjugués, lorsque Aurélius Ambrosius . fils de Constantin, vint à leur secours, à la tête d'une armée de Bretons Armoricains. Après une bataille 475. opiniâtre, qui ne décida rien, les deux partis également épuisés cessèrent de s'attaquer pendant quatorze ans. Aurélius reprit le premier les armes. Il marcha contre Hengist, remporta sur lui deux victoires, dont la seconde fut mortelle pour le conquérant saxon, et poursuivit ses fils avec vigueur : mais blessé dans une troisième action, il mourut sans enfants au milieu de ses triomphes.

Son frère Uther lui succéda. Les Anglo-Saxons s'élant alliés à la famille de Vortigern, dépossédée par Aurélius, et à Gilloman, roi d'IIibernie, 'revinrent l'attaquer et furent complètement battus : leurs chefs perdirent la vie dans la mêlée. Par cette victoire, la Bretagne jouit enfin de la paix sous Uther et sous Arthur, son fils, si célèbre dans les romans de chevalerie. Mais sous leurs successeurs, les Anglo-Saxons reprirent le dessus et s'emparèrent de la plus grande partie du pays. La Bretagne prit alors le nom d'Angleterre. Quant aux Bretons, une partie se cantonna dans le pays de Galles, où ils conservèrent longtemps leur indépendance; une autre partie se retira dans 700. FArmorîque avec Gadovalladre, leur roi, qui finit saintement ses jours à Rome.

Les Anglais, les Saxons et les Jutes, qui s'étaient unis pour la conquête, se partagèrent le pays. Dès 457, Horsa, chef des Jutes, avait fondé le royaume de Kent. Dans l'espace d'environ un siècle, on vit les Saxons fonder à leur tour les royaumes de Sussex (491), de "Wessex (516) et d'Essex (5-26, ; et les Angles, ceux de INorthumberland (547), d'Estanglie '571) et de Mercie (584). Leur réunion forme l'heptarchie saxonne, qui devint, au VIIIe siècle, une pentarchie, l'Estanglie étant réunie au royaume de Mercie. et le royaume de Sussex à celui de Wessex. Le pouvoir des rois était tempéré par le icittenagemot , ou assemblée de la nation. Le peuple se divisait en trois classes, les lhanes ou earls, les hommes libres, et ceux qui s'adonnaient au commerce et à l'agriculture. Tous étaient idolâtres, et persécutaient même le christianisme. Sous Ethelbert. en 596, les Saxons furent convertis par le moine saint Augustin, que Grégoire le Grand avait envoyé en Angleterre et qui attacha par des liens étroits toute la nation au saint-siége. Un roi, coupable d'un meurtre qu'il voulut expier, établit le romeScot ou denier de saint Pierre, ce qui constituait une espèce de vassalité.

Le huitième siècle se passa au milieu des guerres que les Saxons se firent entre eux, ou qu'ils eurent à

soutenir contre les Pietés et les Ecossais d'une part, de l'autre contre les Gallois. Cependant les maisons royales s'éteignaient, soit parce que chaque prince faisait disparaître tous ses rivaux, soit parce qu'ils renonçaient volontairement au mariage. Enfin parut Egbert. Héritier du royaume de Wessex, il fut obligé, par les persécutions qu'on lui suscita, dépasser en France, où il s'instruisit, sous Charlemagne, dans l'art de vaincre et de gouverner. Il assistait à Rome au couronnement de ce prince comme empereur d'Occident, lorsqu'il apprit que le roi de Wessex venait de mourir. Avec le secours des Français, il recueillit d'abord son héritage ; puis il soumit les Bretons de Cornouaille et de Galles, vainquit l'usurpateur Bernulphe, roi de Mercie, d'Estanglie, de Kent et d'Essex, pacifia le Norlhumberland déchiré depuis longtemps par les factions, et mit ainsi fin à l'heptarchie en réduisant 830. les sept royaumes sous son obéissance. Il pensait jouir en repos du fruit de ses conquêtes, lorsque les Danois vinrent, pour la première fois, attaquer l'Angleterre, qu'ils devaient soumettre après deux cents ans de guerres continuelles. Egbert fut vaincu : mais, profitant du désordre que la victoire même avait mis dans les rangs ennemis, il rallia ses troupes, tomba sur les Danois et les força de regagner leurs vaisseaux. Ils n'osèrent plus reparaître de tout son règne.

Sous Etélulfe, son fils, les Danois, tantôt vainqueur tantôt vaincus, se maintinrent néanmoins en Angleterre. Il y passèrent, en 851, un premier hiver. Ayant reçu, l'année suivante, un renfort de trois cent cinquante voiles, ils brûlèrent Londres et Cantorbéry : mais ils furent presque aussitôt défaits à Okély. Etélulfe, gendre, de Charles le Chauve, laissa quatre fils, Etelbade, Etelbert, Etelrède et Alfred, qui lui succédèrent tour à tour. Les deux premiers empêchèrent les Danois de s'étendre , mais ne purent les chasser. Etelrède les vainquit dans un grand combat; cependant ils firent sous son règne de rapides progrès, s'emparèrent d'une partie de ses états, et prirent enfin leur revanche dans une action où le roi fut mortelle-

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-•71 . ment blessé. Alfred, qui lui succéda, triompha d'eux huit fois dans une même année. Mais comme il en arrivait sans cesse d'autres bandes, il fut enfin défait et dut acheter quelques instants de repos par un traité qui garantissait aux vainqueurs la possession de ce qu'ils avaient envahi. Quand on reprit les armes, les Danois, d'abord vaincus sur terre et sur mer, lurent secourus par de nouvelles émigrations, à la tête desquelles était Rollon, et reprirent l'avantage sur Alfred, qui fut réduit à se cacher dans une ile jusqu'à de meilleurs temps. Une occasion favorable se présenta bientôt. Rollon étant passé en France , où Charles le Simple lui céda la Neustrie. et le chef des Danois ayant été tué devant une for-

890. teresse, Alfred, sorti de sa retraite, remporta sur les étrangers une victoire célèbre dont il sut profiter pour les poursuivre, jusqu'à ce qu'ils eussent tous abandonné l'ile, ou qu'ils se fussent soumis aux lois de l'Angleterre. Ce prince, à qui son courage dans l'adversité non moins que ses succès dans la guerre méritèrent le surnom de Grand, leur inspira tant de i erreur, qu'il put faire le voyage de Rome, où il fut couronné par Adrien II, sans qu'ils remuassent pendant son absence. L'Eglise lui dut plusieurs monastères magnifiques; les sciences et les lettres, l'université d'Oxford: l'Angleterre, sa division en comtes. et Londres, souvent pris et ruiné par les Danois, mais qu'Alfred releva et dont il fit la capitale du royaume.

901 . Ses successeurs héritèrent longtemps de sa fortune. Edouard le Vieux, son fils, vainquit les Danois, avec lesquels s'était allié un de ses cousins pour le détrôner. Adelstan , fils naturel d'Edouard le Vieux, ré-

925. prima toutes les entreprises de ses voisins, vainquit les Bretons de Galles, soumit au tribut la nation écossaise, et enleva aux Danois les royaumes d'Estanglie et de Norihumberland, qu'ils possédaient encore. C'est près d'Edouard que s'était réfugiée Ogive, sa sœur, femme de Charles le Simple. Après la mort de

940. Raoul, Adelstan prit en main les intérêts de Louis d'Où ire-Mer. et le fit recevoir par les seigneurs fran-

rais. Le règne d'Edmond 1er et d'Edrède, ses frères, et d'Eduin, fils d'Edmond, faisait craindre aux Anglais le retour de la dominai ion danoise : mais ce dernier avant été déposé, et Edgard, son frère, mis à sa place, le repos fut rendu à l'Angleterre. Tandis que le pays jouissait d'une paix profonde, Edgard dompta les Gallois, auxquels il demanda en tribut trois cents têtes de loups tous les ans, pour les exterminer du pays : il imprima la terreur aux Danois par ses flottes nombreuses qui croisaient sur l'Océan, et, le premier, il étendit son domaine hors de l'Angleterre, sur une partie de l'Irlande et sur toutes les îles voisines jusqu'en ÏSorwége.

Edouard le Martyr, fils et successeur (975-978)975. d'Edgard. ayant été assassiné par la reine Elfride, sa belle-mère, ce crime fit tomber la couronne sur la tête d'Elelrède II, fils d'Elfride. Ce prince ne sut pas protéger le pays contre les Danois, auxquels il paya le tribut appelé danegeld. Suénon, roi de Danemarck. et Olof Ier, roi de ÎNorwége, n'en remontèrent pas moins l'Humber en 993, appelant à eux les anciens Danois établis en Angleterre, et l'année suivante, ils parurent devant Londres, d'où ils furent éloignés à prix d'argent. En -1002, Etelrède ordonna le massacre des Danois en un même jour dans toute l'Angleterre. Suénon accourut pour venger ses compatriotes. Vaincu une première fois, il revint avec de nouvelles troupes, força Etelrède à chercher asile à la cour de Normandie, 1013. et gouverna avec un pouvoir absolu. Quand il mourut '1014), Etelrède remonta sur le trône avec le secours des Normands. Toutes les tentatives de Canut, fils de Suénon, pour se rétablir dans les conquêtes de son père, échouèrent longtemps contre la prudence d'Edmond II, fils d'Etelrède, qui vainquit plusieurs fois les Danois, et qui succéda à la couronne en 1016. Quatre 1016. nouvelles victoires semblaient décider la lutte en sa faveur, malgré la valeur et l'habileté dont son rival faisait preuve : mais Canut releva ses affaires, auprès d'Assington . par un dernier succès, qui mit en son pouvoir Londres et beaucoup d'autres villes. Les deux

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partis étaient également épuisés. Un traité partagea l'Angleterre entre deux princes, à qui l'histoire donne le nom de Grands, et qui tous deux auraient fait son bonheur par leurs qualités , si les temps et leur naissance n'avaient pas établi entre eux une rivalité meurtrière. Edmond ne jouit pas longtemps de la paix. Il mourut (4017) presqu'aussitôt, les uns'disent de mort naturelle, les autres, assassiné par Edrie, son beaufrère, qui, depuis le commencement de la guerre, s'était montré plusieurs fois perfide aux deux partis.

T. Canut fut universellement reconnu au préjudice des enfants d'Edmond. Après avoir puni Edric du dernier supplice, il rétablit en Angleterre Tordre, la paix et l'abondance. Ses guerres contre la Suède , quand le roi de ce pays eut envahi le Danemarck : contre la Norwége, qu'il prétendit conquérir, et contre Maleolm, roi d'Ecosse , qu'il voulait soumettre au vasselage . turent couronnées des plus heureux succès. Occupé à fondre en un seul peuple les Danois et les Anglais, il répandit les honneurs et les récompenses sur les deux nations sans distinction aucune, et il n'eut pas lieu de s'en repentir. Il avait embrassé le christianisme, et donna des marques d'une piété sincère. On sait comment il repoussa les flatteries de ses courtisans qui l'appelaient le maître de la terre et des mers. S' étant assis pendant le flux sur le rivage, il ordonna aux flots de s'arrêter à ses pieds ; et, comme la mer avançait sans cesse : « Apprenez par là, dit-il en se tournant vers les flatteurs, ce qu'est la puissance des rois de la terre, et comment la mer me reconnaît pour son maître. » C'était à Dieu qu'il rapportait tous ses succès, reconnaissant que de lui relèvent tous les empires, et qu'il donne à son gré les victoires.

:;ii. Après un règne de vingt ans, Canut laissa la couronne à ses deux fds Harald et Canut II, qui se succédèrent et régnèrent sans gloire. Les Anglais, se rappelant alors leurs anciens princes , offrirent la couronne aux frères d'Edmond, retirés en ÎSormandie. Ce choix déconcertait les mesures de Godwin , seigneur anglais . un des ministres de Canut, et qui

avait gouverné sous ses deux fils. Il avait espéré le trône pour lui-même. S'en voyant exclu, il fit assassiner sous main Alfred, l'aîné des deux frères, à son entrée dans le royaume; et, contraint de recevoir Edouard 1041. le Confesseur, il se conserva du moins l'autorité, et la cimenta en faisant épouser au prince sa fille Edithe. Cette alliance et la douceur du prince, qui allait jusqu'à la faiblesse, rendirent en effet Gbdwin assez puissant pour oser persécuter la reine mère, dont il redoutait le crédit. Edouard ouvrit les yeux ; il réduisit au devoir son ambitieux ministre, qui mourut bientôt d'une mort tragique, et il prit les rênes de l'état. L'Angleterre n'eut point à s'en plaindre. Les Ecossais, qui l'attaquèrent, furent vaincus, et les Gallois révoltés eurent le même sort. En même temps, Edouard recueillait les lois de ses prédécesseurs, les publiait, et recevait en échange les bénédictions des peuples. A sa mort, arrivée après vingtquatre ans de règne , l'église le mit au nombre des saints.

Comme il ne laissait pas d'enfants, trois conçu r- 1066. rents se disputèrent le trône, savoir : un petit- fils d'Edmond, Edgard Alheling, dont le père avait été relégué en Hongrie; Harald , fils de Godwin , et Guillaume, duc de Normandie, en faveur duquel il existait un testament d'Edouard. Ces deux derniers princes, célèbres par leurs exploits et par leurs qualités brillantes, méritaient également la couronne. Harald, alors dans le royaume, s'en empara et fut reconnu des Anglais. Guillaume demanda aux Normands des subsides pour faire valoir ses droits. Rebuté de l'assemblée des seigneurs, parce qu'ils ne voulaient point que la Normandie devînt une province de l'Angleterre , il obtint de chacun d'eux en particulier tout ce qu'il voulut; puis il leva une puissante armée, équipa une flotte et se disposa à passer la mer. Harald, vainqueur d'un de ses frères et des Norwégiens ligués avec lui , marcha au-devant de son compétiteur. Les deux armées se choquèrent dans les plaines d'Hastings. Après un combat opiniâtre , Guillaume dut à

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la ruse autant qu'à son courage une éclatante victoire. les meilleurs capitaines d'Harald et ce prince luimême étant demeurés au nombre des morts. Le fruit de celte bataille fut la conquête entière de l'Angleterre. Guillaume la partagea en 60, 000 baronnies. qui furent assignées partie au clergé, partie aux seigneurs qui l'avaient suivi. Par son ordre on fit un recensement de toutes les propriétés, consigné dans le Doomsday book ou Livre du jour du jugement. Les barons à leur tour cédèrent une partie de leurs fiefs à des arrière-vassaux appelés chevaliers; mais ceuxci, contre les coutumes de la féodalité continentale, prêtaient serment entre les mains du roi , ce qui les rendit vassaux immédiats de la couronne.

Guillaume voulut gouverner d'abord avec douceur : mais plusieurs révoltes l'obligèrent à changer de conduite, sans cependant qu'il en retirât beaucoup d'avantage. Ainsi il enleva aux Anglais les lois saxonnes pour les assujettir aux lois normandes, leur accorda peu d'emplois , leur défendit la chasse sous des peines sévères, et les contraignit d'éteindre leurs feux au son d'une cloche, à une heure donnée. Lés Ecossais et les Danois voulurent tour à tour essayer si le mécontentement de la nation contre ses vainqueurs ne leur donnerait pas quelque occasion de s'agrandir; mais ils trouvèrent un prince vigilant , qui déjoua leurs projets, et qui les vainquit. Dès lors ils se retirèrent, sans rien entreprendre de tout son règne.

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