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CHAPITRE XXI

De la France, depuis la déposition de Charles le Gros .. et de l'Angleterre, depuis la conquête des Normands (1060) jusqu'à l'avènement des Plantagenêts (1154). — Origine et faibles développements de la dynastie capétienne. — Premières luttes de l'Angleterre et de la France (Xe, XIe et XIIe siècles).

A l'époque où Guillaume 1er le Conquérant joignit au duché de Normandie et à la suzeraineté de la Bretagne la couronne d'Angleterre, il y avait déjà 79 ans qu'une dynastie nouvelle remplaçait sur le trône de France la race carlovingienne.

La cession de la Ne us trie aux Normands par Charles 91 •> lQ Simple , lui avait attiré la haine des seigneurs français, parce qu'ils crurent qu'il voulait se faire du nouveau peuple un appui contre eux. Robert, duc de France, fut porté au trône parles révoltés. Charles marcha contre lui , et le tua de sa propre main dans la mêlée, sans pouvoir cependant remporter la victoire. Hugues le Grand, fils de Robert, soutint le combat, resta maître du champ de bataille, et fit élire roi Raoul ou Rodolphe, duc de Bourgogne, son beaufrere, dont il demeura l'appui. Charles espérait rétablir ses affaires avec le secours de Henri 1er, roi de Germanie. Herbert, comte de Vermandois, arrièrepetit-fils de ce Bernard, roi d'Italie, si cruellement puni de sa révolte par Louis le Débonnaire, s'empara tic la personne du malheureux prince et l'enferma à reronne, ou il mourut en 929.

Après Raoul, la couronne revint à Louis d'Outre- 936, Mer. Ce prince, né pour de meilleurs temps, eut à combattre, pendant tout son règne, la cupidité et l'ambition de Hugues le Grand : néanmoins il eut des succès contre plusieurs de ses vassaux, qui se révoltèrent contre lui, et contre Othon 1er, qui lui disputait la Lorraine. Mais ayant voulu profiter du bas

âge de Richard, petit-fils deR.ollon, pour reprendre la Normandie, il fut fait prisonnier. Pour comble d'humiliation, après plus d'un an de captivité, il dut la liberté à Hugues, qui en récompense exigea la ville de Laon, seule place de quelque importance demeurée en propre à la couronne.

Louis étant mort d'une chute de cheval, qu'il fit en poursuivant un loup, Lothaire, son fils, lui succéda, sous la tutelle de Hugues le Grand, qui profita des circonstances pour augmenter ses domaines. Due de France et de Bourgogne, il acquit encore le comté de Poitiers, dont le comte Guillaume Tête-d'Etoupe s'était révolté. Hugues, son fils aîné, qui succéda à toutes ses dignités et à toute sa puissance, seconda Lothaire dans ses querelles avec les Allemands , et lorsqu'il manqua de surprendre Olhon II dans Metz, et lorsqu'il défendit Paris contre l'invasion et les vengeances de

986. l'empereur. Lothaire fut empoisonné par la reine. Louis V, son fils, surnommé le Fainéant, périt par un semblable crime, Blanche, fille du ducd'Aquitaine, craignant qu'il ne punît ses désordres. Comme il ne laissait pas d'enfants, et que Charles, second fils de Louis d'Outre-Mer. s'était rendu odieux aux Français en introduisant en France les Allemands , et en recevant d'Othon II la Lorraine en vasselage, Hugues franchit la faible dislance qui le séparait du trône. Alors com-

987. mença la troisième dynastie des rois français, appelés Capétiens du surnom de Capet, que mérita, dit-on, à Hugues la grosseur extraordinaire de sa tête.

La France contenait alors l'espace compris entre la mer de Gascogne, la Manche, l'Escaut, la Meuse depuis Mézières, la Saune, le Rhùnc. la Méditerranée et les Pyrénées : mais un assez grand nombre de ses plus belles provinces étaient possédées par des princes ou grands vassaux, qui profitèrent de l'avènement d'une nouvelle race pour relâcher de plus en plus les faibles liens de leur dépendance. Grâce à l'immense domaine qu'il avait avant de parvenir au trône, Hugues Capet se trouvait capable de tenir tète à chacun d'eux , et jamais ils ne se liguèrent contre lui. Aussi pendant

les neuf années de son règne, il vainquit toujours ceux qui voulurent se soustraire à son obéissance, et il laissa le royaume aussi tranquille que s'il avait eu de sa naissance le droit de gouverner.

Le second roi capétien fut Robert, que Hugues lui- 9% même, par une politique bien entendue, avait fait sacrer et reconnaître pour son successeur. Excommunie par le pape, pour avoir épousé Berthe, sa parente, ce prince la quitta, et prit en secondes noces Constance fille d'un comte de Toulouse, princesse ci une grande beauté, mais d'une ambition encore plus grande II en eut plusieurs enfants, dont l'aîné . Henri I , lui succéda. Robert, son second fils, excité par Constance, se révolta presqu'aussitôt contre son rere et fut vaincu; cependant il obtint en apanage m* r le duché de Bourgogne », que la mort de Henri le Crand, frère de Hugues Capet, sans postérité, avait rattache a la couronne sous le précédent règne De ce Robert sortit la famille des ducs de Bourgogne en'lSôl1 perpëtuée Jusque sous le rè§ne de Jean. Henri avait dû ses succès contre son frère aux secours que lui avait donnés Robert le Diable, duc de Normandie. Aussi quand ce prince, pénétré d'un enthousiasme ordinaire en ces temps-là, eut résolu d aller en pèlerinage à la terre sainte, le roi lui promit par reconnaissance de soutenir Guillaume, son fils unique, mais bâtard, contre tous ceux qui lui dispu^ teraient ses états. Il tint parole ; et, à la mort de son père, le jeune Guillaume se maintint contre les seigneurs rebelles , avec l'appui des armées françaises, nus tard, Henri, connaissant mieux le caractère de son rival, prévit ce que la France avait à craindre, et dans plusieurs circonstances, il entreprit contre lui* des guerres sans résultat. On ne suivit pas la même

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conduite pendant la minorité de Philippe Ier, son IO(jO. f}js et successeur. Beaudoin V, comte de Flandre, nommé régent, secourut Guillaume en hommes ex 5 066. en argent dans son expédition d'Angleterre. Pour réparer la faute que son tuteur avait faite, Philippe, devenu majeur, fomenta constamment les révoltes des Anglo-Saxons contre les Normands. Bien plus, lorsque Robert, fils de Guillaume, se révolta contre son père, afin d'en obtenir la Normandie, il l'assista des forces de la France, et ce fut contre ses conseils que la réconciliation eut lieu. Guillaume, qui voulut s'en venger, fondit sur la France et y trouva la mort; car s'étant échauffé outre mesure au siège et à la prise de Mantes, il fut attaqué d'une fièvre ardente qui remporta. Par son testament, il laissait la ÏNormftndie à Robert, son fils aîné; au second, nommé Guillaume, l'Angleterre; et au troisième, nommé Henri, une simple somme d'argent : mais des historiens prétendent qu'avant de mourir, il prédit à celui-ci sa fortune future.

1087. Guillaume II le Roux eut d'abord à soutenir une lutte contre plusieurs seigneurs des plus influents, qui voulaient porter sur le trône son frère Robert. Maître des chefs du parti, il passa dans la Normandie qu'il ravagea et où il prit plusieurs places, dont le traité de paix lui confirma la possession. Bientôt après, ileui à défendre ses états contre Malcolm III, roi d'Ecosse. qui périt d'un coup de lance au milieu du combat. Les Gallois remuèrent aussi. Le roi, les ayant vaincus, les fit attaquer par de nombreuses armées dans leurs forêts et dans le creux de leurs rochers; il leur tua par ce moyen beaucoup de monde, et, pour se mettre à l'abri de leurs entreprises, il éleva des forteresses sur les confins de leur territoire. A l'intérieur, il se distingua par sa dureté, ses exactions et son avarice. Son frère Robert, ayant voulu suivre Godefroi de Bouillon à la croisade, n'obtint de lui dix mille marcs d'argent1 qu'en engageant la Normandie.

1. Environ cinq cent quarante-quatre raille francs de notre monnaie.

Comme il ne laissa pas d'enfants, la couronne re- 1100. venait à ses frères. Mais Robert, l'aîné, était à Jérusalem : Henri en profita pour se faire sacrer à Westminster. Libéral et affable, il soulagea le peuple, répara les fautes de son prédécesseur, et s'affermit sur le trône en épousant l'héritière des anciens rois saxons. Aussi, quand Robert revint de la terre sainte, où il avait refusé le royaume de Jérusalem pour régner en Angleterre, il trouva Henri prêt à lui résister avec avantage. Cependant il leva de nombreuses troupes, passa le détroit et commença les hostilités. On s'entremit pour réconcilier les deux frères. Henri garda la couronne, à condition de payer annuellement trois mille marcs d'argent1 au duc de Normandie. MaisPiObert lui ayant remis l'année suivante cette espèce de tribut, les seigneurs normands en furent si irrités qu'ils l'abandonnèrent, quand la guerre se fut rallumée entre les deux princes. L'ambitieux Henri fit en Normandie de grands progrès, vainquit son frère à 1100. Tinchebrai, le fit prisonnier, le tint vingt-sept ans en captivité, après lui avoir fait crever les yeux, et affermit ainsi sur sa tôle une couronne sanglante. Ce prince régna d'ailleurs longtemps et avec gloire. La querelle des investitures eut lieu entre lui et le pape Urbain II. Quels droits les pontifes romains ne devaient-ils pas se croire sur l'Angleterre, puisque Guillaume le Conquérant avait réclamé les foudres de Rome contre son compétiteur? Henri temporisa et ne fit point tête à l'orage, de sorte qu'il passa sans causer en Angleterre de grands troubles.

En France, Philippe 1er venait de mourir. Son règne est célèbre par un grand nombre d'événements, auxquels il ne prit aucune part. Tels furent, outre l'avénement de Guillaume au trône d'Angleterre, l'établissement des Normands en Italie, la conquête du Portugal par Henri, fils de Robert, duc de Rourgogne, et enfin la première croisade.

L'ennemi le plus acharné de Henri fut Louis M,

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