CHAPITRE XXI II
De 1 Orient depuis l'avènement des Comnènes et des Seljoucides jusqu'à la fin de la première croisade. — Les Fatimites en Egypte. — Commencements du royaume de Jérusalem. (1057-1099 — XI' siècle.)
Après deux ans d'un règne aussi ferme que sage, Isaac Comnène, attaqué d'une maladie incurable, abdiqua la couronne en faveur de Constantin X Ducas, 1059. et se retira dans un monastère. Tandis que le nouvel empereur se livrait à son insatiable avarice, Togrul- Reg enleva ce qui restait aux Grecs dans la haute Arménie, et une horde de Scythes ravagea impunément la Thrace et la Macédoine. En mourant, Ducas 1067. laissa trois fds, Andronic, Michel et Constantin XI, sous la tutelle de l'impératrice Eudocie, leur mère. Les Turcs, méprisant le gouvernement d'une femme, ne tardèrent pas à se jeter sur la Mésopotamie, la Cilicie et la Cappadoce. Les peuples murmuraient et demandaient un maître, lorsqu'on amena devant l'impératrice Romain IV Diogène, condamné à mort pour une conspiration. Eudocie, que toucha sa bonne mine, '/épousa, et le lit reconnaître empereur. Romain se montra digne de cette haute fortune. A la tête d'une armée découragée et manquant de tout, il marcha contre Alp-Arslan, neveu et successeur (1064) de Togrul, sauva Antioche de ses mains, reprit sur lui quelques villes, et rétablit dans plusieurs affaires Thonneur des
armées impériales. Un dernier combat lui fut fatal. Après avoir résisté toute une journée, trahi par un de ses généraux, il fut blessé et tomba au pouvoir des Tores. Arslan s'honora lui-même par la conduite généreuse qu'il tint envers son prisonnier: il le traita avec magnificence, et le renvoya sous promesse de rançon. Mais Romain, à peine délivré, apprit que l'on avait forcé Eudocie à se retirer dans un monastère, et proclamé empereur Michel, fils de Constantin Du< as Il lui fallut défendre sa couronne les armes à la main. Malheureux dans deux combats, il se remit entre les mains de ses rivaux, qui, moins généreux que le sultan , lui crevèrent les yeux avec tant d'inhumanité qu'il en mourut.
Dès qu'Arslan eut appris le traitement cruel fait à Diogène, pour qui il avait conçu autant d'amitié que d'estime, il résolut de le venger. Michel Ml. dit Parapinace, dépêcha en vain ses meilleurs généraux pour arrêter ses progrès; tous furent vaincus, quelques-uns même furent pris, et trouvèrent dans leur vainqueur la même générosité que Diogène. Arslan fut arrêté dans ses conquêtes par les prétentions de Cutlu- Mosès, cousin de Togrul, qui en revendiquait une partie. Le calife fit consentir les deux rivaux à un traité qui garantissait à Arslan son autorité. Cutlu- Mosès, avec les secours que lui donna le sultan, s'empara, sous le règne de Michel et de son successeur. de la Médie, de la Cappadoce et de la Bithynie. et se créa ainsi un état indépendant, dont >"icée fut la rapitale.
C'était aux agitations intérieures de l'empire que les Turcs devaient en grande partie leurs succès. Sur quelque mécontentement, le Normand Oursel avait abandonné la défense des frontières, à la tête des Francs qu'il commandait. Vainqueur de tous les généraux qui lui furent opposés, il osait même aspirer au trône impérial : et si Alexis Comnène. neveu d'Isaac. fe vainquit, ce ne fut que par trahison. Bientôt après. Nicéphore Bryenne et rsicéphore Botoniate prétendirent tous deux à la pourpre, que Michel abandonna
pour se retirer dans un monastère d'où il monta plus lard sur le siège épiscopal d'Ephèse. Botoniate pré- 1078 vint son rival. Couronné à Constantinople, il trouva dans Comnène un appui. Bryenne, qui osa continuer la lutte, et Basilace, qui prit les armes après lui, turent tour à tour vaincus et envoyés à la cour ; enfin l'usurpateur dut se croire bien affermi par son mariage avec la princesse Marie, qui avait épousé en premières noces le dernier empereur. Mais il voulut revêtir de la pourpre Synadème, au préjudice de Constantin Ducas, fils de Michel et de Marie. L'impératrice engagea la famille des Comnènes à la révolte. Ils cédèrent, mais dans leur intérêt. Alexis, déjà connu par ses exploits, se fit proclamer par l'armée. Après avoir forcé Botoniate d'abdiquer, il reçut, à Constantinople, la couronne des mains du patriarche, l'an 1081.
Tandis qu'à peine monté sur le trône, ce prince 1081. soutenait contre Bobert Guiscard la guerre dont nous avons parlé, et réduisait ensuite les Petehenègues après de longues années de combats où il n'eut pas toujours l'avantage, Soliman, fils de Cutlu-Mosès, continuait les conquêtes de son père, et affermissait sa domination sur presque toute l'Asie Mineure et sur la Syrie. En même temps Malek-Schah élevait au plus haut période de gloire la dynastie des Seljoucides. Fils d'Alp-Arslan, il lui succéda en 1072, malgré l'opposition armée de quelques concurrents. Après en avoir triomphé, il poursuivit lui-même dans la haute Asie et dans les Indes les restes encore florissants de l'empiré des Gaznévides, et reçut du calife le litre d'émir-al-mouménin ou commandeur des croyants, que les successeurs de Mahomet s'étaient jusqu'alors exclusivement réservé. Un de ses capitaines réduisit Alep sous son obéissance, ainsi que les pays circonvoisins. Un autre s'empara de Damas et de Jérusalem, où il y eut un horrible massacre des chrétiens ; mais il se fit battre ensuite, lorsqu'il voulut pousser ses conquêtes dans l'Egypte. Toutefois, malgré sa puissance. Malek-Schah ne put empêcher une secte <!-
! 090. fanatiques de s'établir pour plusieurs siècles dans les montagnes de la Perse. Les historiens leur ont donné le nom d'assassins, et à leur chef celui de Vieux de la Montagne. Tel était l'empire qu'il exerçait sur ses sujets, qu'à son ordre ceux-ci n'hésitaient pas de se précipiter du haut d'une tour, ou de voler de toute autre manière à la mort. Il profita de ce dévouement aveugle pour rançonner jusqu'en Europe tous les princes, dont la vie eût été menacée, s'ils avaient osé se refuser à ses demandes.
Les généraux de Malek-Schah s'étaient maintenus chacun dans ses conquêtes et s'en étaient fait autant de gouvernements ; tous cependant, aussi bien que le fils de Cutlu-Mosès , reconnaissaient le sultan pour leur chef. Mais quand l'autorité de Malek
1003. eut passé par sa mort entre les mains d'un enfant en bas âge, tous les liens de l'obéissance se rompirent; chacun se prétendit souverain, et, au milieu de toutes ces guerres, l'empire d'Orient respira. Cornnène, aussi habile que brave, reprit même un grand nombre de places dans l'Asie Mineure, souvent par ruse, quelquefois par force. Enfin l'empire des Seljoucides se divisa en trois branches principales : celle d'Iran ou de Perse, en possession de Bagdad et de la personne de l'Abasside ; celle de Kerman au sud, et celle de Roum, en Asie Mineure. Cette dernière province était gouvernée par Kilidge-Arslan (1092-1107). fils de Soliman, que les historiens des croisades appellent souvent Soliman comme son père.
Tel fut l'étal de l'Orient, quand ces expéditions célèbres commencèrent. Le pèlerinage de Jérusalem était une œuvre de dévotion à la mode en Europe. Un gentilhomme de Picardie, nommé Pierre l'Hermite, devenu moine après avoir été soldat et marié, fut témoin des avanies et quelquefois des cruautés que les chrétiens avaient à souffrir en Palestine. De re- 1094. tour à Tiome, il ne manqua pas de faire un tableau touchant des maux dont il avait été le témoin oculaire. De là il parcourut les cours des différents princes d'Europe, les engageant à cesser leurs guerres
et à se réunir , pour arracher la possession des lieux saints aux infidèles. Au concile de Clermont, où Philippe 1er fut excommunié et où assistèrent les ambassadeurs de plusieurs princes chrétiens . Urbain II publia la guerre sainte dans un éloquent discours et y attacha de grandes indulgences. Dieu le veut! s'écria-t-on de toutes parts ; et pour montrer la résolution où il était, chacun mit sur son épaule une petite croix de drap rouge ; ce qui lit appeler ces expéditions croisades, et croisés, ceux qui les entreprirent.
La première croisade, ainsi publiée en Europe, mit en mouvement tous les peuples. Chacun courait où l'appelait la gloire, et, à ce qu'il croyait, son salut. Les seigneurs vendaient ou engageaient leurs terres, comptant sur la palme du martyre, s'ils mouraient les armes à la main, ou sur des états et des principautés, s'ils réussissaient. Les premières bandes, au nombre de quarante mille hommes, sous la conduite de Pierre I09'J. l'Hermite et de Gauthier Sans-Avoir, s'avancèrent en pillant à travers la Hongrie et la Bulgarie jusqu'à Constantinoplc, où elles arrivèrent bien diminuées, leur mauvaise conduite ayant armé contre elles les peuples qu'elles avaient traversés. Alexis Comnènc n'avait pas peu contribué à cette expédition par les secours qu'il n'avait cessé de demander à l'Occident contre les Turcs, malgré le schisme qui divisait les Latins et les Grecs. Mais sa joie se changea en crainte, quand il vit l'indiscipline des croisés. Il en résulta dans son esprit et dans celui de la nation entière une défiance contre eux, qui excuserait peut-être la mauvaise foi de la cour d'Orient vis-à-vis des princes qui entreprirent la conquête de Jérusalem . Alexis avait d'abord conseillé à Pierre d'attendre sous les murs de Constantinople le reste de l'armée -, mais il ne songea plus qu'à se débarrasser au plus vite de ces hôtes incommodes, en les faisant passer en Asie. Kilidge- Arslan marcha aussitôt contre eux, les attira dans des embuscades et les défit si complètement, que trois
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mille hommes à peine furent recueillis par la principale armée.
Elle s'avançait enfin à travers la Hongrie et la Bulgarie, tombeau de plusieurs autres bandes qui l'a- 1 aient précédée , ravageant et pillant tout sur son passage, comme celle de Gauthier et de Pierre. Six . ent mille combattants défilèrent sous les murs de Constantinople , à l'extrême frayeur d'Alexis. Cepenmt, dès qu'il fut convenu par un traité de leur fournir des vivres et le passage en Asie , à condition que les croisés remettraient à l'empire les villes qui lui ivaient appartenu , ou qu'ils les tiendraient comme •udataires, il eut à peine à s'en plaindre. Le nom des chefs était pour lui une espèce de garantie. C'était Hugues, frère de Philippe, roi de France; Robert. comte de Flandre-, Raymond, comte de Toulouse; Boémond , fils de Robert Guiscard , prince de Tarente , et Tancrède, son neveu ; le comte de Blois, le comte de Bourgogne , et enfin Godefroi de Bouillon , qui avait acheté de sa principauté de Bouillon l'honneur de commander cette croisade.
1097. On commença la guerre par le siège de N'icée. Kilidge-Arslan vint au secours de sa capitale et fut battu. La garnison ne s'en défendit pas avec moins de courage : mais n'ayant plus d'espoir, elle rendit enfin la place à un officier d'Alexis, qui priva ainsi les croisés du fruit de leurs travaux. La femme et les enfants du sultan tombèrent, avec la ville, au pouvoir des vainqueurs. Quand ils voulurent s'avancer dans le pays, Kilidge-Arslan tenta une seconde fois, à Dorylée, le sort des armes : vaincu de nouveau . il renonça à s'opposer désormais au passage. La reddition des principales villes fut le prix de ces premiers succès. Edesse se soumit d'elle-même à Beaudoin , frère de Godefroi . qui y fonda la première principauté des Latins en Orient.
L'armée prit ensuite la route de Syrie pour passer en Palestine. Ces deux pays étaient alors possédés parles Sarrasins d'Afrique. Nous avons vu se fonder les
dynasties des Edrissites et des Aglabites ; elles durèrent jusque vers l'an 908, qu'Obéidallah éleva sa puissance sur leurs ruines1. Ce prince, qui se prétendait issu d'Ali et de Fatime , fille de Mahomet, d'où ses descendants furent appelés Fatimites, prit le titre de mahadi ou conducteur, que Moëz-Ledinillah , un de ses successeurs , changea pour celui de calife. Djevvar, un des généraux de Moëz, lui conquit l'Egypte (968) et bâtit le Caire (973), qui devint la résidence du prince. Bientôt la Syrie passa également sous la domination des Fatimites, dont la puissance augmenta toujours jusqu'à Mostanser-Billah (1036;. Profitant des guerres qui eurent lieu à cette époque en Orient, ce prince voulut réunir les deux califats du Caire et de Bagdad : mais à peine eut-il conquis cette dernière ville, qu'il en fut chassé parTogrul, qui le poursuivit jusqu'en Egypte. Les guerres malheureuses qu'il eut à soutenir contre ce conquérant et ses successeurs, lui aliénèrent l'esprit des peuples. Après plusieurs vicissitudes , il arriva enfin la même révolution qu'en Orient ; le premier ministre de Mostanser ne lui laissa que l'autorité spirituelle, et prit le nom de Soudan, titre qui depuis devint le prix de l'adresse ou de la force , sans même qu'on se mit en peine dobtenir le consentement du calife.
Les généraux de Malek-Schah, comme nous l'avons rapporté plus haut, s'étaient rendus maîtres d'une partie de la Syrie et de la Palestine ; mais ces provinces étaient retombées sous la domination des Fatimites. Ce fut donc contre eux que se dirigea l'effort des croisés. Antioche résista neuf mois; la garnison montait jusqu'à vingt-sept mille hommes, bien pourvus de tout : aussi les croisés eurent-ils beaucoup à souffrir, quoiqu'ils eussent remporté une troisième victoire. Une intelligence livra enfin la place àBoémond. A peine les chrétiens y étaient-ils entrés , qu'ils y furent surpris sans vivres et assiégés
1. Cependant la dynastie des Edrissites ne fut complètement détruite qu'en 941.
1098. par une quatrième armée, envoyée par le sultan de Perse Barkiarok, successeur (1093-1105) de Malek- Schah. Cent mille infidèles restèrent sur la place : Boémond, affermi dans sa nouvelle conquête, en fut reconnu prince d'un consentement unanime. C'était. il est vrai, une contravention au traité conclu avec Alexis ; mais ce prince devait aider les croisés , ce qu'il ne fit pas. Bien plus , il fut accusé d'avoir trahi les différentes bandes qui essayèrent à différentes époques de rejoindre l'armée , et qui restèrent ensevelies dans les défilés et dans les montagnes de l'Asie mineure.
1099. D'Anlioche, Godefroi se dirigea sur Jérusalem, avec une armée de trente mille hommes au plus, le reste ayant péri dans les divers combats, ou s'élant établi avec leurs chefs dans les nouvelles principautés. La ville sainte soutint un siège de quarante jours. Au second assaut, elle tomba au pouvoir des croisés , qui déshonorèrent leur victoire par le pillage et le massacre des musulmans ; puis quittant le casque et la cuirasse, ils se rendirent pieds nus au saint sépulcre , et baisèrent avec respect les lieux que le Seigneur avait sanctifiés de sa présence. Le huitième jour, les seigneurs s'assemblèrent. Au refus du comte de Flandre et du duc de Normandie, Godefroi fut élu , d'un consentement unanime , roi de Jérusalem ; et de celte couronne dépendaient ou plutôt étaient censées relever les principautés d'Antioche, de Galilée, d'Edesse, et plus tard (1109) de Tripoli. Les princes croisés regagnèrent ensuite leurs états. Godefroi resta avec trois mille soldats au plus : mais il se recrutait chaque jour de nouvelles bandes d'aventuriers, et les divisions des Sarrasins facilitèrent au royaume naissant les moyens de s'agrandir.
On n'avait point encore eu le temps de relever les murs de Jérusalem, lorsque le Soudan d'Egypte envoya une nouvelle armée d'environ cent cinquante mille hommes pour reprendre la place. Godefroi s'avança contre elle, quoique bien inférieur en nombre, et la battit à Ascalon. Cette victoire réunit au rovaume de
Jérusalem un grand nombre de places, et rendit tributaires les émirs de Ptolcmuïs, de Césarée, d'Antipatride et d'Ascalon. Après un règne d'un an, Godefroi mourut. II eut pour successeur Beaudoin, son frère, comte d'Edesse, qui laissa celte place à l'un de ses cousins, du même nom que lui.
Beaudoin 1er pouvait espérer d'Occident de grands 1100. secours. Une armée s'était mise en marche, au nombre de deux cent mille hommes, sous les ordres de Hugues de France, qui mourut à Tarse; elle était suivie de quinze mille, sous la conduite du comte de Nevers ; et enfin une troisième bande de cent cinquante mille, commandés par le comte de Poitou, se présenta à son tour pour passer en Palestine. Mais aussi indisciplinées que les premières, ces trois armées succombèrent Tune après l'autre dans l'Asie Mineure sous les coups de Kilidge-Arslan. Leurs restes joi- . gnirent cependant Beaudoin : mais ils ne le sauvèrent pas d'une défaite que l'armée du soudan lui fit essuyer à Rama. Heureusement pour les Latins, les divisions recommencèrent entre leurs ennemis. Chaque gouverneur de place de quelque importance prenait le nom tfatabek, c'est-à-dire de père ou conducleur, et prétendait se rendre indépendant sous les faibles successeurs des premiers Seljoucides. Au milieu des guerres continuelles qu'entraînèrent leurs rivalités, Beaudoin se releva. Saint-Jean-d'Acre ou Ptolémaïs, Béryte et Sidon tombèrent successivement en son pouvoir. En même temps le fils du comte de 1*09 Toulouse se rendait maître de Tripoli, après un siège de dix ans, et fondait dans cette ville une principauté nouvelle.
A Beaudoin Ier succéda Beaudoin H, son cousin, 1118. comte d'Edesse, qui ajouta Tyr aux conquêtes de ses prédécesseurs, avec le secours d'une flotte vénitienne. Après lui, Foulques, comte d'Anjou et son gendre, 11.31 monta sur le trône. Le règne de ce prince fut malheureux pour les chrétiens. Zenghi, alabek de Mosoul, s'était acquis par sa valeur la supériorité sur tousses rivaux ; maître d'Alep, il poursuivit en même
lemps les chrétiens dans l'Asie Mineure et dans la Syrie. Foulques voulut s'opposer à ses progrès : mais il fut défait et assiégé dans une de ses places. Si Zenghi, effrayé de l'approche des autres princes lalins. dut lui accorder la paix à des conditions honorables. 1 L44. il s'en vengea sur Edesse dont il ne tarda pas à s'emparer. Cette ville avait été prise une première fois par les sultans de l'Asie Mineure, et reprise par les Latins. Josselin de Courlenay, qui en était comte, y rentra une seconde fois, Zenghi ayant été assassiné (1445 peu de temps après sa nouvelle conquête : mais il ne put s'emparer du château; etlNoureddin, (ils de Zenghi. non moins brave, non moins heureux, mais plus prudent que son père, reprit la ville sur Josselin. le poursuivit et l'envoya mourir dans les prisons d'Alep.
La cause de la perte d'Edesse, des revers qu'essuyèrent les Latins en Palestine, sous Foulques d'Anjou, et des progrès que fit chaque jour Noureddin, devenu maître de Damas (1154) par conquête, fut la mésintelligence qui éclata entre les descendants des premiers croisés, et les guerres que quelques-uns d'eux eurent à soutenir contre l'empereur d'Orient. Alexis Comnène, en effet, avait toujours cherché à faire valoir les droits de l'empire sur Antioche. Boémond 1", son cousin Tancrède, Boémond II, fils de Boémond 1", qui s'étaient succédés dans cette principauté, avaient maintenu par leur courage leur indépendance contre Alexis et contre son successeur, Jean Comnène (1118-1143); maisBaymondde Poitiers, étant devenu prince d'Antioche par son mariage avec la fdle de Boémond II, fut obligé de rendre hommage à l'empereur. Les chrétiens en auraient pu retirer quelque avantage : car Jean réunit ses troupes à celles du comte, prit plusieurs villes qu'il lui remit entre les mains, et arrêta par quelques succès les victoires de Zenghi. Mais la confiance ne put exister longtemps entre les Latins et les Grecs, et Jean se retira. Raymond devint l'ennemi mortel du comte d'Edesse. Les Turcs en profitèrent pour attaquer l'un après l'autre les différents princes chrétiens, et pour les affaiblir au
point qu'il fallut une seconde croisade afin de retarder leur ruine.