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Environ ircnlc-irois millions de francs

DU MOYEN AGE. 23 f

Montfort, comte de Lcycester, qui en étaient les chefs, réclamèrent dans l'assemblée d'Oxford, l' exécution 4258. de la grande charte; puis, devenus plus hardis par un premier succès, ils imposèrent au roi des conditions qui anéantissaient son autorité. Ce fut dans ces circonstances que la trêve conclue avec la France après l'affaire de Saintes, fut changée en une paix définitive. Par un scrupule assez rare en politique, Louis crut devoir rendre à l'Angleterre le Périgord, le Li- 1259 mousin, le Qnercy, l'Agénois et la Saintonge, à condition que Henri renoncerait à ses prétentions sur la Normandie, la Touraine, le Maine, l'Anjou et le Poitou ; ce qui semblait affermir à jamais la paix entre les deux couronnes.

Un traité aussi avantageux ne put réconcilier les Anglais avec leur prince. Toutefois, malgré la déclaration qu'il fit de vouloir sortir de tutelle et régner, les choses ne furent point encore poussées à l'extrême, le roi et les seigneurs étant convenus, pour éviter la guerre civile, de remettre à Louis l'arbitrage de leurs différends. Après un examen approfondi, Louis annula les conventions d'Oxford, comme contraires à la majesté royale, mais il confirma les privilèges de la grande charte. Ce jugement équitable déplut aux deux partis. En conséquence le comte de Lcycester, chef de la ligue, rassembla ses amis, s'appuya de Léolyn, prince de Galles, et leva ouvertement l'étendard de la révolte. Après plusieurs années d'une guerre de dévastation sans résultais, il rencontra l'armée royale, commandée par Henri, par le prince Edouard, son fils, et par Puehard, empereur d'Allemagne, son frère, à Lewes, dans le comté deSussex. L'affaire tournait d'abord à l'avantage du roi, le prince 1264 Edouard ayant enfoncé l'aile qui lui était opposée. Mais, comme il arrive trop souvent, tandis qu'il poursuivait avec ardeur les fuyards, il laissa le centre à découvert; ce que Lcycester n'eut pas plutôt aperçu , qu'il le fit attaquer de toutes parts, et il remporta une victoire complète, le roi lui-même et les princes étant tombés en son pouvoir. Leycestcr promena son prisonnier

dans toutes les villes de l'Angleterre. Devenu toutpuissant, il fit peser sur les grands et sur le peuple une tyrannie plus insupportable encore; en sorte qu'au bout d'un an, on soupirait après le rétablissement de Henri. Edouard , échappé à ses gardes, se prévalut des circonstances pour rassembler des troupes, à la tête desquelles il se remit en possession d'un grand nombre de places. Leycester marcha contre

'265. lui. Les deux armées se rencontrèrent à Evesham : le comte y fut battu et tué ; Henri délivré remonta sur le trône, qu'affermit la bonne conduite d'Edouard. En effet , ce prince poussa les rebelles , contraignit le prince de Galles à la paix, et porta enfin le dernier coup à la ligue en s'emparanl de 1 ile d'Ely, où les restes des partisans de Leycester s'étaient cantonnés. Dès lors la tranquillité parut si bien rétablie en Angleterre, qu'il ne craignit pas de s'engager dans la seconde croisade que méditait alors saint Louis. ■ - De grandes révolutions avaient eu lieu en Orient. Vers les sources de l'Amour, dans la Chine, habitait la tribu des Mongols, qui était soumise aux Mandehoux: peuple nomade, elle ne s'occupait que de la guerre et de ses troupeaux. Témugin. issu d'une des principales familles, en fit un peuple de conquérants. Dans sa jeunesse, il s'était mis au service du chef tartarc des Kéraïtes, qui lui avait donné sa fille en mariage. Se voyant en butte à l'envie des courtisans, qui envenimaient contre lui l'esprit du prince, il prit

1202. les armes, et, rassemblant les tribus errantes des Tartares, il fonda un grand empire qu'il gouverna sous le nom de Gengis-Khan. Pendant vingt-quatre années de conquêtes, il s'affermit dans la Tartane soumit la plus grande partie de la Chine, renversa dans l'Inde la domination des Gaznévides, et entra dans la Perse. Sur les ruines des Seljoucides s'était élevé dans ce pays Cothebbin Mohammed, chef des Carismiens ou Khowarasmiens. Ce prince entreprit en vain de résister aux armes victorieuses de Gengis-Khan : défait

1220. dans plusieurs batailles, il perdit dans une seule campagne, selon les historiens arabes, plus de deux

millions de sujets. A la mort de Gengis-Khan, Oeiaï, son (ils, conduisit les Mongols à de nouvelles victoires. Les Carismiens poursuivis abandonnèrent la Perse pour échapper à une extermination complète, et se jetèrent, l'an 1244, sur la Syrie et sur la Palestine, 1224. qu'ils mirent à feu et à sang, ne distinguant ni âge, ni sexe, ni même la religion. Peu de temps avant lia croisade de saint Louis en Egypte, Malek-Saleh en incorpora les restes dans ses troupes et leur dut en partie ses succès.

Bâton, un des petits-fils de Gengis-Khan, et l'héritier des pays au nord de la mer Caspienne, se jeta à la tète d'une armée de Mongols, sur la Russie (1236), qu'il soumit à ses lois. Gaiouk. (ils d'Oclaï, traversa la Pologne, brûla Breslau , 1241. vainquit près de Liegnitz le duc Henri, envahit la Hongrie, où régnait Bêla IV. défit sur le Sajo l'armée hongroise qui perdit cent mille hommes , dévasta complètement le pays et poursuivit le roi jusqu'au fond de l'Illyrie. Un autre petit-fils de Gengis- Khan , nommé Iloulagou, maître de la Perse et des provinces voisines, passa l'Euphrate et soumit une partie de l'Asie Mineure. Le calife abasside Motassem l'appela contre les Ismaélites. Tous les chefs de l'Asie Mineure se joignirent à Iloulagou, qui extermina la race des Assassins : mais il tourna aussitôt après contre Motassem lui-même. On livra sur le Tigre une bataille sanglante. L'armée du calife, 1258. victorieuse, fut noyée la nuit par une inondation que firent les Mongols en perçant quelques digues. Bagdad se rendit après cinquante jours de siège. Deux cent mille individus périrent dans le sac de la ville. Motassem fut tué à coups de massue par l'ordre du vainqueur. Un rejeton des Abassides se rendit en Egypte, où il fut proclamé calife, et sa dynastie se perpétua jusqu'à Sélim 1er, en 1517.

Fiers de tant d'heureux succès , les Mongols se jetèrent sur la Syrie l'année suivante. Le sultan d'Egypte était alors ce même Bondochar, que nous avons vu triompher de l'année française. A la tête

de ses Mamelucks, il remporta sur Houlagou de nombreux avantages, et délivra ses états de l'invasion des Mongols. L'empire de ces peuples, borné do ce côté par une résistance aussi vigoureuse, s'étendait alors depuis la mer du Sud jusqu'au golfe de Finlande.

Bondochar, délivré des Mongols, songea à s'agrandir aux dépens des chrétiens et des musulmans. 11 enleva aux uns Tyr et Damas, aux autres Césarée, Jaffa et Antioche. Ce fut contre ce conquérant fourbe et cruel, que Louis entreprit de secourir pour la seconde fois les chrétiens. 11 lui reprochait surtout de retenir un grand nombre de Français dans les fers, malgré le traité de Damiette.

1270. Quelques négociations avec le souverain de Tunis avaient fait croireà la possibilité de convertir ce prince au christianisme. En conséquence, Louis cingla d'abord vers la côte d'Afrique. Mais quand l'armée française parut devant la ville, au lieu de demander à s'instruire, le prince musulman se disposa à combattre. D'autre part, une maladie contagieuse se répandit parmi les troupes. Le roi même en fut atteint et en mourut : dès lors on ne songea plus à continuer l'expédition. Philippe le Hardi, fds et successeur du saint roi, et Charles d'Anjou, roi de Sicile, retournèrent chacun dans leurs états, tandis que le prince

1-27-2. Edouard alla recueillir de son côté la couronne d'Angleterre, que son père Henri III lui laissa deux ans après.

Les malheurs des deux dernières croisades éteignirent totalement l'ardeur déjà bien affaiblie des Occidentaux pour ces expéditions lointaines. Elles épuisèrent, il est vrai, l'Europe d'hommes et d'argent, sans atteindre le but qu'on s'était proposé; mais, en revanche, on en relira de bien grands avantages. Les musulmans, toujours agresseurs depuis Mahomet, perdirent dans une guerre défensive, où ils ne triomphèrent que par la trahison et par 1a ruse, ce prestige qui les avait rendus jusqu'alors si redoutables. En outre, chaque état dut en particulier aux croisades la

fin de l'anarchie féodale, le salutaire accroissement de l'autorité souveraine, l'affranchissement des serfs, l'origine el le développement des communes. Les seigneurs, qui trouvaient dans la Palestine un aliment à leur inquiétude guerrière et à leur décevante ambition, renoncèrent à la puissance et aux richesses qu'ils pouvaient conserver sans peine dans leur patrie, afin de poursuivre au loin une gloire qu'ennoblissaient du moins les idées religieuses, et des titres vains et précaires dont tout le charme peut-être était dans le danger. Pour subvenir aux dépenses d'un long voyage, les uns vendirent ou engagèrent aux rois leurs revenus et même leurs terres, comme en Angleterre et en France; d'autres affranchirent à prix d'argent les serfs de leurs domaines, ou, comme en Italie, surtout dans l'Italie lombarde, vendirent aux communes les privilèges sur lesquels se fonda plus tard leur indépendance absolue. L'éloignement des intéressés rendit faciles toutes les usurpations des rois ou des peuples. Tel partit riche et puissant, qui revint seul et pauvre, trouvant à peine dans ses étals aliénés où reposer sa tête. Le fils aîné du Conquérant en est le plus frappant exemple.

Mais si les croisades ruinèrent la féodalité, elles consacrèrent en retour l'illustration de la noblesse, et l'immortalisèrent en quelque sorte par l'invention des armoiries. 11 fallait à chaque seigneur un signe autour duquel se rangeraient, en le reconnaissant, ceux qui avaient pris les armes sous sa conduite. De retour en Europe, il le conserva comme un souvenir, et chacun de ses descendants le porta avec orgueil comme un glorieux héritage. Dès lors tous les membres d'une même famille se reconnurent aux armes malgré le temps. 11 se constitua ainsi une aristocratie patricienne, basée sur la naissance, et dont les rangs ne s'ouvrirent que rarement, soit aux talents, soit aux richesses.

Ce qui contribua surtout à la prospérité des communes, ce fut le nouvel essor du commerce. Les villes du nord de la France cl de l'Allemagne allaient échan-

ger leurs produits contre ceux de l'Angleterre et des peuples de la Baltique. Mais au midi. Venise, Gênes, Pise: Florence, Barcelone, Marseille, transportèrent d'abord ou convoyèrent les croisés ; ensuite elles envoyèrent chaque année des flottes nombreuses chercher en Syrie, à Alexandrie, à Gonstantinople. et jusqu'au fond de la mer Noire, les marchandises de l'Orient, surtout de l'Arabie et des Indes, pour les répandre dans l'Europe. Toutes les villes conquises par les croisés, devinrent autant de ports et d'entrepôts pour le commerce de l'Orient, dont les Grecs et les Arabes avaient auparavant le monopole. Les pelleteries et autres productions delà Russie, les étoffes de la Perse, les soieries de l'Inde et du Péloponese. les épiceries de l'Inde et de l'Arabie, notamment le poivre, dont la consommation était immense, le sucre qui était alors une drogue pharmaceutique, l'alun, dont la fabrication ne fut connue de l'Europeque dans le quinzième siècle, les parfums de l'Arabie, le camphre du Japon, les fruits de la Grèce, auxquels s'ajoutaient ceux de l'Espagne et de l'Italie, telles furent les marchandises que recevait l'Europe, et elle renvoyait en échange les produits de ses mines et de ses manufactures, les bois de construction et les céréales.

Grâce aux croisades, l'Occident s'enrichit de nouvelles cultures, telles que le mûrier, la canne à sucre et le blé de Turquie. Les Arabes fondèrent en Espagne plusieurs fabriques de soie. En 4147, Boger II, dans la guerre qu'il fit aux Grecs, enleva du Péloponese un certain nombre douvriers en soie, et les transporta à Palerme, d'où ils se répandirent dans le reste de l'Italie* Toutefois la soie se vendit encore longtemps au poids de l'or.

Le contact des croisés avec les Orientaux, développa chez les premiers le goût des lettres, des sciences et départs. Malgré un certain mépris pour des peuples qui savaient mieux parler qu'agir, ils ne restèrent point insensibles aux charmes d'une civilisation plus avancée. Il se trouva des hommes qui se dévouèrent

pour doler leur patrie des sciences de l'Orient, et des princes assez éclairés pour encourager et protéger leurs entreprises. Constantin l'Africain étudia trenteneuf ans la médecine à Bagdad avant de fonder l'université de Salerne. Après avoir étudié la jurisprudence à Constanliuople, Irnérius, le restaurateur du droit romain en Occident, ouvrit à Ravenne, puis, en 1110, à Bologne sa patrie, sous les auspices de la comtesse Mathilde, une école qui devint justement célèbre. En 1224, Frédéric II érigea l'université de Naples, où il attira les plus savants disciples d'Irnérius, en fixant le premier aux professeurs des émoluments aux frais du trésor. La littérature demeura plus longtemps station naire. Cependant les exploits des croisés éveillaient à la fois les poètes, qui les chantaient dans des vers moins rudes et moins grossiers, et les historiens qui les transmettaient, comme Villehardoin, à la mémoire de la postérité. Les arts frappèrent plus vivement l'imagination des croisés. Tous ces chevaliers grossiers et rudes apprirent bientôt à apprécier l'industrie, qui rend la vie plus commode et plus polie, et les merveilles de sculpture, de peinture, d'architecture, dont Constantinople était si fière. mais que les Arabes reproduisaient avec plus de bonheur que les Grecs. L'architecture surtout répondait aux besoins religieux du siècle. L'Allemagne, la France. l'Espagne et ITtalie se couvrirent de magnifiques cathédrales, non plus dans le goût antique, mais dans le genre byzantin ou arabe que l'on a appelé improprement gothique.

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