‹ Histoire du moyen ageChapitre 45 sur 84 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

bes chevaliers de Saint-Jean, des templiers et des chevaliers leutoniques. (1110-1453; XIIF, XIVe et XV siècles.) — Puissance des chevaliers teutoniques jusqu'à la ruine de Constantinople. — Les chevaliers porte-glaives.

De la Pologne et de la Russie depuis le XIe siècle, et de la Lithuanie depuis Ringold, jusqu'aux temps modernes.

Les croisades furent aussi le berceau de la chevalerie. Des gentilshommes de tous les pays se réunirent avec le double but de proléger dans leur route les pèlerins contre les avanies des infidèles, et de les servir dans les hôpitaux, s'ils tombaient malades. Chaque fondateur soumit ses disciples à des statuts plus ou moins sévères qu'il empruntait quelquefois aux ordres monastiques. Les papes accordèrent à ces institutions de grands privilèges, les exemptant même de toute juridiction ecclésiastique et civile. D'autre part, la France, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, dotèrent richement ceux qui se dévouaient ainsi pour la chrétienté. Chaque ordre obéissait à un grand maître, prince souverain qui avalises grands officiers, lels que le maréchal et le banneret, chargés du commandement militaire. Après lui venaient les grands prieurs, qui commandaient les différentes provinces; ils avaient sous eux les prieurs et les commandeurs, qui étaient chargés de l'administration des biens-, puis enfin venaient les chevaliers. Telle est encore de nos jours l'organisation des ordres que le besoin de distinctions honorifiques a créés dans les royaumes de l'Europe.

Même avant les croisades, il y avait à Jérusalem des hospitaliers de Saint-Jean, qui soignaient les malades dans un hôpital de ce nom. Après la conquête de Godefroi , Gérard de Martigues, leur chef, recruta parmi les gentilshommes des imitateurs de son dé-

vouement. Il reçut du nouveau roi la seigneurie de Montboire, en Brabant, générosité que les princes et les seigneurs croisés imitèrent à l'envi, et il fonda enfin en 1110 l'institut des hospitaliers, dont le pape approuva aussitôt les règles. Les chevaliers prononçaient au pied du saint sépulcre les trois vœux de chasteté, d'humilité et d'obéissance. Raymond Dupuy, leur deuxième grand maître, ajouta aux devoirs de la charité l'obligation de prendre les armes pour la protection des pèlerins et pour la défense des saints lieux. Dès lors on distingua les frères servants, les prêtres ou chapelains, et les chevaliers. L'ordre acquit bientôt de grands biens en Asie et en Europe : mais du moins il se montra fidèle à sa double mission. De toutes parts s'élevaient des hôpitaux où l'on recevait les pèlerins que les chevaliers avaient escortés jusqu'à Jérusalem. Cette redoutable milice prenait en même temps la plus grande part à toutes les guerres de cette époque. Tantôt elle occupait sur les frontières des châteaux d'où elle infestait par des courses multipliées les terres des infidèles. Tantôt elle se réunissait aux armées chrétiennes, arrachant aux musulmans la victoire, ou succombant plutôt que de fuir sur les monceaux d'infidèles qu'elle avait immolés. Quand Saladin eut pris Jérusalem, les chevaliers firent du château fort de Margat, le chef-lieu de leur ordre. Chassés de place en place, même de Margat, et enfin de Saint-Jean- d'Acre (1293;, dernière place que les chrétiens possédèrent en Palestine, ils trouvèrent un asile momentané à Limisso. dans l'île de Chypre. En 1310. le grand maître Foulques de Viilaret, envahit l'île de Rhodes, que défendaient à la fuis les Grecs et les infidèles, et s'en empara maigre la résistance la plus vive. Bientôt le pavillon de l'ordre flotta respecté sur toute la Méditerranée. En vain Othman 1er et Orcan, son fils, entreprirent-ils le siège d'une place encore démantelée : ils ne purent en chasser les conquérants, qui la mirent bientôt hors d'insulte. Bien plus, les chevaliers acceptèrent la défense de Sinyrne (1344). secoururent contre les Sarrasins d'Egypte la

petite Arménie, achetèrent Corinthe et conquirent Patras en Morée, s'enrichirent pur leurs courses continuelles contre les musulmans, et contraignirent plusieurs t'ois les soudans à des traités honteux pour leur couronne. Tamerlan leur enleva Smyrne (1401), où il mit tout à feu et à sang; mais l'ordre attaqué à la fois par les musulmans d'Asie et d'Egypte, n'en triompha pas moins de leurs efforts, et se maintint glorieusement dans son île jusqu'à la prise de Constant inople.

L'ordre des templiers ou des chevaliers du Temple, ainsi appelés de ce que leur berceau était pies du temple à Jérusalem, fut fondé en 1118 par le Français Hugues Pavens. qui en fil seulement un ordre militaire. Il posséda 'bientôt d'immenses richesses, comme les hospitaliers; mais s'il rivalisa souvent avec eux de dévouement et d'intrépidité, cette rivalité dégénéra quelquefois en haine, au point qu'ils se livrèrent des combats acharnés. Les templiers furent même accusés d'avoir trahi les chrétiens par des alliances secrètes avec Saladin et ses successeurs. Cependant les musulmans les poursuivirent avec autant d'opiniâtreté. A la prise de Saint-Jean d'Acre, il ne restait que dix chevaliers de tous ceux qui s'étaient enfermés dans la place avec le grand maître. Linusso ouvrit aussi un asile à ces glorieux débris: mais tandis que les hospitaliers sacrifiaient tout à la guerre contre les infidèles, les 30,000 templiers répandus dans les différentes provinces ne songeaient qu'a jouir de leurs immenses revenus. L'opinion publique, irritée de leur orgueil et de leur luxe, leur reprochait des crimes affreux que les statuts auraient consacrés, et même de monstrueuses hérésies. En 1307, Philippe le Bel les fit arrêter le même jour dans toute la France. On instruisit leur procès. Les uns avouèrent, soit librement, soit au milieu des toitures. Les autres protestèrent constamment de leur innocence ou revinrent sur leurs premiers aveux,

et furent condamnés à mort ou à une prison perpétuelle. Le grand maître Jacques de Molay et quelques membres des plus illustres Curent brûlés à Paris. Enfin le pape Clément V prononça la suppression de l'ordre au concile de Vienne, en 1312. Les biens des templiers furent donnés aux chevaliers de Rhodes ; mais en France, le roi s'en appropria une grande partie: exemple que suivirent différents princes. Cependant ces chevaliers furent absous plus d'une fois par leurs juges, en sorte que la justice de leur condamnation est un de ces problèmes historiques dont la solution manquera toujours, faute de données suffisantes.

L'an 1190, Henri Walpot fonda à Jérusalem un troisième ordre, les chevaliers teutoniques, qui se montrèrent les dignes émules de leurs aînés. An siège de Damiette, en 1219, ils sauvèrent l'armée chrétienne par leur courage. Le roi de Hongrie André II les établit dans la Transylvanie, pour qu'ils défendissent les frontières contre les Cumans1. Mais une autre concession allait appeler l'ordre entier sur un plus grand théâtre.

Entre la Baltique au nord, la Yistule à l'ouest, une ligne presque droite qui partirait un peu au-dessus de Cuhn pour aboutir à quelques myriamètres au-dessous de Grodno, au midi, et le Mémel ou Niémen presque dans tout son cours, à l'est, se trouvait la Prusse idolâtre, divisée en états indépendants. Le christianisme y avait pénétré dès l'an 997 -, mais les premiers missionnaires payèrent de la vie leurs tentatives pieuses. Les Prussiens entrèrent même plusieurs fois dans la Mazovie, ou régnait le prince polonais Conrad, et y mirent tout à feu et à sang, ainsi que dans le territoire de Cuhn. Conrad et Christian, nommé évéque de Prusse par Innocent III, en 1214, appelèrent à eux une armée de croisés, qui leur donna une supériorité momentanée. Bientôt les Prussiens re-

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