‹ Histoire du moyen ageChapitre 47 sur 84 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Des états Scandinaves depuis leur origine jusqu'à la prise de Constanlinople. — Union de Calmar (1397 .

On appelle états Scandinaves les trois royaumes de Danemarck, de Suède et de Norwége.

L'établissement de ces trois royaumes remonterait à plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne, s'il fallait en croire certains auteurs et la généalogie des rois qu'ils nous ont transmise. Mais, quand même tous ces princes auraient existé réellement, leurs annales se bornent, avant le douzième siècle de notre ne, aux guerres qu'ils se firent l'un à l'autre presque sans aucune interruption. Les étals du vaincu devenaient toujours la possession du vainqueur , jusqu'à ce qu'un rival plus heureux lui enlevât la couronne ei ordinairement la vie. Ces peuples n'avaient d'ailleurs aucun rapport avec leurs voisins, et leur existence ne lut connue que parles invasions qu'ils firent à difféi entes époques dans les parties méridionales de l'Europe. Sous le nom de Cimbres. ils saccagèrent les

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Gaules et firent trembler l'Italie. Les Goths , sortis des mômes pays , ravagèrent longtemps l'Orient et l'Occident, et s'établirent enfin dans les Gaules et dans l'Espagne. Plus tard, sous Charlemagne et ses successeurs, de nouvelles émigrations portèrent la terreur des hommes du Nord ou Normands sur toutes les côtes de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Espagne et de la France, et nous avons vu précédemment quelles furent les colonies qu'ils fondèrent.

Les peuples de la Scandinavie avaient vécu, dans l'origine, de la chasse et de la pèche-, ils y joignirent, au neuvième siècle, la piraterie et le pillage. Leur principale divinité était Odin, un de leurs anciens chefs, dont la famille fournit longtemps et d'une manière exclusive des princes à toutes les contrées du Nord. On a prétendu que cet Odin fut un des généraux de Milhridate 5 qu'après la défaite de ce prince, il se retira dans la péninsule Scandinave; que, par la force des armes et par un commencement de civilisalion, il fonda un grand empire sur les pays qu'embrassent aujourd'hui le Danemarck, la Suède et la Norwége, la Russie, la Prusse et la Pologne-, qu'il communiqua à tous ses sujets la haine dont Mi tb rida te avait été animé contre les P^omains, et que ce fut la première cause de l'invasion de l'empire par les barbares. En laissant de côté tout ce qu'il y a d'hypothétique dans de semblables récits, il en résulte toujours qu'Odin dut être un prince puissant et guerrier, dont la domination fut immense; ce qu'attestent et les honneurs divins qu'on lui rendit après sa niori, et la persévérance avec laquelle des peuples unis sous lui, mais devenus ennemis dans les âges suivants, se choisirent néanmoins des princes dans sa famille.

L'histoire de la Scandinavie ne devient certaine que lors de l'introduction du christianisme. Le premier roi chrétien de Danemarck fut Harald Blaatand, de la dynastie skoldungienne ; mais les peuples se révoltèrent outre la religion nouvelle. Suénon Ier, fils de Harald, se mit à leur tête et triompha de son père, qui péril 99]

dans l'action. C'est ce même Suénon qui conquit l'Angleterre, et dont le fils, Canut le Grand '1014- 1036) , gouverna les deux pays avec tant de gloire. Hardicanul (4036-1042) l'ut le dernier prince de la dynaslie.

Les rois de Suède s'appelaient, dans l'origine, rois d'Upsal. Parmi eux. on distingue Eric M le Victorieux (964-994). qui paraît avoir soumis le Danemarck, la Finlande. l'Esthonie, la Livonie et laCour-

1001. lande. Olof III prit le titre de roi de Suède. Lu même année, il fut converti au christianisme par des missionnaires anglais. Sa postérité s'éteignit avec Emund III, en 1056.

La Norwége, déchirée par les factions, devint vassale du Danemarck en 975: mais elle secoua bientôt cette suprématie. Olof 1er (995-1000) embrassa le christianisme et convertit ses compatriotes par la persuasion et parle glaive. Suénon Ier de Danemarck et Olof III de Suède s'étant ligués contre lui, il fut vaincu et tutdans un combat naval. La Norwége resta seize ans

10in. soumise au Danemarck. Olof II lui rendit son indépendance. Mais, en 1031, Canut le Grand descendit en Norwége, et soumit toute la contrée, Olof étant resté avec son armée sur le champ de bataille. La tyrannie de son fils Suénon fit révolter les peuples. On

1036. appela le fils d'Olof IL Magnas 1er. qui s'était réfugié en Russie. A la mort de Hardicanut. Magnus envahit même le Danemarck et le gouverna cinq ans. En 1047. Suénon II Estrithson. qui descendait de Suénon 1er par les femmes, souleva les Danois, combattit heureusement Magnus. qui mourut d'une blessure, et fonda la dynastie des Estrithides. Vers la même époque.

1056. Stenkill succédait, en Suède, à la race éteinte des rois Lodbrokiens.

Pendant plus de deux siècles, les trois royaumes Scandinaves se développèrent parallèlement, sans avoir presque de relation l'un avec l'autre. Le plus remarquable de cette période est le Danemarck. soit par la renommée de ses princes et l'étendue de ses conquêtes, soit par ses relations avec l'Allemagne.

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Suénon II laissa, en mourant, sept fils. Cinq d'en- 1076 treeux montèrent successivement sur le trône, savoir : Iiarald IV (1076-1080), qui s'aliéna les peuples par son excessive bonté 5 Canut IV le Saint, qui fut assassiné (1086) au pied des autels pour sa trop grande justice \ Olof III, qui mourut (1095) de douleur, parce qu'il ne pouvait remédier à une affreuse famine ; Eric III, qui se rendit à Rome et qui mourut à Paphos (1103), lorsqu'il allait en pèlerinage à Jérusalem ; et Niels ou Nicolas, dont les vices causèrent la ruine.

En 1047, le prince obolrite Godschalk avait érigé le royaume deSlavonie ou des Vénèdes, qui comprenait le Mecklenbourg, le Lauenbourg, la vieille Marche et la Marche de Priegnitz, et dont Lubeck était la capitale. Il avait épousé une fille de Suénon II. Des mécontents, Tayant assassiné, appelèrent au trône (1066) un usurpateur dont l'unique mérite était son attachement au paganisme. Henri, fils de Goldschalk, se réfugia dans les possessions de sa mère, en Danemarck . Dépouillé par Niels, il rassembla quelques vaisseaux, descendit sur les côtes des Venèdes, tua l'usurpateur, s'affermit sur le trône de son père, et introduisit dans ses états la civilisation avec le christianisme. Il réclama alors son patrimoine; sur le refus de ISiels, il défit les 111 3. troupes danoises et dévasta le Sleswick, où il établit Canut Laward, fils d'Eric III. Ce fut à ce môme prince qu'il légua son royaume, quand il mourut sans en- 1131. fanls. Magnus, fils de ISiels, jaloux d'une telle élévation, assassina son cousin l'année suivante. Mais les Danois indignés se soulevèrent et proclamèrent Eric IV, frère de Canut, que soutint le roi de Norwége. Niels et Magnus, vaincus près de Eodwick en Scanie, péri-113'i rent, celui-ci dans l'action, et son père à Sleswick, où il avait cherché un asile.

A Eric IV, qui périt assassiné, et à EricV (1137-1147) son neveu, dont on méprisait la faiblesse, succédèrent Suénon 111, fils d'Eric IV, et Canut V, fils de Magnus, qui se disputèrent le trône. Cependant, la Slavonie était gouvernée par les neveux de Canut Laward, qui persécutaient les chrétiens. Les deux rois suspendirent

1147. leurs querelles pour prendre part contre eux à une croisade qui n'eut aucun résultat. Suénon avait donne le Sleswick à Waldemar, fils posthume de Canut Lazard. Pour se débarrasser des craintes que lui donnaient et ce prince et surtout Canut Y, que soutenait Frédéric Barberousse , il voulut les faire périr par trahison. Canut fut tué ; mais Waldemar prit les ar-

1 157. mes et défit Suénon, qui périt dans la fuite. Le vainqueur lui succéda sous le nom de Waldemar 1er. Ses exploits lui ont mérité le surnom de Grand. Allié de différents princes de l'empire, il fit constamment la guerre auxYénèdes, et contraignit enfin ses cousins à se contenter du Mecklenbourg. Ln 1168, il conquit l'ile de Rugen, et, en 1173, l'île de Wollin. où il introduisit le christianisme.

1 1 82. Canut VI, son fils et son successeur, marcha sur ses traces. Il réduisit au vasselage le duc de Mecklenbourg et de Poméranie; il occupa le pays des Ditmarses; il soumit à sa suzeraineté les villes de Hambourg, de Schwérin et de Lubeck ; mais il sanctionna l'hérédité des fiefs, qui n'étaient jusqu'alors que viagers. Comme

1202. il nelaissa pas d'enfants, son frère, Waldemar II, lui succéda. 11 acheva la conquête du Holstein, et l'empereur Frédéric II lui abandonna, en 1214, les pays situés au delà de l'Elbe. On prétend même qu'il étendit aussi son empire sur la Prusse et sur la Pomérélie ; conquête éphémère, si elle fut réelle. Appelé en Ksthonie par

1219. les évêques du pays, il y passa avec, une flotte de mille vaisseaux et y fonda Revel et Narva. Tant de puissance fut renversée par une trahison. Un comte de Schwérin vint à la cour, s'empara de la personne du roi et l'enferma dans un château. Aussitôt tous les princes dépouillés ou vassaux se réunirent, et l'empereur Frédéric II entra dans la ligue, réclamant ce qu'il avait volontairement cédé, et de plus l'hommage du roi de Danemarek. Les Danois ayant été défaits, Waldemar

1225. consentit à payer deux millions et demi pour sa rançon et renonça à toutes ses conquêtes. Dès qu'il fut libre, il prolesta, les armes à la main, contre un traite arraché par la trahison cl par la violence: mais il fut

lui même vaincu, et, jusqu'à la fin de son règne, il ne songea plus qu'à être le législateur et le père de ses peuples.

Après lui, le Danemarck eut à souffrir des querelles 12 M . de ses trois fils, Eric VI, Abel et Christophe. Eric VI acquit l'Esthonie des chevaliers porte-glaives, et tenta en vain de conquérir le Holstein et la Frise. Abel, parvenu au trône par un fratricide (1252), fut défait et tué deux, ans après par les Frisons. Christophe eut à lutter contre l'archevêque de Lund, qui voulait ravir à la couronne toutes ses prérogatives, et mourut em- 1255». poisonné. Eric Vil, fils de Christophe, fut fait prisonnier par un fils d'Abel, auquel il refusait le Sleswick. B.endu à la liberté par l'entremise de Lubeck et du duc de Brunswick, il sanctionna quelquesunes des usurpations de l'archevêque, et souffrit (1282) que la noblesse mît des bornes au pouvoir des rois, jusqu'alors absolu. 11 périt assassiné en 1286. Son 128(3. fils Eric VIII poursuivit les meurtriers qui se réfugièrent en Norwége; d'où il résulta une guerre entre les deux pays. = — =

Après Magnus Ier, la Norwége avait été successivement gouvernée par Harald III, frère d'Olof II, qui succomba dans la bataille de Stanfordbrige, lorsqu'il 10(><i essayait de conquérir l'Angleterre ; par Magnus 11 et par Ôlof III, ses fils, celui-ci fondateur de Berghen ; et par Magnus III, fils d'Olof, qui soumit les Hébrides, les Orcades, les îles d'Anglesey et de Man, et qui s'empara même de Dublin, mais qui fut tué dans les 1 103. marécages de l'Irlande. Sigurd 1er, son fils naturel, entreprit une croisade contre les infidèles. Parlant de la Norwége avec soixante vaisseaux, il ravagea les cotes du Portugal et les Baléares qui appartenaient aux Maures, visita Jérusalem, contribua à la prise de Sidon, se rendit de là à Constantinople, puis auprès de l'empereur Henri V, et revint en Norwége par le Danemarck. Sa mort fut le signal de l'anarchie. Elle 1131. dura jusqu'à l'avènement (1101) de Magnus VI. son petit-fils, qui vainquit tous ses compétiteurs. Il avait déjà régné seize ans. lorsque Suerrer, arrière-petit-

fils de Afagnus 111, s'empara de Drontheim 4477, et vainquit Magnus (1184) dans une grande bataille navale, où celui-ci périt. Brave, actif, juste, humain, et même éloquent, il fit pendant dix-huit ans le bonheur de la Norwége. L'anarchie recommença jusqu'à

1247. Haquin V, petit-fils de Suerrer. Le règne de ce prince est regardé comme l'époque la plus brillante de la Norwége. A l'intérieur, il répara les maux, des aimées précédentes par une administration ferme et sage.

1261. Au dehors, il soumit l'Islande, où s'étaient réfugiés les anciens Scandinaves, emportant avec eux leur langue, leur poésie, leur mythologie chevaleresque et leur indépendance; et le Groenland ou terre verte. ainsi appelé de son admirable végétation:, et où les Norvégiens s'enrichissaient par la chasse et par la pêche. Mais il entreprit aussi la guerre contre l'Ecosse,

1263. et il mourut dans ce pays. Son fils Magnus Vil céda les Hébrides et l'île de Man au roi d'Ecosse, qui consentit

1280 en retour à un tribut. Après lui, Eric II épousa la fille unique d'Alexandre 111, roi d'Ecosse; ce qui aurait uni les deux royaumes, si des entants étaient issus de ce mariage. Ce fut lui qui donna asile aux meurtriers d'Eric Vil, roi de Suède, parce qu'il avait en vain réclamé la dot de sa mère Ingeburge, fille d'Eric VI. La guerre éclata entre les deux couronnes.

1308. Elle dura jusqu'à la paix de Copenhague, en 4308, qui satisfit aux justes réclamations de la Norwége. Les iles et les côtes du Danemarck avaient été constamment ravagées; mais d'autre part, la Norwége avait dû plier devant la ligue hanséatique, alliée du Danemarck, qui avait interdit l'importation des grains et de la bière. Les deux rois réconciliés prirent part de concert aux affaires de Suède.

- Deux peuples habitaient la Suède, les Suédois

proprement dits et les Goths : de là des rivalités qui déchirèrent le royaume pendant près de deux siècles. De la mort de Stenkill (1067) à l'avènement de Waldemarler (1250), les rois, sans cesse attaqués par des compétiteurs que soutenaient l'un ou l'autre peuple, périrent presque tous dans les combats ou sous le

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fer des assassins. Parmi eux, on distingue Suerker 1er (4433-1156), qui organisa régulièrement les églises de Suède ; saint Eric IX (1156-1461), qui soumit et civilisa par le christianisme les vastes contrées de la Finlande; Eric X (1210-1216), qui se fit couronner le premier par un évêque; Eric XI (1222-1250), fils du précédent, qui poursuivit les conquêtes de ses prédécesseurs dans la Finlande, mais qui fut vaincu (1240) sur la Néwa par Alexandre Newski, grand-duc de Russie.

A la mort d'Eric XI, qui n'avait pas d* enfants. 1250. commence la dynastie folkungienne. Waldemar Ier, neveu du dernier roi par sa mère, monta sur le trône parle libre choix des Suédois, quoiqu'il n'eût encore que douze ans. Son père Birger dirigea d'une main ferme les rênes de l'état. Il fut le restaurateur d'Abo elle fondateur de Stockholm. Mais après lui, Waldemar eut à lutter contre ses trois frères, qui avaient été faits presque aussi puissants que lui. Magnus, l'un d'eux, le vainquit et se fit couronner à Upsal, en lui 1276. laissant la province de Goihie ; mais deux ans après Waldemar lui-même renonça au pouvoir. Magnus Ier, surnommé Ladulas, dès lors bien affermi , plia tous les partis sous son autorité, stimula l'activité de la nation pour le commerce et les lettres, et commença la conquête de la Laponie. Il laissa trois fils, Birger, Eric et Waldemar. Birger, l'aîné, lui succédal290. sous la tutelle de Torkel Canutson. Tandis que la famine et la peste désolaient le royaume, les Busses l'attaquaient du côté delà Finlande. Canutson envahit 1293. la Carélie, qui leur appartenait, et y construisit Wibourg et Landscrone. La guerre civile arrêta ses conquêtes.

Eric et Waldemar voulaient perdre le régent pour s'attaquer ensuite à leur frère. Chassés une première fois, ils trouvèrent asile et protection en INorwége. Birger acheta la paix en sacrifiant son ministre, qui 1305. fut décapité. Bientôt les deux frères prirent de nouveau les armes, s'emparèrent du roi par trahison et le forcèrent d'abdiquer. Un serviteur fidèle con-

du bit le fils de Birger auprès du roi de Danemarck, son oncle maternel. Celait, nous l'avons vu, Kiic V11I. Ce prince ne put agir d'abord contre l'usurpateur, parce qu'il était engagé dans une guerre

1308. avec la Norwége. Parle traité de 1308, les deux rois conclurent entre eux une alliance offensive et défensive , et embrassèrent la défense de Birger. La paix de 1310 partagea la Suède entre les trois compétiteurs. Eric continua cependant la guerre contre Haquin VI jusqu'à l'année suivante, où il épousa Ingeburge, fille du roi norwégien. Mais Birger ayant fait périr ses deux frères par trahison, toute la Suède se souleva contre lui. Eric VIII prit en vain sa dé-

131 H. fense. L'armée danoise fut vaincue, et Birger déposé ne trouva en Danemarck qu'un asile où il mourut.

Les Suédois portèrent sur le trône Magnus II Smek. fils d'Eric, âgé de trois ans. Le même prince succéda presque aussitôt à Haquin VI en Morvvége. Sa minorité fut une source de troubles qui continuèrent pendant tout son règne, parce qu'il était indolent et faible.

1343. En Norwége, Magnus dut nommer roi, dès l'an 1313. son second fils Haquin. mais en se réservant l'autorité. En Suède, il entreprit avec la Bussie, contre le vœu de la nation , une guerre malheureuse et qui lui coûta la Carélie. Les Suédois irrités le déposè-

1350. rent, et les Norwégiens suivirent leur exemple. Ses deux fils, Eric Xll et Haquin Yll lui succédèrent, le premier en Suède et le second en Norwége.

Eric VIII avait laissé la couronne de Danemarck 1319) à son frère Christophe : mais celui-ci. avant de monter sur le trône, signa une capitulation qui exemptait le clergé de tout impôt, et qui ôtait au roi le droit de faire la guerre, d'exiger des subsides, de publier des ordonnances sans le concours des étals. C'était donner la mesure de ce qu'on pourrait tenter contre lui. Aussi, le roi s'étant engagé dans une guerre malheureuse pour la succession du Sleswick, on le déposa (13*20,, et le Danemarck fut en proie pendant quatorze ans aux querelles des ambitieux qui s'en disputaient la couronne. Enfin parut Waldemar IV [4340 .

fils de Christophe , qui avait obtenu asile à la cour de Louis de Bavière. Il trouvait les finances épuisées. les domaines engagés , et plusieurs provinces aux mains des ennemis du Danemarck. Il commença par dégager des mains des ducs de Holstein l'île de Séeland, où il fonda Copenhague. Bientôt il eut encore recouvré le Julland et l'île de Falster, que son père avait aliénés. Il vendit l'Esthonie (1347) aux chevaliers teutoniques, mais pour payer d'anciennes dettes et pour racheter l'île de Fionie. Un gouvernement si sage et si ferme excita les craintes des seigneurs pour leurs privilèges. Deux fois Waldemar céda dans l'intérêt public. Poussé à bout, il vainquit les rebelles à Glamborg, malgré l'appui de quelques princes d'Al- 1357. lemagne, et ramena ainsi la tranquillité.

Eric XII régnait alors en Suède ; mais le roi Magnus 11 ayant trouvé des partisans, la guerre civile déchirait le royaume. Waldemar essaya d'en profiter pour reprendre la Scanie et quelques autres provinces qui s'étaient volontairement données à la Suède pendant les troubles du Danemarck. Allié de Magnus, il envahit la Scanie en 1359. L'année suivante, il occupa 1350. les îles d'OEland et de Gothland. Mais le pillage de Wisby, emportée d'assaut , le mit aux prises avec la ligue hanséatique , dont cette ville faisait partie. Magnus, seul roi par la mort de son fils, Haquin VII de Norwége (1359;, et les ducs de Mecklenbourg et de Holstein se déclarèrent contre le Danemarck. Sur ces entrefaites, Magnus fut déposé une seconde fois 1302. par les Suédois, qui appelèrent Haquin de Norwége. Les deux couronnes furent ainsi réunies sur la tête du même prince. Waldemar le détacha de la ligue, en lui donnant sa fille Marguerite, réputée héritière présomptive du Danemarck. Il rompit aussi par des traités l'alliance des villes hanséatiques, de sorte qu'il mit fin à la guerre sans un désavantage trop marqué. Des mécontents suédois s'étant retirés auprès du duc de Meclkenbourg, offrirent la couronne de Suède à Albert, son second fils. Ce prince équipa une armée, parut en Suède et fut en effet proclamé roi par la 1363.

diète de Stockholm. Magnus et Iïaquin marchèrent ensemble contre lui : mais ils furent vaincus, et le premier demeura prisonnier. Haquin continua la guerre avec l'appui de Waldemar. Albert arrêta les Danois en proposant de leur céder toutes leurs conquêtes. Mais il se forma presque aussitôt contre Waldemar une ligue si puissante, que ce prince, abandonnant ses étals , se retira auprès de l'empereur Charles IV. Lesvilles hanséatiques pillèrent les côtes, et s'emparèrent de Copenhague et d'Elseneur. Albert de Mecklenbourg occupa toute la Scanie. Haquin, désormais sans appui, renonça à ses droits au trône de Suède.

Cependant Waldemar négociait. Par le traité de Stralsund (1370), arrêté sans lui et qu'il ne ratifia qu'avec peine, il engagea la Scanie pour quinze ans unx villes hanséatiques et leur accorda les plus grands privilèges, au point que leur consentement devenait

1372. nécessaire pour l'élection d'un roi. Revenu dans ses états, il y mourut trois ans après. Malgré les malheurs de son règne, il se montra vraiment grand. S'il n'étendit pas son royaume, il eut du moins la gloire d'y rétablir l'ordre malgré tous les obstacles, et de le sauver deux fois par sa prudence d'une dissolution complète.

En lui finit la dynastie des Estrilhides. De ses deux filles, Tainée était mariée à un frère d'Albert do Mecklenbourg, la cadette Marguerite au roi de Norwége. L'une et l'autre avaient un fils. Les états de

1376. Danemarck se prononcèrent pour Olof, fils de Marguerite, sous la tutelle de sa mère. L'adroite régente déjoua tous les efforts du duc de Mecklenbourg. dont la flotte fut détruite par une tempête. Elle se concilia le duc de Holstein par la cession du Sleswick, auquel il avait des droits, et les villes hanséatiques par la confirmation des anciens traités.

En 1371, Haquin avait repris les armes, et il avait pénétré en vainqueur jusqu'à Stockholm: cependant il dut renoncer à ses droits. Avec lui succomba !a race folkungienne: non que la couronne fût lie-

réditaire : mais on élisait le roi parmi les princes de la famille qui occupait le trône. OlofV, déjà roi de Danemarck. lui succéda. Après un gouvernement de sept années il mourut inopinément. Marguerite, sa 1380. mère, fut proclamée reine de Danemarck, et quoique étrangère, elle obtint (1387) le même pouvoir en Norwége.

Albert de Mecklenbourg crut le moment favorable pour revendiquer laScanie. Mais la reine fomenta l'antipathie des Suédois pour les Allemands, de sorte qu'un parti la couronna reine de Suède. Albert fut 1388. vaincu et pris à Falkoping Tannée suivante. Les villes étaient occupées par des garnisons allemandes ; mais elles furent ou emportées, ou livrées, comme Stockholm, pour la rançon du prince. L'ilede Gothland, qu'Albert avait vendue à Tordre teutonique, fut rachetée en 1399, ce qui compléta la soumission de la Suède. P»eine des trois royaumes du Nord, Marguerite voulut les réunir à jamais en un seul empire. Elle appela auprès d'elle son petit neveu Eric le Poméranien, et le nomma dès l'an 1387, roi de Norwége. A force de politique et d'adresse , elle obtint des . états du Danemarck et de ceux de la Suède, qu'ils le proclamassent aussi leur souverain , lui et ses descendants. Le prince fut couronné à Calmar en 1397. C'est là que les députés des trois royaumes 1307. signèrent l'acte célèbre appelé l'union de Calmar. qui sanctionnait une fédération perpétuelle entre le Danemarck, la Suède et la Norwége. Chaque royaume conservait ses lois; le souverain devait résider alternativement dans chacun d'eux; la couronne demeurait élective, mais entre les fils du roi ou les petits-fils de sa fille.

Le Danemarck avait consenti à l'union, parce qu'il espérait dominer; la Suède, parce que les sénateurs se flattaient de gouverner à leur gré, tandis que la reine serait occupée ailleurs. C'était connaître bien peu le génie de celte princesse. Tout plia devant sa fermeté et sa prudence; et quand les seigneurs lui rappelèrent les conditions qu'elle avait souscrites.

elle répondit avec ironie de garder précieusement d'aussi bons titres. Aussi pour détruire une œuvre si heureusement accomplie, il fallut toutes les fautes de ses successeurs.

1412. Marguerite mourut en 1412. Eric XIII. qui lui succéda, n'avait pas ses talents, et se déshonora par sa conduite. Dès les commencements de son règne, il reprit une guerre impolitique que Marguerite avait commencée contre la maison de Holstein, pour lui enlever le duché de Sleswick. Malgré l'appui de Sigismond, qui prononça plusieurs fois en faveur du roi, les princes de Holstein luttèrent pendant vingt ans avec succès. Les villes hanséatiques se déclarèrent pour eux. Les flottes d'Eric ruinaient le commerce de la Baltique; mais les vaisseaux de la Hanse pillaient deleur côté les villes, notamment Berghen en Norwége, et réparaient promptement les pertes qu'elle essuyait.

1435. Les hostilités se terminèrent par une transaction qui laissait le Sleswick au duc de Holstein pendant sa vie.

Les fautes d'Eric dans cette guerre, les vices de sa vie privée, et, en Suède, la tyrannie des officiers danois, lui avaient aliéné les peuples. Engelbrecht, paysan de la Dalécarlie, se mit à la tète des mécontents, chassa des villes les gouverneurs d'Eric, l'assiégea lui-même dans Stockholm, et se laissa nommer régent par les états. Cependant comme il était animé d'un vrai patriotisme, il travaillait à rétablir la bonne intelligence entre le roi et le peuple; mais Charles Canutson, grand maréchal du royaume, homme plein d'ambition et d'orgueil , le fit assassiner et envenima tous les ressentiments. Eric, enfermé avec ses trésors dans l'île de Gothland, refusait de paraître aux états de la Suède et du Danemarck. Les Danois irrités proclamè-

1440. rent roi Christophe de Bavière, son neveu, petit-fils de l'empereur Bobert. Malgré les intrigues de Canutson, la Suède en fit autant, et la Norwége suivit leur exemple.

Christophe eut un règne malheureux. Au dedans, les troubles et les factions continuèrent: au dehors,

la Suède était infestée par les pirateries d'Eric qui interceptait les grains et causait ainsi la famine. Le roi cependant cherchait à diminuer l'influence des villes hanséatiques. Tantôt il favorisait à leur préjudice les Hollandais ou les Livoniens ; tantôt il essayait d'emporter Lubeck par surprise : mais la Hanse triomphait de ses attaques. Sa mort fut un dernier malheur. 1448 Comme il ne laissait pas d'enfants, les factions recommencèrent dans les trois royaumes; ce qui devait amener enfin la rupture de l'union de Calmar.

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