‹ Histoire du moyen ageChapitre 48 sur 84 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

De l'Espagne, depuis l'invasion des Maures ou Arabes, jusqu'à la mort de Sanche le Grand, roi de Navarre. (712-1035 — VIII'-XP siècles.) — Califat de Cordoue.

Tandis que les princes mahométans de l'Asie résistaient avec avantage aux violentes secousses des croisades, les Maures d'Espagne, minés par de longues divisions et par une guerre perpétuelle, succombaient sous les efforts des princes chrétiens.

La bataille de Xérès avait mis l'Espagne presque 712. entière aux mains des musulmans. Musa avait affermi leur domination : mais quand cet émir eut été rappelé à Damas, son fils Abdélazis, qui lui succéda, épousa la veuve de Rodrigue, s'attira ainsi la haine des siens, et mourut assassiné. Les émirs qui gouvernèrent l'Espagne après lui, s'emparèrent de ce que les Goths avaient possédé au midi de la Gaule, et déjà ils avaient fait de Narbonne leur place d'armes, lorsque Eudes, duc d'Aquitaine, arrêta leurs progrès par la victoire de Toulouse. Quelques années plus tard, les Maures essuyèrent en Aquitaine une seconde défaite, qui les força de repasser l'Aude. Abdérame voulut les venger. En 732, il envahit la 732. Gaule à la tète d'une armée immense. Périgueux, An-

Gen. — Bisl. du Moyen Age. 12

goulême. Saintes, Bordeaux subirent la loi du vainqueur, qui laissa partout de nombreuses traces de sa cruauté barbare. De Poitiers, dont il brûla la cathédrale, Abdérame marcha vers Tours. Là se donna cette bataille sanglante, gagnée par Charles Martel, et où l'orgueil des Maures fut terrassé. Leurs meilleures troupes y perdirent la vie: Abdérame lui-même resta au nombre des morts. L'année suivante, une nouvelle armée fut arrêtée et battue par Charles Martel, au moment où elle franchissait les Pyrénées. Ce héros, profitant de ces glorieux succès, poursuivit les vaincus de place en place, et les dépouilla en grande partie de ce qu'ils possédaient dans les Gaules.

A l'époque la plus glorieuse de la conquête, Pélago, et après lui (737-739) Favila, son fils, cantonnés dans les montagnes de l'Asturie. avaient osé résister aux forces des émirs, et le succès couronnait toujours leur audace. Mais, quand la puissance des Maures eut été abattue dans les plaines de Tours: quand leur mauvaise administration les eut fait regarder comme les oppresseurs du pays : quand la guerre civile se fut allumée entre eux dans la Mauritanie et dans l"Es-

739, pagne, Alphonse Ier. dit le Catholique, gendre de Pelage, prit à son tour l'offensive. Dans une première expédition, il s'empara d'une partie de la Galice et en extermina les Maures : plus tard il descendit dans les plaines de Léon et de Castille. y prit un grand nombre de villes, poussa ses conquêtes jusqu'aux frontières de Portugal , s'étendit entre le Douro et le Minho, puis, traversant même le Douro. soumit Ségovie et Salamanque. Une famine, qui désola l'Espagne, força Alphonse à laisser en paix les Sarrasins pour s'appliquer au gouvernement intérieur. Cependant Pépin, roi de France, enlevait aux Golhs. Nîmes, Béziers, Narbonne et tout le Roussillon.

7.">0. Telle était la situation de la péninsule, rorsqu'arriva la révolution qui précipita du trône les Ommiades. Moaviah et Abdérame. son fils, échappèrent au massacre que fit Aboul-Abbas de leur famille. Réfugié d'abord à l'extrémité de l'Afrique, Abdérame conçut

le projet do se fonder en Espagne une monarchie indépendante. Ce pays était déchiré par des factions. Abdéranie fait sonder un des parus; le trouvant disposé à entrer dans ses vues, il lève à ses frais quelques troupes, passe le détroit au mois de septembre 755, et se fait proclamer calife d'Occident. En vain e gouvern eur Abassidc essaya-t-il d'arrêter ses progrès. Vaincu et poursuivi de ville en ville, il se vit contraint de reconnaître l'autorité d'Abdérame, qui 75G. établit à Cordoue le siège de ce nouvel empire. L'année suivante, Alphonse 1er laissa la couronne à son fds Froïla.

Unique maître de toute l'Espagne mahométane, Abdérame dirigea son armée victorieuse contre la Galice. Froïla avait prévu l'orage. 11 se mit luimême à la tête de ses troupes, et remporta une victoire signalée, où cinquante-quatre mille Maures et 760. leur général perdirent la vie. Abdérame fut plus heureux contre les émirs de Saiagosse et de Catalogne qui s'étaient révoltés contre lui : malgré l'appui que leur accordait la France, il les poursuivit et les chassa de leurs gouvernements. 11 revint alors contre les Chrétiens, et n'en essuya pas moins une seconde défaite, après laquelle il leur accorda la paix, ne songeant plus qu'à transplanter en Espagnoles sciences et la magnificence des Arabes. Quant à Froïla, d'un naturel dur, cruel et soupçonneux, il fil périr son frère, et fut ensuite poignardé lui-même. 7(jg Alphonse, son fils, encore en bas âge, fut exclus du trône, où passèrent successivement Aurèle et Silo (774) par élection, Mauregat (783), frère naturel de Froïla, par le secours des musulmans, et Bermude 1er (788) , choisi par ceux qui avaient à craindre qu'Alphonse ne vengeât la mort de son père.

Cependant les émirs, chassés par Abdérame, étaient allés jusqu'à Paderborn implorer les secours de Charlemagne, en lui offrant de se soumettre à son empire. Le monarque français se rendit à leurs vœux. Vainqueur des Maures, il rétablit l'émir de Saragosse : 77gt

mais en même temps il conquit la Navarre ; il contraignit Barcelone et Girone à un nouvel hommage : il fit de l'Ebre la limite des possessions françaises, et nomma des comtes pour protéger les frontières.

788. Hesham Ier, fils et successeur d'Abdérame, eut d'abord à vaincre quelques émirs rebelles. Il attaqua ensuite Bermude, et fut complètement défait à Burgos. Mais, tandis que Charlemagne combattait en Italie et dans la Saxe, il eut quelque succès contre les comtes français. En 793, une armée maure envahit même la Septimanie , d'où elle enleva un butin immense et de nombreux, captifs qui élevèrent la célèbre mosquée de Cordoue. Hakem 1er, fils d'Hesham,

796. maintint ses droits contre ses oncles révoltés, qui implorèrent en vain les secours de Charlemagne. Toutefois, comme les Maures ne cessaient d'insulter le territoire français, Louis, roi d'Aquitaine, marcha plusieurs fois contre eux (801-809), les vainquit et couvrit momentanément la Navarre et la Catalogne. Bermude victorieux avait abdiqué (788) en faveur d'Alphonse , dit le Chaste , deuxième du nom , vers lequel il avait ramené l'esprit des principaux seigneurs. Le règne de ce prince fut illustré par un grand nombre de victoires qu'il remporta sur les Maures, divisés entre eux et attaqués par Charlemagne. Alphonse porta ses armes jusqu'à Lisbonne. Au dedans, il affermissait la tranquillité contre les ennemis étrangers. Des mouvements domestiques faillirent le précipiter du trône. Il futréduitàse cacher en Galice ; mais bientôt ses affaires reprirent le dessus, et il acheva

842. glorieusement son règne, laissant la couronne à Bamire Ier, fils de Bermude, parce que lui-même n'avait point eu d'enfants de son mariage.

Abdérame II régnait à Cordoue depuis l'an 822. Ce prince dut aux circonstances autant qu'à son génie de relever la puissance du califat d'Occident. 11 marcha d'abord contre les émirs de Catalogne, et les vainquit, la France ne pouvant plus les défendre, comme autrefois, au milieu des querelles de Louis le Débonnaire et de ses fils. La postérité de Charlemagne

n'avait pas conserve en Espagne le respect qu'il avait imprimé à ses armes. Déjà Aznar, secouant la suzeraineté carlovingienne, avait érigé la Vasconie française ou Navarre en un comté indépendant (831), qu'il transmit cinq ans après à Sanche, son frère. Douze ans plus tard, sous le règne du faible Charles 84:i. le Chauve, Bernard, comte de Barcelone, se fonda dans cette ville une principauté, qui se maintint, avec le secours des princes chrétiens, contre tous les efforts des Maures de Cordoue et de Saragosse.

Dès que Hamire Ier fut monté sur le trône, Abdérame le somma de payer tribut, et, sur son refus, il se disposa à marcher contre lui. L'accomplissement de ses menaces fut retardé par les incursions des Normands. Les états chrétiens, d'abord attaqués, repoussèrent vigoureusement les agresseurs, et leur pauvreté d'ailleurs ne devait guère tenter ces barbares, accoutumés à de plus riches pillages. Ils tournèrent donc contre les Arabes, à cause de leur opulence. Lisbonne fut prise et saccagée. Séville aurait 845. eu le même sort, si les Maures ne se fussent avancés pour la défendre : mais, après une journée de combat, pendant laquelle les Normands perdirent beaucoup de monde sans pouvoir être rompus, Abdérame eut du moins la gloire de les forcer à se rembarquer. Alors il reprit ses desseins contre Hamire. La bataille fui sanglante. Les troupes maures étaient bien disciplinées, endurcies à la fatigue par des guerres continuelles, et enorgueillies de leur dernier succès. Dans une première affaire, les chrétiens plièrent; mais le lendemain, ils revinrent à la charge, quoique bien inférieurs en nombre, et remportèrent une victoire complète. Abdérame irrité se vengea sur les chrétiens de Cordoue, qu'il persécuta cruellement jusqu'à la fin de son règne. Son lils Mahomet Ier lui succéda (852).

Ordogno Ier, fds de Ramire, n'obtint sur les Maures, 850. malgré leurs querelles, que de liès-faibles avantages; il reçut même sous les murs de Tolède un échec, qui fit rentrer celle ville sous la domination du calife. Après lui , l'Espagne chrétienne fut gouvernée par

fc66. Alphonse III, son fils, surnommé le Grand. Ce prince, à peine âgé de dix-huit ans, viLson trône attaqué par de nombreux rivaux. Tandis qu'il luttait contre eux, pour les réduire, les Maures se jetaient sur les terres de Léon, mettaient tout à feu et à sang sur leur passage, et, assiégeaient même la capitale. Alphonse la délivra par une victoire; puis, entrant à la suite des vaincus dans leur pays, il les délit deux autres fois, les poussa sans relâche devant lui. et s'avança jusqu'à Coïmbre, soumettant ainsi toute la province de Béira. Après une trêve de trois ans, pendant laquelle il s'appliqua au gouvernement intérieur, Al-

8~0. phonse reprit le cours de ses succès, pénétra jusqu'à Mérida et se fit demander une seconde fois la paix. Elle fut bientôt rompue. Alors les rives du ïage et de la Guadiana virent les troupes de Léon toujours victorieuses ravager impunément le pays, sans que les Maures se missent en devoir de le défendre, leurs forces étant occupées devant Saragosse, dont l'émir rejetait opiniâtrement la domination de Cordoue, et contre le comte de Barcelone, qui s'agrandissait aussi chaque jour aux dépens des infidèles. Le calife vit ses

883. armées partout malheureuses échouer à Saragosse, et se faire battre à la fois en Catalogne par le comte de Barcelone, en Aragon et dans le royaume de Léon, par Alphonse et ses généraux. Il fut donc réduit à implorer une trêve dont le vainqueur n'avait pas moins besoin que le vaincu. En effet, plusieurs conspirations s'étaient formées dans la Galice. L'une d'elles comptait pour chefs ies quatre frères du monarque, qui les déjoua toutes par son activité et sa prudence : mais inflexible et sévère jusqu'à la cruauté, il fit crever les yeux aux quatre princes. Libre d'ennemis extérieurs et domestiques, Alphonse fil travailler aux fortifications des villes, qui étaient presque toutes démantelées, et qui laissaient pénétrer l'ennemi sans résistance jusqu'au cœur des étals chrétiens. Ce fut un nouveau sujet de guerre avec les

904. infidèles. Mais, quoiqu'ils eussent appelé à leur secours les mahométans d'Afrique, ils ne purent rame-

ner la fortune à leur parti. Complètement défaits, ils laissèrent Alphonse continuer les travaux commencés, et porter le fer et le feu jusqu'à Tolède. De nouveaux troubles dans sa propre famille rappelèrent le vainqueur et sauvèrent la ville. Les deux fils d'Alphonse et leur mère s'étaient mis eux-mêmes à la tète d'un parti. Alphonse eut d'abord quelques succès : mais les peuples s'étant déclarés pour les princes, il abdiqua en leur faveur, donnant à Ordogno la Ga- 910. lice, et à Garcie Ier, qui était l'ainé, le reste de ses états. Les Maures reprirent soudain les armes, et furent vaincus après un combat opiniâtre. Pour Alphonse, d'une bravoure chevaleresque et toujours la môme, malgré les glaces de l'âge, il demanda à ses fils quelques troupes, et, profitant de la précédente victoire, il se jeta dans la vieille Castille , dont il 01 1 acheva la conquête. Ce fut son dernier exploit. A son retour, il mourut chargé de dépouilles et de gloire, après un règne aussi agité par les querelles domestiques que par les ennemis du dehors. Les lettres lui doivent une chronique de l'histoire d'Espagne, depuis Wamba jusqu'à son avènement au trône.

Garcie ne porta le sceptre que trois ans, et Or- 913dogno II réunit à la Galice son héritage. Aussitôt il entre dans la nouvelle Castille, bat les Mahométans et s'approche de Tolède. Abdérame III * régnait à Cordoue; prince aussi prudent que courageux, protecteur éclairé des lettres, et l'un des califes qui contribuèrent le plus à la gloire et à la puissance des Maures. Il avait commencé par réduire les émirs révoltés; puis passant en Afrique, il avait soumis à ses lois le 3Iaroc et le pays des Edrissites. Ses coffres regorgeaient d'or, quoiqu'il ne foulât pas les peuples. Ses armées se recrutaient dans un pays où les hommes n'étaient point énervés, comme en Espagne, par le luxe, l'indolence et le climat. Néanmoins une première armée de quatre-vingt mille Maures fut

1. Mahomet Ier avait eu pour successeurs deux de ses cent iils.Almondhir (886-889) et Abdala (889-912). Abdérame était (ils d'Abdala.

battue par le roi de Léon. Abdérame demanda et obtint une trêve de trois ans, pendant laquelle il prit mieux ses mesures. A la reprise des hostilités, il eut sa revanche surOrdogno; mais au lieu de le poursuivre, il tourna court vers la Navarre.

Garcie Ier Ximénès, le second successeur (836) d'Aznar, avait pris en 858 le titre de roi. Forlun 880-905), son fds, s'était enfermé dans un monastère après avoir abdiqué en faveur de son frère, Sanche I" Abarca. Ce prince avait vaincu les Maures qui assiégeaient Pampelune, et s'était agrandi, en Aragon, aux dépens des princes de Saragosse. 11 s'associa, dans un âge avancé, son fils Garcie II, dont les conquêtes forcèrent les infidèles d'appeler le calife au secours de l'islamisme. Garcie, trop faible contre les deux princes, s'adressa de son côté au roi de Léon, et Ordogno ne se fit point attendre. Abdérame n'en avança pas moins en vainqueur, recevant ou enlevant d'assaut les villes; et les deux armées s'étant

921. choquées au Val-de-Jonquéra, les chrétiens essuyèrent une défaite sanglante. Abdérame se jeta sur la France, qu'il pilla jusqu'à Toulouse, au lieu de poursuivre les vaincus, qui reprirent courage. Bientôt le roi de Léon porta la flamme jusque sous les murs de Cordoue. D'autre part, lorsque le calife voulut repasser les Pyrénées pour aller défendre ses états, il trouva les passages occupés par Garcie, et perdit, en les forçant, la meilleure partie de ses troupes.

923. A la mort d'Ordogno, Froïla II, son frère, usurpa la couronne et régna tyranniquement pendant une année. Alphonse, fils d'Ordogno, fatigué d une royauté

927. pénible, abdiqua en faveur de Ramire II, son frère, et se retira dans un cloître. Le nouveau prince, plein d'activité et de courage, se disposait à marcher contre Abdérame, lorsque Alphonse, ennuyé du froc, voulut reprendre le sceptre, et s'empara même de Léon ; en même temps, les fils de Froïla faisaient soulever en leur faveur les Asturies. Une campagne suffît pour réduire tous les rebelles, auxquels l\amire fit crever les yeux, sans même épargner son propre frère. De

là il marcha contre les Maures, leur enleva Madrid, 932. et ravagea le territoire de Tolède. Enfin, la célèbre bataille de Simancas, où quatre-vingt mille Maliomé- 938. tans restèrent sur la place avec le gouverneur de Saragosse, força les infidèles à demander la paix, qu'ils obtinrent.

De cette époque ou environ datent les premiers essais d'indépendance de la Castille. Cette province avait été régie, depuis sa conquête, au nom du roi de Léon, par des gouverneurs dont l'autorité se contrebalançait, jusqu'à ce que Garcie, se livrant à un esprit de soupçon , les eût tous fait mourir avec cruauté. 11 en advint que les différents gouvernements ou comtés se réunirent sur une seule tête : tant il est vrai que la politique la plus avantageuse est souvent celle qui s'appuie sur la justice! Fernand Gonzalès, l'un des plus grands hommes d'un siècle qui donna à l'Espagne tant de héros, fut le premier qui crut l'antipathie des Castillans assez forte pour oser secouer la suzeraineté de Léon. Les troubles qui suivirent la mort d'Ordogno II, lui parurent une circonstance favorable: en même temps il s'agrandissait aux. dépens des Maures et même de la Navarre. Sanche Abarca marcha contre lui, le combattit seul à seul (926). et fut tué.

Les entreprises d'Abdérame empêchèrent Ramire de Léon et Garcie 11, fils et successeur de Sanche Abarca, de penser à la Castille. Dès que les Maures furent abattus, Ramire tourna sur-le-champ contre Fernand Gonzalès, qui, trop faible pour lui résister, consentit à une espèce d'hommage, et ménagea si bien les choses, qu'Ordogno III, fils aîné de Ramire, épousa sa fille Urraque. Ce mariage n'empêcha pas qu'à la mort de Ramire, Fernand ne se liguât avec 950. Garcie de Navarre, pour soutenir, contre son gendre. un autre fils de Ramire. Ordogno III était retenu par une guerre contre les Maures, dans laquelle il ravagea le Portugal et prit d'assaut Lisbonne qu'il démantela. 11 s'avança ensuite vers la Castille, et obligea Fernand à un nouvel hommage. Malheureusement il mourut

955. l'année suivante, laissant la couronne à Sanche 1er, son frère. Alors Fernand, toujours fidèle à la maxime de diviser pour régner, tire de l'obscurité Ordogno IV, dit le Mauvais, fils d'Alphonse le Moine, lui donne sa fille Urraque en mariage, et le met en possession du royaume de Léon. Sanche, exilé du trône, trouva de puissants protecteurs dans le calife Abdérame et le roi de Navarre,, qui le rétablirent et qui ex-

960. puisèrent Ordogno, déjà haï de ses sujets pour sa lâcheté et sa tyrannie. La guerre continua quelque temps entre la Castille et les deux couronnes avec une alternative de bons et de mauvais succès. Fernand, deux fois prisonnier par embûches, s'échappa deux

965. fois par adresse, et revint battre les Maures, qui attaquaient son pays , sous la conduite de Mahomet Almanzor. Ce général, que nous allons voir paraître sur la scène, fit acheter la victoire par trois jours du combat le plus acharné : c'était déjà beaucoup pour des peuples accoutumés à plier toujours devant les chrétiens.

967. L'an 967, Sanche mourut empoisonné. Ram ire III, son fils, vainquit d'abord les Normands qui, depuis quelques années,, avaient recommencé leurs courses en Espagne, et il s'engagea ensuite dans une guerre épineuse contre Garcie, fils et successeur (970) de Fernand. Les deux pays étaient en même temps déchirés par les factions. Les Galiciens mécontents avaient élu roi Bermude II, fils d'Ordogno III, qui battit Ramire, et qui fut reconnu roi de Léon à la mort de celui-ci (982, ; puis ils se révoltèrent contre leur propre ouvrage, et occupèrent presque constamment les armes du prince. Garcie de Castille était de même en proie aux conspirations domestiques. Abdérame III était mort en 961 , après cinquante ans de règne, pendant lesquels il n'avait compté, à ce qu'il disait lui-même, que quatorze jours d'un bonheur parfait. Son fils Hakem II (961-976) vécut presque toujours en paix avec les chrétiens. Il réunit une magnifique bibliothèque, fonda des académies , contruisit des aqueducs et éleva de nou-

veiles villes, aussi peuplées bientôt que les anciennes. Il laissa le pouvoir à Hesham II, âgé de dix ans. Mahomet Almanzor fut le ministre tout puissant du nouveau calife. Jaloux de relever l'honneur des armes musulmanes, il résolut de profiter des troubles qui déchiraient les royaumes chrétiens. Garde de Castille et Sanche II, qui avait succédé ( 970 ) à Garcie son père au royaume de Navarre , triomphèrent cependant une première fois : mais 979. Mahomet, étant revenu à la charge l'année suivante, ne trouva plus de résistance. Maître de Gormez, qu'il pilla, et de la plus grande partie du pays, il tourna vers Léon, dont il ravagea le territoire, et de là vers la Catalogne. Barcelone fut saccagée et brûlée. Pampelune se défendit mieux , et fit éprouver aux Maures un échec qui les éloigna. Sanche, et après lui (99-4) Garcie 111 le Trembleur, son fds, reprirent ce qu'on avait enlevé à la Navarre. Le comte de Castille et le roi de Léon n'eurent pas le même bonheur. Il se livra, près de Léon , une bataille sanglante. Mûhomet en 995. sortit vainqueur par son opiniâtre ténacité, et aussitôt il marcha vers la ville, qu'il emporta d'assaut l'année suivante, tandis que Bermude se composait une nouvelle armée dans les Asturies. Le Portugal fut envahi tout entier et ravagé par les Maures ; la Galice elle-même fut attaquée; Compostelle, lieu vénéré par 997. les chrétiens d'Espagne comme le tombeau de l'apôtre saint Jacques, fut prise, l'église profanée, les riches offrandes pillées par le soldat musulman. Ce fut le terme des conquêtes de Mahomet. Battu dans quelques escarmouches par Bermude, il perdit du terrain; et quand il revint l'année suivante, il trouva ce prince réuni au roi de Navarre et au comte de Castille. L'armée confédérée était rangée en bataille auprès de 998. Médina-Cœli. Mahomet soutint un jour entier le combat. Furieux de voir enfin plier ses soldats, il se retira dans la ville, où il se donna la mort. Ce fut un grand général, montrant envers les chrétiens autant d'humanité après la victoire, que d'acharnement dans l'action. Plus de cinquante fois il envahit leurs provinces,

et il en revint presque toujours chargé de lauriers et de dépouilles. D'un désintéressement à l'épreuve de tout, il refusa la couronne de Cordoue, dont il était ministre, et demeura toujours fidèle à son maître. La gloire du califat d'Occident s'éteignit avec lui. Ce ne fut plus parmi les Maures que divisions, qui aboutirent enfin au démembrement de leur monarchie. Hesham III, le dernier calife ommiade, ne pouvant ramener à l'unité l'Espagne musulmane ni par la persuasion, ni par la force, abdiqua, en 1031, une dignité qu'il n'avait acceptée qu'avec peine. 11 se forma jusqu'à dix-neuf royaumes maures, dont les plus célèbres sont ceux de Murcie, de Badajoz, de Grenade, de Saragosse, de Majorque, de Valence, de Séville, de Tolède et de Cordoue.

Les Maures, malgré leurs divisions, remportèrent 1005. une victoire complète, l'an 1005, sur le comte de Castille, qui demeura prisonnier, et qui mourut deux jours après de ses blessures. Sanche, son fils, se ligua, pour le venger, avec Alphonse V, fils et successeur (999) de Bermude, et avec Sanche III le Grand, roi (1000-1035) de INavarre. Tandis que le comte de Castille pénétrait jusqu'au cœur des états musulmans. Alphonse, après avoir cicatrisé les plaies que linvasion de Mahomet avait faites au royaume de Léon, se jeta sur le Portugal, où il reprit en partie ce qui avait appartenu à son père. Le roi de Navarre, de son côté, s'étendit dans les Pyrénées, dans l' Aragon et jusque dans la Catalogne. Garcie ayant hérité de son 1022. père le comté de Castille, à l'âge de treize ans. et Alphonse, mortellement blessé au siège d'une petite 1027. ville, ayant laissé la couronne de Léon à Bermude III. qui était fort jeune, la minorité de ces deux princes fit prendre au roi de Navarre le même ascendant sur eux, qu'il avait obtenu déjà sur les Maures par ses victoires. Bientôt la fortune sembla faire croire à ki possibilité de réunir sous un même sceptre toute l'Espagne chrétienne. Garcie ayant été assassiné à HiOS.Léon par les rejetons d'une famille que ses pères avaient persécutée, Sanche recueillit son héritage du

chef de sa femme Elvire, sœur du comte, qu'il avait (ipousée vingt-sept ans auparavant. Le roi de Léon vit passer avec peine, à un voisin déjà trop puissant, un comté qui relevait jadis de sa couronne. Il prit donc les armes-, mais vaincu par Sanche, il fut con- 1033. traint de donner à Ferdinand, second fils du roi de Navarre, sa sœur, unique héritière de ses états. Deux ans après mourut Sanche le Grand, le plus puissant 1035des princes chrétiens d'Espagne, depuis l'invasion des Maures. A l'exemple des rois de France des premières races, il partagea l'Espagne entre ses enfants : Garde IV, Faîne, eut la Navarre; Ferdinand, héritier du royaume de Léon , qu'il attendait du chef de sa femme, eut la Castiîle; Gonzalve, le troisième, obtint quelques pays vers les montagnes; et Ramire, le quatrième, eut les conquêtes de son père en Aragon. Le comté de Barcelone était le seul étal qui ne fût pas tombé sous la domination de la famille d'Aznar.

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