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Certains auteurs le comptent Alphonse VII en Castille

cette nouvelle, celui-ci marcha sans perdre de temps contre l'armée que la princesse avait rassemblée, la défit à Sépulvéda, et s'empara de presque toules les places ; puis se dirigeant vers la Galice, il fit de grands progrès dans le pays. En même temps il essayait de se concilier les seigneurs par une conduite pleine de modération et de sagesse ; mais la fidélité des sujets remporta sur les séductions et sur les armes du roi d'Aragon. La mère et le fils levèrent de nouvelles troupes, battirent Alphonse à leur tour, et le renfermèrent dans une ville, d'où il s'échappa par de belles promesses qu'il ne tint pas, une fois hors de danger. Dès l'année suivante, il revint contre la Castille que protégea Henri, comte de Portugal, et, après la mort de Henri , Thérèse sa veuve , princesse qui gouverna avec quelque gloire. La guerre dura plusieurs années. Enfin le roi d'Aragon, prince juste, mais égaré par l'ambition , prit des sentiments plus modérés, et ne garda en Castille que quelques places , comme compensation des provinces qu'Alphonse VI avait détachées de la Navarre, à la mort de Sanche IV. Urraque, demeurant ainsi maîtresse du terrain, prétendit gouverner son fils comme elle avait voulu gouverner son époux , et ne réussit pas mieux : seulement elle fut cause de troubles fréquents qui désolèrent la Castille et la Galice , et dont elle fut souvent victime. Elle mourut au milieu d'une guerre avec sa sœur Thé- 1126. rèse. Son fils Alphonse, VIIe du nom , fut universellement reconnu , et réunit ainsi toutes les possessions de son grand-père.

Pendant les longues querelles entre Alphonse et Urraque, entre Urraque et son fils, les villes de Castille, surtout Tolède, avaient eu beaucoup à souffrir des almoravides. Souvent vainqueurs, quelquefois vaincus, ils pillèrent à plusieurs reprises, et presque toujours avec impunité, la Castille, la Galice et même le Portugal. Mais en Aragon, les Maures éprouvèrent les pertes les plus désastreuses. Alphonse le Batailleur s'était vengé sur eux de la perte de la Castille. A la tête d'une armée où l'on comptait un grand nom-

bre de seigneurs français, il emporta Tudèle Fan 1114, resserra Saragosse pendant les quatre années suivantes, etvintenfin l'assiéger l'an 1118. La résistance fut telle qu'on devait l'attendre d'une ville bien fortifiée, et capitale d'un état qui s'était maintenu longtemps avec gloire. Les almoravides envoyèrent deux armées pour la dégager. La première se relira devant la contenance fière des chrétiens ; la seconde fut battue à Daroca, et la place se rendit. Alphonse y établit sa résidence. A la tête de ses troupes victorieuses, il parcourut toute la contrée et s'avança même dans l'Andalousie, où il défit onze rois maures (1126) qui s'étaient unis pour s'opposer à ses progrès, et qui l'avaient enfermé dans les défilés des montagnes. Le siège de Bayonne, qu'il prit sur les 1131. Français, sans que l'histoire assigne les causes de la rupture, détourna quelque temps ses armes. Il revint ensuite contre Fraga, la dernière place de quelque importance qui restât aux Maures en Aragon. Vainqueur de deux armées mahométanes, il pressait le siège avec vigueur, lorsqu'il rencontra, mal accompagné, une troisième armée ennemie. Un faux point d'honneur le porta à combattre. Accablé par le nom- 1134. bre, il périt avec presque tous les seigneurs de sa suite.

Alphonse, n'ayant pas d'enfants, avait légué son royaume aux templiers : mais les seigneurs refusèrent de se soumettre à cette disposition. La Navarre porta sur le trône Garcie Y Ramirez, petit-fils du roi Sanche IV, tandis que les Aragonais proclamèrent Ramire II, frère d'Alphonse. Ramirc était entré de bonne heure dans un cloître, d'où il était sorti pour passer successivement sur différents sièges épiscopaux. Relevé de ses vœux par le pape, il épousa la sœur d'Eléonore de Guyenne, et en eut une fille. Ce prince était trop peu habitué aux affaires pour savoir gouverner. Il le sentit; et, dans la troisième année de son règne, 1137. il abdiqua, pour retourner dans le cloître, en faveur de Raymond Bérenger, comte de Barcelone, à condition qu'il épouserait sa fille : ce qui eut lieu (1151)

dès que la princesse fut en âge. Déjà le comte de Barcelone possédait de son chef toute la Catalogne, enlevée par ses ancêtres aux infidèles, et la Cerdagne. Ce mariage le rendit puissant dans la péninsule, dont les trois couronnes, la Navarre exceptée, étaient alors portées par des princes d'origine française.

Un troisième royaume s'élevait en effet vers la même époque en Portugal. Les dernières années du gouvernement de Thérèse, accusée d'ailleurs dans sa conduite, comme sa sœur Urraque, n'avaient pas répondu aux premières. Un parti s'éleva contre elle, et prit pour chef Alphonse, son fds, qu'elle éloignait des affaires. Vaincue dans un combat (1128). elle fut prise, et mourut deux ans après. Le nouveau prince eut à se défendre contre les armes du roi de Léon, qui d'abord se déclara le champion de sa tante, et qui se piqua ensuite au jeu : en sorte que la guerre dura neuf ans avec des alternatives de bons et de mauvais succès. Il y eut aussi quelques intervalles de trêve, dont le prince de Portugal profita pour s'agrandir aux dépens des mahométans. Quand il n'eut plus à craindre son cousin, il entra dans l'Alentéjo. Ce fut alors que, cinq rois maures s'étant avancés contre lui, ses troupes le 1139. proclamèrent roi avant ou après la célèbre victoire d'Ourique, qu'il remporta, quoique bien inférieur en nombre. Un échec qu'il reçut l'an 4144, fut bientôt réparé par la prise de Sanlarem l'an 1145. et, l'an 1147, par celle de Lisbonne, qui devint la capitale de la nouvelle monarchie. Tout en s'affermissant dans ses conquêtes, il poussait toujours devant lui les Maures. La prise de Badajoz (1168), dont le roiélait tributaire d'Alphonse VII, attira sur le Portugal les armes de la Castille. Alphonse Ier, fait prisonnier, fut obligé de céder la place, et obtint à cette seule condition la liberté : alors il reprit le cours de ses exploits. Les mahométans, battus de tous côtés, étaient refoulés dans les Algarves. L'an 1184, ils firent un dernier effort, et pénétrèrent jusqu'à Santarem, qu'ils emportèrent d'assaut. Alphonse s'avança contre eux. et consolida par une dernière victoire les fondements

de la monarchie portugaise. Il mourut l'année suivante, épuisé d'ans et de travaux, laissant à Sanche Ier, son fils, le soin de continuer ses conquêtes.

Alphonse de Léon n'était pas demeuré tranquille, tandis que tout s'agitait autour de lui. Plus politique que guerrier, il laissa d'abord les villes épuiser les rois maures par une résistance partielle, dont elles se tiraient avec bonheur. A la mort d'Alphonse le Batailleur, s'il en faut croire quelques historiens, il soumit à la suzeraineté de sa couronne la Navarre et les comtés de Barcelone et de Toulouse-, d'autre part, les Aragonais, qu'il avait généreusement défendus contre les Maures, lui auraient cédé l'importante ville de Saragosse. Mais que celte suzeraineté, dont la durée eût été courte, ait existé ou non, affermi dans ses étals par un long règne, il s'acquit, au milieu de trônes encore chancelants, une prépondérance réelle dans les affaires de la péninsule. Ce fut alors qu'il prit le litre d'empereur des Espagnes, que lui contestèrent les Allemands. Quelques lueurs d'ambition l'entraînèrent dans des guerres contre ses voisins, surtout contre la Navarre, que Raymond d'Aragon eût bien voulu réunir sous un même sceptre, comme elle Fêlait autrefois. Trop faible pour réussir seul, Raymond partagea souvent en projet ce royaume avec Alphonse, au préjudice de Garcie; mais la bonne conduite de ce dernier et la modération d'Alphonse éloignèrent l'orage. Sanche YI le Sage, fils et succès- 1150. seur de Garcie, dut aussi au roi de Léon de n'être pas dépouillé, malgré son bas âge, comme le demandait l'ambitieux Raymond.

L'an 1146, les princes chrétiens se réunirent contre les Maures alors divisés. Vingt-sept années auparavant (1119), une nouvelle secle s'était élevée en Afrique, sous le nom tfalmohades ou unitaires, parce qu'ils n'admettaient qu'un Dieu et une seule personne en Dieu. Les almoravides, craignant pour leur puissance, marchèrent contre eux, et leur tuèrent, dans une seule bataille, quarante mille hommes. Le temps remit les almohades d'un tel échec. Après di-

verses tentatives, Abdul-Ménon, leur chef (1129-1164), se rendit maître de l'Afrique entière, d'où il porta ses vues sur l'Espagne. Déjà les anciens habitants et les almoravides y étaient armés les uns contre les autres : les prétentions des almohades vinrent augmenter encore l'anarchie. Nous avons vu comment le roi de Portugal en profila. Alphonse VII s'avança de son côté vers l'Andalousie, dépouilla les infidèles des places qu'ils possédaient hors de cette province, et leur enleva même deux fois la ville de Cordoue, où cependant il ne jugea pas convenable de s'établir. A l'autre extrémité de l'Espagne, le roi d'Aragon, malgré ses guerres presque continuelles et sans résultat avec la Navarre, enlevait, entre autres conquêtes, Fraga, Tortose, Lérida, et contribuait par ses flottes, auxquelles se joignaient celles de Pise, à la reddition d'Alméria (1147) , ville du royaume de Grenade, qui était le refuge ordinaire des pirates mahométans. Cependant toute l'Espagne musulmane se soumettait aux almohades (1150). Cet événement même ne put interrompre les progrès du roi de Léon. Deux fois les almohades se mesurèrent avec lui, et deux fois ils furent vaincus. Mais la même année que fut rem- 1157. portée la seconde victoire, Alphonse mourut, après un règne long et glorieux. De son vivant même, il avait divisé ses états entre ses deux fils, auxquels il accorda dès lors le titre de rois. Sanche III, l'aîné, eut la Biscaye et les deux Caslilles; Ferdinand II, le royaume de Léon, les Asluries et la Galice.

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