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le Fort n'ayant aucun espoir du côté de la France, son alliée, mais alors en guerre avec Richard Cœur de Lion, alla jusqu'en Afrique solliciter des secours qu'on lui refusa. Alors il se fortifia dans les places qui lui restaient, et bienlùt une nouvelle invasion força les princes chrétiens d'Espagne de réunir, bon gré mal gré , toutes leurs forces contre l'ennemi commun.
Mahomet el-Naser, fils de Yacoub, avait rassemblé une armée innombrable pour enlever aux chrétiens toutes leurs conquêtes. Le roi de Castille, le premier menacé, appela à son secours les rois d'Aragon et de Navarre ; Alphonse II, qui venait de succéder à la couronne de Portugal , envoya des troupes; enfin la croisade publiée par le pape Innocent III, fit encore passer en Espagne un grand nombre de guerriers étrangers, Français et autres. L'armée chrétienne, portée par certains auteurs à deux cent mille combattants, était cependant inférieure à celle des infidèles, qui en comptait six cent mille. La rencontre eut lieu près de Tolosa, sur les 12 12 confins du royaume de Tolède et de l'Andalousie. Mahomet s'était posté derrière les montagnes appelées aujourd'hui Sierra-Moréna. Quand les chrétiens s'y furent engagés , ils ne trouvèrent pour déboucher dans la plaine qu'un défilé occupé par les ennemis, et où mille hommes auraient arrêté tous les guerriers du monde •• c'est au moins l'expression qu'employa le roi de Castille en écrivant au pape après la bataille. Heureusement un homme du pays découvrit aux croisés un sentier qui les mena au sommet des montagnes. Mahomet, étonné de les voir apparaître, voulut s'opposer d'abord à la descente, puis attirer de suite au combat les soldats fatigués. L'armée chrétienne vit le piège, repoussa victorieusement les attaques et se reposa le jour suivant. Le surlendemain elle marcha aux ennemis, rangés en ordre de bataille. Au centre était placé Mahomet entouré de ses meilleures troupes, et environné d'une chaîne de fer qu'il fallait rompre pour arriver jusqu'à lui. L'avan-
tage fut longtemps égal. Un dernier effort mil en désordre les infidèles. Le roi de Navarre rompit le premier les chaînes. Aussitôt les chrétiens s'élançant après lui, firent déclarer pour eux la victoire, et forcèrent Mahomet à prendre honteusement la fuite, la rage et le désespoir dans le cœur. Les historiens espagnols portent le nombre des morts à deux cent mille parmi les infidèles, tandis que les chrétiens n auraient perdu que cent vingt-cinq hommes: exagération ridicule, quand on convient d'ailleurs que les almohades combattirent avec une opiniâtreté qui tenait du fanatisme.
La prise de quelques places fut tout le fruit que retirèrent les chrétiens d'une victoire aussi complète. Le roi de Navarre retourna presque aussitôt dans ses étals; le roi d'Aragon prit en main la défense des
1213. albigeois de France, et perdit à Muret la bataille et la vie : Alphonse VIII fit d'abord plusieurs conquêtes, qu'il dut abandonner ensuite pour protéger son royaume contre le roi de Léon. Celui-ci avait épousé l'an 1197 Bérengère, fille du roi de Castille. qui lui apportait en dot quelques places, et dont il eut saint Ferdinand. Comme il y avait parenté, le pape excommunia les deux époux et jeta l'interdit sur le royaume : re qui contraignit Alphonse IX de renvoyer Bérengère, lout en reconnaissant Ferdinand pour son successeur. De là une source de discordes entre les deux étals. Le roi de Castille revendiqua les places qu'il avait données en dot à sa fdle et s'en empara : mais pendant qu'il était occupé contre les Almohades. Alphonse IX les reprit à la suite d'une victoire. On pouvait s'attendre à une guerre acharnée, lorsque la générosité du roi de Castille rétablit la paix . en le faisant renoncer à ses droits. L'année suivante, ce
1214. prince mourut. Henri Ier, son fils, lui succéda sous la tutelle de sa mère. Trois ans après, Bérengère hérita de la couronne, quelle déposa aussitôt sur la tête de son fils. Ferdinand III.
Tandis qu'Alphonse II, roi de Portugal, aidé du comte Guillaume de Hollande, remportait sur les
Maures la victoire d'Alcaraz, el leur enlevait plusieurs places, le reste de l'Espagne était en proie aux troubles. La défaite de Mahomet avait abattu pour toujours les Almohades. Fatigués d'un gouvernement qui les avait écrasés d'impôts, les émirs se déclarèrent indépendants, et l'unité une fois rompue, ils en l--°furent plus aisés à réduire. D'autre part, Ferdinand el Jayme ou Jacques 1er, roi d'Aragon (1213), avaient à se défendre contre les entreprises, le premier, d'Alphonse IX, son père, et de la famille des Lara: le second, des princes de sa famille, qui voulaient, gouverner sous son nom. 11 fallut au roi de Castille trois ou quatre ans pour s'affermir sur le trône; Jacques, plus jeune, ne se vit seul maître que l'an 1227, après quatorze années de séditions rontinuelles. Une fois délivrés des troubles domestiques, tous deux se montrèrent grands princes, et rivalisèrent de gloire comme de puissance.
Ferdinand se distingua le premier contre les infidèles. Ses succès furent médiocres jusqu'en 1230, que 1230. la mort d'Alphonse IX incorpora pour la dernière fois le royaume de Léon à la Castille; mais depuis Ferdinand acquit sur les Maures une prépondérance, dont il sut profiter. Ceux-ci comptaient surtout pour résister, sur la puissance du roi de Séville, auquel s'était donnée Cordoue. Les troupes de Ferdinand 1233. remportèrent sur lui une victoire, et s'emparèrent de plusieurs plares. L'an 1236, un parti chrétien ayant -1230. surpris un des faubourgs de Cordoue , Ferdinand attaqua cette ville. Elle se défendit, tant qu'elle put espérer du secours du roi de Séville; mais celui-ci ayant été assassiné, comme il allait défendre Valence contre le roi d'Aragon, elle ouvrit ses portes à Ferdinand, qui y rétablit le christianisme. Enhardi par ce succès, le vainqueur menaçait à la fois Miïrcie, Grenade, Jaën et Séville. Le roi de Murcie conserva son trône en se soumettant au tribut. Le roi de Grenade, quoique vaincu, força les chrétiens de lever le 1243. siège qu'ils avaient mis devant sa capitale : mais Jaën, qui lui appartenait, tomba en leur pouvoir deux ans 1245
plus tard , et Séville , déchirée par les factions , se 1248. rendit, après qu'une flotte africaine eut été entièrement défaite par les vaisseaux de laCaslille. Toutes les villes maritimes de l'Andalousie jusqu'au détroit, et même Cadix, suivirent en peu de temps le sort de la capitale ; en sorte que Ferdinand songea à passer en Afrique pour en extirper aussi la domina-
1251. tion musulmane. Une seconde victoire navale lui en ouvrait le chemin, lorsqu'il mourut laissant à son fils
1252. Alphonse X, surnommé le Sage ou l'Astronome, un royaume qu'il avait augmenté plus qu'aucun de ses prédécesseurs.
Les exploits de Ferdinand avaient été une heureuse diversion pour les entreprises du roi d'Aragon. Ce prince commença l'an 1229 le cours de ses conquêtes. A la suite d'une grande victoire, il enleva aux Maures l'ile de Majorque, qu'il échangea pour la suzeraineté du comté d'Urgel, avec l'infant de Portugal ; mais ce prince n'ayant pas su défendre l'île, Jacques en reprit possession, et, malgré les flottes d'Afrique, il fut bientôt maître de Minorque et d'ivice. L'an 1231, Sanche le Fort, roi de Navarre, étant mécontent de Thibault, comte de Champagne, son beau-frère et son héritier présomptif, institua le roi d'Aragon son héritier. Cependant, à la mort de Sanche (1234), Jacques préféra à une royauté incertaine les conquêtes assurées qu'il pourrait faire sur les infidèles. Laissant donc Thibault 1er ' libre possesseur de la Navarre, il tourna contre le royaume de Valence, battit les Maures et les Africains, s'empara de toutes les places l'une après l'autre, et mit enfin, l'an 1238, le siège devant la capitale, qui se rendit. Sage dans la prospérité, le vainqueur ne songea plus qu'à conserver par la prudence ce qu'il avait acquis par les armes. Habile 1257. politique, il affranchit la Catalogne et le Roussillon de la suzeraineté des rois de France, en leur cédant ses droits sur la Provence et sur une partie du Langue-
1. Le beau-frère de Sanche eut un fils de môme nom, qui fut en Navarre Thibault Ier.
doc. Plus tard, en mariant Pierre, l'aîné de ses fils, avec Constance, fille de Mainfroi, il acquit à l' Aragon des droits sur la Sicile que ses successeurs ne firent que trop bien valoir. Jacques Ier mourut chargé de gloire l'an 1276, laissant à Pierre III les royaumes d'Aragon et de Valence, et à Jaymc, son second fils, le royaume de Majorque et ce qu'il possédait en France. On compte qu'il était sorti victorieux de trente-trois batailles livrées aux infidèles.
Alors régnait en Castille Alphonse X, dont le règne fut marqué par autant de prospérités dans le principe, qu'il eut dans la suite de traverses. La soumission du roi de Grenade , devenu son tributaire, la prise de Xérès et de Niébla en Andalousie, enfin la conquête des Algarves qu'avaient commencée les princes portugais Sanchc II (1223-1248) et Alphonse III (1248-1279), mais qu'il acheva, semblaient lui frayer la route de l'Afrique : mais il fut arrêté par la révolte de son frère, qu'il obligea de fuir à la cour de Tunis, et par quelques démêlés avec le roi d'Aragon, dont il voulait répudier la fille. En 1257, quelques électeurs le proclamèrent empereur d'Allemagne. Son ambition avait été flattée de ce choix : aussi en soutint-il la validité et contre Richard d'Angleterre, et plus tard contre Rodolphe de Habsbourg, soit auprès des états de l'empire, soit auprès du pape. Mais ses réclamations furent inutiles, parce qu'on exigeait qu'il abandonnât l'Espagne, où le retenaient ses affaires.
En effet, lorsqu'après les troubles dont nous venons de parler, Alphonse espérait goûter quelques instants de repos, le soulèvement général de tous les Maures contre la Castille lui remit les armes à la main. Vaincus à la bataille d'Alcala, ils demandèrent le secours 1263. du roi de Maroc, et reprirent quelque avantage : mais Alphonse s'étant allié avec Jacques d'Aragon , les poussa à son tour et fit sur eux de grandes conquêtes, jusqu'à ce que le roi de Grenade eût demandé la paix. Jacques de son côté entra sur les terres du roi de Murcie, le vainquit, s'empara de sa capitale et la 1266
remit généreusement aux mains d'Alphonse, pour qui il avait combattu. Le roi de Grenade, aidé des Africains, se crut assez fort pour reprendre les armes
1275. l'an 1275. Les confédérés ravagèrent en effet impunément l'Andalousie, et furent vainqueurs dans deux rencontres; une troisième resta indécise. Le roi de Caslille ne s'en crut pas moins assez fort pour mettre
127X. le siège devant Algésiras. Sa flotte fut d'abord battue par les Maures. Bientôt les affaires de Caslille le contraignirent à faire la paix, et à se liguer même avec les infidèles.
Alphonse était un prince éclairé, à qui l'histoire a donné le nom de Sage. Il était très-versé dans les belles-lettres et dans l'astronomie ; il donna le premier un code de lois à l'Espagne, et fit rendre la justice en langue nationale : mais il eut le malheur d'altérer les monnaies. Une seconde faute, ce fut de relever le Portugal de l'ancien hommage. Dès l'an 1253, le roi de Castille avait cédé tout ce qu'il possédait dans les Algarves au roi Alphonse III, en lui faisant épouser une de ses filles naturelles. De ce mariage naquit Denis Ier. Ce prince, encore enfant, vint à la cour de son grand-père et s'attira si bien son amitié , que le vieux roi abandonna à jamais l'hommage que s'était réservé Alphonse VI. Les peuples furent mécontents; les frères du roi se mirent à leur tête : mais Alphonse, que n'abandonnait point encore la fortune, les contraignit de quitter la Castille. La paix paraissait ainsi rétablie, quand il s'éleva de nouveaux troubles.
Ferdinand, l'aîné des enfants d'Alphonse, avait eu deux fils de Blanche de France, lorsqu'il mourut en 1275. Sanche, son frère, prétendit que, plus près du roi que ses neveux, il devait lui succéder en vertu des lois de Castille, et les Cor lès de Ségovie l'appuyèrent. Blanche se retira en Aragon avec ses deux fils. Alphonse et Ferdinand de Lacerda. On crut prévenir
1281 . les troubles en donnant aux jeunes princes le royaume de Murcie : mais Sanche, impatient de régner, saisit ce prétexte pour détrôner son père. Depuis longtemps
il avait su gagner l'affection des peuples par ses intrigues, et celle de l'armée par sa bravoure; en sorte qu'Alphonse, presque généralement abandonné, dut réclamer le secours du roi de Maroc. L'armée confédérée se présenta devant Cordoue , qui tint bon. Alphonse , repoussé de toutes parts , déshérita Sanche en faveur de Lacerda et mourut après deux années 1284. de guerres civiles. On prétend que, voulant finir en chrétien, il pardonna à Sanche une conduite qui contribuait sans doute à le faire descendre au tombeau. Philippe le Hardi, oncle des Lacerda, s'était déclare en leur faveur : mais il était occupé contre le roi d'Aragon qui venait d'enlever à la maison d'Anjou la Sicile1. La France était alors maîtresse de la Navarre. Thibault Ier avait laissé (1253) cette couronne à Thibault H, auquel succéda (1270) Henri, son frère; Jeanne, fille de Henri et son unique héritière, ayant épousé Philippe le Bel, les deux royaumes furent réunis. Toutefois quand Philippe le Hardi voulut attaquer jusque dans ses étals le roi d'Aragon, il entra directement dans la Catalogne par les Pyrénées orientales. Maître de Roses et de Girone, il mourut la 1285. même année. Pierre III le suivit au tombeau, mais après avoir repoussé les Français au delà des Pyrénées. Alphonse III, l'aîné de ses fils, se défendit contre eux en Aragon, tandis que Jacqt:es, le second, auquel il avait laissé la Sicile, se maintint contre les forces de la maison d'Anjou et de la France. La mort d'Alphonse, sans enfants, appela au trône d'Aragon (1291) Jacques, deuxième du nom, qui abandonna la Sicile à Frédéric, son autre frère. La guerre continuait toujours vers les Pyrénées. Charles de Valois, à qui le pape, protecteur des Angevins, avait donné l' Aragon en excommuniant la famille de Pierre, ne négligeait rien pour exécuter la sentence. Après une lutte mêlée de succès et de revers, Jacques qui craignait la France et les foudres de l'église , dans un royaume où l'autorité des papes n'avait rien perdu de