‹ Histoire du moyen ageChapitre 56 sur 84 · Voyez chapitre XXXVII · texte numérisé non relu

Voyez chapitre XXXVII

que l'on avait pour ainsi dire forcé à signer l'arrêt, en le lui présentant comme un acte de justice, reconnut plus tard l'innocence d'un ministre qu'il regrettait : mais il ne lui survécut guère . ayant laissé L'année suivante la couronne à son fils Henri IV.

Nous ne terminerons pas l'histoire de l'Espagne au moyen âge sans dire quelques mots de ces corlès célèbres, qui remontent plus haut que les parlements de France et d'Angleterre. Dès le principe, l'autorité des rois d'Aragon fut limitée par un conseil de douze hommes, choisis parmi les plus anciens et les plus sages. L'aristocratie se divisait en deux classes, la haute noblesse {ricos hombres), qui se transmettait à un seul de mâle en mâle et qui n'était justiciable que du prince: et la noblesse inférieure [infanzones, masnaderos. cavallcros, hidalgos); le roi pouvant à son gré conférer l'une et l'autre. Le tiers état parut aux assemblées de la nation, en Aragon dès 4133. en Catalogne près de quatre-vingts ans plus tard, en 1-250. Le clergé eut d'abord peu de crédit et de pouvoir: il ne siégea à côté de la noblesse et du tiers état qu'au milieu du douzième siècle. Depuis celte époque, les corlès se divisèrent en quatre ordres, le clergé, la haute noblesse, dont chaque membre pouvait se faire représenter, la noblesse inférieure, qui n'avait pas le même droit , et les représentants des universités et des villes.

En 1275, les cortès de Lérida fixèrent la succession au trône de mâle en mâle, nonobstant la proximité plus grande des collatéraux. Cinq ans plus tard, soulevées par la guerre de Sicile et par les excommunications des papes, elles arrachèrent à Pierre 111 la charte appelée grand privilège , en vertu de laquelle le roi ne pouvait dépouiller aucun vassal sans jugement, ni les vassaux êlre forcés à servir hors du royaume. Les assemblées, que le roi seul avait auparavant le droit de convoquer et de proroger, devaient être tenues chaque année à Saragosse; plus tard, on décida que ce serait tous les deux ans et dans telle ville de quatre cents maisons qu'il plairait au roi d'indiquer.

La noblesse avait aussi formé, pour défendre ses privilèges, une ligue ou union que plusieurs princes furent contraints de sanctionner. Pierre IV émancipa la royauté en tutelle. Son administration, glorieuse au dehors, prudente et ferme à l'intérieur, lui avait donné une grande influence. Il en profita pour révoquer tous les privilèges de l'union, et une vingtaine de ses membres furent même condamnés à mort et exécutés. Le même prince voulut remplacer le service militaire qui était dû par tout homme en âge de porter les armes, par une contribution qui permît d'entretenir une armée permanente-, ce qu'il obtint des cortès de 1383. Mais la noblesse, pour être réduite au devoir, n'était point abattue. Dès l'an 1436, on excluait des cortès les grands officiers de la couronne et les nobles revêtus de charges municipales, comme aussi les religieux et les artisans. Rien de plus fier d'ailleurs que le serment prêté à l'avènement d'un nouveau prince : Nous qui sommes autant que vous, nous vous faisons notre roi à condition que vous garderez nos privilèges : sinon, non.

Le représentant de la noblesse auprès du roi était le jwtizia, magistrat chargé dans l'origine de juger les causes portées au tribunal du roi, mais dont l'autorité grandit, d'abord parallèle et enfin presque supérieure à celle du sceptre. Au commencement du quinzième siècle, le justizia n'était comptable de ses actions qu'aux cortès , et on le proclamait inamovible. Lui seul interprétait les lois, ce qui rendait son tribunal le premier tribunal d'appel. Tant de pouvoir éclipsait le trône. Pour y remédier, les rois adjoignirent d'abord au justizia les inquisiteurs, puis dixsept juges qui limitèrent son influence, et ses privilèges partages cessèrent ainsi d'être redoutables.

En Gastille, le gouvernement fut d'abord tout féodal. Un des privilèges des grands vassaux , c'était de se dénaturaliser, c'est-à-dire de renoncer publiquement à l'obéissance du prince pour se donner à un autre. Le tiers état parut au treizième siècle; ce fut sur lui que Sanche s'appuya contre les prétentions

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légitimes de ses neveux. Les corlès se rassemblaient quand elles étaient convoquées par le prince. Tantôt les députés des villes y étaient admis, tantôt il n'y avait que le clergé et la noblesse. Ce ne fut qu'en 1349 qu'on accorda à dix-sept villes seulement le droit perpétuel de représentation.

En Portugal, les assemblées nationales commencèrent avec la monarchie. En 1143, Alphonse V convoqua les cortès de Lamégo, composées du haut clergé, de la noblesse et des députés des seize villes principales. Là fut réglée la loi fondamentale du royaume, vrai contrat synallagmatique. La couronne était donnée à Alphonse et à ses descendants ou à son frère, mais non pas aux enfants de son frère. Les filles pouvaient succéder, mais à la condition de n'épouser qu'un portugais, et le mari ne devait recevoir le titre de roi qu'après la naissance d'un fils. Le dévouement à la religion et au roi, disait-on, fait les nobles, et non pas le courage ni la naissance ; la lâcheté et la bassesse dégradent. Les corlès, convoquées par le prince, délibéraient sur les objets soumis à leurs lumières, votaient les impôts, présentaient les doléances du peuple , mais ne participaient pas au pouvoir législatif. La bonne intelligence subsista pendant tout ïe moyen âge entre ces assemblées et la couronne.

Notons encore un changement qui eut lieu au quatorzième siècle. Auparavant on comptait les années à dater de l'ère d'Espagne qui commençait 38 ans avant Jésus-Christ. Valence en 1358, l'Aragon en 1359. la Castille en 1383 adoptèrent successivement 1ère chrétienne. Les Portugais ne l'admirent qu'en 1422.

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