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son autorité paraissant trop grande, on lui enleva un à un tous ses droits, et le gouvernement devint démocratique. Le peuple élisait lui-même le doge. ce qui causait chaque fois d'interminables factions. Pour y remédier, il fut convenu que l'on créerait chaque année douze électeurs; que ces électeurs nommeraient une commission de quatre cent soixante membres, appelée le grand conseil; que celui-ci représenterait le peuple dans le gouvernement ordinaire et pour le choix du doge. C'était un premier pas vers l'aristocratie. Quant au doge, on lui enleva trois ans plus tard (1175) la juridiction criminelle, pour la conférer à un tribunal de quarante membres appelé quarante. Cette constitution dura environ un siècle jusqu'au dogat de Gradénigo.
Au midi, le royaume de Naples était soumis a Mainfroi. Fils naturel de Frédéric II et prince de Tarente, il avait paru d'abord gouverner l'Italie au nom 1254. du jeune fils de Conrad, nommé Conradin. Plein d'ambition, il acheta la paix du pape Innocent IV par les soumissions les plus respectueuses; puis, quand il se fut débarrassé des Allemands avec son secours, il lui déclara la guerre, vainquit ses troupes, les chassa du royaume, et cependant conclut avec le légat d'Alexandre IV (1254-1261; un traité qui laissait à l'Eglise romaine la souveraineté des fertiles campagnes du Labour. Alexandre refusant de ratifier un accord qui l'avantageait autant que s'il eût été victorieux, Mainfroi continua ses conquêtes. Bientôt il fut maître de tout ce que les Normands avaient possédédes deux côtés du Phare. Sur un faux bruit de la mort de Conradin, bruit dont lui-même peut-êire fut l'auteur, il prit ouvertement le titre de roi , et le conserva quand 1258. l'erreur fHt reconnue.
Tandis que l'usurpateur s'affermissait contre les factions du dedans par les supplices, il acquérait au dehors une prépondérance très-grande dans les affaires d'Italie, par l'appui qu'il accordait en tous lieux aux gibelins. Sous Frédéric H, Eccelin de Romano. podestat de Vérone, et son frère Albéric, podestat de Trévise.
les avaient fait triompher dans la Lombardie. Lorsque Conrad avait passé les Alpes, tous deux s'étaient montres ses plus fidèles adhérents : mais pendant l'interrègne en Allemagne, Alexandre fit publier contre les deux frères une croisade dont les chefs furent le marquis d'Est, affermi dans Ferrare après bien des vicissitudes, et le marquis Palavicino, podestat de Pavie et de Crémone. Eccelin, vaincu et blessé à Cassano, mourut quelques jours après. Albéric lui succéda : mais l'année suivante il fut égorgé à Trévise avec toute sa famille, à la suite d'une sédition, et Vérone se donna pour chef Martino délia Scala. Alors Palavicino , gibelin de cœur, et que l'ambition seule avait ligué contre Eccelin, son ancien allié, retourna à ses premières affections. Maître de toutes les villes qu'avaient possédées les vaincus, il y ajouta encore Milan , où le guelfe Martino délia Torre le reçut pour s'en faire un appui contre les nobles. La ligue que Mainfroi conclut avec lui, affermissait l'autorité de chacun d'eux contre leurs ennemis communs , c'està-dire le pape et les guelfes. Ceux-ci reconnaissaient pour chef Guillaume V Longue-Epée, marquis (1254- 1292, de Montferrat, qui avait, au temps dont nous parlons, acquis une puissance presque égale à celle de Palavicino. Mais l'alliance de Mainfroi rompait tout équilibre. De plus , le roi de Sicile entraîna encore dans son parti le comte de Savoie, ennemi du marquis de Montferrat: le sénateur Brancaléon, tout-puissant dans Piome par la faveur du peuple, et qui avait chassé de la ville Urbain IV (4 261 -1264); enfin Florence et la Toscane, dont les exilés gibelins, secourus de la Sicile. remportèrent sur leurs rivaux une victoire décisive près de l'Arbia.
Mais en protégeant les gibelins contre les guelfes, et les sujets du pape, tant à Rome que dans la P,omagne et la marche d'Ancône. contre leur souverain, Mainfroi s'était attiré les foudres et les armes du saint siège. Il méprisâtes unes, et. victorieux des autres, il fit aisément la loi au pontife. Urbain IV voyant que la jeunesse de Conradin, les troubles de l'Allemagne
et de l'Angleterre, les guerres d'Alphonse l'Astronome contre les Maures, ne lui laissaient aucun espoir, offrit la couronne de Sicile et de Naples à Charles, comte d'Anjou, frère de saint Louis, roi de France. Saint Louis avait jadis refusé l'empire pour son frère Piobert : mais Charles, plus ambitieux, était assez puissant pour agir par lui-même. Outre la Provence, que lui avait apportée en dot Béatrix, encore plus ambitieuse que lui , il avait joint à son apanage Marseille et Arles, villes jusqu'alors indépendantes, etplusieurs places dans le cœur même du Piémont. Urbain étant mort (4264), un cardinal français fut élu et prit le nom de Clément IV. A peine intronisé, le nouveau pape redoubla d'instance auprès de Charles, qu'un caprice des Romains avait précédemment élevé à la dignité de sénateur. Charles rassembla des troupes, et Béatrix engagea ses diamants pour les payer. Une armée de trente mille hommes, composée en partie d'aventuriers français et italiens, rejoignit le prince à Rome 1*266. et s'avança immédiatement vers la Calabre. On en vint aux mains près de Bénévent. Après un combat obstiné, la victoire demeura à Charles, et, ce qui la rendit complète, Mainfroi resta au nombre des morts. Aussitôt Bénévent, Naples et toute la Sicile reconnurent les lois du vainqueur. Les gibelins ressentirent le contrecoup de cette défaite. Ils crurent se relever en appelant à leur aide Conradin, qui vint avec quelques troupes, et Frédéric d'Autriche, margrave de Bade. La bataille de Tagliacozzo décida de leur sort. Vaincus et pris, les 1268. deux princes furent décapités sur la grande place de Messine. Charles crut une telle cruauté commandée par une sage politique : il ne s'aperçut pas qu'il sanctionnait contre lui-même une loi d'extermination , et qu'il s'attirait la haine de ses nouveaux peuples.
Il ne restait aux gibelins que Pise, Vérone etPavie, la république de Florence et la Toscane ayant reconnu Charles pour leur seigneur pendant dix ans. A la mort de Palavicino (4269), le nouveau roi de Sicile essaya d'acquérir la même autorité sur la ligue lombarde ; mais la résistance de Milan, de Pavie, de Tortose .
de Bologne, fit échouer ses ambitieux projets. Néanmoins comme toutes ces villes recherchaient à Terni son amitié, Charles se crut assez bien affermi pour quitter son royaume. Il prit part à l'expédition contre Tunis, et après la malheureuse issue de cette dernière croisade, lorsqu'il fut de retour dans ses états, il ne songeait à rien moins qu'à porter la guerre à Constantinople, sans prévoir en aucune manière l'orage qui menaçait son trône.
L'ambition du prince et l'insolence des Français avaient aliéné les Italiens, qui voyaient traiter leur pays comme un pays de conquête. En outre , la trop grande puissance de la nouvelle dvnastie avait effrayé les successeurs de Clément IV, Grégoire X (1271-1 270 surtout et Nicolas III (1277-1280), Le premier fit cesser l'interrègne en Allemagne, sollicita maintes fois Rodolphe de Habsbourg de passer en Italie, et arrêta l'esprit conquérant de Charles, en réconciliant Michel Paléologue avec le saint-siége; le second machina d'un côté avec le roi d'Aragon et l'empereur de Constantinople, la révolution qui devait précipiter la dynastie d'Anjou du trône de Sicile, tandis que, de l'autre, il tirait de Rodolphe la concession de la Romagne, dont il gratifiait ses neveux. Ce fut le premier pape qui fit ainsi servir son pouvoir à l'élévation de sa famille.
Jacques, roi d'Aragon, avait épousé Constance, unique héritière de Mainfroi ; de plus, une tradition populaire avait répandu que Conradin, déjà sur l'échafaud, avait, en présence du peuple, transmis à sa cousine tous ses droits et le soin de sa vengeance. Un homme se chargea de réunir tous ceux que l'intérêt ou la haine animaient contre Charles d'Anjou : ce fut Jean Procida , médecin de Mainfroi. Tandis qu'il envenimait l'esprit des Siciliens, déjà fatigués de la domination française, il passait d'une cour à l'autre, et négociait une alliance entre le pape, le roi d'Aragon et les gibelins d'Italie. Dès qu'il fut certain d'être secouru, il revint en Sicile. Le lundi de 1282. Pâques, au moment où la cloche sonnait les vêpres,
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les Français sont massacrés à Palerme, sans qu'il en échappe un seul, et cet exemple est partout imité. En même temps, Pierre d'Aragon se présente. Sa flotte, que commandait PiOger de Loria, aussi prudent que courageux , est reçue dans tous les ports. Charles était alors éloigné de Sicile. A cette nouvelle, il revint en toute hâte , et mit le siège devant Messine , à la tête d'unebelle armée; mais Loria, qui rendait tous ses efforts inutiles, le contraignit de se retirer en Calabre et même lui enleva quelques places sur les côtes de ce pays. Une trêve , conclue mal à propos, donna le temps au monarque aragonais de s'affermir dans ses conquêtes, en sorte que ni les excommunications de Martin IV, successeur de Nicolas III et ami des Français, ni les guerres intestines de la Toscane et de la Lombardie,- qui occupaient ailleurs les gibelins, ni l'activité du roi Charles, ni, par-dessus tout , la diversion puissante que fit en Aragon Philippe 111, roi de France, allié naturel de son oncle, ne purent amener de révolutions dans les affaires de la Sicile. Les deux princes rivaux étant morts la même année, la querelle recommença entre 1285. Charles II d'Anjou , et Jacques, second fils de Pierre, auquel la Sicile était échue en partage. La partie paraissait plus favorable à ce dernier; car son rival, fait prisonnier en 1284 dans une bataille navale gagnée par Loria en vue de ISaples , languissait clans les prisons d'Aragon. Robert d'Artois vint en Italie, appelé par le pape; il défendit la Calabre, mais ne remplit pas l'espoir que l'on avait conçu de son arrivée. Après quelques années d'une guerre sans événements, Jacques devint roi d'Aragon (1291) par la mort de son frère. La médiation du roi d'Angleterre , et les craintes qu'inspirait aux Aragonais l'union des foudres pontificales anx armes françaises, amenèrent d'abord les traités de Tarascon et d'Ana- 1295. gni. Jacques rendait à Charles II la liberté et lui abandonnait la Sicile. Bien plus, les Siciliens irrités ayant élu roi (1296) Frédéric Ier, troisième fils de Pierre III. il consentit à unir ses forces à celles des
Angevins pour renverser le trône d'un frère. Frédéric fit tête à Forage. Vaincu deux fois sur nier par P.oger de Loria, il triompha près de Falconara de l'année napolitaine, et le prince de Tarente, fils de Charles, qui la commandait, demeura prisonnier. La maison d'Anjou ne conserva donc que les possessions normandes du continent, sous le titre de royaume de Naples : mais si Charles eût montré en bien des circonstances plus d'habileté et d'énergie, il eût pu ou recouvrer la Sicile ou compenser la perte d'une île aussi riche par une grande prépondérance en Italie.