Condillac, Cours d'histoire, liv. XIV, chap
vers, maisune secousse intérieure dans un royaume où le patriotisme était étouffé par les ambitions particulières, tout rendait improbable une invasion qui frappât au cœur le colosse romain. Les Germains étaient plus redoutables, parce que leur isolement au milieu d'impénétrables forêts , leur avait laissé toute la barbarie et aussi toutes les vertus primitives. Us ne savaient point encore le chemin de l'Italie par les provinces illyriennes. Leur ambition était de former dans les Gaules quelque établissement, comme de vieilles traditions leur apprenaient que leurs pères avaient fait jadis. Rome avait d'abord voulu les soumettre : mais depuis elle avait renoncé aies combattre autrement que parleurs propres forces. Lue adroite politique incorporait aux légions des bandes de Germains, attirées par une forte paye, qui repoussaient fidèlement leurs compatriotes, prodiguant contre eux leur sang au service de l'empire.
Le Rhin séparait la Germanie de l'empire. Les tribus qui bordaient ce fleuve, formaient trois confédérations : celle des Francs, futurs conquérants des Gaules, parmi lesquels on distinguait les Sicambres au nord, et vers l'Elbe, les Chérusques, qui triomphèrent, sous Auguste, de Yarus et de trois légions, et les Cattes , dont l'infanterie était si renommée ; celle des Allemands, qui devaient donner leur nom à tout le pays: celle des Suèves, qui passaient poulies plus belliqueux et les plus puissants de la Germanie. Sur le Danube s'étendaient les Quades et Les Marcomans, contre qui les victoires de Valentinien et tout l'ascendant du grand Théodose avaient à peine protégé la Pannonie. Mais, au nord, la Germanie s'étendait jusqu'à la mer Baltique, mal explorée à de longs intervalles par quelques vaisseaux romains . et l'on peut y annexer encore la Scandinavie 1 et la Ghersonèse cimbrique 2. Dans ces contrées reculées habitaient des tribus que le monde romain allait ap-