Danemarck
ÎO HISTOIRE
prendre à connaître. Celaient, le long de la Baltique , les Yindiles ou Vandales, qui devaient faire de l'Afrique la place d'armes d'où ils infesteraient l'Italie ^ au nord-ouest, les Saxons et les Angles, premiers conquérants de la Bretagne, appelée de leur nom Angleterre ; sur la Yistule, les Burgondes ou Bourguignons, que le torrent du Nord allait pousser sur la Gaule orientale ; au sud des Vandales , les Lombards , dominateurs de l'Italie pendant deux siècles; à l'est de la Germanie, les Hernies, destinés à porter le dernier coup au vieil empire; dans la Scandinavie, les Suédois, et dans la Chersonèse , les Cimbres . qui infesteraient plus tard , sous la dénomination de Normands , les royaumes fondés sur les débris de la domination impériale.
A tous ces peuples d'origine germanique, il faut joindre les Goths, qui avaient quitté les rives de la Yistule à une époque incertaine, pour se fixer dans la Scandinavie: plus tard ils s'étendirent de la Scandinavie jusqu'à la Yistule inférieure qu'ils revendiquèrent, et depuis le commencement du troisième siècle jusqu'en 350, guidés par Amala, puis par Hermanrich. ils se formèrent, aux dépens des Germains et des Slaves , une domination assez vaste de la mer Baltique au Pont-Euxin et de la Theiss au Don. Le Dnieper les divisait en Ostrogoths, à l'ouest, et en Yisigoths, à l'est; plus à l'ouest, une troisième branche avait pris le nom de Gépides, qui signifie traineurs. Ils ne cessaient d'inquiéter, parleurs incursions continuelles, les provinces romaines du Danube, et d'infester impunément de leurs pirateries toutes les côtes de l'Asie Mineure. Un nouveau peuple parut venger les Bomains, qu'il devait attaquera leur tour.
A l'est de la Germanie et de la mer Baltique s'étendaient, jusqu'à l'océan Oriental, de vastes contrées quejamais voyageur n'avait parcourues, et auxquelles on donnait les noms de Sarmatie et de Scythie. LeYolga divisait leurs habitants en deux grandes familles, les Scythes et les Slaves. Ceux-ci, presque sédentaires. ont peuplé la Bussie , la Pologne . la Prusse , les pays
entre l'Elbe, la Vistule et la Bohême. Vers les commencements du septième siècle, quelques-unes de leurs tribus franchirent le Danube, comme alliées de l'empire contre les Avares, et s'établirent dans l'illyrie avec l'agrément de l'empereur Héraclius : c'étaient les Bosniens, les Serviens , les Croates, les Morlaques, dont le nom est resté aux pays où ils se fixèrent. Il faut quelque soin pour suivre le passage et les divers établissements des Slaves ; mais il s'en faut qu'on en dise autant des Scythes. Sous quelque dénomination qu'ils aient paru en Europe, Huns, Alains, Bulgares, Avares, Hongrois ou Madgiares dans les premiers siècles, Turcs et Mongols dans les siècles suivants , tous ont signalé leur marche à travers les nations par la dévastation et le carnage.
On a pu indiquer, avec une précision plus ou moins grande, quelle était la position des différents peuples de Germanie, à mesure que chacun d'eux a révélé son existence. Il n'en est pas de même des Slaves et des Scythes, et la raison en est facile à saisir. Si les Germains n'avaient ni villes à habiter, ni biens qui appartinssent à chacun, la nation possédait du moins un territoire fixe et toujours le même, qui était divisé chaque année entre les différentes familles, coutume qui maintenait parmi les citoyens une égalité parfaite, et le patriotisme avec la liberté. Au contraire, les Slaves et les Scythes, vivant de la chasse, de la pêche ou de leurs troupeaux, furent toujours des hordes nomades, qui erraient de lieu en lieu, se poussant les unes les autres, se divisant, se mêlant, se confondant sans cesse. Chaque peuple ne se distingue d'une manière sûre, que quand il abandonne son pays pour envahir les provinces voisines et s'y fixer aux dépens de la population vaincue.
Sous le règne de Cyaxare Ier en Médie, les Scythes ravagèrent pendant vingt-huit ans l'Asie entière jusqu'aux frontières de l'Egypte, que le roi Psammitique racheta du pillage par un tribut; une ligue entre les Assyriens et les Mèdes amena enfin la retraite des barbares, dont l'armée fut exterminée en partie. Il s'é-
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coula près de mille ans avant qu'ils songeassent à une nouvelle tentative contre les peuples du Midi. Leur invasion fut la suite d'une guerre civile. Pour échapper à l'esclavage, les vaincus franchirent le Volga, sous le nom de Huns, subjuguèrent les Slaves, s'unirent aux Alains, fixés entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, et s'avancèrent avec eux vers le Don (376). Les Ostrogoths s'enfuirent à leur approche. Les Visigoths prétendirent résister : mais l'aspect des Huns à la taille petite et mal prise, aux pommettes saillantes et tatouées; le feu qui jaillissait de leur œil presque invisible, la férocité de leurs cris, la rapidité avec laquelle ils manœuvraient leur innombrable cavalerie, tout répandait au loin la terreur et leur assurait d'avance la victoire. Une seule défaite anéantit la domination des Goths. Les vaincus se soumirent en partie. Un grand nombre chercha sur les terres de l'empire un asile que Yalens leur accorda pour son malheur : car, deux ans après, il périt en les combattant sous les murs d'Andrinople. Théodose les contint, par ses victoires, dans les deux Mésies, d'où ils tinrent en échec les Huns, dominateurs absolus de la Sarmalie et des Slaves, qui n'avaient fait que changer de maîtres. De nombreuses troupes de Goths s'enrôlèrent, comme les Germains, dans les armées romaines et protégèrent fidèlement les frontières orientales, tant qu'ils virent sur le trône un prince dont ils avaient apprécié à leurs dépens et le bonhenr et le courage.
Nous connaissons peu les habitudes des Sarmateset des Slaves : quant aux Germains, l'historien Tacite nous a laissé une peinture de leurs mœurs aussi animée que fidèle. Chez eux. la royauté fut dès le principe héréditaire, mais limitée, les décisions importantes n'étant jamais prises que dans les assemblées générales de la nation ; de plus les rois n'étaient les chefs de la guerre qu'autant qu'ils l'emportaient sur tous en bravoure. Tout prince avait sans cesse auprès de lui des hommes qui s'attachaient librement à sa fortuite : et comme le mérite seul pouvait les attirer, il était glorieux d'en augmenter le nombre de manière à
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laisser derrière soi tous ses rivaux. Quand la tribu vivait en paix , les guerriers allaient au loin chercher des ennemis à combattre. Ils attaquaient avec l'épée et la framée, mais se chargeaient rarement d'armes défensives. Les bardes les animaient par leurs chants , qui distribuaient la gloire pendant la vie, et après le trépas l'immortalité. C'était le comble de l'ignominie de revenir du combat sans ses armes; si l'on succombait, on était même enterré avec elles. Pendant la paix, les Germains s'adonnaient surtout à la chasse, cette image de la guerre. Les esclaves seuls cultivaient la terre, non pas pour leurs maîtres, comme chez les Piomains, mais pour soi moyennant une redevance. La nourriture était simple et frugale ; la bière était l'unique boisson ; mais les Romains leur donnèrent le vin. auquel ils s'adonnèrent bientôt avec excès. Ils n'avaient aucune ville; chacun habitait isolément dans des cabanes en terre et en chaume, et quelquefois creusées dans le sol. La dépouille des animaux tués à la chasse les protégeait contre l'intempérie des saisons. Ils ne connaissaient, pour ainsi dire, ni l'or ni l'argent, et par conséquent ni l'usure ni le commerce. Les mœurs étaient pures, la polygamie défendue, la dot payée par le mari aux parents de la femme, les enfants toujours élevés par les soins et sous l'œil de la mère. Tout crime était poursuivi dans les assemblées où on élisait les chefs. Le coupable était ordinairement condamné à une amende en nature, soit armes, soit bestiaux, même quand il s'agissait d'homicide. La trahison , la lâcheté, l'infamie était punie de mort. Les Germains étaient superstitieux, comme le sont généralement les barbares. Mais de plus, et c'était leur principal vice, ils étaient passionnés pour les jeux de hasard, au point de jouer leur propre liberté, quand ils n'avaient plus rien à perdre.
Tels étaient les Germains, et sans doute aussi les autres barbares du nord. Au midi, l'Afrique n'était pas mieux connue que la Sarmatie et que la Scylhie : car les Romains ne possédaient, outre l'Egypte, que les côtes baignées par la Méditerranée jusqu'au mont
Atlas, et les peuples de l'intérieur ne songeaient pas à franchir les déserts qui les séparaient des possessions de l'empire. Au midi de l'Asie, se trouvait encore l'Arabie, où les Romains avaient plutôt fait des courses que des conquêtes. Parmi les Arabes, les uns, fixés dans les villes, avaient momentanément payé tribut; les autres, errants avec leurs troupeaux et sous des tentes, avaient ainsi échappé à l'esclavage. C'étaient principalement les hordes de l'Arabie déserte, ainsi appelée des immenses déserts qui en occupent la plus grande partie. Là campait surtout la tribu des Agarrasins ou Sarrasins, qui prétendaient descendre d'ismaël, fils d'Agar. Les Romains commençaient à en connaître le nom par les courses qu'elle faisait de temps en temps sur les provinces voisines. Quelques familles avaient été converties au christianisme, sous Valens, par les solitaires de la Syrie : mais les autres, comme les barbares du Nord à l'exception des Goths, persistaient dans l'idolâtrie. 11 devait s'écouler encore plus de deux siècles, avant qu'une religion nouvelle, s' introduisant chez les Sarrasins, réunit les différentes tribus et leur inspirât tout à coup le génie du prosélytisme et des conquêtes.
Dioclétien, Constantin, et après eux Théodose, crurent assurer le repos de l'empire en le divisant. La hié • rarchie de Dioclétien, assez sagement combinée, aurait obtenu d'heureux fruits, si l'ambition des généraux avait pu se trouver satisfaite du second rang : or la multiplicité des attaques ne permettait pas à l'empereur, quand il l'aurait voulu, de diriger en personne toutes les armées. D'ailleurs il ne suffisait pas de remédier à une seule des causes qui amenaient la décadence de l'empire. 11 aurait fallu rendre aux citoyens les mœurs, la religion, le courage, le patriotisme, qui avaient fait de leurs pères un peuple de héros, un peuple roi. Or le christianisme lui-même paraissait impuissant à relever les cœurs de la corruption profonde dans laquelle Rome était plongée depuis plusieurs siècles. Son action, quelque forte qu'elle put être, eût été sans doute paralysée longtemps encore et
par l'habitude du vice, et par la répulsion que les derniers apôtres du paganisme entretenaient contre les chrétiens. Constantin avait bien renversé les temples des dieux, mais sans changer les cœurs; dès lors une population nombreuse restait sans culte, partant sans croyance, et l'un des principaux appuis du patriotisme n'était plus. Tous les autres lui manquaient aussi. Ni les Romains, ni les provinces n'avaient intérêt à combattre, celles-ci pour le choix de leurs maîtres, ceux-là pour des empereurs qui étaient presque toujours choisis depuis deux siècles parmi les nations vaincues, souvent même parmi les peuples barbares. Cruels quelquefois et toujours avides, ces despotes éphémères continuaient une oppression et une misère générale. Le commerce était nul. Les terres étaient mal cultivées, parce qu'elles étaient surchargées d'impôts, et parce qu'en outre elles se trouvaient aux mains de quelques riches qui les affermaient au plus haut prix possible. Aussi a-t-on remarqué que plus dune fois, loin de songer à défendre un sol désormais ingrat, des Romains eux-mêmes, pour vivre, se réfugièrent chez les barbares.
Une bonne discipline aurait pu suppléer jusqu'à un certain point au patriotisme, et entretenir chez le soldat quelque courage : mais la discipline militaire avait eu le même sort que les autres institutions de la république. Telle était la mollesse qui régnait jusque dans les camps, que Gallien avait dû permettre aux soldats de supprimer le casque et la cuirasse. Du moins ils restaient sur la frontière, où l'imminence du danger les tenait toujours en haleine : Constantin les mil en garnison dans le cœur des provinces. Enfin l'empereur Valens, pour remplir ses coffres épuisés, permit aux villes et aux campagnes de se racheter du service militaire, moyennant une indemnité en argent pour chaque homme. Dès lors les armées romaines ne furent plus composées que de barbares. A la mort de Théodose, le Gotii Gainas, le Maure Gildon, le Vandale Slilieon étaient les premiers généraux, et le seul espoir de l'empire. Rome n'avait plus pour elle que son nom :
prestige impuissant contre l'ignorance- des hordes qui allaient abandonner pour la première fois leurs
déserts !