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Cependant Eugène IV (1431-1447). successeur de Martin V, réclamait sur Naples la suzeraineté du saintsiége, et Alphonse accourait soutenir le parti puissant déclaré en sa faveur. Isabelle, femme de Piené, prit en main les rênes de l'état. Alphonse ayant assiégé Gaëte, les Génois, dont elle implora l'appui, vinrent au secours de la place avec treize gros vaisseaux., attaquèrent les Aragonais, et, après un com-
1435. bat opiniâtre , ils remportèrent une victoire si complète, qu'une seule galère ennemie s'échappa, et que les autres furent prises ou coulées. Alphonse luimême tomba en leur pouvoir. Le parti d'Anjou triomphait d'un tel exploit, lorsque Philippe-Marie, ayant fait demander Alphonse aux Génois, alors ses sujets, se laissa ébranler par les discours du prince, lui rendit généreusement la liberté, et devint son protecteur, d'ennemi qu'il était. Il y perdit Gênes, indignée de se voir enlever le fruit de ses efforts; et toutes ses tentatives ne remirent point cette ville sous sa domination : mais la guerre se ralluma dans le royaume de
1 ï37 . Naples. René, délivré de ses fers, vint rendre la partie plus égale. Les fluctuations continuelles des chefs d'aventuriers entretinrent plusieurs années l'équilibre, malgré la puissance du roi d'Aragon, et les secours bien faibles, il est vrai, que lui accorda quelquefois le duc de Milan, son allié.
Alors commença la grandeur des Sforce. Celui que nous avons vu appeler Louis III à Naples, s'était réconcilié avec Jeanne. A sa mort, il laissa à son fils, François Sforce, ses troupes et le duché de Bénévent, qu'il tenait de la munificence de la reine. Lorsque le départ d'Alphonse eut rendu la paix au royaume, François passa au service du duc de Milan, où il eut continuellement à combattre les intrigues de Piccinino, autre chef de bandes et son rival en bravoure comme en faveur. A la paix de Ferrare, l'an 1428, Sforce fut disgracié; puis les Florentins ayant voulu s'emparer de Lucques, il fut envoyé pour secourir la place, la délivra en effet, mais se retira ensuite, gagné par l'or des Florentins. Philippe cependant réclama
encore ses services, lorsque Venise eut repris les armes à l'instigation de Carmagnole. La fortune de ce général échoua contre celle de Sforce : vaincu à Soncino (1431), il paya de sa tête cette défaite, et Sforce sa gloire d'une nouvelle disgrâce. Elle lui profita plus que la plus haute faveur. Eugène IV avait convoqué à Bâlc un concile général, qu'il voulut ensuite dissoudre , quand il vit qu'on songeait à mettre des bornes à son autorité : mais les Pères, s'appuyant sur les décrois du concile de Constance, menacèrent do déposer le pontife. Sforce, sous prétexte de protéger l'assemblée, s'empara de la marche d'Ancône, dont il se fit ensuite donner l'investiture par le pape lui-même, attaqué de toutes parts (1434). Quoique devenu ainsi prince souverain, il ne s'en mit pas moins à la solde des Florentins contre le duc de Milan. Mais il ménageait ce prince; et Philippe, qui le craignait de son côté , entretenait ces dispositions en le leurrant d'un mariage avec Blanche, sa fille illégitime, mais sa seule héritière. On ne saurait dire jusqu'à quel point Philippe était de bonne foi dans ces intrigues : toutefois le temps vint enfin où il dut contribuer, bon gré mal gré, à l'élévation des Sforce.
Les Vénitiens, mal menés par Piccinino, général du duc de Milan, réclamèrent l'appui de Sforce, que sa bravoure et son bonheur faisaient rechercher de tous les princes. Piccinino assiégeait Bresse. Sforce remporta sur lui deux victoires, dégagea ainsi la place, et fit lui-même le siège de Martinengue, château qui en défendait les approches, et qui avait été abondamment pourvu de tout ce qui était nécessaire à la défense. Dès que Piccinino le vit engagé dans celte entreprise, il enveloppa si bien l'armée ennemie, qu'elle souffrait plus que les défenseurs de Marlinengue, sans pouvoir toutefois se retirer. Se voyant ainsi maître de son rival, il crut pouvoir dicter la loi à Philippe-Marie, qui se rclourna soudafn du côté de Sforce, lin offrit sa fille, et commanda à son général de lui laisser un libre passage. Piccinino fut attéré de ce retour : cependant il obéit. Sforce se rendit à Gré- 1441.
mone, qui devenait, avec Pontrémoli, la dot de Blanche: il épousa la princesse, et, arbitre souverain, dicta les conditions du traité entre le duc de Milan et ses ennemis.
Si Philippe-Marie contribuait ainsi à l'agrandissement de Sforce, ce n'était pas sans la crainte de lui voir trop d'influence dans ses propres états. Aussi, dans le temps même où il lui donnait sa fille, il engageait Alphonse, déjà bien supérieur à son rival, à enlever aux Sforce le duché héréditaire de Bénévent. Bené d'Anjou ne conservait plus que Naples, parce qu'il avait mécontenté ses bandes mercenaires en essayant de former une armée nationale. L'entreprise d'Alphonse sur Bénévent faillit relever ses affaires, en lui donnant pour défenseur Sforce, dont la famille avait toujours été attachée à la maison d'Anjou. Yisconti para le coup en faisant attaquer la marche d'Ancône par le pape, auquel il envoya sous main de bonnes troupes. Alphonse, délivré de toute crainte, continua de pousser Bené, s'empara i 'i'i2. de Naples par le même aqueduc qui jadis avait conduit Bélisaire dans la ville, et chassa entièrement son rival du royaume. Eugène IV refusa d'abord au vainqueur l'investiture; mais le concile de Bàle, qu'il avait voulu transporter à Ferrare, venait de prononcer sa déposition et de nommer (1437) à sa place, sous le nom de Félix Y, Amédée VIII, duc de Savoie, qui avait quitté le sceptre pour la bure. Eugène, craignant que le roi d'Aragon n'entraînât ses quatre royaumes dans le parti de son compétiteur, abandonna enfin la maison d'Anjou. Ainsi furent réunis les deux royaumes de Naples et de Sicile, cent soixante-sept ans après leur séparation.
Depuis cette époque jusqu'à l'an 1447, l'histoire de l'Italie ne nous offre qu'intrigues et guerres entre le duc de Milan et son gendre. François Sforce en sortit presque toujours vainqueur, et le dut souvent à l'alliance de Florence et de Venise. Quelquefois il fut près d'être entièrement abattu : mais alors Philippe lui-même le soutint pour n'avoir rien à craindre de
Piccinino et des autres chefs d'aventuriers qui auraient pu devenir trop puissants , si Sforce eût été trop faible. Enfin ce prince mourut, après avoir passé 14't7. dans les détours d'une politique astucieuse et inutile, la dernière partie d'un règne dont les commencements furent glorieux. Sa succession devint la cause de nouvelles guerres. On vit se jeter à la fois sur le malheureux duché, Alphonse d'Aragon, en vertu d'un testament réel ou supposé; Sforce, comme époux de l'unique fille de Philippe Visconli; Charles d'Orléans, comme son neveu par sa mère Valentine; Louis, duc de Savoie, que Marie de Savoie , veuve de Philippe , voulait faire élire par le peuple de Milan ; enfin l'empereur Sigismond, qui prétendait que le duché relevait de l'empire. D'une telle complication d'intérêts, naquirent des guerres dont nous aurons plus tard à rendre compte. Mais alors le péril était plus pressant du côté de Venise. Cette république, toujours en guerre avec Philippe-Marie, profita de sa mort pour enlever Crémone, qui appartenait à Sforce, et pour s'affermir à Plaisance et à Lodi, qui lui avaient ouvert leurs portes. Milan se déclarait libre, et voulait cependant asservir les autres villes de la Lombardie. Il en arriva que Pavie se donna à François Sforce pour ne point obéir à Milan, son ancienne rivale 5 que beaucoup d'autres villes penchèrent vers le même parti, et que Milan, trop faible contre Venise, crut devoir mettre le même François Sforce à la tête de ses armées. Celui-ci, aussi profond politique que grand capitaine, se garda bien de montrer d'abord où tendait son ambition; mais quand il eut défait deux fois et presque entièrement abattu les Vénitiens, il les contraignit de se liguer avec lui, et vint mettre de suite le siège devant Milan. Tout l'acharnement que mit 1450. cette ville à se défendre, l'adresse avec laquelle elle détacha Venise de la ligue, l'appel qu'elle fit au duc de Savoie, rien ne put lui faire éviter son sort : elle se rendit, et Sforce réunit ainsi la presque totalité des états qui avaient été possédés par son beau-père. Cependant une ligue se formait contre le nouveau
potentat. Alphonse d'Aragon, par une vieille haine de famille, Venise, par ambition, le duc de Savoie et le marquis de Montferrat, par crainte, réunirent leurs forces : les petits princes restèrent neutres, ainsi que le pape Psicolas V, qui avait rendu l'union à l'Eglise, l'antipape Félix V ayant abdiqué '1449) pour se retirer à Ripaille. Les confédérés auraient pu se prévaloir des dispositions hostiles à la maison des Sforce, que
1 152. montra l'empereur Frédéric III, lorsqu'il vint à Home acheter d'une renonciation sans réserve aux droits de l'empire sur les domaines de l'Eglise, le stérile honneur d'être couronné des mains du pape : cependant ils ne se déclarèrent que lorsque ce prince eut repassé les Alpes. Sforce, uni aux seuls Florentins, était trop faible pour résister longtemps. Il envoya donc en France solliciter René d'Anjou de passer en Italie avec des troupes, lui promettant de l'aider à remonter sur le trône de Naples. Piené vint, et s'en retourna sans avoir rien fait. Cependant l'orage s'était calmé. Les bons offices du pape [Nicolas Y, et la nouvelle de
1453. la prise de Constantinople, amenèrent en Italie la paix générale de Lodi (1454), qui malheureusement ne devait pas être de longue durée. Il était de la destinée de ce malheureux pays, jadfs si grand sous la domination romaine, de voir les étrangers le prendre sans cesse pour le théâtre de leurs querelles : funeste suite des dissensions et des discordes !