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CHAPITRE XLI

De la France et de l'Angleterre, depuis la mort de saint Louis, jusqu'à Edouard III, eu Angleterre. (1270-1330 — XIII' et XIV siècles.)

Quelques révolutions qui aient agité l'Allemagne , il n'en exista jamais dans aucun pays d'aussi subites, d'aussi multipliées qu'en Angleterre. La querelle se débattait entre les grands et la royauté. Un monarque heureux et ferme coutenait les mutins par sa vigueur ou par sa prudence 5 un roi faible ou malheureux devenait le jouet des factions, que fomentaient constamment les princes mêmes de sa famille-, et comme les qualités qui font les grands rois sont un trésor que le ciel dispense avec avarice, il en résulta qu'un grand nombre de princes tombèrent tour à tour de ce trône glissant, qui fut trop souvent arrosé du sang de ses maîtres.

1270. A la mort de saint Louis, Philippe III le Hardi revint en France; il y fut. suivi d'Edouard d'Angleterre, qui apprit, à son arrivée, la mort de Henri III, son père. Les affaires que le nouveau roi avait à terminer avec Philippe, auquel il réclamait l'Agénois, et la nécessité de réduire quelques rebelles de Guyenne, le retinrent encore quelque temps-, puis, mettant à la

1275. voile, il passa en Angleterre avec Eléonore de Castille, sa femme, qui lui avait apporté le comté de Ponlhieu. Il était alors dans la trente- quatrième année de son âge.

Doué des qualités les plus brillantes, mais d'une ambition égale à son génie, Edouard Ier résolut de relever par ses conquêtes la majesté royale, que ses prédécesseurs avaient avilie. Alors encore la Grande- Bretagne se trouvait divisée en trois souverainetés indépendantes, les royaumes d'Angleterre et d'Ecosse et la principauté de Galles. Les rois anglais avaient

plusieurs fois tenté de soumettre toute l'île sans y réussir : Edouard marcha sur leurs traces et fut plus heureux. Le pays de Galles fut le premier attaqué. Léolyn y régnait-, prince nourri par son père dans la haine du nom anglais, qui avait souvent remporté de grands avantages dans les guerres précédentes, et qu'Edouard haïssait personnellement, parce qu'il en avait été vaincu. On trouva un prétexte à cette guerre dans le refus de l'hommage, que les Gallois avaient quelquefois rendu, lorsqu'ils étaient les plus faibles. Aussitôt Edouard poursuivit Léolyn à la tête d'une bonne armée, et le contraignit de se soumettre. La paix ne fut pas de longue durée. Dès que Léolyn crut avoir mieux pris ses mesures, il la rompit par des courses sur le territoire d'Angleterre : mais poursuivi, et vaincu dans un combat, où il périt lui-même, il laissa le 1282 pays de Galles tellement soumis, que, malgré ses fréquentes révoltes , il ne put jamais recouvrer son indépendance.

L'Ecosse avait eu pour souverains, depuis 838, les descendants de Kenneth, roi des Seots, qui avait soumis les Pietés. Quelques-uns de ces princes, vaincus parles Anglais, avaient dû consentir momentanément au vasselage qu'on leur imposait : mais ils s'en étaient relevés par des guerres plus heureuses , ou quelquefois par un traité. C'est ainsi qu'en 1174 Guillaume le Lion, battu et pris par Henri 11, se reconnut homme lige et céda Boxburg, Berwick, Edimbourg et Stirling; mais bientôt il racheta dix mille marcs d'argent et ses places et son indépendance. Alexandre 111 fut le dernier rejeton de Kenneth. Ce prince qui acheta de Magnus YII, roi de Norwége, les Hébrides et l'île de Man, mourut d'une chute de 1286. cheval, sans laisser d'héritiers en ligne directe. Deux prétendants se disputaient le sceptre en ligne collatérale : c'étaient Robert Bruce et Jean de Bailleul, l'un descendant de la famille royale par les femmes, l'autre s'y étant rattaché par son mariage avec l'unique héritière d'une branche aînée. Edouard, pris pour arbitre, voulut profiter de l'occasion que lui

offrait la fortune. Il demanda aux états que leur couronne se soumit au vasselage de l'Angleterre. Sur leur refus énergique, il déclara aux. prétendants qu'il se prononcerait pour celui qui consentirait à l'humiliation de sa patrie. Bailleul, acceptant le marché, monta sur le trône au milieu de l'indignation générale, et rendit à Edouard un hommage contre lequel la nation entière protesta par son silence. Bailleul comprit sa faute, et n'attendit que l'occasion pour se relever d'un tel opprobre.

Philippe IV, dit le Bel, avait succédé (1285) en France à Philippe III, son père. Le caractère du nouveau prince faisait présager une rupture prochaine avec l'Angleterre : aussi Edouard, tranquille possesseur du pays de Galles et reconnu suzerain de l'Ecosse, se ménagea-t-il d'avance des alliés, en gagnant à son parti le comte de Flandre, et Adolphe de Nassau , empereur d'Allemagne. Mais quand le moment de la crise approcha, l'empereur, occupé dans ses états, ne fut à son allié d'aucun secours, tandis que l'armée française, commandée par le comte de Va- 1205. lois, frère de Philippe, chassa les Anglais de la Guyenne, leur enleva Bordeaux et toutes les principales places, et les vainquit, quand ils se présentèrent en rase campagne.

Ce fut le moment que prit Jean de Bailleul pour rompre les liens humiliants qui rattachaient à l'Angleterre. Alors commença l'alliance que nous verrons toujours régner entre la France et l'Ecosse. Ce dernier pays n'en retira pas cette fois grand avantage: car Philippe ayant accordé une trêve aux Anglais. Edouard marcha contre Bailleul, s'empara de Berwiek par stratagème, vainquit les Ecossais à Dunbar. les força de se soumettre; et, laissant un gouverneur anglais dans la province, il confina dans la tour de Londres Bailleul, sa famille et les principaux seigneurs. Heureux en Ecosse, il échoua contre la France. Le comte de Flandre, son allié, fut battu à Furnes par le comte d'Artois, et dépouillé de la meilleure partie de ses places. En Guyenne, il apprenait

chaque jour quelque nouvel échec des armes anglaises. Comme on l'avertissait d'autre part de secrets mouvements en Ecosse, il remit volontiers aux mains de Boniface VIII l'arbitrage de ses différends avec 1290. Philippe. Le pontife, déployant sa hauteur accoutumée, commanda plutôt qu'il ne ménagea la paix. Cependant Philippe se soumit à sa décision en ce qui regardait l'Angleterre. La Guyenne, presque entièrement conquise, fut rendue, et le double mariage d'Edouard et de son fils avec une sœur et une fille de Philippe, cimenta pour longtemps l'union des deux couronnes.

Ce fut au milieu des négociations avec la France qu'éclatèrent les nouveaux orages dont l'Ecosse menaçait son vainqueur. Wallace prit dans tous ces mouvements le premier rôle. Gentilhomme d'un nom auparavant obscur, et peu favorisé de la fortune, il avait fait jadis aux Anglais une guerre de partisan avec quelque succès. Quand il reprit les armes, il se vit bientôt à la tête d'une belle armée. Mais la jalousie du commandement se mit entre lui et les principaux soigneurs; en sorte que l'armée anglaise, forte de cent mille hommes, n'eut pour ainsi dire, qu'use montrer pour triompher à Falkirk (1299). Du fond des montagnes de l'Ecosse, Wallace prit mieux ses mesures. De nouveaux soldats se rassemblèrent autour de lui , le proclamèrent lieutenant général du royaume, qu'ils reconquirent sous ses ordres, et se jetèrent même sur les provinces de l'Angleterre. Edouard rassembla ses troupes et marcha en personne contre Mallace, qui eut d'abord sur lui quelques avantages; mais la division, suite des mêmes jalousies, s'étanl mise de nouveau parmi les Ecossais, ils furent battus et encore une fois domptés, après 1 303 . une résistance héroïque. "Wallace se retira dans ses montagnes, où il continua une guerre de détail. Trahi par un ami perfide, il fut enfin livré aux Anglais, et expia à Londres, par le supplice d'un criminel, son amour de la liberté et de la gloire.

A la cour d'Edouard était le fils de Robert Bruce,

du même nom que son père , et un jeune seigneur nommé Cumyn, d'une des plus nobles familles de l'Ecosse. Le monarque anglais les avait attachés à son parti par l'espérance qu'il donnait tantôt à l'un, tantôt à l'autre, de le mettre en possession de la couronne. Trompés tous deux, ils se communiquèrent leurs ressentiments et leurs projets de vengeance. Bruce s'échappa de Londres, où il était gardé presqu'à vue, se rendit en Ecosse, fit révolter le royaume entier, et prit aussitôt le titre de roi. Cumyn, l'ayant voulu trahir, périt de sa propre main. Le pape accorda au prince l'absolution de ce crime ; mais les parents et les amis de Cumyn ne lui pardonnèrent pas. Edouard

1306. ayant défait l'armée de Bruce, les débris en furent anéantis par eux. L'Ecosse subjuguée vit son roi fugitif errer de montagne en montagne, suivi à peine de quelques défenseurs fidèles.

Qui aurait alors pensé que l'Ecosse, si souvent vaincue, était sur le point de renaître à l'indépendance? Bruce se montra de nouveau, dès que l'orage eut cessé de gronder avec la même fureur, et rassembla bientôt près de lui de nombreux partisans. Néanmoins, lorsque Edouard toujours actif, eut levé de nouvelles troupes, et que, pour comble d'infortune, Bruce fut tombé malade, il n'était personne qui ne désespérât de l'entreprise. Heureusement pour

1307. l'Ecosse, Edouard fut emporté par une dyssenterie. Son fils Edouard, deuxième du nom, était loin de reproduire ses qualités brillantes. 11 abandonna la partie entre les mains des Cumyn et du comte de Pembroke, pour aller consommer son mariage avec Isabelle de France, fille de Philippe le Bel. Quand il revint , il trouva Bruce partout victorieux , et

1313. capable de lui tenir tête. L'an 1313, les Ecossais mirent le siège devant Stirling. A cette nouvelle, le roi, comme réveillé d'une longue léthargie, marcha pour délivrer cette place à la tête d'une armée de

1314. cent mille hommes. 11 engagea le combat à Bannock- Burn, avec des troupes fatiguées et le soleil dans les yeux, contre des gens frais et qui avaient pris tous

leurs avantages. De l'aveu des historiens anglais, dix mille des leurs restèrent sur-le-champ de bataille; d'autres en ont porté le nombre à cinquante mille. Le fruit de ce combat fut la reddition de Stirling. Les Ecossais, encouragés par cette première victoire, défirent deux ou trois autres armées qui voulurent pénétrer dans leur pays , et battirent une seconde fois Edouard en personne, qui leur accorda la paix; en sorte que Bruce, victorieux, s'affermit dans la possession d'une couronne qui avait longtemps chancelé sur sa tête, en menaçant de l'entraîner dans sa chute.

Le mauvais succès de la guerre d'Ecosse alimenta les querelles qui existaient déjà entre Edouard et les parlements. Ces assemblées venaient de subir quelques modifications importantes. En 4265, Leycestre avait fait élire deux députés par ville ou bourg, qui devaient siéger avec le clergé et les barons. En 1295, Edouard Ier avait appelé deux chevaliers par comté pour représenter les francs tenanciers, et deux députés par grande ville jusqu'au nombre de cent vingt ; ce que l'on peut regarder comme l'origine des communes en Angleterre. Edouard voulait sans doute, à l'exemple des rois de France, s'en faire un appui contre les seigneurs. Mais, au milieu même de ses victoires, il éprouva bien des résistances, quand il prétendit lever de nouveaux subsides, et les parlements proclamèrent en principe qu'aucun impôt ne devait être établi sans leur consentement. La faiblesse d'Edouard II leur permit de s'immiscer plus avant dans les affaires. Mécontents de l'administration, ils poursuivirent les favoris du prince comme responsables de sa conduite, et ils soutinrent avec l'épée les arrêts qui furent rendus contre chacun d'eux.

Gaveston obtint le premier la faveur de son maître. Fils d'un seigneur français dévoué à l'Angleterre, il avait été placé près d'Edouard, encore jeune, par Edouard Ier lui-même : mais ce prince, ayant remarqué entre eux une liaison trop intime, fit plus tard exiler le favori par un arrêt du parlement. Au milieu des noces d'Edouard H, Gaveston revint à la cour et

reprit bientôt son ancienne place dans le cœur du prince. Comblé de biens et d'honneurs, il en usa, selon la coutume, avec insolence. 11 plongeait son maître dans les plaisirs pour se conserver le pouvoir ; mais, incapable de gouverner, il ne faisait que des fautes et déshonorait chaque jour la monarchie. Deux partis se formèrent contre lui : à leur tète était, d'un côté, la reine, que le favori ne savait pas ménager, de l'autre, le comte de Lancastre, ambitieux au fond, mais couvrant ses desseins d'un masque de vertu qui le faisait chérir du peuple ; grand homme de guerre d'ailleurs, et de naissance royale, étant petit-fils de Henri III par un frère d'Edouard Ier. L'an 1308, le parlement, après plusieurs remontrances, prononça que tous les étrangers seraient exclus des affaires el même bannis du royaume. Edouard envoya momentanément son favori commander en Irlande, et ménagea ensuite son rappel en le faisant entrer, par alliance, dans la famille du comte de Glocestre, qui jouissait d'un immense crédit. Gaveston, peu corrigé par une première chute, reprit son faste el ses hauteurs. Le comte de Lancastre le fit alors exiler nommément, et leva des troupes. Peu de temps après, Gaveston, ayant tenté de revenir de Flandre en Angleterre, fut pris et eut la tête tranchée. Edouard voulut venger sa mort; mais, d'un caractère naturellement faible, et d'ailleurs incapable de lutter contre les seigneurs, il se réconcilia avec eux, leur pardonnant le passé, et recevant même de leur main un autre ministre.

C'était Hugues Spencer, fils d'un officier anglais de peu de fortune, mais aussi prudent que brave Aussi bon courtisan que Gaveston . il fil bientôt oublier à Edouard quelles mains l'avaient placé près de lui. Ce fut la même faveur, le même faste, les mêmes ligues. Mais les deux Spencer, anglais de naissance, et par conséquent moins haïs, eurent soin de se faire des créatures parmi les seigneurs, en sorte qu'il fallut de plus puissants efforts pour les renverser. Après six 1320. années de pouvoir, ii leur arriva une première disgrâce. Tous deux furent bannis : mais leur exil ne

dura que quelques mois. Un des seigneurs ligués ayant refusé à la reine l'entrée de son château', l'indignation fui générale en Angleterre. Le roi put rassembler des troupes; il assiégea la place, la prit, et en fit pendre le gouverneur. Tournant ensuite contre ceux qui lui avaient donné la loi, il força plusieurs d'entre eux a se soumettre et rappela les Spencer. Le comte de Lancastre, de son côté, avait mis sur pied une armée. Battu et pris, il eut la tête tranchée, maigre sa naissance, avec vingt-deux de ses adhérents.

Les Spencer avaient eu jusqu'alors l'habileté de ménager la reine. Quand ils virent l'Angleterre à leurs pieds par cet acte de vigueur, ils ne se crurent plus obligés à aucun ménagement ; de là vint leur ruine, qui entraîna celle de leur maître Les trois fils de Philippe le Bel se succédaient alors en France sans laisser de postérité. Charles IV le dernier d'entre eux, eut quelques différends avec les Anglais pour un château de la Guyenne. Vainqueur en toute rencontre, il prétendait n'accorder la paix qu en recevant un nouvel hommage pour les provinces qu Edouard possédait sur le continent. Isabelle passa la mer afin de traiter au nom de son mari Dès que la paix eut été conclue, à condition que le roi • d Angleterre enverrait son fils rendre hommage à sa place, et dès que le jeune prince se fut acquitté de cette humiliante cérémonie, Isabelle, changeant de rôle, demanda des secours à son frère contre son mari ou plutôt contre les favoris qui chaque jour i accablaient d'outrages. Le conseil accédait volontiers a cette demande ; mais il engagea le roi à retirer sa parole, parce qu'il fut gagné secrètement par l'or des Spencer. Isabelle obtint du comte de Hainaut ce , que lui refusait la cour de France. A la tête d'une iiotte quelle (-.(uipe, elle passe en Angleterre. Re-nw çue dans toutes les places, elle proclame son fils tegent du royaume, poursuit les favoris et les fait pendre. Edouard II essaya en vain d'assembler des lorces dans le pays de Galles. Il fut livré à ses en- Gen. Hist. du Moyen Age. 17

nemis, qui le forcèrent d'abdiquer en faveur de sou fils Edouard III, et qui le confinèrent dans une prison, où il mourut l'année suivante. Les satellites auxquels sa garde était confiée, avaient essayé d'abord de s'en défaire par de mauvais traitements; mais le tempérament du prince résistant à toutes les épreuves, ils lui brûlèrent les intestins avec un fer chaud qu'ils lui passèrent au travers d'une corne dans le fondement. Les meurtriers avaient cru rendre aux ennemis du monarque déchu un service dont ils seraient récompensés. Chassés de l'Angleterre, et chargés de l'exécration générale, ils périrent misérablement, comme le méritait un tel crime.

Les principaux auteurs d'une révolution si prompte avaient été le comte de Lancastre, le comte de Kent . oncle du jeune roi, et Mortimer, le favori de la reine, homme en qui les talents ne le cédaient pas à la naissance. Les deux derniers s'étant brouillés ensemble. Mortimer eut assez de crédit pour faire condamner et exécuter un prince du sang royal, comme coupable d'aï tentât sur la personne du roi. Trois ans après . . Mortimer, accusé de plusieurs crimes, eut le même sort. Isabelle, qui tomba avec lui, survécut vin^tsept ans au renversement de sa fortune

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