CHAPITRE XLII
De ia France et de l'Angleterre, depuis Edouard III en Angleterre, jusqu'à la ruine de Constantinople. (1330-14o3 — XIVe et XVe siècles.)
Tandis que l'Angleterre était déchirée par les troubles dont nous venons de parler, Robert Bruce avait fait une invasion dans les provinces du nord, et il avait dû aux circonstances une paix avantageuse: car son fils David épousait une sœur d'Edouard , qui renonçait, en faveur du mariage, à toute suzeraineté L'Ecosse* La haine avait été grande contre Mortin
que l'on supposait l'auteur de cet acte. Ouand le ministre eut été renversé, Edouard III attendit impatiemment\ occasion de rompre toute alliance. De nouvelles divisions s'élevèrent. Un Ecossais, poursuivi dans son pays pour un crime, passa dans la Normandie où s était retirée la famille de Jean de Bailleul, et persuada a son fils Edouard de revendiquer un sceptre que son père avait porté. Le jeune prince, d'un caractère naturellement tranquille, se laissa toutefois engager dans cette entreprise. Il vit d'abord la fortune msounre. Dès qu'il fut débarqué en Ecosse, tous lesmecomenis se rangèrent autour de lui. Vainqueur a Dumblain, ,i prit la couronne et le titre de roi et îorça David II, fils et successeur (1329) de Bruce' f»9 a chercher en France un asile. Maître des principal <hefs du pari, contraire, il dut se croire plus que Jamais affermi sur le trône, lorsque Edouaitfse fut eelare pour lui. Comme son père1, il avait acheté l'appui des Anglais en se soumettant à leur couronne connue lu, aussi, ii révolta par cet acte l'esprit national de ses sujets, et i! creusa sous ses pieds Pab me qui m Plus tard l'engloutir. Cependant quelques vil e tenaient encore pour le parti des Bruce. Edoua rd in assiéger Berwick, l'une d'elles, défit l'armée ennemie , Tr «imyperdi: ses chefs, et prit la place. L^coTse ™t momentanément soumise. Pour éviter toute re\o m
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■ e , . il regardait comme plus irréconciliable lue celle de Bailleul lui-même ^Edduard, craint et respecté de ses swfepair.» fermeté, autant qu'il en -éfaitdSrî^S
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fidèle aux traités, tant qu'il avait eu besoin de ses troupes pour la guerre d'Ecosse. Elle tirait à sa fin, lorsque Robert d'Artois, à qui l'équité de Philippe avait fait perdre un procès et sa fortune, vint engager le roi d'Angleterre à prendre les armes contre la France, et à faire revivre ses droits sur la couronne. En même temps les Flamands, souvent battus 1338. Par 'cs troupes françaises, sollicitaient le secours de l'Angleterre, leur ancienne et fidèle alliée. Edouard, naturellement porté à cette guerre, que désirait ardemment l'antipathie nationale des Anglais, ne balança qu'autant qu'il le fallut pour combiner ses mesures. Bientôt il passe la mer, prend hardiment le titre de roi de France et se fait reconnaître des Flamands en cette qualité, ravage ensuite nos plus belles provinces, soutient en Bretagne le comte de Montfort contre Charles de Blois, défait nos flottes a l'Ecluse et notre armée à Crécy '1346;. le tombeau de la noblesse française, et se rend enfin maître de Calais après onze mois de siège. Tels furent les commencements d'une guerre de près de cent vingt ans. guerre qui valut aux Anglais un grand nombre de victoires célèbres, et l'occupation momentanée d'une moitié de la France: mais les Français, malgré leur imprudence, obtinrent le solide avantage de chasser presque entièrement du continent les éternels ennemis de leur nom et leurs rivaux en gloire.
L'Ecosse avait su profiter de l'heureuse diversion que lui offrait la fortune. Robert Stuart, neveu de David Bruce, reprit les armes pendant l'absence d'Edouard, et s'empara de toutes les places, excepté de Stirling, de Berwick et de Rokesbourg. Edouard revint s'opposer à de tels progrès. David Bruce. 13 i-2.de son côté, amena de France en Ecosse des secours avec lesquels il se tint deux ans sur la défensive, et il contraignit ainsi à une trêve le roi d'Angleterre, que ses affaires appelaient ailleurs. A la reprise des hostilités, Bruce voyant Edouard grandement occupé en France, fondit sur le Northumberland avec une armée de trente mille hommes. La reine Philip-
pine de Hainaut, ayant rassemblé les troupes anglaises, marcha en personne de ce côté, et défit les Ecossais à Newcastle. David Bruce lui-même tomba entre ses mains, et fut enfermé dans la tour de Londres. La nouvelle de cet heureux succès fut portée par la reine elle-même à Edouard, alors occupé au siège 1347. de Calais. Tout réussissait donc à souhait au roi d'Angleterre, et la fortune devait longtemps encore favoriser ses armes.
A Philippe de Valois succéda Jean , son fils. Aussi 1350. malheureux, que son père, ce prince vit le royaume dévasté par les Anglais; et quand il voulut les repousser, le prince de Galles, que l'histoire appelle aussi le prince Noir, de la couleur de ses armes, le défit complètement à la célèbre journée de Poitiers, et l'envoya prisonnier en Angleterre. Edouard, maître de la personne de ses deux rivaux, venait de '1356. réprimer une nouvelle tentative des Ecossais; il s'était même emparé deBerwick, et, parla cession de Bailleul (1335), il avait acquis des droits à la couronne d'Ecosse. Cependant il renvoya David Bruce dans ce pays, moyennant l'hommage et une bonne rançon. Il rendit aussi la liberté au roi de France : mais il exigea en toute souveraineté la Guyenne, la Saintonge, le Poitou, l'Angoumois, le Périgord, le Limousin, le Querci, l'Agénois, le Piouergue, le Ponlhieu , la R.ochelle, Boulogne et Calais, outre trois millions d'écus d'or payables en divers termes. Ce traité, dit de Bréligny, fut de part et d'autre assez mal observé. Jean étant mort l'an 1364, il fut rompu par Charles V, son fils, 130 ï. qui fit heureusement la guerre contre les Anglais. Edouard, alors âgé de cinquante-deux ans, croyait avoir fait assez pour la gloire, et ne songeait plus qu'au plaisir, Alix Pérez, sa maîtresse, lui faisait oublier son royaume. Il se reposait des affaires de France sur le célèbre prince Noir, qu'une maladie de langueur conduisit au tombeau l'an 1376. L'année suivante, Edouard fut emporté lui-même au moment 1377. que du Guesclin , à la tête des Français, menaçait toutes ses conquêtes. Richard II, son petit-fils, lui
succéda. Comme il avait à peine dix ans, il fut sous la tutelle de ses trois oncles, les ducs de Lancastre, d'York et de Glocestrc. A ces quatre enfants d'Edouard 111, il en faut ajouter un cinquième, le second par ordre de naissance, mais qui mourut avant son père. 11 avait laissé une fille, qui eut d'Edmond Mortimer deux enfants, une fille qui dans la suite épousa le fils du duc d'York, et un fils que nous verrons figurer dans les révolutions qui vont suivre.
En cinquante années de règne, Edouard avait convoqué soixante-dix fois les parlements. Ce fut sous lui qu'ils se séparèrent définitivement en chambre des lords et chambre des communes. Les communes surtout se montrèrent jalouses de leurs privilèges. Il fut posé en principe que la réunion du roi et des deux chambres constituait la puissance lé ;islative, que les communes avaient le droit d'examiner et de poursuivre les abus, qu'elles votaient seules les subsides, sauf l'agrément des lords. Pendant la minorité de Richard II , elles s'arrogèrent de surveiller l'emploi des finances: Sous les successeurs de ce prince, les parlements profitèrent des troubles pour augmenter leur pouvoir. On les vit successivement connaître des pétitions des particuliers, contrôler l'administration, mettre en accusation et condamner les ministres, proclamer l'inviolabilité du député, et la liberté absolue de sa parole et de son vote.
Cependant la France reprenait chaque jour son ancien ascendant sur l'Angleterre. Malgré les victoires de du Guesclin et la sagesse de Charles V, les Anglais se trouvaient néanmoins en possession des meilleures villes du royaume, lorsque ce prince mou- 1380. rut, laissant la couronne à Charles YI, son fils. Alors encore il eût été possible à Richard de faire avec la France un traité qui lui fût avantageux. L'antipathie nationale le lui défendit; mais on lui refusait des subsides. Il dut, en conséquence , signer une trêve de quatre années dont les deux rois proiitèrent. Charles YI, pour soumettre, à Rosebecque, les Flamands révoltés contre leur comte ; Richard, pour marcher en
Ecosse, où Robert II Stuart, petit-fils de Robert Bruce par sa mère, et successeur (1371) de David, prétendait secouer entièrement la suzeraineté de l'Angleterre. Richard avait de brillants succès, lorsque les partis qui commençaient à se former, le contraignirent de hâter son retour. La cour était en effet divisée entre les princes du sang et les favoris. Parmi ceux-ci, l'on distinguait Robert Vère, comte d'Oxford, que Richard fit successivement marquis de Dublin et duc d'Irlande. La modération du duc de Lancastre, le premier des trois oncles du roi, empêcha longtemps la mésintelgence d'éclater; mais ce prince étant allé faire valoir contre les Transtamare les droits qu'il avait sur la 1385. Castille du chef de sa femme Constance, fille aînée de Pierre le Cruel, le duc deGloceslre, d'un caractère hardi, remuant, ambitieux et avide du pouvoir, se déclara le chef des mécontents et devint l'idole du peuple, dont il accueillait les plaintes. La trêve avec la France venait d'expirer. Une flotte de quatorze cents voiles, chargée de soixante mille hommes de débarquement, n'attendait qu'un signal dans les ports i3g6. de France, pour envahir sur-le-champ l'Angleterre, que son roi, toujours sans argent, ne pouvait défendre. L'expédition échoua par la faute des princes français. Le duc de Glocestre ne s'en fit pas moins un prétexte pour faire adresser au roi, par le parlement, des remontrances sur la mauvaise administration de ses favoris. Une chambre de justice fut instituée sous sa présidence. Déjà plusieurs amis du duc d'Irlande y avaient été condamnés, quand le roi la cassa. Aussitôt on courut aux armes. Après quelques démarches inutiles pour la paix, les deux armées se rencontrèrent ; 1388. celle du roi fut battue, et Robert Yère alla finir misérablement ses jours à Louvain.
D'inutiles démonstrations de vengeance de la part du roi, aboutirent à une réconciliation qui donna au duc de Glocestre son pardon d'abord, puis des honneurs et de l'argent, mais point de part au gouvernement de l'état. Bien plus, le roi s'étant déclaré majeur dans le parlement de 1390, essaya d'ébranler le crédit 1390
du prince. La ferme lé qu'il monlra dans celle circonstance, une victoire sur les Irlandais rebelles, l'ordre rétabli dans Londres, où les partisans de Wiclef avaient troublé la paix, tout lui en facilita les moyens. Les créatures du duc furent chassées de leurs places ; les intrigues qu'il ourdit pour faire épouser sa fdle à Richard, ne lui attirèrent que des mortifications; enfin, ennemi déclaré des Français, il eut la douleur de voir le monarque anglais conclure avec la France 1396. une trêve de vingt-huit ans, et faire asseoir à ses côtés sur le trône, une fille de Charles VI. Ce prince reprit alors son poste à la tète des mécontents, et, de concert avec le comte de Derby, fils du duc de Lancastre, et avec le comte d" Arundel. il entreprit de faire tomber la couronne sur la tête d'Edmond Mortimer. Celui-ci s'étant retiré au pays de Galles, pour ne prendre aucune part au complot, les seigneurs s'arrêtèrent ; mais le roi n'en fut pas moins irrité. Le duc de Glocestre fut 1307. arrêté par surprise et conduit à Calais, où il mourut bientôt, non sans quelque soupçon de violence. Le comte d'Arundel fut exécuté publiquement. Derby dut sa grâce à son père : mais, l'année suivante, sur quelque mécontentement, il fut exilé d'Angleterre pour six ans et passa en France.
Richard n'avait jamais été si absolu ni si près de 1399. sa ruine. Les Irlandais révoltés avaient tué Mortimer, qu'il avait envoyé pour les gouverner. À cette nouvelle, le roi marcha contre eux et les dompta. Son absence rendit belle la partie des mécontents d'Angleterre. Ils firent avertir sous main le comte de Derby, devenu duc de Lancastre par la mort de son père. Ce prince obtient des secours du duc de Bretagne, passe la mer. est reçu dans Londres, et se voit à la têle d'une armée considérable. Richard eût cependant pu résister ou attendre en sûreté de meilleurs temps : il s'abandonna lui-même et se livra aux mains de son ennemi. Un parlement reçut son abdication, puis proclama sa déchéance, en reconnaissant pour roi son cousin, sous le nom de Henri IV. Lue conspiration tendit à faire périr le nouveau prince avec toute sa famille. Il punit
iJu dernier supplice tous les principaux chefs ; et quelque temps après, Richard, transporté à Ponfret, y mourut, on ne sait comment : mais de tristes soup- 1 ïOO. çons flétrirent la mémoire de son vainqueur.
Les huit premières années de Henri IV furent marquées par des révoltes et des supplices. Les Gallois, d'un côté, sous la conduite de Glandor; de l'autre, les Ecossais, sous Piobert III, fils et successeur (1390, de Robert II, attaquèrent à la fois l'Angleterre. Percy, comte de ïS'orlhumberland, vainquit deux fois l'armée d'Ecosse; puis sur un mécontentement qu'il reçut de Henri, il se ligua avec les vaincus, et voulut porter au trône Piobert Mortimer, fils de celui dont nous avons parlé plus haut. Henri sortit vainqueur de la lutte. De ceux qui prirent parti contre lui , les uns tombèrent à la bataille de Shrewsbury ou en d'autres rencontres -, 1413. les autres périrent de la main du bourreau. On convient que Henri était naturellement bon, clément et humain; cependant nous le voyons commencer son règne par des exécutions sanglantes : suite funeste , mais nécessaire, de l'usurpation et des discordes civiles !
Fermement assis sur le trône, Henri IV n'avait plus à craindre de rivaux. Tout pliait sous ses lois , et, tranquille au dedans, il pouvait porter ses regards sur les trô*ubles de la France. Charles VI ayant perdu la raison, le duc de Rourgogne, son oncle, et le duc d'Orléans, son frère, se disputèrent la régence. De là des intrigues , des guerres ou une paix encore plus cruelle. Henri IV y prit quelque part. Il épiait le moment d'attaquer à son avantage, lorsqu'il fut enlevé am\o par une maladie. On dit qu'excité par les remords, il supplia son fils de restituer la couronne aux héritiers légitimes : recommandations tardives que les vivants n'écoutent guère. En effet, Henri V montra bientôt que, loin d'obéir aux dernières volontés d'un père, il prétendait défendre son trône, s'il en était besoin, comme il avait été acquis. Roger Mortimer étant mort en Ecosse sans laisser d'enfants, et sa sœur, unique héritière des droits de sa famille, les ayant portés dans la maison d'York par son mariage avec
le comte de Cambridge, second fils du duc d'York, ce prince ourdit une conspiration pour faire tomber la couronne sur sa tête en l'enlevant à son nouveau possesseur. Henri, ayant découvei plot, livra aux tribunaux le coupable, sans avoir égard à la parenté, et le lit publiquement conduire au supplice.
En France, le duc d'Orléans venait d'être assassiné, et le duc de Bourgogne se faisait gloire d'un tel crime : aussitôt les deux, partis coururent aux armes, décbiranl de leurs propres mains le sein de la patrie. Ce fut le moment que choisit Henri pour relever l'Angleterre de ses anciennes 'perles. Il lui fallait un prétexte; il le trouva en faisant demander à Charles YI la main de sa fille Catherine, et pour dot la Guyenne, la Normandie;, l'Anjou, le Maine, le Poitou et la Touraine en toute souveraineté. Dès qu'il éot obtenu un refus, il passa la mer avec une I e et remporta
1445. sur les Français la célèbre victoire d'Azincourt, -qui lui donna le droit de parcourir la France, prenant les villes, et ravageant tout le pays. Rouen et la INorman-
1419. die tombèrent eu son pouvoir : mais ses conquêtes devaient devenir encore plus rapides. Le duc de Bourgogne fut assassiné à son tour par les gens du dauphin sur le pont de Monte: eau. A cette nouvelle, Philippe le Bon, son fils, et la reine isabeau cfe Bavière, brouillée depuis longtemps avec le parti d'Orléans,
1420. appellent à leur secours le roi d'Angleterre. On s'assemble à Troyes. Henri épouse Catherine de France. En faveur de ce mariage, il est déclaré régent pendant la maladie de Charles YI, et son héritier présomptif. Charles, dauphin, est exclu du trône pour un crime où il est possible après tout qu'il n'ait pas trempé. Chassé de Paris qui se déclare pour son rival, il se relire au delà de la Loire, et ses ennemis triomphants ne l'appellent plus par dérision que le roi de Bourges.
1422. L'avènement de Henri YI à la double couronne de France et d'Angleterre . sembla d'abord ne changer que peu de chose à la situation des deux états. Au nom du prince encore au berceau, le duc de Bedfort,
son oncle, gouvernait la France et poursuivait les conquêtes des Anglais. A la suite de différents faits d'armes, on mit le siège devant Orléans, que défendait le comte de Dunois. Alors parut une jeune fille nommée Jeanne d'Arc, du village de Domremi en Lorraine. Elle battit les Anglais, leur fit lever honteusement le siège, et, tandis que le duc de Bedfort faisait couronner le jeune Henri VI à Paris, qui devait bientôt -1430. lui échapper, elle menait Charles VII recevoir à R.eims l'onction royale. Prise à Gompiègne et brûlée comme sorcière pur ceux qui fuyaient devant ses coups, elle n'en donna pas moins aux affaires des Français une impulsion qui fut le salut de la monarchie. La réconciliation du duc de Bourgogne avec le roi réunissait tous les partis contre l'étranger, tandis que la cour d'Angleterre se divisait, à la mort de Bedfort, entre le duc de Glocestre, son frère, nommé' par Henri V tuteur du jeune prince, et le cardinal de VVinchestre, second fils de Henri IV. Les affaires des Anglais en souffrirent en France, malgré les efforts du duc de Somerset et de Talbot. Il y eut une trêve, pendant laquelle VVinchestre fit épouser à son roi Marguerite d'Anjou. Ce fut pour lui un coup de maître. Le duc de Glocestre, ayant voulu remuer, fut d'abord exilé de 1447. la cour, puis arrêté en plein parlement, et, quelques jours après, on le trouva mort dans son lit.
Un gouverneur anglais, s'étant saisi , sur le duc de Bretagne, de Fougères qu'il pilla, les hostilités recommencèrent. Charles VII ne fut point attaqué au dépourvu. La prise de Bouen (4449) enleva aux Anglais la Normandie, et la reddition de Bordeaux les chassa de 1451 la Guyenne , qu'ils possédaient depuis tant de siècles. Ainsi fut perdue pour Henri VI la couronne que lui avait donnée l'épée de son père : celle qu'il devait à l'usurpation de son aïeul, chancelait déjà sur sa tête, et l'on pouvait prévoir qu'elle ne tarderait pas non plus à lui échapper.
L'Ecosse avait d'abord pris quelque part à la guerre. Jacques, fils de Robert III, avait été fait prisonnier, sous Henri IV, au moment où il passait d'E-
cosse en France, et il était resté en Angleterre pendant tout le règne de Henri V. Robert étant mort en 1406, les régents d'Ecosse s'unirent à Charles VI, auquel ils envoyèrent plusieurs fois de grands secours; c'est ainsi que Jean Stuart était connétable de France et commandait dix mille Ecossais à la bataille de Verneuil (1424), où il fut tué. Pendant la minorité de Henri "VI, Gloceslre, régent d'Angleterre, rendit la liberté à Jacques Ier, à condition qu'il payerait quarante mille marcs d'argent pour sa rançon et qu'il rappelerait de France les troupes écossaises. Jacques trouva le royaume dans une affreuse anarchie. 11 réprima tous les abus : mais il dut lutter contre sa propre famille, dont plusieurs membres furent condamnés à mort et exécutés. Les nobles conspirèrent contre lui et l'assassinèrent (1437) à Perth. Jacques II, son fils, était âgé de six ans. Le chancelier Crichton maintint quelque tranquillité au milieu des partis. Il s'occupa surtout d'abaisser la maison des Douglas, dont la puissance contre-balançait presque celle du trône. Les deux chefs de la famille furent appelés à Edimbourg et mis à mort presque sous les yeux du roi et malgré ses instantes prières. Jacques, déclaré majeur (1444), fit du comte de Douglas son favori : mais celui-ci ayant formé une confédération qui menaçait la paix publique, Jacques 1452. l'attira à Stirling et le tua lui-même de son poignard. Les Douglas coururent aux armes. Ils furent vaincus près d'Abercoln, et -ce qui échappa dut fuir et quitter le royaume.
Jacques 1er lui-même n'avait pas tardé à recommencer contre l'Angleterre une guerre souvent coupée par des trêves, parce que l'état des deux royaumes ne leur permettait pas de la pousser avec vigueur. L'Angleterre et l'Ecosse allaient être ébranlées par des troubles qui les isoleront pour un demi -siècle des intérêts de l'Europe.