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ADRESSE

Au clergé et aux fidèles du diocèse de Québec

Messieurs et Très Chers Frères,

Nous vous annonçons, et vous apprendrez sans doute avec plaisir, que Monseigneur l’évêque de Québec vient de compléter l’acquisition d’un terrain, qui doit remplacer celui qu’un de ses prédécesseurs, pressé par les ^circonstances où se trouvait alors l’épiscopat, consentit ù aliéner, en le cédant au gouvernement provincial. Quoique cette cession ait été inévitable, parce qu’elle était le seul moyen d’assurer une subsistance honnête à l’évêque diocésain, il était néanmoins à regretter de ■voir sans demeure à lui propre, le chef de la plus ancienne Eglise de l’Amérique du Nord, de celle dont il sera question de faire la métropole d’une province ecclésiastique, en quelque temps qu’elle soit formée.

D’un autre côté, il n’était pas moins à regretter que l’évêque se trouvât obligé d’occuper dans le séminaire des appartements qui, quoique les plus commodes, les seuls mêmes qu’on pût mettre à sa disposition, sont loin cependant de lui offrir, ainsi qu’à ses prêtres, un logement convenable. On sait d’ailleurs que le séminaire, pour laisser à l’évêque l’usage de ce logement, se trouve réduit à un état de gêne dont il est à souhaiter qu’il soit délivré.

C’est pour obvier à ces inconvénients, qui sont connus d’un bon nombre d’entre vous, que Monseigneur de Québec a voulu faire l’acquisition dont nous venons de parler ; et il l’a faite d’autant plus volontiers qu’elle lui permet de placer sa demeure épiscopale dans le voisinage de la cathédrale, et aussi près que possible du séminaire diocésain, avec lequel l’évêque doit nécessairement avoir des rapports journaliers.

Il est maintenant de mon devoir de vous expliquer le vrai but de la présente adresse, et de vous faire comprendre pourquoi vous entendez aujourd’hui une autre voix que celle de votre premier pasteur.

C’est au prix de très grands sacrifices que Monseigneur l’évêque de Québec a acquis le terrain dont il est question. Ces sacrifices, il les a faits, vous le savez, à la suite de bien d’autres qu’il s’est imposés pour la construction du séminaire deNicolet, qui réclame encore son assistance ; pour élever à ses propres frais, dans une partie peu fortunée de cette ville, une maison spacieuse

où se trouvent quatre écoles florissantes; pour aider puissamment (par une somme de pas moins de £1250 courant) à l’érection d’un vaste édifice dans le faubourg Saint-Koch, où les jeunes personnes du sexe recevront une éducation solide et chrétienne ; enfin pour encourager d’autres institutions du même genre, et d’autres œuvres d’utilité publique, tant dans la ville épiscopale que dans d’autres endroits du diocèse. Aussi, n’est-ce qu’au moyen d’emprunts dont les remboursements ne pourront ni justement ni convenablement se différer, que Sa Grandeur sera en état de payer le prix de son acquisition. Les choses en étant ainsi, nous avons compris que le digne prélat doit inévitablement se borner à acquitter les dettes qu’il se trouve obligé de contracter ; et nous n’avons pas hésité à nous charger du soin de pourvoir à la construction de la maison épiscopale, que le terrain acquis doit recevoir.

Incapable cependant, à raison de la modicité de nos ressources, d’atteindre par nous-même le but que nous nous proposons, nous nous voyons dans la nécessité de recourir à la générosité du clergé et des fidèles du diocèse, sur laquelle l’expérience du passé nous a appris à compter avec assurance. Mais, comme nous voulons que leur participation à cette œuvre leur soit aussi peu onéreuse que possible, nous ne demandons à chacun que la modique contribution de cinq schellings. Nous nous flattons que si tous ceux à qui leurs moyens permettent de sacrifier cette légère somme, veulent bien

se rendre à notre appel, nous pourrons, sans recourir à de nouvelles contributions, construire un édifice qui sera un monument impérissable de l’attachement qui unit les catholiques du Canada à leurs évêques.

Au reste, quoique nous ne demandions à chacun que la faible souscription d’une piastre, nous ne prétendons point mettre de bornes à la libéralité de ceux qui voudraient donner davantage. Mais si nous recevons de plus fortes sommes avec reconnaissance, nous n’en accueillerons pas avec moins de gratitude de plus modiques de la part des personnes qui ne pourraient donner celle que nous demandons, sans préjudicier au bien de leurs familles.

C’est encore pour rendre moins onéreuse la souscription de ceux qui aimeraient à donner davantage, que nous n’en demandons pour le moment que la moitié : le paiement du reste pouvant se différer jusqu’au mois de novembre de l’année prochaine (1844). Comme nous prévoyons que nous n’aurons de paiements à faire aux entrepreneurs de l’édifice (dont nous espé- Tons pouvoir jeter les fondements dès le printemps prochain), qu’à mesure que les ouvrages s’exécuteront, nous avons pensé qu’on pouvait sans inconvénient retarder d’une année le paiement d’une partie de cette souscription.

Ce serait une satisfaction pour nous que de pouvoir exposer le plan de l’édifice projeté aux yeux de ceux qui s’intéressent à sa construction. Mais nous trouvant

dans l’impossibilité de le faire, au moins pour le moment, nous nous bornons à dire que cet édifice devra renfermer des logements assez spacieux pour recevoir le clergé du diocèse, surtout en certaines occasions où il ne serait pas j aste de mettre à contribution l’hospitalité qui a toujours si éminemment distingué le séminaire de Québec. D’ailleurs les amis de notre projet (et nous croyons pouvoir dire qu’ils sont en grand nombre) ont à cœur que nous élevions un édifice dont la grandeur, la solidité, l’apparence même fassent honneur au pays ainsi qu’à la religion, à la gloire de laquelle il ne peut manquer de contribuer.

Si nous en appelons aux sentiments religieux des fidèles du diocèse pour les engager à procurer une demeure convenable à leur premier pasteur et à ses aides dans le gouvernement de son diocèse, nous désirons que ceux qui contribueront à cette bonne œuvre, trouvent dans la religion la récompense que leur zèle leur aura méritée. C’est pourquoi nous nous engageons, avec l’assentiment de Monseigneur l’évêque de Québec, à pourvoir à ce que, dès que les fondements de l’édifice seront jetés, le saint sacrifice de la messe soit célébré une fois chaque mois, à perpétuité, pour les bienfaiteurs de l’évêché, au rang desquels seront toujours comptés ceux qui auront contribué à l’érection de la maison épiscopale.

Outre cette fondation, que nous ne regardons que comme l’accomplissement d’un devoir de stricte justice,

nous voulons que les noms de ceux qui auront répondu à notre invitation, soient consignés dans un registre sons le titre de leurs paroisses respectives ; en sorte qu’il puisse être facile de connaître non seulement la contribution de chaque paroisse, mais encore celle de chaque paroissien en particulier. Mais pour que nous puissions mettre cet engagement à exécution, nous prions Messieurs les curés et autres personnes qui voudront bien se prêter à recueillir les contributions, d’en tenir, autant que possible, un état exact, et de le transmettre avec les sommes reçues. Nous les prions aussi de ne pas omettre d’expliquer si les sommes envoyées forment le montant entier ou une partie seulement des contributions, afin que nous sachions sur quels fonds nous pouvons compter pour l'achèvement de l’édifice.

Quant au moyen de nous faire parvenir les contributions de chaque paroisse, nous désirons que l’on adopte celui qui a été établi pour la transmission des aumônes recueillies pour l’œuvre de la Propagation de la Foi, sauf qu’à Québec elles seront remises soit à Monsieur le curé soit au secrétariat de l’évêché.

En terminant cette adresse, nous vous prions, messieurs et très chers frères, de joindre vos prières aux nôtres, pour obtenir que Dieu bénisse l’œuvre que nous entreprenons pour sa gloire et pour l’honneur de notre pays.

P.-F., Evêque de Sidyme.

Québec, 18 décembre 1843.

Mgr Turgeon fut non seulement l’âme de cette entreprise, mais il en ordonna jusqu’aux moindres détails. C’est lui qui tenait tous les comptes, achetait les matériaux, engageait et payait les ouvriers au jour le jour; tous les ouvrages se faisant à la journée, il eut une masse d’affaires sur les bras, sans parler de la correspondance qu’il était obligé d’avoir avec les curés qui ne restaient pas oisifs non plus, et qui stimulaient de leur mieux le zèle et la charité de leurs paroissiens. Nous avons entre les mains ces comptes entièrement écrits de la main du prélat ; ils commencent le 9 janvier 1S44 pour les recettes et le 16 pour les dépenses. On s’occupa d’abord à démolir la masure restée debout sur le terrain Harkness et à faire préparer la pierre de taille que l’on fit venir de la Pointe-aux-Trembles. Et au premier de mai il s’agit de prendre possession, pour la raser, de la maison Baby où demeuraient encore, comme elles en avaient le droit jusqu’à cette date, mademoiselle Marguerite de Lanaudière et sa nièce mademoiselle J osepbte Baby (1). Ce ne fut pas une petite affaire que de s’emparer de cette forteresse, car la garnison ne voulait pas se rendre et surtout ne voulait pas sortir.

Mademoiselle de Lanaudière, alors âgée de soixante et neuf ans, était une femme remarquable par son esprit, mais aussi par ses originalités. Son neveu, M. de Gaspé, en parle au long dans ses Mémoires, ainsi que de son

(]) Madame Baby était morte le 27 janvier précédent.

autre tante Agathe (1), “ que la famille appelait Charlotte Corday Les deux sœurs, très bonnes et très charitables du reste, étaient d’un caractère despotique ; dignes nièces, comme le dit M. de Gaspé, des deux héroïnes de Yerchères, elles avaient des goûts belliqueux ; quand elles passaient les vacances à leur campagne de Saint- Vallier, “ dompter des chevaux fougueux était un de leurs passe-temps les plus agréables Mademoiselle Marguerite s’était donc mise en tête, on ne sait pourquoi, de ne pas quitter la maison Baby au jour convenu où on la priait de le faire, et elle restait sourde à toutes les prières et à toutes les sommations, qui ne lui furent pas ménagées.

On comprend facilement l’embarras des nouveaux propriétaires, qui d’un côté ne voulaient pas manquer de courtoisie envers ces dames, et d’un autre côté n’avaient aucunement l’envie de se plier à leurs caprices. Dans un conseil de guerre, il fut décidé de se rendre maître de la place en faisant attaquer par la base le côté le plus faible de la muraille et en le faisant tirer ensuite par le sommet de manière à le faire tomber tout d’une pièce. Jœ plan réussit à merveille. Au jour fixé et au moment où les demoiselles de Lanaudière et Baby se

(]) Mademoiselle Agathe mourut au manoir de Saint- Vallier et fut inhumée le 1er mars 1838, dans l’église de la paroisse. Le manoir existe encore et jusqu’en 1892, il était la propriété de la famille du shérif Chs Alleyn, marié à une demoiselle De Gaspé.

croyaient a l’abri de toute surprise, un craquement épouvantable ébranla la maison, le pignon s’écroula en entier dans la rue, rendant toute défense et un plus long séjour impossible.

Il fallut bien céder à la force majeure et il ne resta plus aux assiégées qu’à se retirer avec les honneurs de la guerre. Mademoiselle de Lanaudière vécut jusqu’à l’âge avancé de quatre-vingt-deux ans. “ Elle a mené, dit M. de Gaspé, une vie retirée pendant les dix à quinze ans qui ont précédé sa mort, ce qui n’empêchait pas les gouverneurs et les personnes éminentes voyageant au Canada, de visiter cette vieille et dernière relique d’une génération maintenant éteinte ”.

Après avoir quitté la maison Baby, elle alla demeurer dans la rue Saint-Louis. “ Lorsque la frégate française La Capricieuse visita les parages du Canada... le commandant de Belvèse ne manqua pas de rendre visite à mademoiselle de Lanaudière ; la conversation roula principalement sur la France : sujet très intéressant pour la vieille Canadienne ; mais elle finit par lui dire : “ nos cœurs sont à la France, mais nos bras à l'Angleterre ”. (Mémoires de M. de Gaspé). Il est certain que dans ces anciennes familles si l’on conservait quelque amour pour la France, on en avait bien peu pour les Français. Il a fallu l’arrivée de La Capricieuse et les strophes de Crémazie pour réveiller un sentiment qui dormait dans les cœurs et jeter un voile sur les injustices et les mépris dont le souvenir cuisant n’était pas effacé.

Pour Marguerite de Lanaudière, si son frère Charles lui avait souvent parlé de la France qu’il avait servie, ses beaux-frères De Gaspé et Baby en leur qualité de tories de la plus belle eau l’avaient plus souvent entretenue des gloires de l’Angleterre.

Au reste les horreurs de la révolution française eurent une immense influence sur les opinions et les prédilections des Canadiens, et Ps familles nobles, qui avaient continué d’aimer la France des Bois, malgré ses fautes, détestaient cordialement la France de Robespierre et même de Bonaparte. Aussi faisait-on volontiers, à la demande des évêques, des prières publiques dans toutes les églises du diocèse pour le succès des armes Britanniques et chantait-on force Te Deum pour célébrer leurs victoires.

L’éloquent appel de Mgr Turgeon ne resta pas sans réponse.

Les citoyens les plus haut placés se faisant collecteurs, se partagèrent toutes les rues de la ville, et bientôt apportèrent au trésorier général M. L. Massue d’abondantes souscriptions.

En tête des listes, on voit les noms de M. René- Edouard Caron, de l’honorable Philippe Panet. Le premier donna $200.00, le second $100. 00. Les communautés religieuses se distinguèrent comme toujours par leur générosité. Le séminaire souscrivit $800.00, les Ursulines $600.00, l’Hôpital-Général $300.00, l’Hôtel-Dieu $200.00. Québec donna en tout $5941.00. Plusieurs

prêtres firent preuve d’un zèle admirable et multiplièrent leurs efforts pour le succès de l’entreprise, entre autres M. Alexis Mailloux, vicaire général, et curé de Sainte-Anne de Lapocatière. Nous en voyons la preuve dans un grand nombre de ses lettres que nous avons sous les yeux. Le 23 janvier 1844, il écrit à Mgr Turgeon pour le mettre au courant de tout ce qui s’est fait dans sa paroisse et dans les paroisses voisines. “ J’ai, dit-il, quêté de la planche, j’en ai quatre cents de premier choix pour le salon de l’évêque, c’est pour cela que je l’ai demandée. Vous aurez de Sainte- Anne au moins cinquante louis. Votre Grandeur qui a eu la complaisance de me donner des détails sur l’entreprise voudra bien continuer de le faire, et croire que je serai au comble de mes joies si elle peut réussir ”. Dans une autre lettre adressée à Mgr Siguay : “ J’ai su, dit-il, une bien plaisante anecdote sur le Père Courval. Il aurait dit à ses gens : j’ai demandé quelque chose à Monseigneur pour m’aider à bâtir une chapelle. Il m’a répondu d’attendre que j’eusse les moyens pour bâtir. Eh bien, mes frères, que Monseigneur attende qu’il ait les moyens pour bâtir son évêché ! ”

Non moins aimables sont les lettres de M. Thomas Bédard, chapelain de l’Hôpital Général. “ Si tous les curés, écrivait- il, avaient le même zèle que M. Mailloux, pour l’établissement projeté, malgré la misère du temps et mille circonstances qui atterrent nos Canadiens, vous recevriez assez pour bâtir deux évêchés comme celui que

vous allez commencer. Mais quelle que soit la somme qui vous sera remise, vous avez le témoignage et la preuve du respect et de l’estime que la plus haute société du pays porte à nos évêques. C’est une grande satisfaction pour les amis de l’épiscopat ”. Et en envoyant à Mgr de Sidyme sa modeste mais généreuse offrande qu’il renouvela deux ans après, il disait : “ Quant à moi, je puis assurer que personne n’est plus zélé ni plus dévoué que moi pour l’indépendance et l’établissement de nos évêques. Mais quand on est pauvre, il faut demeurer nul et humilié surtout dans, des circonstances nationales comme celle-ci. Ce que je vous envoie est tout ce dont je puis disposer pour le moment ; mais si Dieu me prête vie, je ne me regarderai jamais comme quitte envers mes évêques ”. En même temps, ce digne prêtre transmettait à Mgr Turgeon l’humble contribution des pauvres de l’Hôpital qui s’élevait à la somme de treize piastres, et qui dut toucher le cœur du prélat plus que ne pouvaient le faire les plus riches dons des favorisés de la fortune.

On voit par la correspondance de plusieurs curés du diocèse que les années 1844 et 1845 ne furent pas des années d’abondance et que leurs paroissiens n’avaient pas les moyens de donner autant qu’ils l’auraient voulu quelquefois. Ailleurs ce furent d’autres circonstancesqui empêchèrent les mains de s’ouvrir et de donner. Trois-Rivières, d’après M. le grand-vicaire Cooke (plus

tard eveque) “ était encore de mauvaise humeur, parce que le séminaire du district avait été placé à Nicolet Dans quelques endroits on comprenait difficilement que l’évêque pût avoir besoin d’argent, et M. Dumoulin l’un des prêtres qui s’intéressa davantage au nouvel évêché écrivait à Mgr Turgeon pour lui faire part de l’indifférence d’un certain nombre de prêtres et de laïques pour le succès de eette entreprise. “Je me propose, disait-il, de faire moi-même autant qu’il me sera possible, cai Je ciains fort que "\ otre Grandeur ne se trouve dans de grands embarras... J’insisterai auprès de mes confrères, pour les convaincre que la plus grande partie de cette œuvre devrait être celle du clergé ”. La souscription personnelle de M. Dumoulin prouva combien il était sincère ; elle fut de $340.00 et celle de sa paroisse $226.00.

Cependant les travaux furent poussés avec activité dans 1 été de 1844, sous la direction et la surveillance de l’architecte M. Thomas Baillairgé, qui avait fait lés plans du palais épiscopal. Tout alla si bien que le 25 août, on procéda a la pose de la pierre angulaire. Voici un compte-rendu de cette cérémonie pris dans un journal du temps :

“ Dimanche, après les vêpres, a eu lieu la bénédiction de la pierre angulaire de l’oratoire épiscopal. Après un sermon prêché par Mgr de Sidyme, les clergés de la cathédrale et de Saint- Patrice, se sont réunis procès-

sionnellement au lieu du palais en construction, où une plateforme qui couvrait toute l’étendue de la bâtisse avait été dressée pour recevoir le clergé et le peuple. C’est là que Monseigneur l’archevêque les a rejoints et qu’il a fait la cérémonie d’usage. La foule était considérable et couvrait entièrement l’immense plateforme et les alentours. Des érables avaient été plantés autour du palais pour donner à la fête un aspect plus gai, plus vivant, plus naturel. La collecte s’est élevée à plus de quarante louis. ”

Voici l’inscription que l’on plaça sous la pierre angulaire :

Hic Lapis angularis archiepiscopalis donius

cujus ædificationis impendimn cleri fideliumque •diœcesis suseepit liberalitas Gregorio XVI Romanam sedem occupante, JosephoSignay hancce archiepiscopalem Quebecensem ecclesiam regente,

Petro Flaviano Turgeon Episcopo Sidymensi Coadjutore

Régnante in Anglia Victoria la Provinciam Canadæ Unitam nobili Equité Carolo Theophilo Metcalf gubernante Positus est

A. D. MDCCCXLIV, die XXV Augusti

Le 25 novembre de la même année, Mgr Turgeon adressa aux curés du diocèse la lettre suivante qui fait parfaitement voir où les choses en étaient rendues et

qui montre qu’il restait encore beaucoup à faire et beau- . coup à donner pour que l’entreprise pût être menée à bonne fin :

Monsieur le curé,

Lorsque, le 18 décembre de l’année dernière, noua vous invitions ainsi que vos paroissiens à contribuer à la construction d’une maison épiscopale, nous vous donnions à entendre que, quand il serait question de former une province ecclésiastique dans le Canada, l’église de Québec en serait la métropole. Aujourd’hui la lettre pastorale de Monseigneur notre archevêque va vous annoncer officiellement que ce projet a reçu son entier accomplissement. Vous en inférerez sans doute avec nous qu’il n’en devient que plus urgent de procurer au premier dignitaire ecclésiastique des possessions britanniques de l’Amérique du Nord une demeure qui soit en rapport avec son rang élevé. En effet, vous comprendrez sans peine combien il importe que l’archevêque puisse recevoir dans sa propre maison, outre les membres de son clergé, non seulement les évêques ses suffragants, mais encore les évêques des provinces inférieures, qui, d’après la bulle d’érection de la métropole, devront assister aux conciles de la province ecclésiastique.

Nous croyons devoir vous informer que les ouvrages de maçonnerie de l’édifice ont été conduits jusqu’à peu près aux deux tiers, mais qu’il s’en faut de beaucoup

que nous en soyons encore rendus à la moitié des dépenses que nous avons à faire. Le coût de ce qui a été fait jusqu’à ce jour va atteindre et peut-être même dépasser la somme de £2500. Or, notre recette ne se montant pas à plus de £2385, il s’ensuit que les contributions non rentrées, et celles des fidèles qui n’ont pas encore pris part à l’œuvre, nous sont d’une absolue nécessité pour achever le palais archiépiscopal. Il importe surtout de pouvoir poser le toit et les croisées de l’édifice dans le cours de l’été prochain, pour n’en pas exposer les murs, pendant deux hivers consécutifs, à l’inclémence de notre climat.

Nous ne vous importunerions pas de nouveau sur ce sujet, non plus que vos paroissiens, si les ressources actuelles de l’archevêché pouvaient nous venir en aide ; mais vous savez que Monseigneur l’archevêque s’est chargé du paiement de la somme de £5900 que coûte le terrain sur lequel se construit l’édifice ; et nous pouvons vous assurer que Sa Grandeur est loin d’avoir effectué le remboursement des emprunts qu’elle a été forcée de faire pour payer une somme aussi énorme.

En vous adressant la présente, notre dessein n’est pas de faire un nouvel appel à la générosité des membres du clergé et des fidèles qui ont déjà répondu amplement à notre première invitation. Si nous vous faisons connaître les circonstances où nous nous trouvons aujourd’hui, c’est dans l’unique but de faire rentrer les souscriptions qui ne sont pas encore acquittées, et de

réclamer en faveur de notre œuvre les sympathies de •ceux qui n’y ont pas encore contribué ou qui ne l’auraient fait que faiblement, eu égard à leurs moyens. A cet effet, nous croyons qu’il serait à propos de rappeler de nouveau à vos paroissiens le contenu de notre adresse du mois de décembre dernier, persuadé qu’avec quelques mots d’encouragement de votre part, elle ne saurait manquer de stimuler leur zèle pour une entreprise qui doit contribuer à la gloire de la religion et à l’honneur du pays. La lettre pastorale de Mgr l’archevêque vous fournira pour le même but des motifs puissants dont vous pourrez faire usage avec efficacité.

Le temps n’est pas encore venu de faire connaître la part de chaque paroisse dans la recette dont nous venons de mentionner le montant, puisque nous n’avons reçu d’un certain nombre d’entre elles que de simples à compte. — Il n’est pas cependant hors de propos de vous informer qu’il nous est venu d’une des plus petites paroisses du diocèse (Jelle ne compte que 500 communiants) une somme de £62-11 ; qu’une autre, plus populeuse, à la vérité, ne donnera pas moins de £100 ; qu’une troisième fournira £80 ; et que trois ou quatre autres donneront de £50 à £60. Si les informations que nous avons reçues jusqu’à présent ne nous permettent pas, pour le moment, de citer de la même manière un plus grand nombre de paroisses, nous osons nous flatter que vos nouveaux efforts, fortifiés par les

quelques exemples qu’il vous sera loisible de mentionner, si vous le trouvez bon, multiplieront tellement le nombre des bienfaiteurs de l'archevêché, que nous pourrons reprendre nos travaux, le printemps prochain, avec l’espoir de les continuer sans interruption.

Au reste, cette entreprise est l’œuvre de Dieu : le clergé du diocèse ne cessera pas de la regarder comme digne de toute sa sollicitude. Si donc votre contribution personnelle ne nous est point eucore parvenue, nous ne croyons pas devoir vous en renouveler la demande ; mais nous nous réjouissons de ce que la récolte de cette année, meilleure, sans contredit, que celles des années précédentes, va devenir la mesure de votre libéralité, comme elle le sera de celle de vos paroissiens.

Nous sommes bien aise de vous dire que, cette année, comme l’année dernière, Monseigneur l’archevêque permet que la quête de l’Enfant-Jésus soit faite pour le même objet dans toutes les paroisses où les marguilliers et autres paroissiens y donneront leur assentiment, supposé que l’état des affaires de la fabrique n’y mette aucun obstacle. Cette permission regarde surtout les paroisses où l’on n’aurait pas pu profiter de celle de l’année précédente.

Nous croyons devoir vous renouveler la recommandation que nous vous avons déjà faite de vouloir bien tenir, autant que possible toutefois, une liste exacte des souscripteurs et des sommes souscrites, laquelle nous

sera transmise avec les sommes qui auront été déposées entre nos mains.

Recevez l’assurance des sentiments de parfaite estime avec laquelle nous sommes,

Monsieur le curé,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

■f P.-E., Evêque de Sidyme.

Les travaux furent continués, l’année suivante, mais les désastreux incendies (1) qui dévorèrent l’église de Saint-Roch-de-Québec, avec près de trois mille maisons, furent une épreuve terrible pour Mgr Turgeon, en venant ajouter aux nombreux soucis que lui causait nécessairement la construction de la maison épiscopale. Sans compter qu’il se vit obligé de faire appel à la charité des fidèles du diocèse qui dans un grand nombre de paroisses, où la collecte de l’évêché n’avait pas encore été faite, se trouvaient sollicités pour deux œuvres en même temps, ce qui nuisit infailliblement aux deux.

La lettre suivante de Mgr Signay le fait bien voir ; elle répondait évidemment à une demande d’argent de la part de son coadjuteur.

“ S’il est question du palais épiscopal auquel je suis bien éloigné d’être indifférent, Votre Grandeur me trouvera toujours disposé à faire ce que l’on peut raisonnablement espérer de mes ressources pécuniaires,

(1) 28 mai et 28 juin 1845.

•après le gros déboursement que j’ai fait à l’aide d’emprunts pour acquérir le terrain où est commencé et -déjà avancé l’édifice en question.

“ Personne n’ignore que, quand j’ai bien voulu me charger «l’une telle dépense et de tels emprunts pour lesquels mes propriétés sont engagées, c’était à la suite des déboursements considérables que j’avais faits pour le séminaire de Nicolet, pour la maison d’école de Prèsde-Ville, pour l’école des Frères et pour celle des Sœurs à Saint-Roch.

“ Je sais que Votre Grandeur s’est réservé exclusivement la construction du dit palais épiscopal. Mais les circonstances où notre cité s’est trouvée à la suite des incendies de nos faubourgs, ont paralysé de beaucoup les ressources sur lesquelles on pouvait raisonnablement compter pour achever cette année (1846), les ouvrages commencés. C’est aussi ce qui m’engagea, l’été dernier, à faire un nouvel emprunt de mille louis pour venir en aide à Votre Grandeur, dans les travaux les plus urgents qu’il y avait à faire pendant cette dernière saison.

“ Dans un pareil état de choses, soyez persuadé. Monseigneur, qu’il m’est pénible de voir que Votre Grandeur ne peut pas certainement compter de recevoir de ma part une aide suffisante pour la mettre en état d’acheter tout de suite le palais épiscopal commencé. Mais enfin, comme il est assez ordinaire pour les grands édifices, on pourra faire graduellement pour celui-ci,

autant que les moyens le permettront, comme Votre . Grandeur elle-même me le disait, lorsqu’elle proposa cette grande entreprise

Mgr Signay avait d’autant plus de mérite en cette affaire que s’il n’avait écouté que ses goûts et ses aspirations, elle n’aurait jamais été commencée de son vivant. Mais une fois la permission donnée, il y contribua avec une générosité vraiment admirable. C’est ainsi qu’à différentes reprises et à mesure que le coadjuteur en avait besoin, il lui donna des sommes importantes qui s’élevèrent, pendant la construction du palais, au montant de $7,298.00.

Les retards apportés à cette œuvre à laquelle il se donnait tout entier, causèrent un si vif chagrin à Mgr Turgeon, qu’il en tomba malade et que ses amis craignirent sérieusement pour sa vie. Aussi s’empressèrent-ils de trouver le seul remède qui pût le guérir. Quelques-uns d’entre eux, se faisant les interprètes de leurs confrères, présentèrent une requête à Mgr Signay,. pour qu’il empruntât la somme nécessaire à la continuation immédiate des travaux, et ils assurèrent le prélat qu’il pouvait compter sur la coopération cordiale du clergé pour le remboursement de cet emprunt. Cette requête était signée par MM. Chs Bédard, P. MacMahon, Chs-F. Baillargeon, C.-F. Cazeau, Z. Charest, F.-G. Loranger et Ant. Parent. “ Nous sommes convaincus, disaient-ils, que la maladie dont Mgr Turgeon est affligé, résulte, en grande partie, du chagrin que lui

cause l’impossibilité où il est de pouvoir achever la bâtisse du palais archiépiscopal, où il espérait voir, à line époque rapprochée, le premier pasteur du diocèse, dans des circonstances plus favorables pour faire face aux nombreuses difficultés qui semblent devoir se multiplier de jour en jour. Nous craignons beaucoup que, s’il n’est pas donné à ce prélat quelque espérance de réaliser promptement son projet, les inquiétudes qui le fatiguent et le minent, n’aient une influence funeste sur son tempérament déjà si faible, et ne le conduisent peu à peu au tombeau ; ce qui serait un grand malheur pour la religion dans les temps difficiles où nous vivons ”.

On put voir à la retraite ecclésiastique de cette même année, que les sentiments de ces messieurs étaient bien sincères et que leurs promesses n’étaient pas illusoires. Les prêtres présents souscrivirent de suite la somme de So, 480.00 et les absents y ajoutaient bientôt ce qui manquait pour former la somme de $9,739.00. Nous, publions à l’appendice J, K, L, M, tous les documents qui concernent cette souscription ; et en particulier les listes exactes que nous avous enfin pu trouver de tous les souscripteurs ecclésiastiques, et de toutes les paroisses avec l’offrande de chacun. Ces listes n’ont jamais été publiées, et elles sont intéressantes puisqu’elles font connaître assez bien la richesse ou la générosité des uns et des autres à cette époque. Nous, donnons aussi les noms des principaux contracteurs et ouvriers qui ont été employés à la construction du

palais épiscopal avec les sommes d’argent qui leur ont été payées pour leur travail ou pour les matériaux vendus.

Grâces aux nouveaux et grands sacrifices qui venaient d’être faits, l’ouvrage fut repris avec activité, et bien qu’il ne fût pas entièrement fini, l’archevêque Signay et son coadjuteur purent prendre possession définitive de leur palais le 22 novembre 1847. “ La bénédiction solennelle en fut faite le même jour par l’évêque de Sidyme ”. Si les maisons peuvent fêter leurs noces d’or, dans ce siècle où les noces de toute espèce semblent de plus en plus à la mode, ce sera donc le tour de l’évêché de Québec, le 22 novembre 1897. Mais aucun de ceux qui l’habitèrent les premiers ne sera là pour en raconter les origines et rappeler le souvenir de ces mille détails qui constituent l’histoire intime d’une maison ou d’une famille et qui en font le principal intérêt. Le personnel de la maison épiscopale se composait à cette époque des deux évêques ci-dessus nommés, et de MM. Chs-Félix Cazeau, Louis Proulx, Frs-Hilaire Belle-Isle et Edmond Langevin. Nous consacrons dans un autre chapitre quelques pages à leur mémoire.

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