CHAPITRE QUATRIÈME
Affaires clés lods et ventes Eemise par séminaire — Jai’din
du curé de Québec Embellissements au presbytère —
Concession par la fabrique — Elargissement de la rue du
Parloir Coût de la construction du palais épiscopal —
Déficit de $32,000.00 Il est comblé par la riche suc¬
cession du curé de Eepentigny.
Le dernier compte payé par Mgr Turgeon pour la construction du palais épiscopal, porte la date du 1er juillet 1854. La maison était alors terminée et elle n’a pas notablement changé depuis. Elle a cent trentesept pieds de longueur avec une largeur de quarantedeux pieds, et de cinquante-quatre pieds au centre. Un belvedère la surmontait avant l’incendie de 1887 ; il fut alors détruit avec une partie du toit.
Cependant les terrains achetés de Madame Baby et de M. Stayner n’avaient pas l’étendue suffisante pour qu on pût y placer les dépendances nécessaires au palais épiscopal, et Mgr Signay dut avoir recours à la générosité des messieurs du séminaire et leur demander une lisière de vingt pieds sur leur jardin. Ces messieurs, obligés de sauvegarder les intérêts de leur maison et voulant
d’un autre côté témoigner de leur respect et de leur dévouement à l’épiscopat, concédèrent, en s’en réservant la propriété, l’usage perpétuel de ce terrain sans exiger aucune redevance ou rente quelconque. Ils donnèrent aussi à l’évêque la permission de construire un chemin couvert conduisant du palais à la cathédrale et de fermer par une grille l’entrée de la rue du Parloir.
L’acquisition des propriétés Baby et Stayner avait donné lieu à l’ouverture des lods et ventes auxquels le séminaire avait droit en sa qualité de seigneur du fief Sault-au-Matelot. La question était assez difficile à régler, à cause du prix énorme que l’évêque avait été obligé de payer pour son achat ; le séminaire pouvait absolument exiger la somme de 34,686.65. On comprend que Mgr Turgeon eût de légitimes répugnances à faire une dépense aussi considérable ; il demanda une réduction et du délai, qu’il obtint de ses vénérables créanciers. L’affaire traîna en longueur jusqu’au 7 de juillet 1851, où les exécuteurs testamentaires de Mgr Signay payèrent en à compte une somme de deux mille piastres. Quant à la balance elle fut définitivement réglée le 18 avril 1868 par un acte passé entre la corporation archiépiscopale (1) et le séminaire, par lequel celui-ci “ déclare que pour bonnes et valables considérations et spécialement par reconnaissance pour les grands services rendus au dit séminaire par feu Mgr
(1) Greffe du notaire E. Lemoine.
l’archevêque Turgeon et par reconnaissance pour le dévouement et les immenses services rendus au dit séminaire de Québec par le dit seigneur archevêque Charles-François Baillargeon, il abandonne et décharge, gratuitement toute la dite balance de onze cent soixante
et onze louis treize chelins et quatre pence, et décharge, par ces présentes, le dit seigneur archevêque et ses successeurs en office de toutes redevances quelconques dues au dit séminaire et créées en vertu des titres d’acquisition ci-dessus cités ”. Cet important document est signé par Mgr Baillargeon, et par MM. M.-E Méthot, supérieur du séminaire, E.-A. Taschereau, 1er assistant, C.-H. Laverdière, 2nd assistant, et Adolphe Legaré, procureur ... (1).
La rue du Parloir, qui, comme on l’a vu, n’était qu’une allée de vingt-cinq pieds de largeur, aurait demandé à entrer dans le jardin du curé de Québec, pour que les voitures pussent commodément circuler devant le palais épiscopal. Mais il paraît par les mémoires du temps que la fabrique n’avait pas du tout 1 envie de sacrifier une partie de son terrain. On représente aussi
(1) Des lettres patentes d’amortissement pour le terrain de l’évêché en faveur de “ The Roman Catholic Bishop of Quebec and his successors ”, furent obtenues du gouvernement le 3 février 1844. Registre N de l’achevêché, page 130.
Le 29 janvier 1845, l’évêque Catholique Romain de Québec, reçut des lettres patentes d’incorporation, l’autorisant à acquérir des biens fonds dont le revenu annuel n’excédât pas £2,000 sterling.
le curé d’alors, M. Baillargeon, comme “sublimement . imperturbable ”, et on avait beau lui décocher des traits, aucun n’arrivait jusqu’à lui. “ Mais le curé de Québec ! écrivait M. Léon Gingras, prêtre du séminaire, mais la fabrique de Québec ! voilà de gros Jean avec qui on ne badine pas ! leur proposer l’offrande d’un sacrifice serait chose inconvenante, ce serait un crime que de leur en parler ; aussi s’en est-on abstenu. Mais qu’en est-il résulté ? c’est que l’archevêque, au moment où je trace ces lignes a encore sous les yeux et à deux pas du beau portique de son beau palais, un mur on ne peut plus messéant, noir, sale, vilain ” ! Mais il y avait d’autres choses à. embellir ou mieux à faire disparaître.
On aura peine à croire qu’à l’endroit où se trouve aujourd’hui la grille qui ferme l’avenue de l’évêché, tout près du presbytère, et ayant un pignon sur la rue Port-Dauphin, il y avait alors une étable à l’usage des animaux domestiques du curé de Québec ! C’était déjà le beau temps de l’industrie laitière 1 “ Si du moins, écrit encore M. Léon Gingras (1), on faisait partir la maussade étable qui s’aperçoit des fenêtres de l’archevêché du côté du presbytère, le mal semblerait encore supportable. L’évêque, du moins, n’aurait pas à souffrir du matin au soir ... des odeurs qui s’en
(1) Lettre à M. J. Marcoux, missionnaire au Sault-Saint- Louis, 16 octobre 1849. L’étable dont il parle se trouvait à vingt-cinq pieds de la façade de l’évêché. Elle était construit© en bois.
exhalent constamment. Mais non, cette dégoûtante demeure d’êtres à deux cornes et sans doute de quelques-, uns aussi à deux grandes oreilles et à cri grognard, est encore là ! ” Hâtons-nous de dire que ce triste édifice n’y resta pas longtemps. On voit qu’en 1850, la fabrique décida de construire une aile en pierre de taille au nord-est du presbytère, pour servir de cuisine, et un nouveau mur jusqu’à la porte cochère du palais épiscopal. La vieille muraille dont parle M. Gingras et qui séparait le terrain du curé d’avec celui de l’évêque, fut aussi rasé en partie à la même époque et surmontée d’une balustrade en bois construite aux frais de l’évêché. On comprend que l’étable ne pouvait subsister plus longtemps au milieu de ces améliorations et l’on dit même que celui qui l’avait fait bâtir (M. Baillargeon dont les goûts rustiques étaient fort prononcés), fut le premier à en demander la destruction. “ Le flot qui l’apporta recule épouvanté ”.
Les choses en restèrent là jusqu’à l’année dernière, 1895 ; à la demande de Mgr Bégin, et grâce à M. le curé Faguy, dont la bienfaisante influence est toujours du côté des idées généreuses et progressives, les marguilliers de la cathédrale ont consenti très volontiers et à l’unanimité à céder une lisière de vingt-cinq pieds pour élargir l’avenue de l’évêché. Le presbytère luimême a bénéficié de cette amélioration, la cuisine extérieure a disparu pour rentrer modestement sous terre où elle n’en existe pas moins, et l’on a profité de la
circonstance pour faire à tout l’édifice une toilette qui lui donne un aspect monastique et classique à la fois, tout à fait digne du distingué titulaire qui l’habite et de ses intelligents et dévoués vicaires. Ajoutez à cela les nouvelles barrières et l’élégante balustrade qui couronne la muraille séparant les deux emplacements, avec une façade d’ordre dorique, du côté du séminaire, et vous aurez l’ensemble des quelques embellissements dont le besoin se faisait sentir et qui ne sont que le complément du monument qui fera l’honneur de l’évêque qui l’a élevé, comme du clergé et des fidèles qui l’ont si généreusement payé (1).
Les souscriptions réunies des communautés religieuses et des paroisses de la ville et de la campagne avaient
donné la somme de . $15,474 43
Le clergé . 9,739 00
Monseigneur Signay . 7,298 00
Monseigneur Turgeon . 400 00
Grand total . . $32,911 43
Les dépenses faites par Mgr Turgeon, de 1844 à 1854, furent de $40,237.00. Il y eut donc un déficit de
(1) Une autre amélioration qui s’impose depuis longtemps, ce serait de faire disparaître tout l’informe et horrible bloc de maisons situées entre l’archevêché et le bureau de poste et de donner ainsi une largeur convenable à la rue Port-Dauphin. On demandait déjà cette réforme en 1834, comme on le voit dans le guide de Hawkins. Les choses ne vont pas vite à Québec 1
$7,325,57. Ajoutons à cela le prix énorme du terrain qui avec les lods et ventes s’élevait à $25,(i00, et l’on arrive à constater que l’évêché actuel a coûté $65,837.00. Différence totale entre les recettes et les dépenses $32,925.57.
Les évêques de Québec avaient été trop généreux et trop charitables pour que la Providence les abandonnât écrasés sous le poids de cette dette (1), et elle suggéra à un riche curé du district de Montréal l’excellente idée de faire son testament en leur faveur. C’était M. Louis- François Parant, curé de Repentigny. Enfant de Québec, où il était né le 4 mars 1778, il avait fait ses études au séminaire de cette ville, et avait reçu l’ordre de la prêtrise le 19 décembre 1807. Il fut successivement vicaire à la Rivière-Ouelle, à Saint- Joseph-de-la-Beauce, aux Trois-Rivières et à Boucherville ; puis missionnaire de 1806 à 1809 à Richibouctou. Alors il desservit la cure de Saint-Henri-de-Mascouche jusqu’en 1831. Enfin après une année de repos, il fut curé de Repentigny jusqu’à sa mort arrivée le 1er juin 1850.
Né dans la même ville et la même année que Mgr Signay, on comprend que, malgré la distance des lieux et des positions, les rapports avaient toujours été assez intimes entre l’évêque et le curé, et celui-ci était toujours fort bien reçu quand il venait au séminaire de
(1) Mgr Panet à lui seul avait donné $32,000.00 pour la construction du séminaire de Nicolet ! Et qui pourrait dire tout ce que donna Mgr Signay ?
Québec. Monseigneur avait mille délicates attentions •pour lui à cause de leur ancienne amitié sans doute, mais aussi à cause des ressources financières du curé de Eepentigny. Plusieurs curés à cette époque avaient de riches revenus, des dîmes abondantes, et Saint-Henri-de- Mascouche et Eepentigny étaient du nombre (1). Il y avait relativement peu de pauvres à secourir, moins de besoins qu’aujourd’hui à soulager, et M. Parant, grâce à son grand esprit d’économie, avait pu réaliser une fortune relativement considérable. Il ne put résister aux engageantes propositions que lui fit l’archevêque de Québec, ' et, par son testament olographe du 10 mars 1847, il le nomma son légataire universel, en lui laissant de beaucoup la plus large part de ses biens. Comme pour mettre le comble à sa générosité, il ne survécirt que trois ans et mourut le 1er juin 1850, à l’âge de 72 ans, quelques mois seulement avant Mgr Signay.
L’inventaire qui fut fait des biens de M. Parant,
(l)Le fait suivant en est la preuve. Depuis que l’évêque de Québec avait un coadjuteur, c’est-à-dire, depuis la conquête, ce coadjuteur recevait pour sa subsistance, le tiers ou une part déterminée sur les revenus d’une des paroisses du diocèse. C’est ainsi que Mgr d’Esglis avait une pension de 300 minots de blé sur la cure de Varennes. Plus tard, ce fut le curé de Mascouche qui eut l’honneur, sinon le plaisir, de partager son revenu avec l’évêque ; et en 1819, on voit qu© M. Parant envoie $1200.00 à Mgr Plessis, ce qui fait un joli tiers de dîme. Saint-Roch-des-Aulnaies fut la dernière paroisse sur laquelle était prélevée la pension du coadjuteur. M. Têtu, l’oncle de l’auteur, s’était engagé par écrit à payera Mgr Turgeon, le tiers de la dîme reçue.
prouva qu’il laissait une fortune de S 7 4,200.00. Par son testament il léguait $13,200,00 au Séminaire de Nicole t, $1,600.00 au Séminaire de Québec, $600.00' aux Sœurs Grises de Saiut-Boniface, $2,300.00 aux demoiselles Defoy, ses nieees, $1,400.00 a sa menagere, $200.00 aux pauvres de la ville de Québec, et $200.00 aux pauvres de Eepentigny et de Mascouche.
Ces legs réunis formaient la somme de $19,500.00. Il donnait ensuite $3,200.00 (prix d’une maison et d’une terre à Pœpentigny) à l’évêque de Québec pour le maintien des missions du diocèse. “ Quant au résidu de mes autres biens, lit-on dans le testament,... je donne et lègue tel résidu à Mgr Joseph Signay ... pour le soutien du nouveau palais épiscopal ”. Or ce résidu s’élevait a la jolie somme de $51,500.00.
M. Parant fut donc l’un des plus grands bienfaiteurs, et, l’on peut dire, la providence de l’évêché de Québec. Son portrait y est conservé et on lui a donné dernièrement une place d’honneur qu’il a richement méritée. Nous sommes heureux de pouvoir rappeler le souvenir de cet homme de bien. Que sa mémoire soit éternelle ! Elle durera plus longtemps que les legs de ce généreux donateur (1).
(1) L'évêché avait aussi hérité en 1848, de madame Marie- Louise Dubois, veuve en premières noces de F.-X. Corneau, et en secondes noces de Joseph Deblois. D’après quelques notes laissées par M. l’abbé Edmond Langevin, cette succès sion, une fois les charges acquittées, avait une valeur de $6,000.