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CHAPITRE CINQUIÈME

Notices sur MM. Harkin, Cazeau, Belle-Isle, Proulx, Lange-

vin, Ferland Les sous-secrétaires — M. Thomas Roy,

pensionnaire Visite de Son Excellence Mgr Bedini. —

Ephémérides Conciles, etc - M. Honoré Lecours -

M. Edouard Bonneau M. Napoléon Laliberté. — Mgr

Bolduc. — Mort de Mgr Turgeon.

Comme nous l’avons vu plus haut, le jour où Mgr Signay prit possession du palais épiscopal, il avait a sa suite, outre son coadjuteur Mgr Turgeon, les abbés Cazeau, Proulx, Belle-Isle et Langevin. Quelques jours après, M. P.-H. Harkin leur fut adjoint, et nommé procureur de l’évêché, aumônier des hôpitaux militaires et desservant de la Pointe-à-Puizeau, plus tard Saint- Colomban-de-Sillery. M. Harkin était né en Irlande, le 26 novembre 1810. Arrivé en Canada à l’âge de six ans, il fit ses études à Nicolet, fut ordonné prêtre en 1838 et nommé vicaire à Saint-Roch-de-Québec, puis missionnaire à Sherbrooke, poste qu’il occupait encore quand il fut appelé au palais épiscopal. Apres la mort de Mgr Power, archevêque de Toronto, en 1848, il fut envoyé pour administrer les affaires temporelles et

spirituelles de la cathédrale de cette ville, et s’en revint reprendre son poste à l’archevêché de Québec, en 1850, après l’intronisation de Mgr Charbonnel. Il s’acquitta de ses fonctions de procureur avec succès et dévouement jusqu’en 1855, où il fut nommé définitivement curé de Sillery, qu’il desservit jusqu’à sa mort arrivée le 29 novembre 1873. Dans son testament, il léguait la somme de cent dollars à la corporation épiscopale.

M. l’abbé Cazeau qui était au service des évêques de Québec depuis Mgr Plessis en 1825, remplissait les fonctions de secrétaire en 1847. Ceux qui l’ont connu, savent quelle était son habileté dans l’expédition des affaires, sa bonté de cœur, sa charité sans bornes, et quels services il a rendus à l’Eglise de Québec. Toujours prêt à payer de sa personne, on le vit le premier à l’œuvre pour soigner les cholériques, recueillir les orphelins du typhus, secourir les victimes des incendies, recevoir avec l’exquise politesse qui le distinguait les nombreux étrangers qui venaient au palais épiscopal, enfin se multiplier pour promouvoir toutes les entreprises généreuses et tous les intérêts religieux. Nous n’entreprendrons pas de raconter ici la vie de cet homme admirable, mais nous l’avons si bien connu que nous tenons à jeter quelques fleurs sur sa tombe vénérée et à rappeler de nouveau une mémoire qui, Dieu merci, est vivante encore dans bien des cœurs: Avec quelle affabilité il nous reçut nous-même, quand, simple et timide ecclésiastique, nous avons franchi pour

la première fois le seuil du palais épiscopal, que depuis nous n’avons pas quitté ! Au reste plus on était petit, plus on était pau,vre, et plus il était aimable et prévenant. Travailleur infatigable, remplissant à lui seul des charges qui semblaient exiger plusieurs titulaires, ayant une correspondance extraordinairement étendue, chargé d’un chapelinat laborieux, oblige de recevoir une foule de visites, quelquefois des riches plus souvent des pauvres, mêlé à une multitude d affaires avec le gouvernement, l’abbé Cazeau était en meme temps un ■ecclésiastique modèle, d’une parfaite régularité, ne manquant jamais à ses exercices de piété, et avec tout cela d’une gaieté de caractère et d’une amabilité de conversation qui faisaient les délices de ceux qui ont eu le bonheur de vivre avec lui. Quant à nous nous déclarons franchement qu’il est difficile de trouver un meilleur prêtre et un homme qui ait autant travaille et travaillé si bien. Depuis sa mort, en 1881, nous ne croyons pas avoir passé un seul jour sans penser à lui. Ï1 était comme l’âme du palais épiscopal, secrétaire des évêques Plessis, Panet et Signay, vicaire général des seigneurs Turgeon, Baillargeon et Taschereau, il était la tradition authentique et vivante de six épiscopats, et la connaissance intime qu’il avait des hommes et des choses de cette période d’un demi-siècle en faisait un véritable trésor d’expérience et de conseil (1).

(1) La vie de Mgr Cazeau se trouve racontée dans “ Souvenir du Jubilé Sacerdotal de Mgr C.-ï. Cazeau en 18S0” et

M. Francois-Hilaire Belle-Isle, l’assistant de M. •Cazeau, au secrétariat, était depuis son entrée dans l’état ecclésiastique en 1828, le secrétaire intime de Mgr Signay, qui l’entourait d’une affection vraiment paternelle et l’honorait de toute sa confiance. D’un extérieur agréable, poli comme son chef de bureau, il était aussi très bien vu des membres du clergé et de tous ceux qui s’adressaient à lui. Cependant, quand Mgr Signay donna sa démission en 1849, l’abbé Belle- Isle quitta le palais qu’il n’avait habité que deux ans, et Mgr Turgeon qui, tout en appréciant ses qualités, ne trouvait plus sa présence nécessaire, le nomma vicaire à Lotbinière, puis à Cacouna et à Saint-Henri, plus tard curé de Sainte-Marguerite, de Sainte-Hénédine et enfin de Beaumont. Curé jusqu’à la fin de sa vie de cette dernière paroisse, il mourut à l’Hôtel-Dieu,le 30 avril 1844, à l’âge de 44 ans. Il était né à Deschambault. Il fut inhumé dans l’église de Beaumont. Quand ses restes furent transportés de l’Hôtel-Dieu, au débarcadère ils furent escortés par Mgr de Tloa, les honorables MM.

dans une autre brochure intitulée “ In memoriam ”. On peut lire dans cette dernière une remarquable notice biographique écrite par l’honorable M. Chauveau, l’un des plus intimes amis de l’illustre défunt. On y voit aussi les lettres et les télégrammes de condoléances adressés de partout et qui prouvent combien Mgr Cazeau était connu et estimé par les personnages les plus éminents de l’étranger comme du Canada.

Taché et Chabot, M. le grand vicaire Gaze au et un grand nombre de prêtres et de laïques.

Les archives de l’archevêché conserveront le nom de l’abbé Belle-Isle, et ceux qui les étudient bénissent sa mémoire, car tous les documents et les cahiers laissés par lui sont marqués au coin de l’ordre, de la méthode, et de la belle et bonne écriture.

Quand M. Louis Proulx entra à l’évêché en 1847, il avait déjà occupé nombre de postes importants dans le diocèse. Ordonné prêtre à Boucherville en 1828, on le voit professeur au collège de Saint-Hyacinthe, directeur pendant quatre ans au collège de Sainte-Anne, curé de Saint-Pierre-les-Becquets et de Saint- Jean-Deschaillons, puis, en 1835, de Saint-Antoine-de-Tilly. Chose assez singulière, il ne se croyait pas à sa place dans le saint ministère qu’il exerçait pourtant si bien. D’une conscience timorée, il crut qu’il vaudrait mieux pour lui vivre au milieu de confrères, et en 1841, il demanda comme une grande faveur à Mgr Signay de lui permettre de quitter sa cure pour aller au séminaire partager les travaux de son ami Cazeau. “ Cette demande, écrivait-il, n’est pas le fruit de l’ambition, mais du désintéressement et du désir de sauver mon âme avec moins de danger.” Logé comme il l’était, l’archevêque ne put se rendre aux vœux de ce digne prêtre ; mais il était entendu que, les circonstances devenant plus favorables, l’abbé Proulx serait appelé auprès de lui. C’est ce qui eut lieu dans l’automne de 1847, où il

quitta sa cure de Saint-Antoine pour entrer à l’évêché, espérant y trouver, dans un travail plus eu rapport avec ses goûts littéraires et ses qualités oratoires, une satisfaction et une paix qu’il n’avait pu trouver ailleurs. Mais il y a des épines jusque dans les palais épiscopaux, et il est certain que M. Proulx s’était fait une peinture trop belle de la vie en commun et du charme des relations ecclésiastiques. Pour bien goûter toutes les douceurs qu’offre la vie chez les autres, il est bon de ne pas avoir connu celles que l’on savoure en vivant chez soi.

L’abbé Proulx n’était pas au bout de ses épreuves, et

la démission de'M. C.-P. Baillargeon en 1850 lui eu

apporta de nouvelles, car la voix publique l’appela de

suite à le remplacer à la cure de Québec. Convaincu

de sa haute capacité, l’archevêque n’eut aucune peine a

se rendre aux désirs des fidèles, et malgré les répugnan-

ces et les humbles représentations du nouveau titulaire, il n’hésita pas à lui confier le soin de la première paroisse du diocèse. Orateur éloquent, il est peu de prédicateurs qui aient eu autant de succès que lui dans la chaire de la cathédrale. Ecrivain, assez correct, M. Proulx publia un grand nombre de lettres dans la presse (1) pour défendre les intérêts religieux du pays. Ses rares talents, unis à une grande tendresse de coeur et à une véritable

(1) Il signait “Marteau” et aussi “ Un ami de la religion ”. Son principal écrit est intitulé “ Défense de la religion et du sacerdoce en réponse à la presse socialiste ”, brochure reproduite du Journal de Québec de février et mars 1850.

piété, faisaient de M. Proulx l’un des membres les plus distingués du clergé de Québec. Cependant les circonstances furent encore défavorables à la tranquillité de son âme trop sensible. Obligé de défendre les intérêts matériels de son église et de lutter contre les syndics de la nouvelle paroisse de Saint-Patrice, il éprouva, au milieu des contrariétés nécessairement inhérentes à ces sortes d’affaires, une telle fatigue et un tel chagrin de tous les jours, comme il le dit lui-même, qu’il en arriva à supplier l’archevêque d’accepter sa démission et de le renvoyer curé à la campagne. C’est ce que le prélat se vit obligé, bien à regret, de faire au 1er octobre 1851, où M. Proulx fut nommé à Sainte-Marie-de-la-Beauce, paroisse qu’il desservit jusqu’à sa mort arrivée le 6 juillet 1871 (1).

Pendant les 'vingt ans qu’il y demeura, entouré de l’amour et de la vénération de ses paroissiens, comme de l’amitié et du respect de ses confrères, il se trouva dans un milieu plus en harmonie avec sa nature et son tempérament, et il put exercer en paix autour de lui l’influence que lui donnaient la variété de ses connaissances et l’éloquence de sa parole.

Pour terminer ces courtes notices sur les premiers

(1) Quatre vicaires généraux et cinquante prêtres venus de partout assistaient à ses funérailles. M. Proulx était vicaire généial depuis 1861. Il aurait sans doute été nommé bien auparavant, n’eût été sa résolution exprimée par lui-même de refuser cet honneur.

hôtes du palais épiscopal, il nous reste à parler de M. l’abbé Edmond Langevin, qui venait d’être ordonné prêtre quand on fît l’inauguration solennelle de l’évêché en 1847. Il fut successivement sous-secrétaire, assistant-secrétaire en 1849, et secrétaire en 1850. Après le départ de M. Harkin, en 1855, il le remplaça à la procure en même temps qu’il continuait de gérer les affaires du secrétariat. M. Langevin a été, toute sa vie, pieux, charitable, pauvre volontaire et ami des pauvres. Il s’est littéralement donné et dépensé au service des évêques et de toutes les œuvres qu’ils lui confièrent, et l’on ne saurait exagérer la somme de travail qu’il s’imposait de lui-même, travaillant toute la journée et sans relâche, et prolongeant ses écritures très tard dans la nuit, souvent sans avoir pris aucune recréation.

Il semblait avoir fait vœu de ne jamais se reposer. C’est lui qui fut le secrétaire de tous les conciles de Québec jusqu’au VIIe inclusivement ; chapelain pendant plusieurs années des Sœurs de la Charité, il fut aussi le premier chapelain des conférences de Saint- Vincent-de-Paul et de l’Ecole du Patronage. On sait qu’il ne quitta l’évêché de Québec que pour accompagner son frère Mgr Langevin à l’évêché de Rimouski, où il montra le même zèle et pratiqua les mêmes vertus. Très poli, il était un peu grave et distant, et n’avait pas cette aimable aisance " de manières ” que l’on remarquait chez les abbés Cazeau et Belle-lsle. Comme ce dernier, il avait une très belle écriture, que le premier

aurait pu lui envier à bon droit, car on sait que l’abbé Gazeau n’eut jamais le prix de calligraphie. M. Langevin a publié un seul ouvrage, une vie de Mgr de Laval, qui renferme bien des documents mais qui n’a rien ajouté à sa gloire. Le prêtre valait mieux que l’écrivain ;

l’œuvre de celui-ci peut périr, les œuvres de celui-là sont immortelles !

1848. — Mgr Signay est frappé de paralysie.

1849. — Il confie l’administration du diocèse à Mgr Turgeon.

1850. — Mgr de Sidyme, administrateur du diocèse, appelle à l’archevêché l’un des hommes les plus remarquables du clergé canadien, l’abbé Ferla nd. Nommé membre du conseil épiscopal et aumônier de la garnison, ce prêtre savant et vertueux s’occupa, comme on le sait, de travaux historiques qui font sa gloire en même temps que l’honneur du clergé. Né à Montréal le 25 décembre 1805, M. Ferland fut ordonné prêtre le 14 septembre 1828. Vicaire à la cathédrale, à la Kivière-du-Loup et à Saint-Eoch-de-Québec ; curé de Saint-Isidore, de Sairite-Foye, de Sainte-Anne et de Saint-Ferréol ; préfet des études puis supérieur à Nicolet ; deux fois missionnaire à la Grosse-Ile en 1847, pour porter les secours religieux aux victimes du typhus : tels furent les différents postes occupés par M. Ferland avant son entrée au palais épiscopal. Il visita, à deux reprises, le Labrador et l’Ile d’Anticosti, passa une année à Paris pour y recueillir des documents pour son histoire du Canada,

et fut pendant plusieurs années professeur et doyen de la faculté des arts à l’Université Laval. Voici la liste de ses ouvrages : Observations sur une histoire du Canada par l’abbé Brasseur ; Notes sur les registres de Notre-Dame-de-Québec ; Voyage au Labrador; Journal d’un voyage à la côte de Gaspé ; Vie de Mgr Plessis ; et Cours d’Histoire du Canada.

« Si un autre écrivain avant lui a écrit notre histoire, il a su, de son côté, rectifier un grand nombre de dates, débrouiller avec art nos origines confuses, jeter la lumière sur une foule de faits mal accuses, et mettre en relief plusieurs figures présentées sous un faux jour Prêtre et catholique avant tout, il était merveilleusement préparé à rendre aux commencements de notre épopée, ce caractère religieux qu’on ne peut pas méconnaître, sans fausser la vérité (1) ”. On peut dire que M. Ferland savait parfaitement l’anglais et le français, et il écrivait très bien dans les deux langues. On pourra reprocher à son Histoire du Canada d’avoir un peu le ton monotone et sans vie des annales et des mémoires. Ses qualités d’écrivain brillent d’un bien plus vif éclat dans les monographies qu’il a publiées, et en particulier dans la Vie de Mgr Plessis, qui est sans contredit un modèle du genre. Il est à regretter que les préjugés du temps l’aient engagé à taire un certain nombre de

( 1 ) Ces lignes sont tirées d’une remarquable notice biographique publiée dans le Courrier du Canada du 13 janvier

faits saillants qui appartiennent de droit à l’histoire et que l’on devrait trouver dans cette notice d’ailleurs si admirable.

M. Ferland mourut le 11 janvier 1865. Ses funérailles furent d’une rare solennité. Un détachement considérable des troupes de la. garnison accompagnait le convoi funèbre, avec la musique militaire du régiment. Mgr B ail large on fit l’éloge du défunt.

1850. — Mort de Mgr Signav à l’âge de 71 ans et 11 mois, le 3 octobre, à l’évêché. Funérailles le 7. Oraison funèbre par M. l’abbé Taschereau, aujourd’hui cardinal. Mgr Tuîgeon prend possession du siège épiscopal.

1851. — Mgr Baillargeon, qui avait été consacré à Borne, évêque de Tloa, arriva à Québec le 1er juin et prit ses appartements à l’évêché.

Le 1er août de la même année, s’ouvrit le premier concile provincial, et six évêques avec leurs théologiens reçurent l’hospitalité au palais épiscopal. L’abbé Pierre Sax, jeune prêtre de grands talents, que Mgr Baillargeon avait ramené de Borne, travailla au secrétariat pendant le concile. Mais il n’y resta que quelques semaines et fut envoyé missionnaire à Laval. Il y eut ainsi jusqu’à ces dernières années, employés au même bureau, des ecclésiastiques du séminaire qui, après leur travail et leurs repas, s’en retournaient pour suivre les cours de théologie.

Tels: M. Edouard Bonneau en 1849, M. Léandre Hamelin qui entra la même année pour partir en 1851 avec Mgr Cooke et devenir le premier secrétaire du premier évêque des Trois-Rivières, M. Dominique Racine, le futur évêque de Chicoutimi, qui demeura deux ans à l’évêché, et M. François-Olivier Thibaudeau, qui fut sous-secrétaire de 1851 à 1853, et mourut diacre, à l’Hôpital-Général, le 28 juin 1853. Il fut l’un des plus brillants comme des plus pieux élèves du Séminaire de Québec. Nous lisons dans la notice nécrologique que lui consacra L’Abeille , qu’il avait été le premier rédacteur de cet excellent journal.

1851, octobre. — Arrivée à l’évêché de M. Thomas Roy, nommé chapelain et confesseur des Sœurs de la Charité. Il fut pensionnaire, pendant douze ans, au palais épiscopal, sans faire partie du personnel de la maison. Après avoir été successivement vicaire à Saint-Charles et à Ivamouraska, puis curé de Sainte- Ursule, pour être de nouveau vicaire à Saint-Roch-des- Aulnaies, ce digne prêtre, effrayé de la responsabilité du ministère paroissial, avait obtenu de l’évêque d’en être déchargé. 11 se faisait remarquer par une grande douceur de caractère. D’une conscience trop timorée, et d’une santé chancelante, il ne fut pas longtemps confesseur des religieuses et fut remplacé temporairement dans cette charge, en 1853, par M. A. Parant, supérieur du séminaire, puis définitivement par le

E. 1J. Sneider, S. J. M. Eoy ne demeura à l’hospice des Sœurs que les deux ou trois semaines de sa dernière maladie, qui le conduisit au tombeau le 31 juillet 1863. Il était âgé de cinquante ans.

M. Eoy, comme nous venons de le dire, était la douceur même. 11 lui arriva cependant un jour de mécontenter fortement l’évêque de Montréal et de créer toute une sensation dans le monde ecclésiastique. Mgr Bourget était un partisan déclaré et énergique des •cérémonies romaines poussées jusque dans les plus petits détails, et il avait à cœur de les introduire avec toute leur perfection non seulement à Montréal mais dans toute la province. Comme il avait remarqué pendant son séjour à Eome que l’on restait assis à la messe solennelle au chant de Y Incarnatus est du Credo, il avait prescrit aux fidèles de son diocèse d’en faire autant et de ne pas se mettre à genoux. Or M. Eoy, qui rédigeait YOrdo, c’est-à-dire le calendrier à l’usage des prêtres des deux diocèses, av%it trouvé un décret tout récent à ce sujet et il crut qu’il ferait bien d’en agrémenter sa petite brochure, pour l’information et la consolation de ses confrères de Québec, qui, pour se conformer à une coutume séculaire, continuaient de s’agenouiller comme de simples mortels à Y Incarnatus du Credo. Ce décret disait purement et simplement qu’il fallait se mettre à genoux, à moins d’une coutume contraire ! Et ce

décret venait de Rome, de la Sacrée Congrégation des Pâtes (1) !

L’évêque de Montréal répondit dans le cours d’une longue ordonnance sur la liturgie, que les usages approuvés dans son diocèse étaient ceux de la sainte Eglise romaine. “ Les particuliers, dit-il, n’ont rien à changer de leur chef à la discipline, sous prétexte que l’on aurait trouvé un décret qui semblerait favoriser une pratique contraire à l’ordre établi dans ce diocèse Cet incident fut cause que depuis lors Montréal eut un orclo spécial, Québec restant avec le sien. Mais il ne faudrait pas croire que le vénérable prélat s’occupât uniquement de rubriques et de génuflexions, ce serait injustement méconnaître son caractère et ses œuvres.

“ Il aimait les cérémonies du culte ! lisons-nous dans un excellent ouvrage récemment publié, et veillait avec soin à leur pureté. De chacun de ses voyages à Rome, où il étudiait sur place les rubriques, il rapportait des observations qu’il s’empressait 'de transmettre à son clergé. Mais la liturgie n’absorbait pas son zèle épiscopal. Il savait qu’un évêque n’est pas un simple maître

(1) Ufcrum in casu (scilicet in missa solemni, dum eantantur verba Et Incarnatus est, etc.,) ab omnibus qui sunt in choro sedendum, etiamsi non sint canonici, sed simplices sacerdotes superpelliceo et cotta induti ?

Resp. S. R. C. post diligens examen : ab iis qui non sunt canonici négative, nisi adsit contraria consuetudo. 31 Julii

de cérémonies, qu’il est pasteur et docteur, qu’il lui faut par conséquent enseigner et conduire (1)

Son Excellence Mgr Bedini, archevêque de Tlièbes et Nonce apostolique au Brésil, arrive à Québec, accompagné de Mgr Hughes, archevêque de New-York, et de Mgr Larocque, coadjuteur de l’évêque de Montréal. Ces éminents personnages demeurent trois jours au palais épiscopal. Chargé d’une mission spéciale auprès du Président des Etats-Unis, Mgr Bedini venait au Canada comme simple visiteur. Les circonstances ne pouvaient être plus favorables ; presque tous les prêtres du diocèse se trouvaient réunis dans la ville épiscopale pour la retraite annuelle, et le lendemain de son arrivée, 25 août, Mgr le Nonce présida à la clôture, dans la cathédrale, où eut lieu l’imposante cérémonie de la rénovation des promesses cléricales.

Le vingt-six, il y eut réception au salon de l’archevêché, et un grand nombre de citoyens allèrent présenter leurs hommages au digne représentant du Saint- Siège. “ A côté de Mgr Bedini, lit-on dans le Courrier du Canada, on remarquait Mgr Hughes, Mgr l’archevêque de Québec, Mgr Larocque, Mgr Cooke des Trois- Bivières, M. Bilodèle, V. G., supérieur du Séminaire de Montréal, M. le grand - vicaire Cazeau, M. Saint-

(1) Mère Marie-Rose, fondatrice de la congrégation des SS. Noms de Jésus et de Marie au Canada par Fidelis, Montréal, 1895.

Germain et un grand nombre de prêtres des quatre diocèses de Québec, des Trois-Rivières, de Montréal et de Saint-Hyacintlie. Après la présentation des citoyens, Mgr Bedini fit un petit discours, et dit qu’il était extrêmement flatté de la réception qu’on lui faisait à Québec ; que rien ne l’avait touché davantage, que de trouver à une si grande distance au delà des mers, un peuple vraiment catholique, des moeurs et des habitudes catholiques; que c’était pour lui une grande consolation et la cause d’une joie véritable, de voiries principaux citoyens de cette ville réunis, et de leur exprimer combien il était reconnaissant des attentions qu’on lui portait, malgré son indignité ; que c’était avec une sorte d’orgueil qu’il se voyait le premier représentant du Saint-Siège qui eût visité le Canada ; qu’il en ressentait une grande satisfaction et ne perdrait jamais le souvenir des spectacles qui s’étaient présentés à ses yeux ; qu’il se rappellerait toujours cette réunion de pasteurs et du peuple fidèle autour de leur digne chef, et que cette couronne était bien due à un prélat aussi vénérable que celui qui lui donnait l’hospitalité ... Parlèrent ensuite dans l’ordre suivant : Mgr l’archevêque, M. Cauchon, le nonce, M. Cauchon et Mgr Hughes ”.

Le même soir, Son Excellence quittait Québec pour Montréal, accompagné des prélats qui l’avaient suivi, ainsi que de Mgr Baillargeon et de M. Léon Gingras, du séminaire.

M. Ellison prit au daguerréotype le portrait du distingué visiteur, et on le fit reproduire sur la toile par M. Théo. Hamel, pour lui donner au palais épiscopal une place d’honneur qu’il occupe encore aujourd’hui.

Mgr Bedini ne fut pas reçu avec la même politesse et le même respect dans les villes des Etats-Unis. A Cincinnati, il fut indignement insulté et même on put croire que ses jours étaient en danger, à ce point qu’il se vit obligé de quitter secrètement le pays pour échapper aux menées des ennemis delà religion (1).

Justement indignés à cette triste nouvelle, le clergé et les citoyens de Québec adressèrent une lettre de sympathie et de protestation à l’énrinent archevêque qui les avait honorés de sa visite et qui les avait charmés par ses aimables discours. Le nonce fut très touché de cette démarche, et il y fit une longue et intéressante réponse qui se trouve reproduite dans le Journal de Québec du 7 décembre 1854.

1854, 26 janvier. — Les membres du Clergé de la ville se réunissent au palais épiscopal pour la première conférence ecclésiastique tenue depuis la conquête.

(1) Lettre de Mgr Baillargeon à Mgr Bedini, 21 février 1854. On accusait le nonce d’avoir été, en 1848, un des oppresseurs et des bourreaux de l’Italie. Cinq cents allemands fanatisés par Gavazzi se rendirent à la demeure de l’archevêque qui donnait l’hospitalité à Mgr Bedini. La police gardait le palais, et elle fit une sortie qui fut suivie d’une mêlée générale ; “ des coups de feu furent tirés et la foule se dissipa en laissant douze blessés sur la place. Un d’entre eux mourut deux jours après.” L'Abeille du 15 janvier 1854.

28 mai. — Ouverture du deuxième concile, neuf évêques et vingt-quatre théologiens.

1855, 19 février. — Mgr Turgeon est frappé de paralysie dans l’église de Saint- Jean-Baptiste, et le 11 avril suivant, il confie à Mgr de Tloa l’administration du diocèse. Deux Sœurs de Charité venaient tous les jours donner leurs soins intelligents et dévoués à l’auguste malade qui, incapable de tout travail, ne fit que languir pendant les douze années qu’il vécut encore.

Septembre. — Première retraite ecclésiastique au palais épiscopal pour les vicaires du diocèse. J usque-là il n’y avait qu’une seule retraite pour tous les prêtres, et depuis 1841, elle se donnait, chaque année, au séminaire. A partir de 1855, il y eut toujours deux retraites, l’une pour les curés qui se faisait au séminaire, l’autre à l’archevêché pour les vicaires, et cela jusqu’en 1886 exclusivement. Le palais épiscopal ne pouvant plus alors contenir le nombre toujours croissant des jeunes prêtres, il fut décidé que ces exercices spirituels se donneraient à l’avenir au séminaire et pour les curés et pour les vicaires.

1856. — Monsieur l’abbé Honoré Lecours, ecclésiastique, est nommé assistant-secrétaire. Fait prêtre en 1859, il fut définitivement attaché à l’évêché en qualité d’aumônier, et il rendit de grands services par ses remarquables talents, sa grande bonté de cœur et son aimable caractère. Plusieurs confrères qui l’ont bien connu nous ont rendu de lui ce beau témoignage.

Quand il mourut en 1866, à l’âge de 30 ans seulement, après avoir passé dix ans à l’évêché, ce fut un deuil général, non pas seulement au palais épiscopal où il était singulièrement estimé et aimé par son évêque et par ses confrères, mais encore dans tout le diocèse dont il était l’espérance et l’honneur.

1859. — De 1859 à 1861, Monsieur l’abbé L.-H. Pâquet, ecclésiastique, remplit les fonctions de soussecrétaire et en 1860 accompagna l’évêque à la visite épiscopale. Ordonné prêtre en 1862, on sait qu’il alla passer trois ans à Rome, pour revenir docteur en théologie, enseigner au grand séminaire de Québec. Sorti de cette maison, l’année dernière, il est devenu pensionnaire à l’archevêché, et chapelain des Sœurs Franciscaines de la Grande-Allée.

Quand il quitta le palais épiscopal, au mois de mai, 1861, M. Pâquet eut pour successeur l’abbé Luc Rouleau, ecclésiastique, aujourd’hui chanoine et curé de la cathédrale de Rimouski. Pour se rendre aux pressantes sollicitations de son chef de bureau, l’abbé Edmond Langevin, il abandonna cette position, en septembre de la même année, pour aller assistant-principal à l’Ecole normale dirigée alors par M. Jean Langevin, le futur évêque de Rimouski.

Ensuite vient comme sous-secrétaire, l’abbé François Gagné de 1861 à 1862. Il alla vicaire dans différentes paroisses, curé de Saint-Dominique-du-Saguenay, missionnaire du Mont-Louis, et curé de Cascapédiac. M.

Gagné est mort le 24 avril 1881. Il était petit-cousin •de Mgr Baillargeon. Il fut remplacé au secrétariat par M. Joseph-Etienne Martin, qui fut ordonné prêtre le 20 décembre 1862 et demeura deux ans à l’archevêché, 1862-1864.

Comme il est actuellement curé de Saint-Frédéric et qu’il est, giâce à Dieu, plein de vie et de santé, il nous pardonnera facilement si nous ne faisons pas ici son oraison funèbre. Nous demandons la même faveur à tous ceux que nous avons déjà nommés ou que nous nommerons dans la suite, et qui sont dans les mêmes conditions que cet excellent et aimable confrère.

De ce nombre se trouve l’abbé Auguste Gosselin, l’auteur si avantageusement connu de la Vie cle Mgr de Laval et de plusieurs autres ouvrages historiques importants. Ce monsieur entra à l’archevêché le 4 octobre 1863, très jeune, n’étant pas encore tonsuré, et il reçut ses lettres d’assistant-secrétaire en 1866, et de secrétaire en 1867. L’année suivante, il fut nommé vicaire à la cathédrale. Après avoir desservi les paroisses de Sainte-Jeanne et de Saint-Ferréol, M. Gosselin, pour se rendre aux désirs de Mgr l’archevêque administrateur, a abandonné l’exercice du saint ministère et consacre son temps à l’Histoire de l’Eglise du Canada.

Pour ne pas sortir du secrétariat, disons de suite que M. l’abbé Anselme Boucher, ecclésiastique, aujourd’hui curé de la Pointe-aux-Trembles, y travailla quelques mois seulement, de décembre 1864 à mai 1865, où il

fut remplacé par M. l’abbé. Cyriac Bérubé, qui à son tour céda la place, le 15 juillet 1866, à son confrère M. Louis Joseph Gagnon. M. Bérubé est maintenant curé de Saiut-Victor-de-Tring. Quant à M. Gagnon, ordonné prêtre le 7 de mars 1 868, il continua de faire partie du personnel de l’évêché jusqu’au mois d’octobre suivant. Il est actuellement curé de la Sainte-Famille, Iled’Orléans. A la belle fête de ses noces d’argent de prêtrise, célébrées il y a trois ans, il a été prouvé à la satisfaction générale qu’il était l’ami de Dieu et du peuple et qu’il avait toujours mérité et conquis l’amitié des évêques et de ses confrères.

Mentionnons comme les principaux événements qui doivent trouver ici leur place : en 1860, la réunion au palais épiscopal des évêques de la province au nombre de huit, à l’occasion de la visite de Son Altesse le Prince de Galles; en 1862 le voyage de Mgr Baillargeon à Borne, pour la canonisation des vingt-six martyrs du Japon, et en 1863, la tenue du troisième concile provincial, auquel prirent part dix évêques et vingt- trois théologiens.

1865. — La mort de l’abbé Ferland arrivée le 11 janvier rendit vacant le poste important et difficile de l’aumônerie militaire. Mgr Baillargeon jeta les yeux pour le remplir sur l’abbé Edouard Bonneau, qui, comme nous l’avons vu, avait déjà passé quelque temps à l’évêché pendant son grand séminaire, et qui était actuellement curé à Saint-Laurent, Ile-d’Orléans. On ne

pouvait faire un meilleur choix. D’uue vertu ('.prouvée, "remarquable par sa bonne éducation, son exquise politesse et ses belles manières, sachant parfaitement l’anglais, M. Bonneau ne manqua pas de s’attirer l’estime et la confiance de tous les militaires, officiers et soldats, de la garnison de Québec.

Comme son prédécesseur, il demeurait au palais épiscopal, qu’il ne quitta qu’en 1874 pour aller résider chez les Sœurs de Charité, dont il était le chapelain depuis 1870, année du départ définitif des troupes anglaises. Nous avons très bien connu M. Bonneau, ayant demeuré quatre ans avec lui, et nous pouvons dire en toute vérité que c’était un prêtre selon le cœur de Dieu, un homme d’exemple, un confrère toujours bon et toujours aimable. Son ministère était très fructueux, tant auprès des soldats qu’auprès des religieuses ; les protestants euxmêmes subirent l’influence de sa vertu et de ses prières, car un grand nombre d’entre eux abjurèrent entre ses mains et reçurent de lui l’instruction religieuse et les sacrements de la véritable Eglise.

Sa mort arrivée le 19 février 1888, fut douce et sainte comme sa vie (1).

M. Damase Matte, prêtre depuis six ans, entra à l’évêché quelques mois après M. Bonneau, et fut nommé assistant-secrétaire. Il revenait du collège de Kingston,

(1) M. l’abbé T.-Gr. Rouleau, principal de l’Ecole Normale, a publié une notice biographique sur M. Bonneau.

où il avait été professeur; il ne demeura qu’un an auprès de l’évêque de Québec; et, en 1866, il prit la cure de Somerset, qu’il dessert encore aujourd’hui.

1866. — Comme nous l’avons vu plus haut, M. Lecours, qui mourut en 1866, était assistant-secrétaire et aumônier. Comme le titre d’aumônier a souvent diverses significations, disons qu’ici celui qui a cette charge s’occupe des aumônes et de toutes les œuvres de charité diocésaine. C’est lui qui doit recevoir et secourir les pauvres, donner l’hospitalité aux étrangers, tenir les comptes des componendes pour le3 dispenses de mariage, du denier de Saint-Pierre, de la Propagation de la foi et de toutes les autres collectes ; il doit voir au soutien des pauvres missions et des missionnaires du diocèse ; et de plus il est de droit et de fait chapelain des conférences de la société de Saint-Vincent de Paul. Ce sont ces importantes fonctions que M. l’abbé Antoine Gauvreau fut appelé à remplir en 1866. On pourrait ajouter qu’il était aussi maître des cérémonies et qu’il fonda l’institution si utile des écoles du soir, dont il fut pendant quatre ans le zélé et infatigable directeur. Mais comme nous avons promis de ne pas louer les vivants et qu’il serait difficile d’énumérer toutes les œuvres que M. Gauvreau a accomplies pendant son séjour de quatre ans à l’archevêché, disons qu’il partit en 1870 pour aller curé de Saint-Nicolas, plus tard à la Bonne-Sainte- Anne, à Saint-Rom uald, à Lévis, puis enfin à Saint-Roch-de-Québec, où il est en frais de faire

trois ou quatre paroisses au dépens de la sieune. M. l’abbé Charles Baillargeou, aujourd’hui curé de Saint- Pascal, fut le contemporain de M. Gauvreau à l’évêché et il travailla le même nombre d’années. En juin 1866, n’étant encore qu’acolyte, il accompagna, à la visite épiscopale, Mgr Baillargeon, dont il était le neveu ; et au retour l’évêque l’attacha définitivement à sa maison. Assistant-secrétaire d’abord, il fut ensuite secrétaire de 1863 à 1870, et partit en septembre pour le saint ministère.

1867, 1er mai. — Consécration épiscopale de Mgr Jean Lange vin, dans la cathédrale. On rappelle que le même jour, neuf ans auparavant, Mgr Horan avait été sacré à Saint-Patrice, et que tous deux partaient de l’Ecole normale Laval, dont ils avaient la direction.

L’érection du diocèse de Bimouski occasionna le départ de M. l’abbé Edmond Langevin, secrétaire de l’archevêché depuis 1850, et procureur depuis 1855. M. l’abbé Auguste Gosselin le remplaça au secrétariat et M. l’abbé J. -B. -Z. Bolduc à la procure. Ce dernier a été l’un des hommes les plus connus et les plus estimés de la ville de Québec. Quand il entra au palais épiscopal, il avait le prestige du missionnaire, car à peine ordonné prêtre en 1841, il était parti pour les missions lointaines de la Colombie où il séjourna jusqu’en 1850.

Il a raconté son long voyage de six mois, autour de l’Amérique du Sud, et ses travaux, ses fatigues dans des

récits aussi intéressants qu’édifiants, et qui sont publiés dans les “ Rapports des Missions du diocèse de Québec ”. Doué d’un excellent jugement, et d’un rare esprit pratique, en même temps que d’une piété et d’un zèle bien prouvés par ce départ héroïque le lendemain de son ordination, M. Bolduc fit un missionnaire hors ligne ; et dans les neuf années de son laborieux ministère au milieu des Indiens, ses travaux furent visiblement bénis de Dieu. De retour à Québec, il fut bientôt nommé vicaire à Saint-Roch, et il était en même temps chapelain de l’Hôpital de la Marine, puis de l’Asile des Aliénés. Il remplit cette dernière charge jusqu’à sa mort.

En 1867, à tort ou à raison, on crut que les finances de la mense épiscopale étaient dans un état voisin de la

ruine.

Quand un pareil malheur arrive à une maison, c’est une louable coutume de jeter le blâme sur le procureur, et il nous siérait mal de le trouver mauvais. Mais il faut aussi tenir compte des circonstances et se demander si le supérieur de la maison ou l’évêque ne doit pas quelquefois porter la plus grande responsabilité du désastre. Or en 1867, comme le procureur de l’archevêché était M. Langevin, c’est naturellement sur son dos que devaient porter les coups ; il n’est que juste de dire que ce monsieur avait certainement trop de besogne, à faire à la fois et qu’il lui aurait fallu une capacité peu ordinaire pour bien s’acquitter de chacune.

De plus, le charitable Mgr Baillargeon, qui n’avait rien à faire avec les recettes, faisait beaucoup pour les dépenses ; et comme il ne se rendit pas’ suffisamment compte des affaires, il doit avoir été pour une très large part dans la situation précaire des finances épiscopales. Il en fut de même du reste pour le collège de Sainte-Anne, où le prélat laissait l'administration entre les mains d’un homme qui menait rapidement et sûrement cette maison à la ruine. Quoi qu’il en soit, le fait n’en était pas moins regrettable.

Pour ce qui est de l’évêché, après avoir étudié l’affaire, nous en sommes venu à la conclusion que la situation n’était pas aussi dangereuse qu’on le pensa d’abord. Et dans les comptes laissés par M. Langevin, nous avons eu le plaisir de constater que les recettes étaient en général assez fortes pour supporter les dépenses. C’est ce que ne manqua pas de voir lui-même M. l’abbé Bolduc, qui fut appelé dans ces circonstances difficiles pour estimer la gravité du mal et y apporter les remèdes convenables.

Il se mit en peu de temps au courant des affaires, et à la retraite ecclésiastique l’état de compte qu’il présenta, montra la nécessité d’une nouvelle souscription du clergé pour que la barque épiscopale pût être remise à flot. Mgr Baillargeon en fit lui-même, en termes bien touchants, la demande à ses prêtres, qui comme toujours se montrèrent d’une générosité vraiment admirable.

Voici la résolution qu’ils passèrent à cet effet : " Le 2T août 1867, nous soussignés curés, vicaires, missionnaires et autres prêtres de l’archidiocèse de Québec, réunis en retraite au séminaire diocésain, vu l’exposé fait par Mgr Chs-Frs. Baillargeon, archevêque de Québec, de l’état déplorable des finances de l’archevêché, et prenant en considération la demande à nous faite par Sa Grandeur, d’un secours effectif du clergé pour l’aider à acquitter ses dettes, nous nous engageons par amour ou par reconnaissance, à payer annuellement, dans le mois d’août, à lui ou à ses successeurs, pendant six ans consécutifs, la vingtième partie de nos revenus ecclésiastiques, y compris le casuel, jusqu’au montant total de six mille louis, conjointement avec les communautés de la ville ; à moins que ce montant ne soit complété avant l’expiration des six années

Pendant les trois années qui suivirent, les souscripteurs payèrent la somme totale de $11,895.57. Elle fut trouvée suffisante ; et à la retraite de 1870, Mgr Baillargeon décida, en remerciant le clergé, qu’il n’y aurait plus de versements à faire et que le sacrifice avait été assez grand et la dette suffisamment diminuée.

Cette dette était en 1867 de $50,512.20 et en 1870,. grâce à la bonne administration de M. Bolduc, elle n’était plus que de $20,025.00.

Des remboursements considérables faits par des syndics de la Kivière-du-Loup, contribuèrent aussi pour une

large part à cet heureux résultat ; car la construction de l’église de cette paroisse figurait avec avantage dans le compte des dettes épiscopales. Et ce fut, nous en sommes convaincu, la principale, sinon l’uniqne cause du déficit dans les comptes de l’évêché. Il est facile de voir que dans une affaire de ce genre, s’il y a faute, ce n’est pas au procureur qu’il faut s’en prendre, mais à l’extravagant curé et à l’évêque qui lui permet les extravagances.

Le nouveau procureur était évidemment un homme d’affaires dans toute la force du terme, et nous pouvons en témoigner avec, connaissance de cause, nous qui avons eu l’honneur et la charge de lui succéder et qui avons trouvé ses comptes si bien tenus et toutes les affaires de l’évêché dans un ordre si parfait.

Nous avons parlé plus haut du collège de Sainte- Anne, dont l’existence même se trouva en péril. M. Bolduc fut l’un de ses amis les plus sincères et les plus efficaces, il fut l’âme du comité de secours ; et par les souscriptions abondantes qu’il sut obtenir et par son invincible persévérance à soutenir qu’il fallait à tout prix sauver cette institution, il assura le succès de la généreuse entreprise, et mérita à jamais la reconnaissance du clergé et surtout des élèves de Sainte- Anne.

M. Bolduc était généreux et charitable ; il protégeait un grand nombre d’orphelins et secourait bien des familles pauvres. D’une tournure d’esprit et de manières

K. Le CARDINAL TASCHEREAU, 2 Mgr RÉGIN, 3 Mgr SIGNAY, 4 M. ER. BONNEAU, r, Mgr C. F. FAILLARGEON, t, M. HARKIN, 7 Mgr TURGEON, 8 Mgr CAZEAU.

originales, doué d’une mémoire extraordinaire (1), il avait une conversation des plus intéressantes et des plus instructives, surtout quand on lui faisait raconter les mille incidents de ses voyages et de ses missions. C’était un véritable plaisir pour lui que de rendre service ; aussi gérait-il les affaires d’une foule de personnes qui s’adressaient à lui pour des achats, des emprunts ou des placements d’argent. A sa besogne assez considérable de tous les jours, jointe à son laborieux chapelinat de l’asile des aliénés, il ajoutait encore la tenue d’un magasin de livres et d’ornements d’églises qu’il avait dans son bureau du palais épiscopal. Si ce genre d’affaires ne fut guère goûté des libraires de la ville, il rendit de très grands services au clergé du diocèse; et si l’on trouve aujourd’hui tant et de si bons livres dans les bibliothèques des presbytères, c’est en grande partie à Mgr Bolduc qu’est dû cet heureux résultat. On se demande comment il pouvait voir à tout. Mais il ne dormait presque pas ; trois à quatre heures de sommeil lui suffisaient ; il se levait presque toujours à trois heures du matin, pour se coucher assez tard le soir. On comprend qu’il y a place pour bien du travail

(1) Il avait conservé tous ses souvenirs classiques, pouvant réciter au besoin des odes d’Horace, etc. Mais ce qui nous a paru plus remarquable, c’est que jusqu’à la fin de sa vie, il se rappelait encore tous les mots du dialecte des Chenouks qu’il avait autrefois évangélisés, langue qu’il parlait avec une grande perfection d’accent et une agréable facilité.

dans des jours aussi longs que ceux-là. Il en donnait une large part à ses exercices de piété, auxquels il ne manquait jamais ; et on peut donner une idée de sa dévotion en disant que tous les jours il employait au moins une demi-heure à faire le chemin de la croix. Quel exemple pour les jeunes prêtres de la maison 1 L’abbé Bolduc était très au courant de toutes les affaires ecclésiastiques, et il est sûr qu’il avait une grande influence sur celles du Canada, grâce à sou active et intelligente correspondance avec ses amis de Rome. Ajoutons, pour achever l’esquisse de ce portrait et pour faire ressortir davantage les traits de cette figure typique, que les manières d’agir de M. Bolduc ne plaisaient pas à tout le monde : une certaine gêne dissimulée sous une enveloppe un peu rude l’empêchait d’être vu avec toutes les qualités qui le distinguaient, et dont jouissaient ceux qui comme nous ont vécu dans son intimité et dans son amitié. Mgr Bolduc est mort au palais épiscopal le 8 mai 1889, après deux jours de maladie seulement. Il était prélat de la maison de Sa Sainteté. Le cardinal Taschereau fit son oraison f unèbre ; ce fut le dernier discours prononcé dans la cathédrale par Son Eminence.

1867, 25 août. — Mort de Mgr Turgeon. Funérailles le 28. Oraison funèbre par M. l’abbé Benjamin Paquet. Dans l’après-midi du même jour, Mgr Baillargeon prend possession du siège épiscopal.

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