CHAPITRE TROISIÈME
Mgr de Mornay — Difficultés avec l’Hôpital-Général Arrêt
du Conseil d’Etat. — Mgr Dosquet. — Réparations du
palais - Difficultés avec le gouverneur et l’intendant
Vente d’un emplacement Maison des Carpentier
Villa Samos Mgr de Lauberivière Mgr dePontbriand.
— Réparations au palais Hospitalité de l’évêque
Siège de Québec Destruction partielle du palais épis¬
copal.
Mgr de Saint-Vallier avait légué son palais épiscopal à ses successeurs sur le siège de Québec.
Après la mort du prélat, en 1727, Mgr de Mornay, son coadjuteur, qui demeurait en France et qui ne put jamais se décider à traverser la mer, devint évêque de Québec et fit prendre possession de son siège et de son évêché par M. Eustache Chartier de Lotbinière, archidiacre de la cathédrale. Celui-ci, accompagné de deux ecclésiastiques et d’un notaire, se rendit à l’église, puis, après avoir lu les bulles du nouvel évêque, et fait les autres cérémonies d’usage, il se transporta “ au-devant du palais épiscopal ... et il en prit corporelle, réelle et actuelle possession par l’entrée au dit palais par
la principale porte et autres portes des- chambres et appartements, et par l’entrée dans la chapelle du dit évêché (1) Cependant les Sœurs de l’Hôpital- Général se crurent en droit de réclamer, et M. de Saint-Senoch, leur agent à Paris, leur écrivit à ce sujet : “ Monseigneur de Mornay, ayant pris le parti de renoncer, purement et simplement, au don que feu Monseigneur de Saint- Valier a fait à ses successeurs évêques, du palais épiscopal qu’il a fait bâtir à Québec, il est certain, mesdames, que vous en devenez propriétaires ... parce que tout eveque qui fait bâtir sur un, terrain qu’il achète et qui lui appartient, il n’y a nulle difficulté que ce terrain et ces bâtiments n’appartiennent à sa succession, à moins qu’il ne fût bien justifié que le prince n eut fait fournir une partie des deniers ; en ce cas-la, il faudrait faire évaluer le palais épiscopal, et ce qui se trouverait au-dessus vous appartiendrait de dioit. \ ous devez donc, mesdames, commencer par vous faire informer si effectivement le roi a fait fournir quelque somme pour cela”.
MM. Beauharnois et Hocquart plaidèrent auprès de la cour la cause de l’Hôpital-Général. Voici un passage d’une de leurs lettres, en date du 24 octobre 1735, copiée aux archives delà marine: “ Les guerres ont ... empeche Sa Majesté de contribuer à la construction de la maison épiscopale, qu’il était indispensable de faire
(1) Les évêques de Québec, par Mgr Têtu, page ICO.
comme la suite de l’acquisition de ce terrain, le peu debâtiments qu’il y avait alors dessus n’étant que d’un très petit objet et nullement convenable au logement d’un, évêque.
“ C’est donc évidemment Mgr de Saint-Y allier qui s’est trouvé seul chargé de faire de ses propres deniers toute la dépense nécessaire pour la construction de la maison épiscopale, dépenses que les religieuses, ses légataires, disent monter à quarante mille écus, et qui paraît n’être pas exagérée, eu égard à la grandeur, à la solidité et à la belle distribution de ce bâtiment.
“ M. de Saint- Vallier, en s’engageant dans autant de dépenses, avait plus écouté le zèle qu’inspire la qualité qu’il pouvait justement prendre de fondateur de ce palais, que l’état de sa fortune, quoiqu’il eût, indépendamment des revenus de l’évêché, des biens considérables. Il s’aperçut même que la prodigalité à laquelle il s’était insensiblement laissé aller pour la construction de ce palais, lui avait fait négliger le soin des réparations des abbayes réunies à l’évêché, et dont il était titulaire en qualité d’évêque. La fondation du palais lui parut toujours néanmoins un présent si capable d’exciter la reconnaissance de ses successeurs évêques, que loin de chercher à les en priver, il voulut le leur assurer par une donation expresse et qui les mît à couvert de toutes discussions avec ses héritiers ou représentants ; mais en même temps il a estimé que les donataires auraient
assez lieu d’être satisfaits de sa libéralité, pour le décharger et ses héritiers ou représentants, des réparations qui pourraient être à faire aux abbayes réunies à l’évêché, et dont l’objet ne pourrait jamais aller à la dixième partie du don. Telles ont été les intentions de M. de Saint- Yallier dans cette donation qui est du 1er février
“ Mais l’événement n’a pas répondu à son attente. M. de Mornay, son successeur, a pris le parti de renoncer, le 9 juin 1729, à la donation de 1710, et a fait ainsi retomber sur les religieuses, légataires universelles de M. de Saint- Yallier, les frais de réparation de ces abbayes ; elles coûtent aux religieuses légataires plus de dix mille francs, somme considérable, mais qui justifie toujours que le don, comme on vient de l’observer, excédait infiniment cette charge.
“ Les religieuses légataires comptaient que, si la renonciation de M. de Mornay les avait obligées d’acquitter cette dette, elles en trouveraient le dédommagement ‘dans la revendication du palais épiscopal, laquelle était une conséquence naturelle de la renonciation de M. de Mornay qui, en anéantissant la donation, faisait rentrer ■de droit le palais épiscopal dans la masse des biens de la succession de M. de Saint- Yallier. Aussi les religieuses légataires ont-elles été sur le point d’en former la demande, qui n’a été jusqu’ici suspendue que sur ce que nous leur avons, Monseigneur, notifié de votre part, en 1732, que Sa Majesté avait trouvé leur prétention
mal fondée, et que son intention était qu’elles s’eu •désistassent.
“ Cependant l’acquiescement tacite des religieuses légataires semblerait n’avoir donné que plus de confiance à M. de Mornay, non seulement pour se maintenir à leur exclusion dans le palais épiscopal, malgré sa renonciation au don de 1710, mais encore pour bazarder la prétention singulière des réparations de ce palais
Le 27 octobre 1737, les religieuses de l’Hôpital- ■Général écrivirent à leur tour pour se plaindre des prétentions de Mgr de Mornay, qui voulait les forcer à réparer le palais épiscopal, et pour en réclamer la propriété si on ne voulait pas leur rembourser les dix mille francs qu’elles avaient dépensées pour les réparations de l’abbaye de Bénévent (1).
Cette affaire traîna en longueur, tellement qu’il en était encore question en 1743. Le roi de France ne trouva pas fondées les prétentions des religieuses, et le ministre, M. de Maurepas, écrivit, le 8 mai 1743, à Mgr de Pontbriand, pour lui donner connaissance de la décision royale.
D’après lui, Mgr de Saint- Vallier n’avait jamais regardé cette propriété comme sienne.
Il en donnait pour preuve, que l’évêque n’en avait pas appelé de l’arrêt du conseil supérieur de Québec, par
(1) Lettre copiée aux archives de la marine.
lequel il avait été condamné à remettre le prix et la valeur d’une partie du terrain primitif qu’il avait vendu (1).
Sa Majesté ordonna donc aux religieuses d’abandonner leurs réclamations. “ Sur le compte que j’ai rendu à Sa Majesté, écrivait M. de Maurepas, des nouveaux éclaircissements qui m’ont été envoyés concernant les prétentions de l’Hôpital-Général de Québec sur la maison épiscopale, elle n’a point trouvé cette prétention fondée. Et vous veirez par l’arrêt qu’elle a rendu à ce sujet, qu’en réunissant cette maison à son domaine, elle a en même temps bien voulu en assurer la possession et même la propriété aux évêques de la colonie ” (2).
Monseigneur Dosquet qui vint au Canada dans 1 automne de 1729, en qualité de coadjuteur, demeura quelques mois au séminaire, après lesquels il prit son logement dans le palais épiscopal.
Dès le 5 février 1730, il y fit des ordinations, et à part quelques rares exceptions, ce fut toujours dans la chapelle de son évêché qu’il ordonna ses lévites (3). Cependant la maison épiscopale avait besoin de grandes réparations, ayant été à peu près abandonnée depuis le séjour qu’y avait fait l’intendant Bégon. On ne voit pas
(1) Jugement cité plus haut.
(2) Voir appendices C et D.
(3) Le 3 juin 1730, l’évêque ordonna, à Saint-Joachim, M. Pierre-Thomas Rutin de la Morandière, du diocèse d’Angers. Il fit aussi quelques ordinations dans la cathédrale.
qu’elle ait été occupée ensuite, si ce n’est, comme nous l’avons vu plus haut, par le célèbre docteur Michel Sarrazin qui s’y trouvait en 1728. Le 24 mars de l’année suivante, l’évêque présenta le mémoire suivant au marquis de Beauharnois, gouverneur, et à M. Hocquart faisant les fonctions d’intendant.
“ L’évêque a l’honneur de représenter que le palais épiscopal qu’il occupe actuellement, ayant été depuis longtemps abandonné, est en si mauvais état, qu’il faut des sommes considérables pour le réparer, indépendamment des réparations qu’il y a fait faire depuis son arrivée en ce pays, et à ses propres dépens, montant à plus de 7,000 livres, que le mur qui clôt le dit palais du côté du sud et qui soutient les terres de la cour, menace une ruine entière et prochaine, qu’il a quitté son aplomb considérablement et causerait un très grand dommage au dit palais ; que l’évêché n’ayant aucun revenu en ce pays, le dit sieur évêque aurait l’honneur de vous proposer, messieurs, d’agréer, au nom de Sa Majesté que, pour subvenir à la dépense qu’il convient de faire pour le mur d’enceinte du dit palais, il fût par vous autorisé de concéder, du côté du dit mur, qui règne le long de la côte qui va de la Basse- Ville à la Haute- Ville, quelques emplacements, ce qui ne pourrait gêner ni incommoder le dit palais épiscopal. Les dits emplacements à prendre et joignant le chemin laissé pour aller aux fortifications en remontant le long de la rue et côte qui va de la Basse-Ville à la Haute-Ville, et qui
contiendrait sur cette face, “ soixante et dix-sept pieds de profondeur ; soixante et deux pieds à compter sur la ligne qui sépare le terrain de l’évêché d’avec le chemin des Eondes sur le rempart, le dit emplacement à concéder terminant à l’autre bout à un point, et formant en total un triangle équilatéral qui contiendrait en superficie soixante et deux toises et vingt pieds.
“ De plus, il y aurait à concéder deux emplacements au-dessus du dit Palais, dont l’un qui serait le plus proche de celui de M. Sarrazin, conseiller, aurait de front sur la rue six toises et un pied, et de profondeur sept toises et demie, au bout de laquelle il se trouverait sept toises et un pied de large, qui ferait une figure trapèze ayant quarante-neuf toises et treize pieds en superficie.
“ Le second emplacement aurait de front sur la dite rue six toises et un pied, et sept toises et un pied deprofondeur, faisant un quarré long de quarante-sept toises et neuf pieds.
“ Les premiers de ces emplacements seraient nécessaires pour soutenir les terres et rendre une des cours du palais épiscopal qui se trouve de ce côté, plus régulière, et les seconds ôteraient à l’évêque l’incommodité que l’on souffre dans un jardin trop découvert et exposé à la vue du Palais.
“ Ces aliénations et concessions donneraient de la facilité et le moyen de clore le terrain du palais sans en ôter ... la belle vue, et au contraire elles lui donne-
raient une décoration plus belle, plus agréable, et feraient annuellement un revenu pour le dit évêché, et procureraient des lots et ventes qui viendraient à bon profit de temps à autre
Le prélat termine en demandant que l’on se transporte sur les lieux pour examiner le tout, et faire un plan et procès-verbal des améliorations et concessions, afin quelles puissent être autorisées par qui de droit.
Il en fut fait selon le désir de l’évêque, car, le 15 octobre de la même année 1729, le gouverneur et l’intendant écrivaient au ministre du roi :
“ M. le coadjuteur a fait faire par M. de Léry le devis des ouvrages à faire pour la réparation du palais épiscopal, qui monte à 22,650 francs, qu’il a l’honneur de vous adresser. Dans le droit, la succession de Mgr de Saint- Vallier serait tenue de ces réparations ; mais ce prélat n’a laissé que des ornements d’église et quelques meubles d’une très petite valeur, dont l’Hôpital-Général, où il logeait, a hérité (1). M. l’évêque nous a priés de
(1) “ Il n’y a dans le monastère (l’Hôpital-Général), presque aucun lieu où l’on ne conserve précieusement quelque objet donné par notre illustre fondateur ou lui ayant appartenu. Ici, c’est un tableau du crucifiement ; là, une antique image de la Mère de Dieu devant laquelle bien des fois, en des temps d’afflictions et d’épreuves, le vénérable prélat a épanché son âme. Un calice d’argent, un ciboire, des burettes avec leur plateau, servent encore tous les jours à la célébration des divins mystères. Nous avons de plus à la sacristie, venant de la même source, un crucifix, une clochette, quatre chandeliers, un encensoir d’argent, une ampoule pour les saintes
nous joindre à lui et vous supplier, Monseigneur, d’engager Sa Majesté à ordonner un fonds pour le rétablissement de ce palais
Ce fut sans doute pour répondre à cette demande que le roi accorda, l’année suivante, mille écus à l’évêque de Samos, en même temps que pour le dédommager des
huiles, six chandeliers, un encensoir et un bénitier de cuivre argenté ; une boîte à hosties, brodée en fil d’argent, un prie- Dieu, des fauteuils, trois chasubles de différentes couleurs (vert, violet, noir) avec les étoles et les manipules, et l’aube magnifique que le prélat reçut en cadeau de madame de Maintenon, un pontifical et un missel romains ; sur le portemissel se trouve sculpté l’écusson des Saint-Vallier ; on peut voir les mêmes armes dans l’église, sur la chaire et sur le gradin du tabernacle. Aux jours de nos réjouissances inaccoutumées, on voit apparaître sur les tables du réfectoire, au heu des écuelles et des sauciers d'étain du service quotidien, la vaisselle de terre que Mgr de Saint-Vallier avait substituée, pour son usage, à des vases plus précieux. On montre avec complaisance cette vaisselle antique aux personnes de qualité qui, en certaines occasions, sont admises à visiter le monastère.
“ Mgr de Saint-Vallier, visitant un jour la prison de Québec, trouva parmi les détenus un homme, qui, placé devant un bloc de bois haut de quatre à cinq pieds, sans autre outil qu’un couteau, s’occupait à sculpter une statue de la sainte
Vierge . Ravi du spectacle et des pieux sentiments qu’il
reconnut dans le pauvre détenu, le prélat convint avec lui que l’image une fois terminée appartiendrait à l’évêque. Bien plus, par son crédit auprès des magistrats, il obtint l’élargissement du statuaire. Placée d’abord au palais épiscopal, la Madone du Prisonnier ne devint la propriété de nos Mères, qu’après la mort de Mgr de Saint-Vallier ”. Monseigneur de Saint-Vallier et V Hôpital- Général de Québec , page 288.
pertes qu’il avait éprouvées dans le naufrage de Y Eléphant, vaisseau qui l’avait porté en Canada (1).
Mgr Dosquet avait une fortune personnelle assez considérable, et il vécut en grand seigneur tout le temps qu’il demeura au pays. Ses goûts aristocratiques et ses exigences tant soit peu luxueuses durent paraître extraordinaires, d’autant plus que ses prédécesseurs, les seigneurs de Laval et de Saint-Vallier, avaient mené la vie la plus simple et la plus apostolique.
Aussi s’attira-t-il des désagréments, en voulant embellir le séjour de son palais aux dépens de la commodité du public. A cette époque, l’on passait de la côte de la Montagne sur le terrain de l’évêché, par une entrée située à l’extrémité sud (2), et l’on se promenait dans le chemin des Eondes, longeant lés remparts et d’où l’on jouissait d’une vue magnifique. Cela ne pouvait convenir à l’évêque, qui voulait être complètement chez lui, et c’est pour en arriver là qu’il se mit en tête de fermer le passage par une porte. Le 22 octobre 1730, MM. Beauharnois et Hocquart en écrivirent ainsi en France :
“ Nous avons vu, Monseigneur, (le ministre du roi) ce que vous nous faites l’honneur de nous écrire au sujet de la porte que M. le coadjuteur nous a proposé
(1) Lettre de Mgr Dosquet, 28 août 1730. Voir à l’appendice B l'arrêt du conseil d’Etat, qui autorise Mgr de Samos ... de vendre cinq emplacements dépendant du palais épiscopal.
(2) Voir le plan où cette rue est tracée.
de faire, au haut de la terrasse qui joint le terrain du palais épiscopal en descendant à la Basse-Ville du côté du rempart. Il est vrai qu’il nous exposa, l’année dernière, les petites incommodités que les allant et les venant lui causaient, qui sont à peu près les mêmes que celles dont il vous a rendu compte. Nous nous rendîmes aux instances qu’il nous fit, et la porte fut construite bientôt après, non sans murmures de la part des habitants ; mais jusqu’à présent elle n’a point été fermée, et nous ne croyons pas même qu’il soit à propos qu’elle le soit; parce que cet endroit est non seulement un passage commode pour le public, mais même nécessaire en cas d’incendie, qu’elle ne diminuerait en rien le concours de ceux qui vont à la promenade, qui auraient toujours la liberté d’aller à cet endroit par une autre route, a moins que l’on ne fermât des deux côtés le rempart dans toute la largeur du palais épiscopal.
“ Le séminaire ne manquerait pas d’avoir les mêmes prétentions. Il n’y a point à craindre que les canons qui sont sur les remparts soient encloués, non plus que ceux des autres batteries ; et d’ailleurs M. le coadjuteur pourrait choisir le bel appartement dans son palais. Ce serait le moyen le plus sûr et le plus convenable pour éviter les inconvénients dont il se plaint aujourd’hui. Nous temporiserons, Monseigneur, et la porte ne sera point fermée que nous n’ayons reçu vos ordres
Cependant, après le départ des vaisseaux, l’évêque prit sur lui de faire fermer la porte, du côté de l'évêché ; et.
le printemps suivant, les murmures recommencèrent comme de plus belle. Profitant de l’absence du prélat, quelques étourdis forcèrent le guichet et l’ouvrirent pendant la nuit. Le concierge le referma le lendemain, mais la nuit suivante il fut forcé de nouveau et emporté. C’est en vain que M. Hocquart fit chercher les auteurs de cet acte de vandalisme. Protégés sans aucun doute par l’approbation tacite de la foule, ils ne purent être découverts. Le coadjuteur se plaignit amèrement de ce désordre au gouverneur et à l’intendant, qui s’efforcèrent de le convaincre des inconvénients qui résultaient de la fermeture du passage. Cependant il ne fit pas faire un nouveau guichet et M. de Beauharnois l’exhorta à faire ouvrir comme de lui-même la porte entière (1).
Qnoi qu’il en soit, l’évêque obtint de Sa Majesté la permission de vendre quelques emplacements sur son terrain et, après avoir consulté le chapitre (2), selon le
(1) Lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart, 12 nov.
(2) Voici le jjrocès-verbal de l’assemblée du Chapitre: “ L’an 1732 le 2 septembre, le Chapitre extraordinairement assemblé au son de la cloche auquel ont assisté le coadjuteur et tous les dignités et chanoines à l'exception de M. de la Tour et de Lorme, doyen et grand chantre actuellement en France, de M. Hamel et Fornel, malades, et M. Ilazeur, grand pénitencier absent, après avoir invoqué les lumières du Saint- Esprit, Mgr le coadjuteur a représenté au chapitre que conformément à un arrêt du conseil d’Etat il aurait souhaité vendre quelques emplacements sur le terrain de l’évêché situés dans la rue de la Montagne depuis le rempart en montant vers la porte au palais épiscopal et depuis la dite
droit, il vendit, le 14 septembre 1732, à Antoine Carpentier, fils, entrepreneur de maçonne, trente-six pieds • de front sur quarante-cinq de profondeur, bornés d’un coté parla rue de la Montagne, de l’autre par le jardin du docteur Sarrazin, qui se trouvait où est aujourd’hui la rue Port-Dauphin entre l’évêché actuel et le terrain de l’ancien évêché (1). Le prix fut fixé à deux mille francs que le père de l’acquéreur avait déjà payés eu ouvrage de maçonnerie au palais épiscopal, avec une
porte jusqu à la cour de M. Sarrazin . pour subvenir aux
réparations faites ou à faire au dit j:>alais épiscopal. Le dit seigneur évêque coadjuteur de Québec a témoigné qu’il serait bien aise d’avoir sur cela l’avis de l’assemblée. Sur quoi le dit eliajntre ayant fait attention aux raisons qui rendent la dite alienation utile au bien de l'Eglise, savoir qu’il importait beaucoup pour le bien de l’évêché de réparer le palais épiscopal, lequel sans cette réparation menaçait ruine, qu’il n’y avait pas d’apparence de pouvoir y subvenir d’ailleurs, que le terrain en question est d’une fort petite utilité au palais, que les évêques dans la suite par les bâtiments qui y seront construits seront déchargés de la dépense qu’il faudrait faire pour l’entretien de murailles, de clôtures, et que les lots et ventes pourront produire un revenu assez considérable. Tout considéré les dits dignités et chanoines ont consenti unanimement à la dite vente aux clauses et conditions que mon dit seigneur évêque jugera les plus convenables pour le bien du dit palais épiscopal. Et ont signé . H., évêque de Samos, coadj. de Québec.
Par Monseigneur,
Boulanger
(1) Le terrain du séminaire n’était séparé que par un mur de celui de l’évêclié. La rue Port-Dauphin appelée d’abord rue du Prince ne fut percée qu’après la conquête en 1766.
rente perpétuelle de vingt sous et un sou de cens. L’évêque se réservait le droit de rentrer en possession en cas de vente par l’acquéreur ou ses héritiers, en payant le prix alors offert pour le même terrain et la maison qui pourrait y être construite. Le sieur Carpentier s’obligeait à entourer sa nouvelle propriété d’un mur de dix pieds de hauteur afin de n’avoir aucune vue sur l’évêché.
Carpentier ne tarda pas à faire construire une maison en pierre à deux étages sur le terrain qu’il venait d’acheter (1).
On en trouve comme suit la description intérieure dans des contrats de bail : “ deux chambres basses de plain pied avec cuisine dans chacune des dites chambres et un four et deux chambres en haut avec deux cabinets au derrière des dites chambres et grenier ”. Pour aider Carpentier à bâtir, Mgr Dosquet lui prêta la somme de onze cent vingt livres, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de cinquante-six livres. Après avoir donné sa démission, il transmit tous les droits qu’il avait sur cette maison et sur cette rente à son successeur, par un acte fait à Paris en 1840. Nous ne pensons pas que la famille Carpentier ait jamais habité cette résidence bâtie sur le terrain de l’évêque. On y voit en
(]} Cette maison avait sa façade sur la rue la Montagne et se trouverait aujourd’hui sur les rues la Montagne et Port- Dauphin, en dehors de la grille qui entoure l’emplacement de l’ancien évêché.
1744 le sieur Charles Pélissier, traiteur, marié à Marie- J osephte Sa3seville. L’année suivante il est poursuivi par l’évêque pour arrérages des rentes dues sur cette propriété et, condamné par la prévôté, il est forcé de reconnaître une dette de cent livres. Pendant les trois années 1745, 46, 47, cette maison est louée par Marie Morin, épouse de Claude Lacroix, “absent de cette colonie (1) L’année suivante, on y trouve Giles Parisé, maître plâtrier. La maison était estimée à cinq mille livres, et le prix du loyer était deux cent cinquante livres.
Mgr Dosquet ne put vendre des emplacements à l’autre extrémité de son terrain, comme il s’était proposé de le faire. Ennuyé sans doute par les tracasseries dont nous avons parlé précédemment et aussi dans l’intérêt de sa santé délabrée, il loua, le 30 octobre 1730, pour sept ans et au prix de cinq cents francs par an, une ferme sise en la Cote-Saint-Michel et appartenant à M. Fleury de la Gorgendière. Il y avait maison, grange, étable, colombier, bestiaux, volailles. Il en fit plus tard 1 acquisition et, en 1732, il fit construire sur le même terrain et sur le bord du cap, une autre maison en pierre à un seul étage avec toit élevé. Cette résidence porta longtemps le nom de villa de Samos, en mémoire du prélat qui en fut le propriétaire. Tout le terrain avait quarante arpents en superficie ; borné au
(1) Etude de Louet, fils.
N.-E. par le ruisseau Belle-Borne (1) qui le séparait de la propriété du général Powell, et au S. -O. par une ligne droite distante de quatre arpents du ruisseau.
A son départ définitif du Canada, Mgr Dosquet céda Samos au séminaire qui s’en déposséda à son tour en faveur du juge Mabane, peu de temps après la conquête. Celui-ci ajouta un étage à la maison et deux tourelles réunies au corps principal par de spacieux corridors. Cette demeure fut habitée pendant plusieurs années par le lord Mountain, premier évêque protestant de Québec (de 1795 à 1802). Elle fut incendiée eu 1842, Le terrain sert actuellement de cimetière pour la paroisse de Saint-Patrice.
Mgr Dosquet aimait à résider dans cette charmante villa; il y avait un oratoire, et, eu septembre 1735, il y conféra deux fois la tonsure : “ In sacello domus nostrœ rusticœ ”, disent les registres des ordinations.
L’évêque de Samos, passé en France dans l’automne de 1732, revint évêque de Québec, le 16 août 1734.
(1) Belle-Borne a pris son nom de Jean Nicolet de Belle- Borne, qui vint en Canada en 1618, et se noya à Sillery, le 29 octobre 1642. “ Au contrat de mariage de Nicolas Bonhomme, il est appelé Jean Nicolet de Belle-Borne... 11 a laissé son nom de Belle-Borne au ruisseau qui traversait sa terre sur la route de Sainte-Foye, où se trouve aujourd’hui le monument des Braves de 1760”. Dictionnaire généalogique de l’abbé Tanguay.
Mais Jean Nicolet a mieux qu'un ruisseau pour perpétuer sa mémoire ; il a la rivière et la ville de Nicolet et de plus une intéressante notice biographique par l'abbé A. Gosselin.
Mais sa santé depuis longtemps compromise ne pouvait se faire au climat du Canada. Il s’embarqua le 17 octobre 1735, et, à son retour en France, il donna sa démission qui ne fut acceptée qu’en 1739.
Mgr de Lauberivière succéda à Mgr Dosquet. Le 24 février, il envoya à M. Thierry Hazeur Delorme, grand penitencier du chapitre de Québec, une procuration en vertu de laquelle celui-ci prit possession de l’évêché en son nom, le 20 juin suivant. On lit ce qui suit dans le procès-verbal de cet acte solennel : “ Il (M. Hazeur) s est transporté au dit palais épiscopal et en a pris possession réelle et actuelle par l’entrée au dit palais épiscopal par la grande et principale porte, aux reserves que fait mon dit sieur Hazeur pour mon dit seigneur de Lauberivière par rapport à l’état où est actuellement le dit palais épiscopal et sans que la dite prise de possession puisse lui préjudicier ”. Cette réserve avait sans doute pour cause le procès encore pendant entre l’évêque et l’Hôpital-Général pour la propriété du palais. Il est probable aussi que, malgré les réparations qui avaient été faites, la maison laissait encore beaucoup à désirer. Au reste le nouvel évêque n’eut pas à en souffrir, car il ne l’habita jamais et il avait même décidé de prendre sa résidence au séminaire de Québec. C’est là qu’il descendit à son arrivée à Québec, le 8 août 1740, et il y termina, douze jours après, sa douce et pieuse existence.
Mgr de Pontbriand, qui fut le successeur de l’illustre
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défunt, fit son entrée dans sa ville épiscopale le 29 août 1741. Il est probable qu’il demeura deux ans au séminaire ; quoi qu’il en soit, sa prise de possession du palais épiscopal n’eut lieu que le 26 octobre 1743 (1). L’année précédente un arrêt du roi lui avait accordé dix mille quatre cent vingt livres et dix sols pour payer le coût des réparations indispensables qu’il y avait à faire (2). Eu 1744, le prélat fit une ordination sacerdotale dans la chapelle de son é vêché et il continua de s’eu servir à cet effet de temps à autres jusqu’à 1758 inclusivement. Kalm, qui écrivit en 1749, ne consacre que quelques lignes au palais épiscopal. “ La maison de l’évêque, ditil, est la première habitation que l’on voit à droite, en montant de la Basse- Ville à la Haute- Ville. C’est un grand et bel édifice, entouré d’un côté par une cour spacieuse et un jardin potager, et de l’autre côté par un mur ”.
Le marquis de la Jonquières fait les plus grands éloges de l’hospitalité de Mgr de Pontbriand. Il écrit à sa femme le 19 août 1749: “J’ai pris possession de mon gouvernement le 15 de ce mois, au milieu de l’acclamation générale des grands et des petits... Les harangues du clergé et de tous les corps ont fait beau-
(1) Greffe de Boisseau. L’acte est mentionné dans le répertoire avec la page, mais, comme bien d’autres documents, il a été enlevé. Voir à l’appendice l’arrêt du Conseil d’Etat du 30 mai 1743 et les lettres patentes sur arrêt.
(2) Voir à l’appendice.
coup souffrir ma modestie par les belles et magnifiques choses qu’ils m’ont dites, n’aimant pas tant d’encens. Les festins n’ont pas discontinué depuis que je suis ici, surtout chez Mgr l’évêque qui est l’homme de France le plus poli et le plus aimable
Quelques années plus tard, Montcalm profita à son tour de l’hospitalité épiscopale, et quand il arriva à Québec, le 13 mai 1756, ce fut à l’évêché qu’il prit l’un de ses premiers repas (1). Dans une de ses lettres au chevalier de Lévis, le marquis lui apprend qu’il fréquente la maison de l’évêque, quoique “ de loin en loin Le prélat lui rendait ses visites et assistait à ses dîners. “ Mardi, l’intendant chez moi ; jeudi, Monseigneur ; mais je mange mon bien et je frémis pour l’avenir (2) ”.
Si ce distingué prélat savait aussi au besoin proportionner la richesse de ses banquets à la dignité de ses hôtes, il vivait lui-même avec une grande simplicité, tout en exerçant une généreuse hospitalité à l’égard des prêtres de son diocèse. Il choisissait ses domestiques parmi de jeunes enfants de la campagne, à qui il tenait lieu de père plutôt que de maître ; après leur avoir donné dans sa maison une éducation convenable à leur état, il leur procurait un honnête établissement pour récompenser leurs services (3).
(1) “L’évêque, M. de Pontbriand, prélat respectable, voulut me donner à souper”. Journal de Montcalm , page 62.
(2) Lettres de Montcalm.
(3) Oraison funèbre, parM. Jolivet.
Après l’incendie de l’Hôtel-Dieu arrivé le 7 juin 1755, Mgr de Pontbriand offrit aux Sœurs Hospitalières et à leurs malades l’usage entier de son palais, avec son ameublement et toutes ses dépendances. Il indiquait, dans le mémoire qu’il fit à ce sujet, les modifications qu’il faillait y faire pour le rendre propre à cet emploi, et il terminait par ces admirables paroles : “ Enfin je livre toute ma maison pour cette bonne œuvre ; et, s’il est nécessaire, je me livre moi-même pour être le premier infirmier de ce nouvel hôpital
Les Mères de l’Hôtel-Dieu furent profondément touchées de la charité de leur évêque et de ses offres généreuses, mais elles ne furent pas obligées de les accepter. Eeçues d’abord pendant trois semaines chez les Ursulines, elles allèrent ensuite occuper une des ailes du collège des Jésuites jusqu’en 1757 où elles prirent possession de leur maison rebâtie.
Le siège de Québec en 1759 rendit bientôt inhabitable le palais de l’évêque, et il se retira à Charlesbourg. Et c’est de là qu’il entendit les canons tonner sur sa ville épiscopale et en briser tous les édifices religieux. Mgr de Pontbriand écrivit au ministre du roi pour lui faire connaître les événements de cette fatale campagne, et il joignit à sa lettre un mémoire qu’il nommait “ la destcription imparfaite de la misère du Canada ”.
“ Québec, dit-il, a été bombardé et canonné pendant l’espace de deux mois ; cent quatre-vingts maisons ont été incendiées par des pots-à-feu; toutes les autres,
criblées par le canon et les bombes. Les murs de six pieds d’épaisseur n’ont pas résisté ... L’église cathédrale a été entièrement consumée. Dans le séminaire, il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé de Québec avec son vicaire ... Le palais épiscopal est presque détruit et ne fournit pas un seul appartement logeable ; les voûtes ont été pillées ... (1). Mgr de Pontbriand, parti de Québec à la fin de septembre, se rendit à Montréal où il mourut le 10 juin de l’année suivante, 1760.
(1) Les évêques de Québec, page 259.