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CHAPITRE QUATRIÈME

Mgr Briand — Il demeure au séminaire Abandon du palais.

— Réparations — Loyer au gouvernement Chapelle ser¬

vant de Chambre d’assemblée. — Description du palais par Boucliette — Mgr Plessis conseiller législatif. Jardins loués à des particuliers Maison Morin Ecole.

Mgr Briand, arrivé, comme évêque, à Québec le 28 juin 1766, accepta l’hospitalité que lui offrirent les messieurs du séminaire, en vertu d’une résolution passée en 1764 et conçue à peu près dans ces termes :

Considérant 1° que le séminaire est fondé pour y élever un clergé, et que, s’il n’y a pas d’évêque pour ordonner les clercs, il devient inutile d’en former ; 2° que le futur évêque de Québec est sans ressources ; les directeurs offriront un appartement convenable au bout de la salle d’étude du petit séminaire, consistant en antichambre, salle, chambre et cabinet, avec la jouissance du terrain situé au-devant ; ils lui offriront la table du réfectoire avec un extraordinaire pour luimême, et cela seulement tant qu’il demeurera au séminaire. Enfin l’évêque n’aura rien à payer tant que ses moyens ne lui permettront pas de le faire facilement ”.

Telle fut l’origine de cette pension gratuite que le séminaire accorda si généreusement aux évêques de Québec pendant soixante et dix ans.

Sans songer à habiter le palais épiscopal, Mgr Briand entreprit cependant de le réparer et il y consacra d’abord une somme de onze mille livres, puis une autre de quinze mille qu’il fut obligé d’emprunter et qui lui permit de terminer l’ouvrage. Comme on peut en juger par les gravures du temps, la chapelle était d’assez pauvre apparence, surtout si on la compare avec ce qu’elle était avant le siège. L’évêque n’y officia jamais, pas plus qu’il ne se servit de son palais que le gouvernement prit à loyer depuis le 1er août 1777 et pour neuf ans moyennant une rente de cent cinquante livres sterlings. Lorsque Québec, en 1775, était sur le point d’être assiégé par les troupes américaines, on voit qu’il se tint plusieurs assemblées publiques des citoyens pour décider si l’on devait se défendre ou livrer la place à l’ennemi. L’une de ces assemblées se réunit, le 13 novembre, dans la chapelle du palais épiscopal, et ce fut pendant les délibérations que le colonel McLean arriva à Québec. “ Il entra dans la chapelle et trouva un nommé Williams, premier signataire de la pétition que les marchands anglais avaient adressée au roi, l’année précédente, qui cherchait, du haut de la chaire où il était monté, à persuader aux habitants de livrer la ville à l’armée du congrès ; le colonel McLean le fit descendre, dissuada l’assemblée de suivre un si lâche

conseil et la congédia (1) Le même oratoire fut le théâtre de scènes plus dignes et plus intéressantes quand, dix-sept ans après (17 décembre 1792), il vit réunis pour la première fois les députés élus en vertu de la constitution de 1791. Il fut témoin de ces premières luttes parlementaires qui eurent tant d’influence sur l’avenir de la race française en Amérique, et sa modeste enceinte retentit des accents du plus pur patriotisme. C’est là que les Canadiens allaient entendre les deux Papineau, les Bédard, les Panet, les Bourdage, les Neilson, les Lafontaine, les Morin, et tous les autres patriotes qui se succédèrent pendant 40 ans pour la défense de leurs droits les plus sacrés. Car jusqu’en 1832, ce fut dans cette chapelle que se réunissaient les députés de l’Assemblée législative. Le Conseil législatif siégeait dans une autre partie de la maison. Voici du reste la description que fit de tout le palais M. Joseph Bouchette eu 1815.

“ Le bâtiment appelé le Palais de l’Evêque, a été un bel édifice, et étant placé sur un terrain élevé, il est très apparent ; il est situé près de la grande batterie, et s’étend dans la direction de l’est depuis la porte, ou communication avec la Ville-Basse, le long de la rue de la Montagne, à la distance de 118 pieds, et de là, sur une ligne qui forme un angle droit avec le premier bâtiment, à la distance de 147 pieds ; sa largeur est l’une

(1) Garneau. Histoire du Canada.

dans l’antre de 34 pieds ; du côté du sud et de l’est il a trois étages, mais, des autres côtés, il n’en a que deux : il fut bâti pour servir de résidence à l’évêque catholique de Québec ; il contenait une chapelle avec toutes les commodités convenables, et il n’était nullement dénué d’embellissements. Le gouvernement a accordé une annuité en remplacement au chef des catholiques. Il est à présent dans un état de dépérissement qui menace d’une ruine prochaine, quelques-uns des murs sont mauvais même jusque dans les fondements, et si l’on n’y fait au plus tôt des réparations, ils ne soutiendront pas longtemps l’édifice. Les différentes parties du bâtiment sont actuellement occupées par plusieurs des bureaux du gouvernement, le Conseil Législatif, le Conseil Exécutif, la Chambre d’Assemblée, la Bibliothèque Publique, etc., etc. La chapelle, de 65 pieds sur 36, la seule partie qui soit tenue en bonne réparation, sert pour la réunion de la Chambre d’Assemblée • tout auprès sont les différentes chambres des comités, la bibliothèque, etc. Au-dessus de la partie qui forme l’angle du nord-ouest, est l’appartement où le Conseil Législatif tient ses séances, et au même étage sont les chambres des comités, le bureau du conseil, etc., etc., qui dépendent de cette branche du gouvernement. Dans l’autre angle, sont les chambres pour le Conseil Exécutif et les différents bureaux qui en dépendent. A l’autre bout du bâtiment est la bibliothèque publique, au-dessous de laquelle sont les bureaux de l’adjudant-

général de la milice, de l’arpenteur général de la province, du département du génie, du secrétaire de la province, et quelques autres. Les caves sous le palais, à l’exception de celles qui sont destinées pour le secrétaire de la province et les clercs de la cour, et qui servent de dépôt pour les archives et la plupart des registres publics, sont dans un état de ruine, ce qui même est porté à un tel point sous la chambre du Conseil Législatif, où s’ouvre toujours la session du parlement, qu’il est maintenant dangereux d’y admettre le grand concours de personnes qui assistent ordinairement à cette cérémonie. La commodité publique de ce bâtiment pour les différents usages auxquels il sert maintenant rend surprenant que le gouvernement ne se soit pas occupé de le faire réparer solidement (1) ”.

Mgr Plessis, nommé conseiller législatif, le 30 avril 1817, ne manquait pas de siéger régulièrement à la Chambre où il venait d’être appelé, afin d’y prendre les intérêts religieux de ses diocésains.

Cette nomination n’avait pas été sans inspirer des inquiétudes à la Congrégation de la Propagande qui posa à l’évêque un grand nombre de questions concernant les pouvoirs de cette assemblée, sa composition, les prières et les cérémonies religieuses que l’on pouvait y faire, afin de savoir exactement si les membres

(1) Description topographique de la province du Bas- Canada . par Joseph Bouchette. A Londres, 1815.

catholiques n’étaient pas exposés à contribuer à une législation contraire aux intérêts de l’Eglise et à communiquer in clivinis avec les hérétiques. Le prélat répondit à toutes ces questions de manière à dissiper toutes les craintes. Après avoir expliqué les attributions et la manière d’agir de cette assemblée et parlé de la formule du serment et de la commission donnée par le gouverneur, il ajoute : “ 3° Les membres catholiques du Conseil Législatif ne sont obligés en aucun cas d’assister avec les protestants à des cérémonies religieuses. A la vérité, la prière, dont copie ci-jointe, est récitée tous les jours par le greffier du conseil, à l’ouverture de la séance, mais nul des membres n’est obligé de s’y trouver. L’évêque catholique s’en abstient régulièrement et en détourne, autant qu’il peut, les autres catholiques ”. Il est évident qxie Mgr Plessis n’aurait pas été en faveur du fameux congrès des religions de Chicago !

“ La nomination de l’évêque de Québec à un siège dans le Conseil Législatif, continue le prélat, loin d’offenser ses diocésains, produisit, au contraire, une grande sensation de joie dans le clergé et dans le peuple catholique de la province, chacun étant dès lors persuadé, comme il l’est encore, que sa présence pourrait y arrêter des mesures tendantes au détriment de la religion... Les propagateurs du Protestantisme ont beaucoup avancé leurs affaires ici, pendant mon voyage en Europe, et continueraient impunément de faire des progrès, si

l’évêque catholique n’était dans le Conseil pour leur en imposer (1)

Quelques mois après, Mgr Plessis revient sur le même sujet dans une lettre adressée au préfet de la Propagande : “ La dernière session du Conseil Législatif a été très orageuse. J’ai mieux compris que jamais combien la présence de l’évêque était nécessaire pour déjouer les intrigues des protestants. Ports de l’appui du gouvernement, ils n’ont rien négligé pour s’emparer de l’éducation dans toute la province. Ils s’appliquent avec énergie à propager leurs erreurs; ils font venir des ministres de partout, érigent des paroisses, construisent des temples là où il n’y a que trois ou quatre familles protestantes, enfin espionnent malicieusement le clergé catholique, comme pour bénéficier de ses fautes ”.

Quels souvenirs, quels regrets et quelles espérances ne devaient pas se presser dans l’âme de ce grand évêque, quand il entrait dans ce palais épiscopal qui était bien le sien mais où il n’avait pas les moyens de demeurer ! Bâti et réparé par ses illustres prédécesseurs, cet édifice destiné au chef de la religion catholique au Canada, était souvent la demeure de ses pires ennemis, et, s’il abritait bien des dévouements, il ouvrait aussi ses portes à bien des haines.

Quoique placé avec la minorité du Conseil Législatif, dont les principaux membres se laissaient guider sur

(]) Lettre au Cardinal Fontana, 10 novembre 1820.

les matières ecclésiastiques par le docteur Mountain, Mgr Plessis ne manquait jamais de revendiquer avec fermeté les droits des Canadiens catholiques, lorsque quelques voix ennemies s’élevaient pour les attaquer. En 1821, il se prononça fortement contre une décision de ses collègues, en vertu de laquelle la branche populaire de la législature se trouvait privée d’une partie de ses privilèges, dans le vote de la liste civile. Il résista avec tant de courage, en 1824, à quelques empiétements proposés par le parti ultra-anglican, qu’il fit rejeter des propositions offensantes pour les catholiques ; sa victoire fut complète, et l’évêque anglican quitta la salle en protestant contre le peu de dévouement des conseillers à la religion de leur auguste souverain.

Le Conseil Exécutif, qui siégeait également dans le même palais fut, un jour, témoin d’une scène plus amusante et que raconte M. de Gaspé dans ses mémoires. “ Grand émoi, grande consternation parmi les autorités soupçonneuses de la ville de Québec. On vient d’apprendre qu'un général de Napoléon est non seulement dans la cité, mais qu’il a même l’audace de recruter un régiment. Le Conseil Exécutif s’assemble et on requiert la présence immédiate du prélat catholique. On lui fait sentir qu’il est assez surprenant qu’il puisse ignorer un fait aussi important, et surtout qu’il n’en ait pas instruit les autorités. L’évêque interpellé répond que la chose lui paraît ridicule, qu’un général français pourrait bien être caché dans la ville de Québec, mais qu’il n’aurait

jamais l’audace d’y lever un régiment. Le procureur du roi tire un papier de sa poche et le passe au prélat. C’était bien un bel et bon brevet de capitaine, revêtu des formes voulues en pareil cas. Le capitaine appartenait au régiment d’un général portant un nom français.

— “ Que dites-vous maintenant, Monseigneur, fit le procureur du roi ?

— “ Que je me fais fort, répliqua l’évêque, de vous produire, demain, à l’ouverture de la séance du Conseil, le général dont il s’agit ; jusque-là il est inutile de faire d’autres recherches.

“ Tout l’aréopage était réuni le lendemain, lorsque Mgr Plessis fit seul son entrée dans la chambre du Conseil. On se regarda avec inquiétude et l’on somma l’évêque de tenir sa promesse.

— “ Je vais l’introduire, fit celui-ci ; il m’attend à la porte ; et il rentra aussitôt après tenant par la main un enfant de onze à douze ans.

“ Yoici, messieurs, le général Vallière !

“ Quelques membres du conseil, ennemis acharnés de tous les Canadiens-français, croyant à une mystification, pâlirent de colère, tandis que d’autres, plus sensés, et qui connaissaient le haut caractère du grand prélat, éclatèrent de rire. Tout s’expliqua : “ Vallière (plus tard juge, alors élève du séminaire), levait un régiment d’enfants dont il s’était constitué le général.

“ Interpellé sur le brevet, si parfait dans sa rédaction, il dit qu’ayant lu par hazard, deux ans auparavant, un

brevet d’officier, il en avait adopté la forme qu’il n’avait pas oubliée

Depuis 1815, à part la rente que touchait l’évêque de Québec pour le loyer de son palais, il recevait encore mille louis sterlings par année. “ Son Altesse Rojrale, ... écrivait Lord Bathurst, au nom de Sa Majesté, veut que désormais les appointements de l’évêque catholique de Québec soient de mille louis par année ; c’est un témoignage rendu à la loyauté et à la bonne conduite du gentilhomme qui occupe maintenant cette place et des autres membres catholiques de la province ”. Cette, allocation fut continuée aux évêques Panet et Signay, et cessa à la mort de ce dernier.

Pour augmenter leurs revenus, les évêques louaient à des particuliers une partie du terrain de l’évêché. C’est ainsi qu’en 1786, Mme Lanaudière (1), qui demeurait dans l’ancienne maison du docteur Sarrazin située exactement où se trouve l’évêché actuel, avait un jardin au nord-ouest de la chapelle servant de Chambre d’assemblée. En 1797, M. Gabriel Taschereau, le grand père de S. E. le cardinal, reconnaît que c’est avec l’agrément de Mgr Denaut qu’il jouit d’une partie du terrain de l’évêché de Québec le long de la rue des Remparts, dont

Cl) Marie-Catherine Lemoine de Longueuil. Sa sœur Marie- Agathe demeurait avec elle en 1784. Cette année-là, elle reçoit 1,000 livres de Mgr Briand, somme qu’elle lui avait prêtée pour les réparations de l'évêché.

il a joui du temps de Mgr Hubert, ancien évêque... (1) ”. M. Taschereau était alors propriétaire de la maison où se trouvent aujourd’hui M. C. Holiwell, papetier, 12, rue Buade, et M. William Jacques, et qu’il tenait des héritiers Boishébert. A cette époque il demeurait habituellement à Québec, ayant en même temps son manoir seigneurial à Sainte-Marie-de-Beauce, et il était le tuteur des héritiers Tarieu de Lanaudière. “ Il a été par sa piété et son intelligence l’un des hommes les plus remarquables de son époque (2) ”. Le jardin dont il est ici question était celui loué auparavant par Mme de Lanaudière, qui mourut en 1788. En 1804, par un contrat sous seing privé, Mgr Denaut loue le même terrain de cent dix pieds de long sur cinquante de large à Marie Ladrechère (Ladrière), épouse d’Hilaire Martin Labadie. Elle était employée comme femme de chambre au Parlement; on l’y trouve encore en 1822. Le terrain loué était, dit le contrat, derrière l’emplacement et maison occupée par James Edie, et faisant partie de l’emplacement total de l’évêché ”.

(1) Contrat sous seing privé.

(2) Le premier cardinal canadien. “ De talents distingués, mais surtout d’une piété éminente, M. G-.-E. Taschereau fut un des hommes les plus marquants et les plus utiles de cette époque ... Il fut tour à tour Conseiller législatif, Grand Voyer et surintendant des Postes. Il était seigneur de Ste-Marie, Linière, Joliet, etc. Il mourut à son manoir, le 18 septembre 1809, laissant sept enfants, quatre du premier lit et trois du second.

Histoire des grandes familles françaises du Canada, p. 339.

Il est évident qu’il s’agit ici de la maison Carpentier mentionnée plus haut et dont l’histoire est assez difficile à faire. Elle fut vendue le 1er avril 1749 par la famille Carpentier (1) à M. Claude Barolet, l’un des notaires les plus connus de cette époque et marié à Françoise Dumontier. Le siège de la ville en 1759 l’obligea à se retirer avec sa famille à Charlesbourg, et c’est là qu’il mourut et qu’il fut inhumé en 1761. Sa veuve, incapable de rebâtir la maison, qui avait été presque démolie par les bombes, fut obligée de la vendre pour empêcher la perte totale des masures qui restaient encore sur cet emplacement. Et elle le fit de l’avis et consentement de maître Antoine Bedou, ancien conseiller au conseil supérieur de ce pays, et de dame Françoise Barolet, son épouse... de maître Claude Panet, greffier en chef de la jurisdiction supérieure de cette ville de Québec, et de dame Marie-Louise Barolet son épouse...

ses gendres et filles demeurant en cette ville . (2) ”.

L’acquéreur était M. Joseph Turgeon, marchand, “demeurant ordinairement dans l’Ile- Jésus, paroisse de Saint-Martin (3) ”. En 1803, on le trouve à Terrebonne.

(]) “Antoine Ange de Créqui et Catherine Carpentier sa femme, Pierre Carpentier et Madeleine Ange de Créqui sa femme”. Etude du notaire Du Laurent. Autre contrat du 20 mars 1751 passé par devant Saillant.

(2) Le cardinal Taschereau est l’arrière-petit-fils de Marie- Louise Barolet mariée â Jean-Claude Panet.

(3) Greffe du notaire Sanguinet.

Le prix de cette propriété fut fixé à six mille livrespayables aux héritiers Barolet, et il y avait en outre l’hypothèque de onze cents livres que madame Barolet s’engageait à payer elle-même à l’évêque de Québec (1). Ce terrain était borné d’un côté par l’évêché, et de l’autre par la maison de M. Lanaudière, ce qui prouve que la rue Port-Dauphin n’existait pas encore.

Le 3 mars 1792, Louis Bobitaille, marchand orfèvre, de Québec, procureur de monsieur et de madame Turgeon, vend la même maison “ aux sieurs William Praser et James Edie, associés, maîtres-menuisiers et faiseurs de meubles (2) James Edie devint seul propriétaire en 1800 et continua d’occuper cette résidence jusqu’en 1803. Cela nous est prouvé par des notes de la main de Mgr Plessis sur le contrat de vente. Mais ensuite, malgré toutes les recherches que nous avons faites, — et Dieu sait si nous avons cherché ! — nous n’avons pu trouver aucun document jusqu’en 1821. A cette date, la maison appartenait certainement à Mme veuve Jean-Baptiste Morin, puisqu’elle la louait à M. Alfred Hawkins. Ce qui est également certain, c’est qu’auparavant elle servait de bureau de poste, car l’acte de bail dit : “ une maison, hangar et cour, près des jardins

(1) Turgeon était marié à Marie-Catherine Lacroix. Il était l’oncle de Mgr Turgeon. Madame veuve Lacroix, sa belle-mère, demeurait rue Notre-Dame, vis-à-vis l’église de la Basse-Ville.

(2) Greffe de Chs Voyer.

du séminaire, ci-devant occupée par les offices de la poste (1). Dans le guide de Québec de 1822, on trouve Hawkins “ Fort Street, near Prescot Gâte Il y demeura depuis 1821 jusqu’en 1823. Il était marchand de vin et tenait aussi maison de pension. On sait qu’il est l’auteur de plusieurs publications qui sont aujourd’hui d’un grand secours à ceux qui s’occupent de l’histoire de Québec (2).

Pour en finir avec cette maison qui est indiquée sur un très beau plan de Québec fait en 1793 et que nous reproduisons ici, disons qu’en 1824, Mme Morin, par l’entremise de son procureur Philippe Brown, armurier, son gendre, la louait pour cinq ans au docteur John ïtowley (3). En 1829, renouvellement du bail par lequel la propriétaire cède en outre au même locataire

(1) Greffe de Archibald Campbell Le bureau de poste

fut transporté en haut de l’escalier du Freemason’s Hall, maison du Chien d’Or.

(2) “ The Quebec Directory ”, “ Picture of Quebec ”, très *beau volume, assez rare aujourd’hui, “ Iiistorical Recollections •of Quebec ”, “ Plan of the Battle of Quebec in 1759 ”, etc.

M. Alfred Hawkins alla demeurer ensuite rue du Parloir, près du séminaire. En 1847, il avait sa résidence au Mount PlecCsant. Il mourut en 1854, ne laissant qu’un fils M. Alfred George Hawkins, employé pendant longtemps à la douane de 'Québec, retiré du service depuis l’année dernière. Edwin Hawkins, frère du premier, périt d ans l’explosion de la poudrière, appelée le Laboratoire, près de la porte Saint-Jean, •en 1864.

(3) Greffe du not aire Errol Boyd Lindsay. Le docteur avait un clerc qui demeurait avec lui. Ce fut d’abord Michael Walsh, puis George Vine Taylor.

tout droit qu’elle peut avoir à un bâtiment en bois situé en partie sur le terrain du palais épiscopal. Le docteur Rowley cette fois ne termina pas les cinq années de son contrat ; la construction tout à côté du palais législatif rendait la position moins agréable, et il quitta en 1832. Mm8 Morin loua, le 3 mai de cette année, le deuxième étage de la maison à Jolin Ryan, agent pour la compagnie des bateaux à vapeurs (1). Le 1er juin suivant, il menace de partir parce que l’étable et d’autres dépendances non moins nécessaires avaient été enlevées. Le 5 du même mois, le premier étage est loué à M. Robert Rennard, minéralogiste, pour y établir une école de filles. Il est probable que ces deux locataires ne purent y rester longtemps, car l’on voit qu’ils n’eurent pas de taxés à payer en 1832, le séjour de cette demeure étant devenu impossible.

En 1833 et 1834, les cotisations sont encore payées par la propriétaire Mme Morin; plus rien en 1835. La maison avait dû être achetée par le conseil de ville et démolie (en 1834) pour l’élargissement de la rue la Montagne. Nous n’avons pas pu mettre la main sur le contrat de vente (2).

(1) Greffe du notaire Errol Boyd Lindsav.

(2) Madame Morin (Angélique Doiron), dont le mari était forgeron et marchand de poêles, etc., était la grand’mère de M. Théophile Ledroit.

Le 7 octobre 1831, avec l’argent qu’elle reçut de la ville, elle acheta, pour $1,210.00, de John Harwood, une maison située sur la rue Saint-Joseph, aujourd’hui la rue Garneau. Elle demeurait à Saint-Rocli dans la rue Saint-Vallier.

En 1811, on trouve un monsieur Thomas Giffard qui a l’usage d’un jardin sur le terrain de l’évêché.

Dix ans après c’est M. Jacques Leblond (1) qui pour une rente de vingt schellings obtient un emplacement de vingt-six pieds de front sur trente pieds de profondeur ; borné à l’ouest par la rue Port Dauphin, au sud “ par un emplacement appartenant à la veuve Jean-Baptiste Morring (2), à l’est et au nord par le reste du terrain appartenant à l’évêché La même année, M. Joseph Dorion, marchand de fer, demeurant No. 30 rue de la Montagne, loue, pour la même somme de vingt schellings, un morceau de terre de cent vingt pieds de front sur cinquante de profondeur, au nord du terrain Leblond, et il renouvelle son contrat en 1825. Enfin en 1827 vient à son tour M. Michel Clouet qui pour la même somme

(1) M. Jacques Leblond était marchand, demeurant 8 rue Buade ; sa maison existe encore, elle est occupée maintenant par M. Dobbin et elle porte le No 29. Son magasin qu’il tint pendant plusieurs années en société avec son fils Joseph, était en face de l’église de la Basse-Ville. On verra M. Leblond en 1831-33 commissaire du gouvernement pour la construction de l’hôtel du Parlement. Joseph fut le père de Madame Chinic, de Québec, et de l’abbé Jacques-Edmond Leblond qui mourut à Rome, en 1862, fut inhumé d’abord dans l’église de la Minerve, puis transféré dans les caveaux de l’église actuelle du séminaire Français, rue Santa Chiara. Jacques, frère de Joseph, était avocat. M. de Gaspé parle de lui dans ses mémoires.

(2) Dans le contrat sous seing privé que nous résumons, c’est Morring qui est écrit ; de fait J. B. Morring était écossais, mais il écrivait lui-même Morin et fut marié sous ce nom.

de vingt scliellings aura un emplacement de vingt-huit pieds de front sur treize de profondeur, à l’est de la maison Morin (1).

Après avoir loué ces divers terrains, il restait encore à l’évêque une lisière assez considérable le long de la grande batterie, et il fut question en 1819 d’en céder une partie aux Magistrats, qui faisaient alors l’office du conseil de ville (2), pour y transporter le marché au foin et au bois de chauffage ; mais le prix de soixante louis par année demandé par Mgr Plessis ne fut pas agréé. Il y eut aussi au même endroit un corps de garde à l’usage des troupes régulières comme ou le voit

(1) Michel Clouet, l’un des citoyens les plus influents de la ville, était marchand de fer, et il fut élu deux fois pour représenter le comté de Québec. Son magasin était rue Buade 17, où se trouvent aujourd’hui les bureaux du chemin de fer C. P. R. Il avait acheté en 1810 et 1817 des héritiers Taschereau, et il agrandit considérablement la maison en 1821. Sa femme devenue folle demeurait dans la partie occupée aujourd’hui par l’imprimerie de M. Dussault, et ceux qui descendaient la rue de la Montagne l’entendaient souvent crier à tue-tête : “ Clouet ! Clouet ! ” Chose vraiment singulière, le jour où on vint lui apprendre la mort de son mari, elle recouvra subitement l’usage de la raison et put même s’occuper avec succès de régler toutes les affaires. Elle était la tante de M. Edouard Parant, mort curé de la Pointe-aux- Trembles, et c’est elle qui paya en 1840 le voyage qu’il fit en Europe avec M. Holmes, M. Taschereau (aujourd’hui cardinal) et M. J. -O. Fortier. Quand on demanda de l’aide aux citoyens, en 1844, pour la construction de l’évêché actuel, Madame Olouet donna $40.00 ; c’était l’une des plus fortes souscriptions.

(2) Le conseil de ville de Québec ne fut définitivement organisé qu’en 1833.

par un plan de 1786, et l’évêque, en faisant clôturer son terrain, avait permis, pour la commodité des soldats, l’usage d’un triangle de terre entre ce corps de garde, la batterie et la rue du Prince (aujourd’hui Port- Dauphin). Ce corps de garde fut rasé en 1797 et remplacé par celui qui couronna depuis la porte Prescott.

“ Le palais épiscopal ne servait pas seulement pour les chambres d’assemblée et les bureaux du gouvernement, il était affecté à toute espèce de réunions et de sociétés. On y tint même une école, comme l’indique le Directory de 1790 qui donne le nom de “ William Sargent, maître d’école, Bishop’s Palace ”, Une meilleure preuve nous en est donnée par M. de Gaspé qui s’y trouvait lui-même au nombre des élèves, lorsqu’en 1796, il entendit le tocsin qui annonçait l’incendie du couvent et de l’église des Eécollets. “ J’étais, dit-il, à l’école, dans l’ancien évêché, situé près de la porte de la Basse-Ville, lorsqu’on entendit le tocsin au beffroi de la cathédrale, et un instant après les tambours qui battaient la générale... (1) ”.

Les clôtures qui entouraient les jardins sur le terrain de l’évêché et les autres petits bâtiments que l’on avait dû faire pour la commodité des jardiniers ou autres ouvriers, parurent à la fin nue véritable nuisance publique, et, le 7 juin 1826, le juge de police reçut l’ordre du

(U Mémoires de M. de Gaspé.

gouverneur en chef de raser tous les ouvrages en bois qui s’y trouvaient et d’entourer tout l’emplacement d’une nouvelle enceinte semblable à celle du château Saint-Louis. Quant aux bâtiments en pierre, ils devaient être laissés, jusqu’à nouvel ordre (1).

(1) Lettre de IL Cochran, secrétaire civil, à M. Robert Christie, ckairman, Quarter Sessions, Quebec.

Dans les livres de cotisations de l’hôtel de ville, on trouve deux jardiniers établis sur le terrain du Parlement en 1821 et qui paient les taxes.

CHAPITEE CINQUIÈME

Vente du palais épiscopal au gouvernement Mgr Plessis

Mgr Panet Contrat — Construction du nouveau Parlement - Musée Chasseur. — Incendie du palais législa¬

tif. — Construction et incendie du dernier hôtel du Parlement bâti sur le terrain de l’évêché. — Le gouvernement paie le capital de la rente à l’archevêque de Québec.

L’un des événements les plus importants dans l’histoire du palais épiscopal est sans contredit la vente qui en fut faite au gouvernement de la province en 1831. Il en était question depuis assez longtemps déjà, et la chose nous est parfaitement prouvée par une lettre de Mgr Plessis au cardinal Fontana, en date du 25 juin

Le prélat s’exprime en ces termes : “ Dans le serment que prêtent les évêques le jour de leur consécration, ils s’engagent à ne jamais vendre, ni donner les propriétés de la mense épiscopale, avant d’avoir consulté le souverain pontife. Or la seule propriété qui appartienne à l’évêque de Québec, c’est son palais, qu’aucun

évêque, depuis la conquête du pays par les armes britanniques, n’a eu les moyens d’occuper. Il s’est agi plusieurs fois de céder ce palais au Parlement provincial moyennant une rente annuelle et perpétuelle de mille louis sterlings, payable à l’évêque actuel et à ses successeurs. Comme tout le monde admet que cette transaction serait très av antageuse aux évêques, et que l’offre peut en être faite et acceptée, sans que l’évêque ait eu le temps d’en donner avis, je demande donc avant toute chose que le Saint-Siège Apostolique me donne la permission de conclure ce marché, surtout avec le consentement du coadjuteur et des principaux membres du clergé ”.

Les communications à cette époque étaient loin d’être aussi faciles qu’aujourd’hui. Mgr Plessis passa toute une année sans recevoir de réponse ; elle arriva enfin, et elle était favorable au projet proposé. “ L’induit dit : ” SSmxis Dnus Xoster Plus D. P. PP. VII ... concessit facultatem cedendi gubernio seu Parliamento pro annuo et perpetuo censu mille aureorum sterlinorum ipsi ejusque successoribus in posterum persolvendo Palatium ad Quebecensem mensam pertxnens quod, ut ipse asserit, nullus Episcoporum pro redituum insujjicientia post subadam armis Britannicis Canadam occupare potuit ”. (12 mai 1822).

Les choses en restèrent là jusqu’en 1826. Mgr Plessis était mort l’année précédente, et ce fut son successeur,

Mgr Panet, qui eut à s’occuper de nouveau de cette grave question. Le 27 février, un comité de la Chambre d’assemblée “ résolut de recommander la nécessité de pourvoir à des appartements plus convenables pour les séances de la Législature De plus on décida de soumettre respectueusement les questions suivantes à Sa Grandeur Mgr l’évêque catholique de Québec : “ 1° S’il consentirait à continuer de laisser à l’usage de la Législature son palais épiscopal pour un temps qui n’excéderait pas vingt-neuf et ne serait pas moins de vingt années ? 2° Si, dans le cas où il accéderait à cette proposition, il ne consentirait pas en même temps à laisser, pour l’espace de temps dont il serait convenu, tout le terrain qui en dépend. Le tout qu’il reprendrait à la fin du bail avec les améliorations qui auraient été faites pendant sa durée ? o° Si autrement Sa Grandeur consentirait à abandonner l’évêché et tout le terrain qui en dépend, indéfiniment à la Législature, moyennant une rente financière et perpétuelle, et quel serait le montant de la rente qu’il entendrait, en ce cas, stipuler ? (Signé) J. -B. Viger, président du comité.

Mgr Panet répondit affirmativement aux deux premières questions, mais à la troisième il fit la réponse suivante : “ L’évêque ne croit pas, dans les circonstances actuelles, pouvoir prendre sur lui d’abandonner indéfiniment à la Législature l’évêché et le terrain qui en dépend moyennant une rente foncière et perpétuelle ”, ''Lettre de Mgr Panet du 2 mars 1826).

Les choses en restèrent là jusqu’en 1829. M. Lagueux, président du comité nommé par la Chambre pour la construction d’un palais législatif, vint alors trouver l’évêque pour lui soumettre de nouveau les mêmes propositions. Plusieurs membres, disait-il, surtout les protestants, voulaient choisir pour site du Parlement le jardin du roi près du château Saint-Louis. Les membres catholiques eux consentaient à voter une rente annuelle et perpétuelle de mille louis sterlings pour 1 achat du terrain de l’évêché. Il faisait remarquer que si le Parlement était construit ailleurs, le prélat se trouverait fort en peine de tirer partie des anciens bâtiments et qu’il perdrait la rente de cinq cents louis sterlings, payée pour le loyer depuis 1820 (1).

L’année suivante, le comité revint à la charge et demanda officiellement à l’évêque s’il consentirait à céder à la province la propriété entière du palais épiscopal et de tout le terrain qui en dépendait, moyennant une rente foncière, et quelle serait cette rente. Cette fois Mgr Panet consentit, à condition que la rente annuelle serait de mille louis sterlings. Cependant rien ne fut décidé alors, et ce ne fut qu’en 1831 que les parties en vinrent à un arrangement définitif. Le comité écrivit à l’évêque, qui répondit en ces termes :

(1) Auparavant cette rente était de cent cinquante louis seulement.

“ Québec, 2 mars 1831.

“ Ed. Glackmeyer, écuyer,

Greffier des comités de la

Chambre d’assemblée.

“ Monsieur,

En réponse à votre lettre du 26 février dernier, j’ai l’honneur d’informer le comité de la Chambre d’assemblée chargé de s’enquérir des moyens d’agrandir la bâtisse où se tiennent les séances de la Législature, que je suis disposé à céder et aliéner à la province la propriété du palais épiscopal communément appelé l’Evêché de Québec, ainsi que le terrain en dépendant, aux conditions suivantes qui sont à peu de chose près semblables à celles qui sont mentionnées dans ma lettre du 25 février de l’année dernière.

1ère condition. — 11 sera absolument nécessaire qu’un plan correct de ce terrain soit préalablement dressé d’après les différents titres qui y ont rapport, surtout d’après les plan et procès-verbal de Maître Lamorille, reconnus par un jugement de M. Bigot, intendant, en date du 23 janvier 1759 (1).

“ 2 de condition. — Je ne crois pas devoir demander pour cette cession moins d’une rente foncière annuelle

(1) Procès-verbal de l’alignement des Fiefs et Seigneuries de Sa Majesté, de la Fabrique de Québec et du Séminaire des Missions Etrangères, en la cité de Québec. Le Maître Lamorille, arpenteur, 16 mars 1758 et jours suivants ; copie par F. Têtu, N. P.

et perpétuelle de mille louis sterlings, payable de semestre en semestre à l’évêque catholique de Québec, à ses successeurs, ou à la personne ayant l’administration du diocèse pour le temps d’alors, laquelle rente foncière sera toujours considérée comme bien épiscopal et comme représentant la propriété des dits terrains et par conséquent aura toujours la même destination qu’auraient eu le dit palais épiscopal et le terrain en dépendant.

“ Dans le cas où il ne serait rien fait à cet égard pendant le présent Parlement, je n’entends aucunement être lié pour l’avenir par les conditions ci-dessus

Ce fut le 21 mars qu’on lut pour la lore et la 2e fois le bill(l) “ pour mettre Sa Majesté en état d’acquérir la propriété du palais épiscopal de Québec ... pour les usages publics de la province, moyennant une rente foncière de la somme de mille livres sterlings ”. Dix jours après, le gouvernement donnait la sanction royale à cette mesure ainsi qu’à un autre bill passé dans la même session pour autoriser la construction, au coût de neuf mille livres courant, d’une aile au nord-ouest de la chapelle servant de Chambre d’assemblée d’après les plans de M. Louis-Thomas Baillairgé, architecte. Le contrat entre Mgr Panet et le gouvernement ne fut passé que le 1er août 1832 devant Maître Archibald Campbell, notaire de Sa Majesté. Il est signé par Mgr Panet, par les trois commissaires nommés par le Parle-

(1) I. Guillaume IV, chap. XVI.

ment pour représenter Sa Majesté, MM. William Burns Lindsay (1), Jacques Leblond, père, et Gustave William Wicksteed (2), enfin par les notaires Archibald Campbell et Edward Glackmeyer (3).

Cependant les commissaires ci-dessus nommés se mirent immédiatement à l’œuvre pour la construction de l’aile nord-ouest du nouveau Parlement. Ils donnèrent le contrat de la maçonnerie à M. Michel Fortier et celui de la menuiserie à M. Charles Casault, et tout se fit selon les plans et sous la direction de M. Louis Thomas Baillai rgé. Les excavations furent commencées le 13 juin de la même année 1831, et le 8 septembre suivant on posait la pierre angulaire. En 1833, on démolit la vieille chapelle de l’évêché pour élever en sa place le corps principal de l’hôtel du Parlement. Le 15 juillet les quatre belles colonnes du portique étaient placées, et, avant de les couronner de leurs chapiteaux, on fit la cérémonie accoutumée de la pose de la première pierre et de la plaque commémorative. Aux applaudissements de la foule, l’architecte, M. Ls-Thomas

(T) Il était le grand’père de M. l’abbé Lindsay, chapelain actuel des Ursulines. Greffier de la Chambre d’ Assemblée, il avait ses appartements et demeurait habituellement dans le palais législatif.

(2) M. W. Wicksteed demeure depuis longtemps à Ottawa. Il est âgé de 96 ans et il écrit encore comme un jeune homme. Il a bien voulu, avec une exquise bienveillance, nous donner de précieux renseignements pour ce petit travail.

(3) Voir Appendice F.

Berlinguet (1), et les trois commissaires apparurent . debout sur les colonnes. Puis on déposa sous l’un des chapiteaux une plaque en cuivre portant l’inscription suivante :

Salle de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada Dans la 111e année du règne de Sa Majesté Guillaume IV Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne le 15 juillet 1833

Sous Son Excellence Matthew Lord Aylmer, gouverneur en chef des provinces du Bas et du Haut-Canada etc. etc. etc.

Sa Grandeur Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissime Joseph Signay, évêque de Québec, Pierre-Flavien Turgeon, vicaire général, coadjuteur, élu de Sa Grandeur l’évêque catholique de Québec.

' William B. Lindsay, écuyer, greffier de la Chambre d’assemblée.

Jacques Leblond, père, écuyer.

G. W. Wicksteed, écuyer, assistant clerc en loi de la Chambre d’assemblée.

Sous la direction des plans et conduite de Ls-Thomas

Berlinguet, architecte, depuis le 4 mai 1833.

Maître maçon : François Fortieiv

( Louis Fortier.

(^Joseph Petitclerc, père.

Maître menuisier : Charles Cazeault.

„ /"Joachim Mondor.

Se5cautK,„s:jI.rançojs

Commissaires de cette salle

Ses cautions :■

(1) Il était le père de M. F.-X. Berlinguet, comme lui architecte, et demeurant à Québec. M. Ls-Thomas Baillairgé, qui avait commencé à diriger les travaux avec M. Berlinguet, avait abandonné la tâche le 4 mai précédent.

(2) Cette plaque est conservée avec soin dans les voûtes de l’hôtel de ville. M. Baillairgé, ingénieur de la cité, a eu l’obligeance de nous la montrer.

On conserva jusqu’en 1851 l’aile sud-est de l’ancien palais épiscopal, qui devait faire un singulier effet k côté du magnifique édifice auquel elle était attachée. L’intérieur servait à divers usages. Au-dessus du porche, une dame Cross tenait maison de pension, louait des chambres et des bureaux. C’est là aussi qu’avait été transporté le fameux musée Chasseur. M. Pierre Chasseur, sculpteur et doreur, avait commencé en 1824, dans sa résidence de la rue Sainte-Hélène, une collection d’animaux et surtout d’oiseaux du Canada. Quoique peu instruit, ce brave homme, grâce à son talent et à son énergie, parvint à former le musée le plus complet de la province. Il avait réuni cinq cents espèces d’oiseaux du Canada. Le gouvernement l’aida de ses deniers et finit par devenir propriétaire de la collection (1).

(1) La Gazette de Québec disait en 1826: “ La cité de Québec doit s enorgueillir de posséder dans son sein un citoyen dont les travaux doivent nécessairement tourner à la gloire de la patrie. Mais si l’industrie et la persévérance de M. Chasseur ont droit à nos éloges, la manière dont il conduit son ouvrage n’est pas moins digne de notre admiration. Il rassemble, autant que possible, autour de chaque objet, tout ce qui tend à le caractériser, de manière à nous donner tout à la fois, en quelque sorte, l’histoire et les habitudes de l’animal en vue. Pour atteindre ce but, il a dû suivre la nature à la piste, et, pour ainsi dire, la prendre par surprise, et il lui a fallu la chercher dans les bois, sur le sommet des montagnes. dans les marais et jusque sur les rochers les plus escarpés ”. M. Chasseur mourut le 23 mars 1842. Outre les animaux, le musée renfermait bien des curiosités et souvenirs histori-

Comme les Chambres ne siégèrent plus à Québec depuis 1838 à 1852, la maison du Parlement fut convertie en hôtel de ville, et, comme nous l’avons dit plus haut, il y avait des salles et des bureaux pour des sociétés littéraires et de bienfaisance. C’est là que se réunissaient les membres du bureau de santé, et la société littéraire et historique de Québec y tenait sa bibliothèque et son musée. En 1850, ce qui restait de l’ancien palais épiscopal, c’est-à-dire l’aile sud-est. fut démoli, et l’on acheva, en 1851 et 1852, les constructions de l’hôtel du Parlement, d’après les plans de M. G. Brown, architecte (1) ; c’était le plus bel édifice de Québec. La salle du Conseil législatif, où se faisaient les cérémonies solennelles de l’ouverture et de la fermeture des Chambres, passait pour la plus remarquable en ce genre sur ce continent, sans excepter le sénat de Washington.

Il n’entre pas dans le cadre de cette esquisse de faire l’histoire détaillée de ce Parlement, mais comme il

ques, entre autres un canon trouvé dans le fleuve vis-à-vis Champlain. On y montrait aussi une hache avec la jolie inscription suivante : “ C’est ici la hache que Devvey a tué sa femme avec”. Ce Devvey avait été pendu à Montréal le 30 août 1833.

(1) Entrepreneurs, MM. Toussaint Vézina et F. Belleau, contrat pour £7,895. C’est le 14 décembre 1850 que les ouvriers trouvèrent la plaque de plomb dont nous avons déjà parlé sous la pierre angulaire de l’ancien palais épiscopal.

Voir, appendice G, quelques détails concernant l’ancien cimetière.

a coexisté avec le palais épiscopal, et que même il eu faisait partie, puis lui a succédé, nous croyons devoir rappeler en peu de mots quelle fut sa triste fin, et quelle fut la destination jusqu’à nos jours du magnifique emplacement cédé par les évêques à la province de Québec.

Le 25 avril 1849, des émeutiers en fureur avaient livré aux flammes le splendide édifice où siégeaient à Montréal les députés de l’Assemblée législative. Un peu moins de cinq ans après, ce fut le tour du Parlement de Québec. Cette fois, il est vrai, ce ne fut pas le fait d’incendiaires, mais la perte n’en fut pas moins déplorable.

Voici comment Y Abeille racontait ce triste événement:

“ Hier au matin (le 1er février 1854), entre 3 et 4 heures, le feu a éclaté dans l’aile sud de l’hôtel du Parlement, occupée par les bureaux du Conseil législatif, et il a été impossible de l’éteindre. Tout l’édifice a été consumé. Le feu, suivant toutes les apparences, a dû se communiquer par l’appareil de chauffage. Afin de mieux conserver la chaleur, on avait rempli de sciure de bois l’espace qui séparait le tuyau extérieur du tuyau intérieur des fournaises, mais cette sciure de bois, devenue très sèche, a pris feu et fait rougir le tuyau extérieur.

“ Une grande partie de la bibliothèque a été sauvée, malheureusement la portion la plus précieuse et la plus difficile à renouveler, celle qui avait coûté, comme on le sait, tant de recherches et de travaux à M. Faribault, est perdue.

“ Le bâtiment avec tout ce qu’il contenait, a coûté plus de £150,000”.

“ Les débris de la bibliothèque, dit le Courrier du Canada, sont installés au séminaire dans la chambre autrefois occupée par les évêques de Québec. On sait que le clergé de l’archevêché et -du séminaire ont fait des efforts considérables pour sauver la belle bibliothèque de la chambre, à laquelle le dernier, pour compléter son œuvre de dévouement, donne aujourd’hui l’hospitalité ”.

Le musée Chasseur périt aussi dans ce désastre (1). Après bien des hésitations, le gouvernement accepta l’offre que lui faisaient les Sœurs de la Charité d’affecter une grande partie de leur maison pour le service des Chambres et consentit à leur payer mille louis par année. Bientôt cent cinquante ouvriers furent employés à transformer l’hospice en Parlement et les travaux étaient déjà très avancés, quand, le il mai, le feu qui semblait à la poursuite des Parlements détruisit toute la partie neuve de l’édifice (2). Le gouvernement loua en déses-

(1) Les élèves du Séminaire sauvèrent cependant un certain nombre de sujets, entre autres un ours blanc qui leur fut abandonné et qui amusa pendant longtemps les petits de la petite salle.

(2) “ Encore un Parlement canadien en cendres ! L’église et la partie du couvent des Sœurs de la Charité où devait se tenir le Parlement dans le mois de juin prochain, ont été consumées cette nuit. Vers 10 h., le feu a été aperçu dans les appartements supérieurs au-dessous de la coupole, et, en moins d’une demi-heure, la coupole, l’église et tout le grenier de l’édifice n’étaient plus qu’une masse de flammes. On y

poir de cause la salle de musique pour l’Assemblée législative, et le palais de justice pour le Conseil législatif. Le conseil de ville acheta, en 1858, les murs incendiés de la Chambre d’assemblée et en fit le marché Champlain. Enfin en 1859 et 1860 on bâtit un nouvel hôtel du Parlement, en brique réfractaire anglaise, poulie prix de $61,514.77. Cet insignifiant édifice était d’abord destiné à servir de bureau de poste, mais il ne fut jamais affecté à cet usage. Le gouvernement provincial y installa ses bureaux, et les Chambres s’y assemblèrent jusqu’en 1883, alors que cet édifice fut, à son tour, détruit par un incendie (19 avril 1883).

Depuis la Confédération, le gouvernement fédéral était le possesseur du terrain de l’évêché, mais il le transporta en 1871 au gouvernement local de Québec, qui à son tour le lui remit en 1887. La rente de mille louis sterling était fidèlement payée par l’un ou par l’autre, depuis cinquante-sept ans, quand, cette même année 1 887, les ministres fédéraux décidèrent de rompre le contrat et de payer à l’archevêque de Québec le capital de cette rente calculée à six par cent d’intérêt, ce qui donnait $74,074.00.

Le 28 octobre le secrétaire de Sir Hector Lanoevin,

avait transporté depuis quelques jours le mobilier sauvé de l’incendie du 1er février et un lot considérable de livres parlementaires venant de l’imprimerie. Tout a été consumé, ainsi que la plupart des outils qu’y avaient laissés les ouvriers. Un tapis de £150 acheté et payé la veille a subi le même sort ... ” (L’abeille).

ministre des Travaux Publics, écrit au secrétaire de Son Eminence pour offrir cette somme, afin d’obtenir la radiation d’une rente de 84,444.44 dont est grevé en faveur de l’archevêque de Québec le terrain ci-devant occupé par l’hôtel du Parlement. Le 3 novembre, le cardinal fait répondre par son secrétaire qu’il ne croit pas pouvoir accepter cette offre. Le 26 janvier 1888, Sir Hector insiste et dit que l’honorable ministre de la justice auquel la question a été soumise, est d’opinion que l’art, du code civil, P. Q., autorise le locataire à se libérer d’une rente à long terme, à sa volonté, en en payant la somme capitalisée.

Le 24 février suivant, Son Eminence adresse irn long plaidoyer au ministre pour énumérer les raisons de son juste refus.

Après avoir rappelé les circonstances du contrat solennel passé entre les évêques de Québec et le gouvernement, et l’acte du Parlement qui l’autorisait, le cardinal expose le but et les conditions de cette rente foncière , annuelle, 'perpétuelle et non rachetable et la déclaration positive ajoutée à la clause quatrième : nonobstant toutes lois, coutumes ou usages à ce contraires. Puis il demande si un gouvernement a bien le droit “de manquer à sa parole et d’exiger d’un sujet un sacrifice qui n’est pas absolument nécessaire. ”

“ Peut-il, sans violer la justice naturelle, rendre plus mauvaise la position d’un sujet qui a contracté avec lui ? Ce serait certainement ce qui arriverait s’il irnpo-

sait sa volonté dans le présent, car le capital offert au taux de 6% ne donnera pas le même revenu que la rente, parce que le taux ordinaire est de 5/ et même souvent de 4%. De plus l’archevêque de Québec aurait bien des risques à courir Mais il était décrété que les intérêts du cardinal seraient sacrifiés sur l’autel de la patrie, et, le 25 juin suivant, l’honorable ministre s’appuyant toujours sur la science légale de son collègue sir John Thompson, répondit que la rente était rachetable, et il terminait en priant le cardinal de lui désigner quelqu’un qui fût autorisé à recevoir le capital le 30 du même mois. C’était indiquer d’une manière assez claire qu’il fallait clore la discussion et se soumettre ou plaider.

Le cardinal ne crut pas devoir prendre ce dernier parti, et il écrivit (30 juin 1888) que “ cédant à une force majeure et contre sa conviction intime ”, il acceptait l’offre du gouvernement. Les conséquences étaient faciles à prévoir et le cardinal les connaissait bien ; l’archevêque de Québec aura désormais l’ennui de trouver un placement pour la somme de $74,000.00, il aura le risque d’en perdre une partie ou même le tout, et en tous cas, il perdra régulièrement et sûrement une somme de sept cents à mille piastres par année.

Quelles ont été les graves raisons qui ont engagé le gouvernement à imposer un pareil sacrifice à l’archevêque de Québec, nous n’avons pas encore pu les découvrir. Peut-être était-ce pour rendre plus facile à

la “ Quebec Hôtel Company ” l’acbat qu’elle voulait

faire du terrain de l’ancien Parlement ? En supposant

que la loi civile pût autoriser cette mesure et que celleci fût regardée comme nécessaire, ce que nous ne sommes pas du tout prêt à admettre, il semble que l’on aurait dû au moins offrir au cardinal une somme suffisante pour compenser le dommage évident qu’on lui faisait subir.

C’est là la fin de l’histoire de ce palais épiscopal bâti par Mgr de Saint- Yallier, habité par ce prélat pendant six années seulement, même nombre d’années par Mgr Dosquet, et seize années par Mgr de Pontbriand. Il avait duré, pour une partie du moins, cent cinquantesept ans, l’aile du sud n’ayant été démolie qu’en 1851, et ce fut sa destinée de servir à l’Etat plus longtemps qu’à l’Eglise et d’entendre plus souvent les discours des hommes politiques que les sermons des évêques. Il n’en fut pas moins très utile aux uns et aux autres, et nous serons heureux si nous pouvons contribuer à perpétuer le souvenir de cette vénérable maison qui appartient à l’histoire politique comme à l’histoire religieuse de Québec.

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