‹ Histoire du palais épiscopal du QuébecChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Deux maisons sur l’emplacement de l’évêché actuel — Le

docteur Sarrazin. — La famille Perthuis Roberge —

Les de Lanaudière La famille Marin. — La famille

Taschereau. — L’honorable M. Baby M. de Gaspé —

M. Longmore M. Buchanan. — Les White - Le Dr

Harkness M. Stayner. — Les locataires MM. Wood,

Hawkins, Andrews, Finlay - Le bureau de poste. —

Incendie.

C’est en 1843 que l’évêque de Québec, Mgr Signay, acheta le terrain sur lequel le palais épiscopal actuel a été construit. A l’exemple de ses prédécesseurs, il avait profité de la libérale hospitalité des messieurs du Séminaire. Mais pour plusieurs raisons que nous donnerons plus loin, cet état de choses ne pouvait toujours durer, et le coadjuteur Mgr Turgeon profita d’une occasion, on peut dire unique, pour lui procurer une résidence convenable où il pût être véritablement chez lui. Avant d’en arriver là dans notre récit, il ne sera peut-être pas

sans intérêt de faire l’histoire du terrain et des deux maisons dont l’évêque de Québec devint alors le propriétaire. Car depuis 1728 jusqu’à 1843, il y eut deux maisons qui occupaient exactement l’emplacement de l’évêché actuel.

Le docteur Sarrazin d’abord acheta du séminaire la moitié du terrain du côté sud, le 26 octobre 1720 (1). La première concession était de forme irrégulière, une seconde fut faite le 21 juin 1726 (2); et en 1727, l’arpenteur royal Lemaître de la Morille en fit le mesurage et la description comme suit :

“ J’ai mesuré pour mon dit sieur de Sarrazin un terrain ainsi qu’il en suit, savoir : sur la rue ou chemin allant au séminaire (3), soixante et trois pieds et trois pouces de front sur soixante et trois pieds et trois pouces de profondeur, de sorte que le dit terrain se trouve carré, ayant sur les quatre faces pareille longueur, faisant en superficie quatre mille pieds six pouces et neuf lignes ; borné d’un côté, le terrain de mes dits sieurs du séminaire, par devant la rue ou chemin allant au dit séminaire, d’autre côté et par derrière au bout de la dite profondeur le terrain de mes dits sieurs du séminaire ... Ensuite et outre ce, j’ai, à la susdite requête, mesuré pour mon dit sieur de Sarrazin, un

(1) Etude du notaire Barbel.

(2) Ibid.

(3) L’allée devant l’évêché actuel.

Eue ou chemin qui va au Séminaire.

63 pieds 3 pouces.

Terrain du Séminaire.

63 pieds 3 pouces.

Sup. 4000 pieds 6 pouces et 9 lignes.

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35 pieds.

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Terrain du Séminaire.

morceau de terrain, savoir: vingt-six pieds de front à prendre et commencer du niveau et au bout de la muraille construite sur le terrain dépendant du palais épiscopal de cette ville, faisant face sur la rue de la Montagne et joignant le terrain ci-dessus ; et en 'profondeur trente-cinq pieds, et au bout de la dite profondeur, dix-neuf pieds et six pouces, faisant, le dit morceau de terrain, une figure trapèze contenant en superficie sept cent quatre-vingt-seize pieds et trois -pouces ; borné par devant à la dite rue de la Montagne, d’un côté le terrain du dit palais épiscopal, d’autre côté le terrain ci-dessus, et par derrière et au bout des dits trente-cinq pieds de profondeur, mes dits sieurs du séminaire, suivant qu’il paraît par la figure ci-après (1). ” Le prix de l’emplacement fut fixé à mille livres.

Le docteur Michel Sarrazin était né le 5 septembre 1659, à Nuits, en Bourgogne. Arrivé à Québec vers 1685, il y resta jusqu’en 1694, sur les instances de MM. de Denonville et de Champigny,qui, pour le retenir, le nommèrent chirurgien-major des troupes de Sa Majesté. “ Il exerça pendant tout ce temps la double fonction de chirurgien et de médecin, avec un zèle et un désintéressement qui ne se démentirent jamais (2) ”,

(1) Voir le plan.

(2) Michel Sarrazin. Etude biographique par M. l'abbé Laflamme, président de la Société Royale, actuellement recteur de l’université Laval. C’est dans cette intéressante ■brochure que nous avons pris en grande partieles détails que nous donnons ici sur la vie de ce célèbre médecin.

Retourné en France, il employa trois ans à se perfectionner dans l’étude de la médecine, et revint en, Canada en 1697, avec le titre de médecin du roi. Savant naturaliste, membre correspondant de l’Académie Royale des Sciences, Sarrazin fut nommé, en 1707, membre du Conseil Supérieur du Canada. Ce fut lui. qui assista les évêques de Laval et de Saint- Yallier dans leurs dernières maladies. “ Vers la fin de sa vie, Sarrazin s’était mis en société avec le sieur Robert Drouard, marchand, de Québec, et exploitait avec lui plusieurs pêches sur la côte nord du fleuve, entre autres, à Tadoussac. Drouard mourut ne laissant qu’un enfant mineur. De là une série quasi interminable de difficultés entre Sarrazin et les héritiers Drouard, difficultés dans, lesquelles le séminaire de Québec se trouva impliqué par son procureur, l’abbé de Varennes, qui avait reçu les biens Drouard en sa qualité de caution de la tutricedu mineur Drouard. Cette kyrielle de procès ne se termina qu’en 1747 (1)

Le 20 juin 1712, le docteur Sarrazin épousa, à Montréal, Marie-Anne Hazeur, âgée de vingt ans seulement, lui-même ayant alors cinquante-trois ans. On voit, par le recensement fait en 1716 par le curé de Québec,, qu’il demeurait alors dans la rue Saint-Louis.

(1) Michel Sarrazin. Etude biographique par M. l’abbé Laflarnme, président de la Société Royale.

Comme nous l’avons dit dans la première partie de ce travail, il habita ensuite le palais épiscopal de Mgr de Saint- Vallier où il se trouvait certainement en 1728. Cette année-là, il se fit construire, sur le terrain qu’il venait d’acheter du séminaire, une maison en pierre à deux étages (1), de quarante-cinq pieds de long sur la rue du Parloir et trente-quatre pieds de large ; il y avait deux galeries superposées en arrière de la maison, du côté du jardin. A l’ouest, entre cette maison et celle appartenant au sieur Perthuis, dont nous allons parler, il y avait “ un” grand vestibule entouré de planches embouffetées du haut en bas, de dix pieds de long sur la dite rue du Parloir, sur douze pieds de large, avec écurie, étable et latrines dans la cour ” (2). Le 22 juin 1728, l’arpenteur Delacetière avait fixé l’alignement de cette maison à la distance de vingt-cinq pieds du mur du jardin du presbytère, et ce fut toujours depuis la largeur de cette rue, jusqu’en 1895, alors qu’elle fut élargie de vingt-cinq autres pieds. Sarrazin se trouvait avoir également vingt-cinq pieds de terrain entre sa maison et le rnirr du terrain de l’évêque.

Le même jour, le même arpenteur donnait l’alignement à la maison voisine que faisait construire “ demoiselle Marie-Madeleine Roberge, veuve de défunt le sieur

(1) Deux étages sur la rue du Parloir et trois du côté du Séminaire. 11 en fut de même pour la maison voisine.

(2) Extrait des registres de la Prévôté de Québec, 23 janvier 1748.

Charles Perthuis, vivant négociant et bourgeois de cette ville ”, sur l’emplacement qu’elle avait acquis des messieurs du Séminaire par contrats du 17 juin 1726 et du 19 mai 1728, pour la somme de dix-huit cent quatrevingt-dix livres (1). Cet emplacement avait soixante pieds de front sur la rue du Parloir, et soixante et trois pieds de profondeur.

En 1733, on trouve M. Sarrazin installé dans sa nouvelle résidence où il mourut l’année suivante, à l’âge de soixante et quinze ans. Il fut enterré dans le cimetière des pauvres de l’Hôtel-Dieu. Sa femme continua d’habiter sa maison jusqu’au jour de sa mort, en 1743. Les époux Sarrazin avaient eu plusieurs enfants dont trois moururent en bas âge. “ Deux garçons passèrent successivement en France, le premier pour y étudier la médecine, le second pour se faire une carrière militaire... Celui-ci avait d’abord fait ses études au séminaire de Québec puis porté la soutane pendant un an (2) ”. Pestait au Canada une seule fille issue de ce mariage, Louise- Charlotte, qui se maria à Sainte-Foye, le 5 février 1746, à Hippolyte de Varenne. Deux ans auparavant elle habitait encore la maison paternelle avec son oncle le chanoine Joseph Thierry Hazeur, grand pénitencier de la cathédrale. Le recensement fait par le curé de Québec, en 1744, nous donne les noms de

(1) Greffe de Louet. Le Séminaire était endetté de pareille somme envers madame Perthuis.

(2) Brochure déjà citée de Mgr Laflamme.

toutes les personnes qui demeuraient alors dans la maison Sarrazin : “ Sieur Joseph Thierry Hazeur, prêtre chanoine, 64 ans ; Demoiselle Louise-Charlotte Sarrazin, sa nièce, âgée de 18 ans ; sieur Louis-Claude- Joseph- William Strand, Anglais, 24 ans. Domestiques : Pierre Jeannel, 13 ans ; Marie Bebois, sauvagesse, 9 ans ; Marguerite Edet, femme de Pierre Mercier, absent, 27 ans ”,

Apres le mariage de sa nièce, le chanoine Hazeur se vit obligé de faire vendre la maison à l’enchère afin de payer aux héritiers Drouard les dettes de la famille Sarrazin. Tuteur de ses neveux et de sa nièce, il obtint de la Prévôté un jugemeut en conséquence, et après que toutes les formalités légales eurent été suivies, après les trois publications criées et enchères voulues, la propriété passa, le 23 janvier 1748, entre les mains de M. Charles-François Tarieu de la Naudière, pour la somme de dix mille cinq livres (1).

M. de la Naudière était marié à Louise-Geneviève Deschamps de Boishébert (2). Il était lieutenant des troupes, chevalier de Saint-Louis, seigneur de Saint- V allier et de Saint-Pierre-les-Becquets, etc. La maison qu’il venait d’acheter demeura toujours la possession de sa famille jusqu’en 1843.

(1) Extrait des registres de la Prévôté, 23 janvier 1743.

(2) Il était tils de Pierre-Ths Tarieu, sieur de la Pérade, et de Marie-Madeleine Jarret de Verchères, l’héroïne de Verchères.

La maison voisine avait aussi changé de propriétaire à la mort de Marie-Madeleine Roberge, veuve de Charles Perthuis, décédée en 1741, et elle devint la propriété de son fils Charles Perthuis, négociant, qui mourut à Paris en 1750. Alors, parle partage qui suivit entre les autres enfants (1), elle échut à M. Joseph Perthuis, qui était frère de ce dernier, et conseiller au conseil supérieur. Le 10 novembre 1754, il vendit à “ Joseph Lamargue sieur de Marin, écuyer, officier des troupes de la marine en garnison en cette ville, y demeurant rue de la Fabrique, et à demoiselle Charlotte

Fleury de la Gorgendière, son épouse . pour la

somme de dix-huit mille livres de prix principal et celle de cinq cents livres pour les épingles de la présente vente ”,

Il y avait à payer de plus onze cent douze livres au Séminaire pour les lods et ventes (2).

Depuis la mort de Mme Perthuis (Marie- Madeleine Roberge), la maison n’avait pas été habitée par les membres de sa famille, mais avait été louée à M. Thomas-Jacques Taschereau, le bisaïeul du cardinal. Le recensement de 1744 donne, comme suit, les noms des membres de la famille :

“ Sieur Thomas- Jacques Taschereau, conseiller, trésorier de la marine, 53 ans ; Dame Marie-Claire Fleury,

(1) Greffe de Saillant et de Du Laurent.

(2) Greffe de Barolet.

35 ans; enfants : Thomas-Victor, 11 ans ; Louis-Joseph, 4 ans; Charles-Antoine, 3 ans; Pierre-François, 2 ans -y Marie, 12 ans; Charlotte, 10 ans; Charlotte-Claire, 7 ans; Marie- Anne-Louise, 1 an. Domestiques : Jacques Nicolle, 16 ans; Piebecca Eobins, 29 ans; Charlotte Laçasse, 22 ans

M. Taschereau était le beau-frère de M. de la Margue de Marin, et il demeura jusqu’à sa mort (1749) sur cet emplacement que devait occuper plus d’un siècle plus tard son illustre arrière-petit-fils. Sa veuve y resta au moins jusqu’en 1757, comme on le voit par un acte du notaire Barolet en date du 27 septembre de cette année. Ce jour-là M. Chs-Antoine-Godfroy de Tonnancourt, chanoine de la cathédrale, se mourait “ dans une des chambres de la maison (rue du Parloir) occupée par Mme veuve de M. Taschereau ”, et il faisait une dernière déclaration en faveur de son frère, conseiller du roi (1).

(1) Le chanoine de Tonnancourt mourut le 30 septembre. En 1744, il résidait rue Buade, en face du presbytère. Le chanoine Eustache de Lotbinière demeurait aussi dans la même rue avec son fils Michel et deux domestiques. Devenu veuf en 1723, il avait été ordonné prêtre en 1726 et fut nommé archidiacre du chapitre de la cathédrale.

Le marquis de Montcalm, qui, comme on le verra plus loin, s’intéressait à toutes les personnes de la rue du Parloir, annonce la mort de M. de Tonnancourt dans une lettre à Bourlamarque en date du 4 octobre 1757 : “ L’abbé de Tonnancourt mort, continuation de morts et maladies à l’Hôpital- Général. La sœur de Madame de Lanaudière y est morte. Madame Marin, malade. Bougainville fréquente un peu la maison où je vais beaucoup ”.

Mme Taschereau alla ensuite demeurer avec son fils, M. Gabriel-Elzéar, qui avait sa maison rues Buade et de la Montagne, et on voit qu’elle y fit son testament le 27 octobre 1788 (1). Elle mourut en 1797. Cependant. M. de la Margue avait pris possession de sa nouvelle résidence, et en 1757, les messieurs du Séminaire lui concédèrent, pour neuf ans, l’usage du petit terrain en forme de pointe de chemise situé entre la rue du Parloir, le Séminaire et le jardin du curé (2). Il n’en put jouir longtemps non plus que sa famille, car la guerre appela l’époux sous les drapeaux, et le siège de la ville força la mère et les enfants à quitter une maison trop exposée aux bombes de l’ennemi. Voici ce que nous trouvons dans un mémoire de Pontleroy au sujet de ce qu’il proposait de faire pour la défense de cette partie de la ville. Il suppose que l’ennemi attaquera Québec par la Basse- Ville.

“ Elle est défendue, dit-il, du côté du fleuve par un quai sur lequel il y a des batteries. On y en placera d’autres du côté de l’embouchure de la rivière Saint- Charles. 11 n’y a point de quai et l’eau bat au pied des maisons; on y construira également des batteries.

“ L’embouchure de la dite rivière et la rade sont battues par une batterie au sommet de la hauteur, derrière l’évêché.

(1) Greffe de Descheneaux.

(2) Greffe de Barolet.

“ De la Basse-Ville, on monte sans obstacle à la Haute (1) ; on y pourra en fermer la communication par des palissades qui seront flanquées par le château Saint-Louis et par le mur du jardin de l’évêché...

« La batterie derrière l’évêché, de quarante et quelques pièces de canon, par son élévation au-dessus de l’eau, ne peut produire d’autre effet que de couper des manœuvres, et je suis persuadé qu’elle n’empechera pas les vaisseaux ennemis de s’embosser dans la rade... L’ennemi viendra à l’entrée de la nuit placer quelques galiotes à bombes pour en jeter des combustibles qui incendieront bientôt la Basse-Ville et obligeront de l’abandonner entièrement...

“ La Basse-Ville brûlée, l’ennemi abordera dans tout son pourtour... si une fois son logement est fait, il serait difficile de l’en chasser, nos troupes ne pouvant s’y porter que par la rampe de l’évêché et par la partie du faubourg de la canoterie.

“ Dans cette situation, nous aurons précédemment fermé la communication à la Haute-Ville par des palissades, ainsi qu’il a été dit ci-dessus ; nous aurons même fait une seconde coupure entre l’angle du jardin de M. de Boishébert et celui de la maison de M. de Lanaudière, mis deux pièces de canon dans la dite maison qui enfileront la rampe ; mais peut-on espérer

(1) C’est-à-dire qu’il n’y avait aucune porte ; la porte Prescott fut construite après la conquête.

que ces précautions l’empêchent de monter et de se rendre maître de Québec ? Non ; il mettra du canon sur la rampe, brisera la première palissade, et avec la même batterie renversera celle de chez M. de Lanaudière, d’où doit s’ensuivre la prise de la place ou une capitulation

Si les choses ne se passèrent pas absolument de cette façon, le résultat final fut bien le même; en jetant un coup d’œil sur les gravures que nous reproduisons, l’on verra les palissades dont il est question dans ce mémoire et les dégâts faits par l’ennemi au palais de l’évêque et à toutes les maisons avoisinantes.

Après la conquête, M. Marin alla demeurer en France et ne revint plus au Canada (1).

(1) Dans le “ Journal clu marquis de Montcalm ” nous lisons ce qui suit au sujet du sieur de Marin : “ Québec m’a paru une ville d’un fort bon ton ; et je ne crois pas que, dans la France, il y en ait plus d’une douzaine au-dessus de Québec pour la société ; car d’ailleurs il n’y a pas plus de douze mille âmes. Le goût décidé de M. l’intendant pour les jeux de hazard, la complaisance outrée de M. le marquis de Vaudreuil, les ménagements que je n’ai pu me dispenser d’avoir à deux hommes dépositaires de l’autorité du roi, ont été causes que l'on a joué indécemment les jeux de hazard, etmême les plus désavantageux, comme le pharaon. Plusieurs officiers s’en repentiront pendant longtemps, comme M. Marin, lieutenant en second dans le bataillon de la Reine, qui outre beaucoup d’argent comptant, a perdu cinq cents louis. La générosité française n’a pas permis que cet officier fût en peine vis-à-vis ceux de la colonie qui les lui avaient gagnés ; et M. de Roquemaure, lieutenant-colonel, a eu le bon procédé de faire prêter l’argent et d’en répondre

M. Marin devait se trouver à la bataille de Carillon, de

En 1763, il était à Tours, rue de la Boullepeinte, paroisse de Saint-Pierre-Lepuellier (1), d’où il adressait une procuration à M. Jean Amiot, bourgeois, de Québec,

même que MM. de la Naudière, de Saint-Ours et de Gaspé, capitaines, puisque le bataillon de la Reine dont il faisait partie figura dans cette action glorieuse. Dans le même journal de Montcalm, on voit que le 4 août 1758, “ M. Marin part pour le fond de la baie avec un parti de deux cent dix-neuf sauvages et deux cent vingt-cinq Canadiens ”. Le 10 août, il rencontre “ Rodgers avec cinq cents hommes, soutenu parle major Putnam à la tête de deux cent cinquante hommes... La partie n’était pas égale. Nos gens se sont retirés en bon ordre... Ils ont fait-cinq prisonniers dont est le major Putnam. Une grande partie des Canadiens du détachement de M. Marin étaient de la pire espèce. On prétend que le commandant des milices les lui avait donnés tels par jalousie de métier ; d’ailleurs, des affaires d’intérêt pour société de poste ont indisposé M. de Rigaud contre son beau-frère ”. M. de Rigaud était marié à une demoiselle de la Gorgendière, sœur de la femme de Marin. Ce dernier eut de nombreux et dangereux voyages à faire durant toute la campagne, étant sans cesse à la tête de partis de sauvages, qui, comme on le sait, entendaient faire la guerre à leur manière barbare et se soumettaient bien difficilement à la discipline des troupes civilisées. Montcalm, très sévère dans ses jugements, dit dans une de ses lettres au général de Lévis : “ Dites à votre camp que j’ai été très content de Messieurs de la colonie. Souvenez-vous que Mercier est un ignorant et un homme faible ; Saint-Luc, un fanfaron et un bavard; Montigny, admirable mais un pillard ; Ligneris, Villiers, Lery, bons ; Langy, excellent ; Marin, brave, mais sot ; tout le reste n’en vaut pas la peine d’en parler, même mon premier lieutenant général Rigaud ”. En 1759,1e même Montcalm dit que “ MM. Marin et de Montigny, officiers de la colonie, attachés aux sauvages, sont du nombre des prisonniers (à Niagara) et ont reçu la bastonnade par les Agniers ”.

(1) Procuration passée par Maîtres Gervais et Petit, notaires royaux de la ville de Tours.

pour l’autoriser “ à vendre toutes les maisons, terres, héritages, habitations, . ensemble les nègres (1), bes¬

tiaux et tous les effets mobiliers ”, qui pouvaient appartenir à lui ou à sa femme.

Muni de ces pouvoirs, M. Amiot vendit, le 26 avril 1764, pour six mille trois cents francs (2), la maison de M. Marin au chevalier de la Xaudière qui se trouva ainsi propriétaire des deux maisons de la rue du Parloir. Celle qu’il possédait déjà avait été tellement avariée pendant le siège, qu’en 1763 il passait un contrat avec les entrepreneurs Joseph P>elan et Jacques Beaussan pour la faire rebâtir en pierre de Beauport (3) ; et en attendant, il demeurait près de l’église des Jésuites. La maison voisine, moins exposée, n’avait pas besoin de

(]) “ Le premier recensement où l’on ait compté des •esclaves, dit Garneau, est celui de 1784. Le nombre des noirs des deux sexes était alors de trois cent quatre, dont deux cent douze dans le district de Montréal, quatre dans celui des Trois-Rivières, et quatre-vingt-huit dans celui de Québec : d’où l’on peut conclure que lors de la conquête, un quart de siècle auparavant, le nombre en était nul... Depuis longtemps le droit de l’esclavage s’est éteint dans ce pays sans qu’il ait ■été besoin d’en décréter l’abolition... On doit dire (cette dernière phrase est en note) à l’honneur du gouvernement et du clergé canadien, qu’ils ont toujours été opposés à l’introduction des noirs en Canada. Voir dans “ Picturesque Quebec ”, par M. J.- A. LeMoine, le contrat de vente d’une négresse par Francis Bellet à Th. Lee, le 2 septembre 1796, pour la somme de cinq cents livres de vingt sols.

(2) Greffe de Saillant.

(3) Ibid.

grandes réparations, et M. de la Naudière dut s’y transporter de suite après son acquisition.

Le petit jardin qu’il possédait entre sa maison et celle de M. Turgeon occupée par madame veuve Lacroix (1),. lui fut alors réclamé par le gouvernement militaire qui décida d’ouvrir une rue pour le service de la grande batterie sur les remparts — ce fut la rue du Prince, appelée ensuite Port-Dauphin — et sur le rapport des cinq experts qui avaient été nommés, M. de la Naudière reçut en compensation la somme de deux cent soixante piastres (2).

A cette date, il était veuf de sa première femme, mademoiselle Deschamps, décédée, en 1762 (3), à Québec,.

(1) Nous avons parlé au long de cette maison dans la première partie.

(2) “ Ordered that the Ground taken from Monsieur De

Lanaudière be inspected by five members or a majority of them who are to report upon oath to this Board the value thereof ; with Mons. De Lanaudière’s assent, MM. Perrault, Amiot, Marteilhe, William Grant and John Collins are appointed . (Signed) Ja. Murray (14th of June 1766).

“ M. De Lanaudière having produced to this Board his original titles to the piece of Ground taken for a Koad to the Battery in which there appears no reserve for His Majesty, ordered that M. de Lanaudière be paid agreeable to the valuation 260 dollars ”. “ Extract from the minutes of Council of the 18th June, 1766”.

(3) Il eut sept enfants du premier mariage ; l’aîné, Charles- Louis, marié à mademoiselle de la Corne, fut un militaire distingué. Son neveu, M. de Gaspé, donne, dans le quatrième chapitre de ses Mémoires, les détails les plus intéressants sur la famille de la Naudière. Voir aussi “ Histoire des grandes amil les françaises du Canada ”, page 447.

pendant que lui-même était en France ; et, à son retour il s’était remarié, le 12 janvier 1764, à Marie-Catherine Lemoine de Longueuil, sœur des dames Germain, Jarret de Verchères, et de Maizières.

Il serait hors de propos d’entrer dans de longs détails sur les familles qui habitaient les maisons dont nous esquissons l’histoire. Nous ne faisons que mentionner en passant les noms des propriétaires et des locataires qui s’y sont succédé. Notons cependant que cette résidence des de Lanaudière vit passer dans ses salons tout ce que la colonie renfermait de plus distingué dans la noblesse, le clergé, l’armée et le gouvernement, et ce après comme avant la conquête ; c’était une maison de prédilections pour Montcalm,et, pour me servir des idées de l’abbé Casgrain (1), s’il était attiré chez Mme de Beaubassin, née Jarret de Verchères, par les charmes de sa conversation, s’il allait s’amuser et s’étourdir chez Mm® Péan, c’est chez Mme de Lanaudière que le général allait chercher les récréations sérieuses et instructives, les causeries du meilleur ton. En 1757, il écrit au chevalier de Lévis : “ Nous avons deux bonnes maisons : l’hôtel Péan et Mme de Lanaudière ”. Il y était reçu

(1) Monicalm peint par lui-même. Conférence lue à la Société Royale. M. l’abbé Casgrain doit être dans l’erreur quand il place la maison de madame de Lanaudière dans la rue du Parloir près des Ursulines. Cette dame demeurait certainement dans la rue du Parloir près dxi Séminaire. Il a évidemment confondu ces deux rues qui portaient le même nom.

comme un ami de la maison et il lui arriva même d’y ' faire sa correspondance.

En 1758, il écrit à Bourlamaque : “ Il est vrai que de toutes parts il n’est question que de la beauté d’une dame du Parloir; je l’ai toujours trouvée aimable et plus d’esprit qu’on ne croit... Je suis très attaché, sans réserve, à toute la rue, et Marin a dû s’en apercevoir ”.

En 1759, il écrit encore à Lévis : “Rien de nouveau, mon cher chevalier ; les plaisirs à l’ordinaire ; deux bals •encore ; ma vie accoutumée entre les maisons Péan et Lanaudière ”. Avec Montcalm, on trouve Bourlamaque, Roquemaure, l’intendant Bigot, le marquis de Vaudreuil, les Longueuil, les Saint-Ours, les Baby, les Villiers, Bougainville et tous les officiers militaires.

Plus tard on voit apparaître dans les mêmes salons des représentants de quelques-unes de ces mêmes familles, et d’autres qui portent des noms qui ne le cèdent en rien aux premiers. C’est ce que l’on put constater le 28 janvier 1786, au mariage de M. Ignace Aubert de G-aspé avec mademoiselle Catherine de Lanaudière, et le 25 février suivant, au mariage de l’honorable François Baby avec mademoiselle Marie-Anne de Lanaudière.

Le contrat de cette dernière union fut passé à la maison de madame veuve de Lanaudière qui avait perdu son mari le 1er février 1776 (1), et il fut

(1) M. de Lanaudière mourut à l’ Hôpital-Général et fut inhumé dans l’église a2>rès un service chanté par le chanoine de Rigauville.

signé par le lieutenant-gouverneur Henry Hope, l’illustre Mgr Briand, ancien évêque de Québec, le comte Dupré, Paul-Eoch de Saint-Ours, l’honorable Pierre Panet, dame Agathe Lemoyne de Longue uil veuve de Louis Jarret de Verclières (1) ; puis viennent les Godfroy de Tonnancourt, les de Léry, la baronne Grant, douairière de Longueuil, etc., etc. (2). Ce fut cette année-là que naquit, dans la maison de sa grand’mère, madame de Lanaudière, M. de Gaspé, l’auteur des Anciens Canadiens (3). La mort de cette vénérable dame arrivée le 16 avril 1788 nécessita 1a. vente à 1 enchère des deux maisons qui lui appartenaient, afin de donner à chacun des héritiers la part d’heritage qui lui revenait.

L’honorable François Baby devint l’acquéreur de la maison située sur les rues du Parloir et de la Montagne et la maison voisine échut à M. de Gaspé (4). Chacune fut vendue pour la somme de quatre cent cinq louis. Tous les procédés légaux avaient été pris à la demande

(1) Elle demeurait avec sa sœur et mourut en 1792. Son Altesse Royale, le prince Edouard et tous les officiers de son régiment assistèrent à sa sépulture.

(2) Berthelot d’Artigny et A. Panet.

(3) Voici comment il raconte lui-même l’événement dans ses Mémoires : “ Le 30 octobre de l’année 1786, dans une maison de la cité de Québec, remplacée maintenant par le palais archiépiscopal, un petit être bien chétif, mais très vivace, puisqu’il tient aujourd’hui la plume à l’âge de soixante et dix-neuf ans, ouvrait les yeux à la lumière ”.

(4) Greffe de Descheneaux.

de M. Gabriel- Elzéar Taschereau, le tuteur des mineurs de Lanaudière. Il y eut à cette occasion visite officielle de ces maisons par MM. Jean Baillairgé, architecte, et Delestre dit Baujour qui en dressèrent procès-verbal avec plan (1). La première avait soixante et trois pieds de front sur trente-quatre de profondeur, et l’autre cinquante et un pieds et neuf pouces de front sur la rue du Parloir et trente-quatre de profondeur du côté du Séminaire. Sir Thomas Mills, receveur général, était alors locataire dans la maison achetée par l’honorable M. Baby et il y demeura jusqu’au 1er mai 1789, occupant le premier étage seulement (2). Après son départ M. Baby fit faire à sa propriété des réparations considérables ; il l’habita jusqu’à sa mort qui arriva le 6 octobre 1820 (3). Sa femme y demeura après lui, avec quel-

(1) Nous publions à l’Appendice I, et le plan et le procèsverbal.

(2) Greffe de Descheneaux.

(3) M. Baby était le gi'and-père du juge G. Baby, et de M. William Baby, de Québec. Il était à l’époque de son mariage membre du Conseil Législatif et adjudant général des milices, et il demeurait rue Sous-le-Fort. Voici ce que nous lisons de lui dans des “ Mémoires de famille ” :

“ L’honorable François Baby était un des hommes les plus influents à la ville et au château. La position de sa famille, sa haute éducation, l’intégrité de son caractère, la solidité de son jugement, sa fidélité à la couronne d’Angleterre lui avaient ouvert les portes du Conseil Législatif et du Conseil Exécutif et acquis la confiance des gouverneurs. Ceux qui ne connaissaient pas la sincérité de son patriotisme, l’accusaient d’être trop anglais et opposé aux intérêts des Canadiens, mais il appartenait à ce parti sage, dont Mgr Plessis, le grand

ques-uns de ses enfants et sa sœur Marguerite de Lanaudière.

Si cette maison des Baby-Lanaudière resta toujours

homme de l’époque, était le plus beau modèle ... Jusqu’à la fin de sa vie, la maison de M. François Baby avait été le rendez-vous de la meilleure société québecquoise ”.

Ajoutons que M. Baby rendit de grands services à différentes communautés religieuses et en particulier aux Dames Ursulines des Trois-Rivières. Comme elles en appelaient en Angleterre d’un jugement rendu contre elles par la cour d’appel de la province et en faveur de François Lemaître, on préleva une souscription parmi leurs protecteurs et leurs amis pour payer les frais de ce procès. Or le plus haut souscripteur fut l’honorable François Baby qui s’inscrivit pour la somme de £150-0-0 ; plus tard il ajouta £50-0-0. Après lui venaient Mgr Briand, le Père de Glapion, supérieur des Jésuites, M. Gravé, supérieur du Séminaire, avec £25-0-0 chacun, etc., etc.

Le Séminaire de Québec lui-même témoigna de sa haute estime et de sa reconnaissance envers M. Baby, en demandant comme une faveur, de recevoir dans les caveaux de sa chapelle, les restes mortels de cet homme de bien. Immédiatement après sa mort, le supérieur, M. le grand vicaire Deniers, écrivit la lettre suivante à Madame Baby :

“ Honorable Dame,

“ En considération de la haute position sociale occupée dans le pays par l’hon. François Baby, votre très regretté mari, et les éminents services qu’il a rendus au Séminaire de Québec, en diverses circonstances fort difficiles, je viens vous prier, Madame, de bien vouloir accéder à notre pressante demande de laisser inhumer celui qni fut toujours notre ami dévoué, dans la modeste chapelle de la maison, où nous pourrons lui manifester plus particulièrement toute notre gratitude.

“ Persuadé que, dans la circonstance, vous ne repousserez point nos vœux si sincères,

Je demeure, etc.

la propriété de la même famille, il n’en fut pas ainsi de sa voisine qui changea fréquemment de propriétaires, comme nous allons le raconter en peu de mots. C’est d’abord M. de Gaspé, qui le 22 mars 1806, vend au prix de onze cent cinquante louis, à George Lengmore, médecin et apothicaire des forces de Sa Majesté (1). qui occupait déjà la maison depuis un an. Le 2 février 1811, Dame Letitia Cox, épouse de ce dernier, et à ce autorisée par lui, vend pour dix-huit cents louis à John Buchanan, médecin et chirurgien, demeurant rue Sainte-Anne (2). Interdit pour cause d’insanité, on lui donna un curateur, M. Joseph-François Perreault, qui, le 9 mai 1815, disposa de sa maison en faveur de John White,. négociant de Québec, moyennant trois mille cinq cents louis (3). Cinq ans après, le 27 avril 1820, Thomas White, marchand en société avec Joseph Jones, devient à son tour le propriétaire (4).

(1) Greffe du notaire Félix Têtu, grand oncle de l’auteur. M. Têtu pratiqua de 1793 à 1852. Il fut pendant longtemps lieutenant-colonel du bataillon de la ville de Québec, et en 1797 il fut élu pour représenter le comté de Hertford. Il demeura dans la rue du Palais autrefois appelée la rue des Pauvres, à l’endroit où est aujourd’hui l’hôtel Victoria, qu’il avait fait bâtir. Il passa un très grand nombre d’actes pour les familles de Lanaudière et de Gaspé, et ce fut lui qui rédigea l’acte de démission de Mgr Hubert. Son greffe est l’un des plus remarquables au point de vue delà calligraphie, et on trouve dans les archives de l’archevêché des écrits de lui qui sont de véritables chefs-d’œuvre en ce genre.

(2) Greffe de Têtu.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

La même maison est vendue, le 12 mars 1832, par ordre de la cour, à la suite d’une poursuite contre les mineurs White, et elle devient la possession du révérend docteur James Harkness, ministre de l’église protestante de Saint-André, qui paie la somme de treize cent cinquante louis.

Enfin, le 14 mars 1843, M. Thomas Allen Stayner, député maître-général des Postes (1), achète de madame Phœbé Ross, veuve du docteur Harkness, et remariée à M. Thomas Smith, médecin et chirurgien, au prix de douze cents louis. Comme nous le verrons plus bas, la maison était alors incendiée et il ne restait qu’une masure en ruine sur le terrain venclu (2).

Depuis 1821, nous ne croyons pas qu’un seul des propriétaires que nous avons nommés ait résidé dans cette vénérable maison. Mais nous croyons pouvoir donner les noms de tous les locataires. C’est d’abord de 1821 à 1824, Gabriel Wood, commissaire général ; puis vient Alfred Hawkins, marchand de vin, qui quitte la maison de la veuve Jean-Baptiste Morin, à quelques pas de là, et vient occuper cette résidence jusqu’en 1828 inclusivement. De plus en 1827 et 1828, un autre locataire M. Andrew Stuart, avocat, partageait le logement

(1) Il demeurait à Morton Lodge.

(2) Greffe de Ed. Glackmeyer. Le Séminaire comme propriétaire du fief du Sault-au-Matelot reçut pour lods et ventes dans tous les marchés concernant les deux maisons de la ruo du Parloir, la somme de £675-4-7.

avec lui. De 1829 à 1834, la maison est habitée par M. William Finlay, riche marchand qui donna à la ville les moyens d’acheter le marché qui porte maintenant son nom (1). Après son départ, le gouvernement y installa le bureau de poste qui se trouvait ainsi tout près du Séminaire. Ce qui donna aux élèves l’avantage de pouvoir entendre de temps à autre, et quelquefois la nuit, les sons retentissants que les postillons d’alors faisaient sortir de leurs trompettes de fer-blanc. Il y avait une grande affiche en lettres d’or sur la façade de la maison pour indiquer que la poste se trouvait là, et ce n’était pas sans nécessité, si l’on considère combien de fois ce bureau atait changé de place depuis quelques années. Un incendie qui arriva dans la nuit du 29 novembre 1841, le força de nouveau à se transporter ailleurs, et voici comment un journal du temps raconte le triste événement : “ Aujourd’hui, à deux heures du matin, le feu a éclaté au second étage de la propriété des héritiers de feu le révérend docteur Harkness, rue du Parloir, occupée comme bureau de poste. La maison ainsi que tous les papiers du bureau déposés au second étage ont été la proie des flammes, mais on a eu le temps de sauver les papiers qui se trouvaient dans le bas de la maison et les meubles du gardien qui occupait la partie nord du meme etage. Il n’y avait pas eu de feu,

(1) Nous avons pris une foule de nos renseignements, au sujet des locataires, dans les cahiers de cotisation de l’hôtel de ville ; c’est pourquoi nous pouvons en garantir l’exactitude.

dit-on, depuis deux jours dans l’étage où l’incendie a éclaté, et on n’a que de vagues conjectures sur la cause de l’accident. On rapporte que M. Stayner, le député maître-général de la poste, a perdu tous ses papiers particuliers outre une grande partie de ceux qui appartenaient à son département”. On peut se faire une idée de l’alarme que jeta pendant la nuit dans tout le séminaire la nouvelle de l’incendie qui venait d’éclater. Mgr Marquis, alors ecclésiastique et témoin de la scène lugubre, nous en racontait dernièrement tous les détails : les craintes si légitimes de l’archevêque, Mgr Signay, qui demeurait à deux pas, le dévouement des prêtres qui transportèrent chez eux tous les documents qu’ils purent dérober aux flammes, et le triste spectacle qu’offraient le lendemain les ruines de cette antique maison. Ce malheur fut l’occasion dont sut profiter l’intelligent coadjuteur Mgr Turgeon, pour procurer un palais épiscopal aux évêques de Québec.

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