‹ Histoire du palais épiscopale de Québec [microforme]Chapitre 23 sur 79 · DENT: AE · texte numérisé non relu

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a coexisté avec le palais épiscopal, et que même il en faisait partie, puis lui a succédé, nous croyons devoir rappeler en peu de mots quelle fut sa triste fin, et quelle fut la destination jusqu’à nos jours du magnifique emplacement cédé par les évêques à la province de Québec,

Le 25 avril 1849, des émeutiers en fureur avaient livré aux flammes le splendide édifice où siégeaient à Montréal les députés de l’Assemblée législative, Un peu moins de cinq ans après, ce fut le tour du Parlement de Québec. Cette fois, il est vrai, ce ne fut pas le fait d’incendiaires, mais la perte n’en fut pas moins d‘plorable,

Voici comment l’ Abeille racontait ce triste événement:

“ Hier au matin (le ler février 1854), entre 3 et 4 heures, le feu a éclaté dans l’aile sud de l’hôtel du Parlement, occupée par les bureaux dù Conseil législatif, et il a été impossible de l’éteindre, Tout l'édifice a été consumé, Le feu, suivant toutes les apparences, a dû se communiquer par l'appareil de chauffage, Afin de mieux conserver la chaleur, on avait rempli de sciure de bois l’espace qui séparait le tuyau extérieur du tuyau intérieur des fournaises, mais cette sciure de bois, devenue très sèche, a pris feu et fait rougir le tuyau extérieur.

“ Une grande partie de la bibliothèque a été sauvée, malheureusement la portion la plus précieuse et la plus difficile à renouveler, celle qui avait coûté, comme on le sait, tant de recherches et de travaux à M. Faribault, est perdue.

“ Le bâtiment avec tout ce qu’il contenait, a coûté plus de £150,000 ”,

“ Les débris de la bibliothèque, dit le Courrier du Canada, sont installés au séminaire dans la chambre autrefois occupée par les évêques de Québec, On sait que le clergé de l’archevêché et du séminaire ont fait des efforts considérables pour sauver la belle bibliothèque de la chambre, à laquelle le dernier, pour compléter son œuvre de dévouement, donne aujourd’hui l'hospitalité ”,

Le musée Chasseur périt aussi dans ce désastre (1).

Après bien des hésitations,le gouvernement accepta l'offre que lui faisaient les Sœurs de la Charité d’affecter une grande partie de leur maison pour le service des Chambres et consentit à leur payer mille louis par année, Bientôt cent cinquante ouvriers furent employés à transformer l’hospice en Parlement et les travaux étaient déjà très avancés, quand, le 5 mai, le feu qui semblait à la poursuite des Parlements détruisit toute la partie neuve de l'édifice (2). Le gouvernement loua en déses-

(1) Les élèves du Séminaire sauvèrent cependant un certain rombre de sujets, entre autres un ours blanc qui leur fut abandonné et qui amusa pendant longtemps les petits de la petite salle.

(2) “ Encore un Parlement canadien en cendres! L'église et ia partie du couvent des Sœurs de la Charité où devait se tenir le Parlement dans le mois de juin prochain, ont été consumées cette nuit. Vers 10 h., le feu a été aperçu dans les appartements supérieurs au-dessous de la coupole, et, en moins d’une demi-heure, la coupole, l’église et tout le grenier de l'édifice n'étaient plus qu'une masse de flammes. On y

poir de cause la salle de musique pour l’Assemblée législative, et le palais de justice pour le Conseil législatif, Le conseil de ville acheta, en 1858, les murs incendiés de la Chambre d’assemblée et en fit le marché Champlain, Enfin en 1859 et 1860 on bâtit un nouvel hôtel du Parlement, en brique réfractaire anglaise, pour le prix de $61,514.77, Cet insignifiant édifice était d’abord destiné à servir de bureau de poste, mais il ne fut jamais affecté à cet usage, Le gouvernement provincial y installa ses bureaux, et les Chambres s'y assemblèrent jusqu'en 1883, alors que cet édifice fut, à son tour, détruit par un incendie (19 avril 1883).

Depuis la Confédération, le gouvernement fédéral était le possesseur du terrain de l'évêché, mais il le transporta en 1871 au gouvernement local de Québec, qui à son tour le lui remit én 1887. La rente de mille louis sterling était fidèlement payée par l’un ou par l’autre, depuis cinquante-sept ans, quand, cette même année 1887, les ministres fédéraux décidèrent de rompre le contrat et de payer à l'archevêque de Québec le capital de cette rente calculée à six par cent d'intérêt, ce qui donnait $74,074.00.

Le 28 octobre le secrétaire de Sir Hector Langevin,

avait transporté depuis quelques jours le mobilier sauvé de l'incendie du ler février et un lot considérable de livres parlementaires venant de l'imprimerie, Tout a été consumé, ainsi que la plupart des outils qu'y avaient laissés les ouvriers. Un tapis de £150 acheté et payé la veille a subi le même sort” (L'abeille).

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ministre des Travaux Publics, écrit au secrétaire de Son Eminence pour offrir cette somme, afin d'obtenir la radiation d’une rente de $4,444,44 dont est grevé en faveur de l’erchevêque de Québec le terrain ci-devant occupé par l'hôtel du Parlement, Le 3 novembre, le cardinal fait répondre par son secrétaire qu’il ne croit pas pouvoir accepter cette offre, Le 26 janvier 1888, Sir Hector insiste et dit que l’honorable ministre de la justice auquel la question a été soumise, est d'opinion que l’art, du code civil, P, Q., autorise le locataire à se ibérer d’une rente à long terme, à sa volonté, en en payant la somme capitalisée,

Le 24 février suivant, Son Eminence adresse un long plaidoyer au ministre pour énumérer les raisons de son juste refus.

Après avoir rappelé les circonstances du contrat solennel passé entre les évêques de Québec et le gouvernement, et l'acte du Parlement qui l’autorisait, le cardinal expose le but et les conditions de cette rente foncière, annuelle, perpétuelle et non rachetuble et la déclaration

positive ajoutée à la clause quatrième : nonobstant

toutes lois, coutumes vu usuges à ce contraires, Puis il demande si un gouvernement à bien le droit “de manquer à sa parole et d'exiger d’un sujet un sacrifice qui n’est pas absolument nécessaire, ”

“ Peut-il, sans violer la justice naturelle, rendre plus mauvaise la position d’un sujet qui a contracté avec lui? Ce serait certainement ce qui arriverait s’il impo-

sait sa volonté dans le présent, car le capital offert au taux de 6% ne donnera pas le même revenu que la rente, parce que le taux ordinaire est de 5% et même souvent de 4%. De plus l'archevêque de Québec aurait bier, des risques à courir ”, Mais il était d/::"t6 que les intérêts du cardinal seraient sacrifiés sur lc. de la patrie, et, le 25 juin suivant, l'honorable ministre s'appuyant toujours sur la science légale de son collègue sir John Thompson, répondit que la rente était rachetable, et il terminait en priant le cardinal de lui désigner quelqu'un qui fût autorisé à recevoir le capital le 30 du même mois, C'était indiquer d’une manière assez claire qu’il fallait clore la discussion et se soumettre ou plaider.

Le cardinal ne crut pas devoir prendre ce deruier parti, et il écrivit (30 juin 1888) que ‘“ cédant à une force majeure et contre sa conviction intime ”, il acceptait l'offre du gouvernement, Les conséquences étaient faciles à prévoir et le cardinal les connaissait bien ; l’archevêque de Québec aura désormais l'ennui de trouver un placement pour la somme de $74,000.00, il aura le risque d’en perdre une partie ou même le tout, et en tous cas, il perdra régulièrement et sûrement une somme de sept cents à mille piastres par anuée,

Quelles ont été les graves raisons qui ont engagé le gouvernement à imposer un pareil sacrifice à l’archevêque de Québec, nous n'avons pas encore pu les

découvrir. Peut-être était-ce pour rendre plus facile à

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la “Quebec Hotel Company” l'achat qu’elle voulait faire du terrain de l’ancien Parlement? En supposant que la loi civile pût autoriser cette mesure et que celle ci fût regardée comme nécessaire, ce que nous ne sommes pas du tout prêt à admettre, il semble que l’on aurait dû au moins offrir au cardinal une somme suftisante pour compenser le dommage évident qu'on lui faisait subir,

C’est là la fin de l’histoire de ce palais épiscopal bâti par Mer de Saint-Vailier, habité par ce prélat pendant six années seulement, même nombre d'années par Mgr Dosquet, et seize années par Mor de Pontbriand, Il avait duré, pour une partie du moins, cent cinquantesept ans, l'aile du sud n'ayant été démolie qu’en 1851, et ce fut sa destinée de servir à l'Etat plus longtemps qu'à l'Eglise et d'entendre plus souvent les discours des hommes politiques que les sermons des évêques, Il n’en fut pas moins très utile aux uns et aux autres, et nous serons heureux si nous pouvons contribuer à perpétuer le souvenir de cette vénérable maison qui appartient à l’histoire politique comme à l’histoire religieuse de Québec,

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