CHAPITRE PREMIER
Deux maisons sur l'emplacement de l'évêché actuel. Le docteur Sarrazin.— La famille Perthuis. — Roberge. — Les de Lanaudière. — La famille Marin. — La famille Taschereau.— L'honorable M, Baby.— M. de Gaspé. — M. Longmore. — M. Buchanan. — Les White. — Le Dr Harkness.— M. Stayner.—Les locataires MM. Wood,
1 Hawkins, Andrews, Finlay.— Le bureau de poste, —
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C’est en 1843 que l’évêque de Québec, Mgr Signay,
acheta le terrain sur leque! le palais épiscopal actuel a
L été construit, À l'exemple de ses prédécesseurs, il avait profité de la libérale hospitalite des messieurs du Séminaire, Mais pour plusieurs raisons que nous donnerons plus loin, cet état de choses ne pouvait toujours durer, eë le coadjuteur Mgr Turgeon profita d’une occasion, on peut dire unique, pour lui procurer ane résidence convenable où il pût être véritablement chez lui, Avant
d’en arriver là dans notre récit, il ne sera peut-être pas
sans intérêt de faire l’histoire du terrain et des deux maisons dont l’évêque de Québec devint alors le propriétaire. Car depuis 1728 jusqu’à 1843, il y eut deux maisons qui occupaient exactement l'emplacement de l'évêché actuel.
Le docteur Sarrazin d’abord acheta du séminaire la moitié du terrain du côté sud, le 26 octobre 1720 (1). La première concession était de forme irrégulière, une seconde fut faite le 21 juin 1726 (2); et en 1727, l’arpenteur royal Lermattre de là M ‘le en fit le mesurage et la description comme suit :
“J'ai mesuré pour mon dit sieur de Sarrazin un terrain ainsi qu’il en suit, savoir: sur la rue ou chemin allant au séminaire (3), soixante et trois pieds et trois pouces de front sur soixante et trois pieds et trois pouces de profondeur, de sorte que le dit terrain se trouve carré, ayant sur les quatre faces pareille longueur, faisant en superficie quatre mille pieds six pouces et neuf lignes ; borné d’un cûté, le terrain de mes dits sieurs du séminaire, par devant la rue ou chemin allant au dit séminaire, d'autre côté e! , 7 derrière au bout de la dite profondeur le terrain C2 ; :: ‘3 sieurs du séminaire .… Ensuite et outre ce, j'ai, « : susdite
requête, mesuré pour mon dit sieur de Sarrazin, un
(1) Etude du notaire Barbel.
(2) Ibid.
(3) L'allée devant l'évêché actuel.
Terrain du Séminaire,
63 pieds 3 pouces.
Terrain du Séminaire.
63 pieds 3 pouces.
Sup. 4000 pieds 6 pouces et 9 lignes,
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Sup. 796 pds 3 pes.
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morceau de terrain, savoir: vingt-six pieds de front à prendre et commencer du niveau et au bout de la muraille construite sur le terrain dépendant du palais épiscopal de cette ville, faisant face sur la rue de la Montagne et joignant le terrain ci-dessu;; et en profondeur trente-cinq pieds, et au bout de la dite profondeur, dix-neuf pieds et six pouces, faisant, le dit morceau de terrain, une figure trapèze contenant en superficie sept cent quatre-vingt-seize pieds et trois pouces ; borné par devant à la dite rue de la Montagne, d’un côté le terrain du dit palais épiscopal, d'autre côté le terrain ci-dessus, et par derrière et au bout des dits trente-cinq pieds de profondeur, mes dits sieurs du séminaire, suivant qu'il paraît par la figure ci-après (1). ?” Le prix de l'emplacement fut fixé à mille livres.
Le docteur Michel Sarrazin était né le 5 septembre 1659, à Nuits, en Bourgogne. Arrivé à Québec vers 1685, il y resta jusqu’en 1694, sur les instances de MM. de Denonville et de Champigny,qui, pour le retenir, le nommèrent chirurgien-major des troupes de Sa Majesté, ‘“ Il exerca pendant tout ce temps la double fonction de chirurgien et de médecin, avec un zèle et
un désintéressement qui ne se démentirent jamais (2) ?.
(1) Voir le plan.
(2) Michel Sarrazin. Etude biographique par M. l'abbé Laflamme, président de la Société Royale, actuellement recteur de l’université Laval. C'est dans cette intéressante brochure que nous avons pris en grande partie les détails que nous donnons ici sur la vie de ce célèbre médecin.
Retourné en France, il employa trois ans à se perfectionner dans l’étude de la médecine, et revint en Canada en 1697, avec le titre de médecin du roi, Savant naturaliste, membre correspondant de l’Académie Royale des Sciences, Sarrazin fut nommé, en 1707, membre du Conseil Supérieur du Canada, Ce fut.lui qui assista les évêques de Laval et de Saint-Vallier dans leurs dernières maladies, “ Vers la fin de sa vie, Sarrazin s'était mis en société avec le sieur Robert Drouard, marchand, de Québec, et exploitait avec lui plusieurs pêches sur la côte nord du fleuve, entre autres à Tadoussac, Drouard mourut ne laissant qu’un enfant mineur, De là une série quasi interminable de difficultés entre Sarrazin et les héritiers Drouard, difficultés dans lesquelles le séminaire de Québec se trouva impliqué par son procureur, l'abbé de Varennes, qui avait reçu les biens Drouard en sa qualité de caution de la tutrice du mineur Drouard, Cette kyrielle de procès ne se termina qu’en 1747 (1) ”.
Le 20 juin 1712, le docteur Sarrazin épousa, à Montréal, Marie-Anne FHazeur, âgée de vingt ans seulement, lui-même ayant alors cinquante-trois ans. On voit, par le recensement fait en 1716 par le curé de Québec,
qu'il demeurait alors dans la rue Saint-Louis,
() Michel Sarrazin. Etude biographique par M. l'abbé. Laflamme, président de la Société Royale.
Comme nous l'avons dit dans la première partie de ce travail, il habita ensuite le palais épiscopal de Mgr de Saint-Vallier où il se trouvait certainement en 1728, Cette année-là, il se fit construire, sur le terrain qu’il venait d'acheter du séminaire, une maison en pierre à
deux étages (1), de quarante-cinq pieds de long sur la
rue du Parloir et trente-quatre pieds de large; il y avait deux galeries superposées en arrière de la maison, du côté du jardin. A l’ouest, entre cette maison et celle appartenant au sieur Perthuis, dont nous allons parler, il y avait “un grand vestibule entouré de planches embouffetées du haut en bas, de dix pieds de long sur la dite rue du Parloir, sur douze ee de avec écurie, étable et latrines dans la cour ? (2). 22 juin 1728, l’arpenteur Delacetière avait fixé a de cette maison à la distance de vingt-cinq pieds du mur du jardin du presbytère, et ce fut toujours depuis la largeur de cette rue, jusqu’en 1895, alors qu’elle fut élargie de vingt-cinq autres pieds. Sarrazin se trouvait avoir également vingt-cinq pieds de terrain entre sa maison et le mur du terrain de l'évêque.
Le même jour, le même arpenteur donnait l’alignement à la maison voisine que faisait construire “ demoi-
selle Marie-Madeleine Roberge, veuve de défunt le sieur
(1) Deux étages sur la rue du Parloir et trois du côté du Séminaire, Il en fut de même pour la maison voisine.
(2) Extrait des registres de la Prévôté de Québec, 23 janvier 1748.
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Charles Perthuis, vivant négociant et bourgeois de cette ville ”, sur l'emplacement qu’elle avait acquis des messieurs du Séminaire par contrats du 17 juin 1726 et du 19 mai 1728, pour la somme de dix-huit cent quatrevingt-dix livres (1). Cet emplacement avait soixante pieds de front sur la rue du Parloir, et soixante et trois pieds de profondeur.
En 1733, on trouve M. Sarrazin installé dans sa nouvelle résidence où il mourut l’année suivante, à l’âge de soixante et quinze ans. Il fut enterré dans le cimetière des pauvres de l'Hôtel-Dieu. Sa femme continua d’habiter sa maison jusqu’au jour de sa mort, en 1743. Les époux Sarrazin avaient eu plusieurs enfants dont trois moururent en bas âge. ‘“ Deux garcons passèrent successivement en France, le premier pour y étudier la médecine, le second pour se faire une carrière militaire. Celui-ci avait d’abord fait ses études au séminaire de Québec puis porté la soutane pendant un an (2) ?. Restait au Canada une seule fille issue de ce mariage, Louise-Charlotte, qui se maria à Sainte-Foye, le 5 février 1746, à Hippolyte de Varenne. Deux ans auparavant elle habitait encore la maison paternelle avec son oncle le chanoine Joseph Thierry Hazeur, grand pénitencier de la cathédrale. Le recensement fait par le curé de Québec, en 1744, nous donne les noms de
(1) Grefte de Louet. Le Séminaire était endetté de pareille
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somme envers madame Larthuis.
(2) Brochure déjà citée de Mgr Laflamme.
toutes les personnes qui demeuraient alors dans la maison Sarrazin: “ Sieur Joseph Thierry Hazeur, prêtre chanoine, 64 ans ; Demoiselle Louise-Charlotte Sarrazin, sa nièce, âgée de 18 ans ; sieur Louis-Claude-Joseph. William Strand, Anglais, 24 ans. Domestiques : Pierre Jeannel, 13 ans ; Marie Bebois, sauvagesse, 9 ans ;
Marguerite Edet, femme de Pierre Mercier, absent, 27 ans ”.
Après le mariage de sa nièce, le chanoine Hazeur se vit obligé de faire vendre la maison à l'enchère afin de payer aux héritiers Drouard les dettes de la famille Sarrazin. Tuteur de ses neveux et üe sa nièce, il obtint de la Prévôté un jugemeut en conséquence, et après que toutes les formalités légales eurent été suivies, après les trois publications criées et enchères voulues, la propriété passa, le 23 janvier 1748, entre les mains de M. Charles-Francois Tarieu de la Naudière, pour la somme de dix mille cinq livres (1).
M. de la Naudière était marié à Louise-Geneviève Deschamps de Boishébert (2). Il était lieutenant des troupes, chevalier de Saint-Louis, seigneur de Saint-
Vallier et de Saint-Tierve-les-Becquets, ete. La maison qu'il venait d'acheter lemeura toujours la possession de sa famille jusqu’en 1843.
(1) Extrait des registres de la Prévôté, 23 janvier 174$.
(2) 1 était tils de Pierre-Ths Tarieu, sieur de la Pérade, et de Marie-Madeleine Jarret de Verchères, l’héroïne de Verchères,
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La maison voisine avait aussi changé de propriétaire à la mort de Marie-Madeleine Roberge, veuve de Charles Perthuis, décédée en 1741, et elle devint la propriété de son fils Charles Perthuis, négociant, qui mourut à Paris en 1750, Alors, par le partage qui suivit entre les autres enfants (1), elle échut à M. Joseph Perthuis, qui était frère de ce dernier, et conseiller au conseil supérieur, Le 10 novembre 1754, il vendit à “ Joseph Lamargue sieur de Marin, écuyer, officier des troupes de la marine en garnison en cette ville, y demeurant rue de la Fabrique, et à demoiselle Charlotte Fleury de la Gorgendière, son épouse ...., pour la somme de dix-huit mille livres de prix principal et celle de cinq cents livres pour les épingles de la présente vente ?
Il y avait à payer de plus onze cent douze livres au Séminaire pour les lods et ventes (2).
Depuis la mort de M" Perthuis (Marie-Madeleine Roberge), la maison n'avait pas été habitée par les membres de sa famille, mais avait été louée à M. Tho- . mas-Jacques Taschereau, le bisaïeul du cardinal, Le recensement de 1744 donne, comme suit, les noms des membres de la famille :
“ Sieur Thomas-Jacques Taschcreau, conseiller, trésorier de la marine, 53 ans ; Dame Marie-Claire Fleury,
(1) Greffe de Saillant et de Du Laurent.
(2) Greffe de Barolet.
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35 ans; enfants : Thomas- Victor, 11 ans ; Louis-Joseph, 4 ans; Charles-Antoine, 8 ans; Pierre-Francois, 2 ans ; Marie, 12 ans; Charlotte, 10 ans; Charlotte-Claire, 7 ans ; Marie-Anne-Louise, 1 an. Domestiques : Jacques Nicolle, 16 ans; Rebecca Robins, 24 ans; Charlotte Lacasse, 22 ans ”.
M. Taschereau était le beau-frère de M, de la Margue de Marin, et il demeura jusqu'a sa mort (1749) sur cet emplacement que devait occuper plus d’un siècle plus tard son illustre arrière-petit-fils. Sa veuve y resta au moins jusqu’en 1757, comme on le voit par un acte du notaire Barolet en date du 27 septembre de cette année, Ce jour-là M. Chs-Antoine-Godfroy de Tonnancourt, chanoine de la cathédrale, se mourait “dans une des chambres de la maison (rue du Parloir) occupée par M"° veuve de M. Taschereau ”, et il faisait une dernière
déclaration en favenr de son frère, conseiller du roi (1).
(1) Le chanoine de Tonnancourt mourut le 30 septembre. En 1744, il résidait rue Buade, en face du presbytère. Le chanoine Eustache de Lotbinière demeurait aussi dans la même rue avec son fils Michel et deux domestiques. Devenu veuf en ‘723, il avait été ordonné prêtre en 1726 et fut nommé archidiacre du chapitre de la cathédrale.
Le marauis de Montcalm, qui, comme on le verra plus loin, s'intéressait à toutes les personnes de la rue du Parloir, annonce la mort de M. de Tonnancourt dans une lettre à Bourlamarque en date du 4 octobre 1757: “ L'abbé de Tonnancourt mort, continuation de morts et maladies à l'Hôpital- Général. La sœur de Madame de Lanaudière y est morte, Madame Marin, malade. Bougainville fréquente un peu ‘la maison où je vais henucoup ”.
M"° Taschereou alla ensuite demeurer avee son fils, M. Gabriel-Elzéar, qui avait sa maison rues Buade et de la Montagne, et on voit qu’elle y fit son testament le 27 octobre 17388 (1). Elle mourut en 1797. Cependant M. de I Margue avait pris possession de sa nouvelle résidence, et en 1757, les messieurs du Séminaire lui concédèrent, pour neuf ans, l’usage du petit terrain en forme de pointe de chemise situé entre la rue du Parloir, le Séminaire et le jardin du curé (2. Il n’en put jouir longtemps non plus que sa famille, car la guerre appela l'époux sous les drapeaux, et le siège de la ville forca la mère et les enfants à quitter une maison trop exposée aux bombes de l’ennemi, Voici ce que nous trouvons dans un mémoire de Pontleroy au sujet de ce qu’il proposait de faire pour la défense de cette partie de la ville, I suppose que l’ennemi attaquera Québec par la Basse- Ville,
“ Elle est défendue, dit-il, du côté du fleuve par un quai sur lequel il y a des batteries. On y en placera d’autres du côté de l'embouchure de la rivière Saint- Charles. Il n’y a point de quai et l’eau bat au pied des maisons; on y construira également des batteries,
“ L'embouchure de la dite rivière et la rade sont battues par une batterie au sommet de la hauteur, derrière l'évêché,
(1) Greffe de Descheneaux.
(2) Greffe de Barolet.
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‘“ De la Basse-Ville, on monte sans obstacle à la Haute (1); on y pourra en fermer la communication par des palissades qui seront flanquées par le château Saint-Louis et par le mur du jardin de l'évêché.
“ La batterie derrière l'évêché, de quarante et quelques pièces de canon, par son élévation au-dessus de l’eau, ne peut produire d'autre effet que de couper des manœuvres, et je suis persuadé qu’elle n'empêchera pas les vaisseaux ennemis de s’embosser dans la rade... L'ennemi viendra à l'entrée de la nuit placer quelques galiotes à bombes pour en jeter des combustibles qui incendieront bientôt la Basse-Ville et obligeront de l’abandonner entièrement …
“ La Basse-Ville brûlée, l'ennemi abordera dans tout son pourtour... si une fois son logement est fait, il serait difficile de l'en chasser, nos troupes ne pouvant s’y porter que par la rampe de l'évêché et par là partie du faubourg de la canoterie,
“ Dans cette situation, nous aurons précédemment fermé la communication à la Haute-Ville par des palissades, ainsi qu'il a été dit ci-dessus; nous aurons même fait une seconde coupure entre l'angle du jardin de M. de Boishébert et celui de la maison de M. de Lanaudière, mis deux pièces de canon dans la dite
maison qui enfileront la rampe ; mais peut-on espérer
(1) C'est-à-dire qu'ii n'y avait aucune porte ; la porte Prescott fut construite après la conquête.
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que ces précautions l’empêchent de monter et de se rendre maître de Québec? Non; il mettra du canon sur la rampe, brisera la première palissade, et avec la même batterie renversera celle de chez M. de Lanaudière, d'où doit s’ensuivre la prise de la place ou une capitulation ?.
Si les choses ne se passèrent pas absolument de cette facon, le résultat final fut bien le même; en jetant un coup d'œil sur les gravures que nous reproduisons, l’on verra les palissades dont il est question dans ce mémoire et les dégâts faits par l'ennemi au palais de l’évêque et à toutes les maisons avoisinantes,
Après la conquête, M. Marin alla demeurer en
France et ne revint plus au Canada (1).
(1) Dans le “Journal du marquis de Montcalm ” nous lisons ce qui suit au sujet du sieur de Marin : “ Québec m'a paru une ville d’un fort bon ton ; et je ne crois pas que, dans la France, il y en ait plus d’une douzaine au-dessus de Québec pour la société ; car d’ailleurs il n’y a pas plus de douze mille âmes. Le goût décidé de M. l’intendant pour les jeux de hazard, la complaisance outrée de M. le marquis de Vaudreuil, les ménagements que je n'ai pu me dispenser d'avoir à deux hommes dépositaires de l'autorité du roi, ont été causes que l'on a joué indécemment les jeux de hazard, etmême les plus désavantageux, comme le pharaon. Plusieurs officiers s'en repentiront pendant longtemps, comme M, Marin, lieutenant en second dans le bataillon de la Reine, qui outre beaucoup d'argent comptant, a perdu cinq cents louis. La générosité française n’a pas permis que cet officier fût en peine vis-à-vis ceux de la colonie qui les lui avaient gagnés; et M, de Roquemaure, lieutenant-colonel, a eu le bon procédé de faire prêter l’argent et d'en répondre ”.
M. Marin devait se trouver à la bataille de Carillon, de
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En 1763, il était à Tours, rue de la Boullepeinte,
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paroisse de Saint-Pierre-Lepuellier (1), d’où il adressait
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une procuration à M. Jean Amiot, bourgeois, de Québec,
même que MM. de la Naudière, de Saint-Ours et de Gaspé, capitaines, puisque le bataillon de la Reine dont il faisait partie figura dans cette action glorieuse. Dans le même journal de Montcalm, on voit que le 4 août 1758, “M, Marin part pour le fond de la baie avec un parti de deux cent dix-neuf sauvages et deux cent vingt-cinq Canadiens ”. Le 10 août, il rencontre ‘ Rodgers avec cinq cents hommes, soutenu par le major Putnam à la tête de deux cent cinquante hommes... La partie n'était pas égale. Nos gens se sont retirés en bon ordre... Ils ont fait cinq prisonniers dont est le major Putnam. Une grande partie des Canadiens du détachement de M. Marin étaient de la pire espèce. On prétend que le commandant des milices les lui avait donnés tels par jalousie de métier ; d’ailleurs, des affaires d’intérèt pour société de poste ontindisposé M. de Rigaud contre son beau-frère ”. M. de Rigaud était marié à une demoiselle de la Gorgendière, sœur de la femme de Marin. Ce dernier eut de nombreux et dangereux voyages à faire durant toute la campagne, étant sans cesse à la tête de partis de sauvages, qui, comme on le sait, entendaient faire la guerre à leur manière barbare et se soumettaient bien difficilement à la discipline des troupes civilisées. Montcalm, très sévère dans ses jugements, dit dans une de ses lettres au général de Lévis : ‘ Dites à votre camp que j'ai été très content de Messieurs de la colonie, Souvenez-vous que Mercier est un ignorant et un homme faible ; Saint-Luc, un fanfaron etun bavard; Montigny, admirable mais un pillard ; Ligneris, Villiers, Lery, bons ; Langy, excellent ; Marin, brave, mais sot ; tout le reste n’en vaut pas la peine d’en parler, même mon premier lieutenant général Rigaud ”. En 1759,1e même Montcalm dit que MM. Marin et de Montigny, officiers de la colonie, attachés aux sauvages, sont du nombre des prisonniers (à Niagara) et ont reçu la bastonnade par les Agniers ?.
(1) Procuration passée par Maîtres Gervais et Petit, notaires royaux de la ville de Tours.