CHAPITRE VI
Le Palais^Eoyal sous Louis, duc d'Orléans » fils du régent.
Louis ) fils de Philippe duc d'Orléans, régent, succéda à son père le a décembre 1723. Il trouva le Palais-Royal décoré et meublé avec tant de magnificence qu'il ne fit aucun changera ent dans l'intérieur des appartemens. Il se borna à faire l'acquisition d'une maison appartenant à l'abbé de Francière, pour en étendre les dépendances du côté du passage de l'Opéra , que Ton appelait alors la Cour aux Ris.
DU PALAiSvROTAL. II7
Élevé par le «avant abbé Montgauit , il avait puisé dans ses leçons une piété austère, et la riguçur dç ses priqcipes le porta à faire brûler sous ses yeu:i^ quarante tableaux des plus grands maîtres de l'école dltalie (i). Cette dévotion s'exalta encore dans son ame par l'impression que lui fit la mort de la duchesse d'Orléans' sa femme, Auguste-Marie-Jeanne de Baden-Badeq , qui fut enlevée à la fleur de son âge. Cette princesse était fille de Louis-Guillaume de Baden-Baden , Margrave de Bade, et de Françoise Sy bille de Saxe-Lawembourg ; née le lo novembre 1704» elle mourut le 8 août 1716.
«Les grandes qualités du cœur et de l'esprit de «cette princesse, dit le père Anselme, lui mé- «ritèrent les regrets universels de toute la a France. »
( 1) Un garçon d^appartement sauva de ce pudique autcxla-fé la Lc(la de Paul Véronèze et la Fénus de l'Albane.
118 HISTOIRB
Le due d'Qfléatis, dans éêl douleur , se déterikiina à quitter le monde , et il choisit Fabbaye de Sainte-Oeneiriève pour retraite. Là il vivait tranquille, uniquetnentoccupéde bonnes œuvres, d'études et d'exercices de piété. Il n'en sortit qu'une seule fois, en 1744 y po^i" se rendre à Metz , où Louis XY était dangereusement malade. Personne n'avait encore osé fkire connaître au Roi le péril qui le menaçait. Le duc d'Orléans crut qu'il était do son devoir, comme premier prince du sang royal, de se charger de cette mission délicate et pénible, tant dans l'intérêt de l'état que dans celui de la religion. Mais arrivé à Metz , lorsqu'il se présenta à la porte de l'appartemevf t du Roi , le duc de Richelieu , pre^ miergeqtilhomibe de la chambre de service, lui en refusa l'entrée. Justement indigné, le duc d'Orléans, mêlant les menaces aux propos les plus vifs, ^ifonça d'un coup de pied le battant de la porte, et entra Il eut avec Louis XV
DV PA.LAI9*llOTAL. I I9
un entretien particuliei^, à la soite duquel le roi, exhorté par Févéqne de &oisdoii$, reçut le& secours de la religion , et fut administré.
Le duc d'Orléans était très savant : il entendait le chaldéen, l'hébreu, le syriaque^ le grec, et se piquait de connaissances profondes en théologie. U a laissé en manuscrits des traductions , des cosnmentaires de l'écriture sainte, et plusieurs ouTrages de controverse» Ce genre d'occupations et la tournure qu'elles donnaient à son esprit , . mêlaient quelque chose de bizarre à la dignité qu'il eut toujours dans les manières.
La reine, en apprenant la mort de ce prince , dit : « C'est im bienheureux qui laissera après lui «beaucoup demalheu[reux(i)!» «Eu effet, ce qui a doit rendre son souvenir à jamais précieux fut «sa charité immense. De quelque âge, de quelque « condition que fussent les malheureux , ils étaien t
(i) Vie de Marie Leczinska.
1 ao HISTOIRE
« assurés de trouver de la compassion dans le « cœur de ce prince, une ressource dans ses libère ralités. Lorsqu'il ne pouvait les renvoyer tous « satisfaits , son cœur leur accordait ce que la né- «cessité l'obligeait de refuser. Quoiqu'il ait ré- «c pandu des sommes immensesdans le royauine(ij « et dans les pays étrangers ; quoiqu'il n*eût «souvent mis d'autres bornes à ses libéralités «que celles des besoins du peuple, néanmoins « il .acquitta les dettes accumulées de sa maison , a rétablit ses finances épuisées, augmenta consi* « dérablement ses domaines, et laissa, en mourant, « des monumens éternels de son zèle pour le «bien public (a).»
' On doit lui savoir gré d'avoir fait re-
(i) Chargé en i7a5 des pouvoirs du roi pour épouser la reine Marie Leczipska^ il donna une fête magnifique à Yillers- Cptterets. Toute la suite de S. M. y fut tf aitée splendidement. On défraya même la foule de curieux qui étaient accourus à cette fête.
(;i) Père Anselme.
DU PALÀlS«ROTAL. 121
planter sur un dessin nouveau le jardin du
Palais-Royal, sauf la grande allée du cardinal,
qu'il conserva. Voici la description qu'eu donne
Saint-Victor: « Deux belles pelouses, bordées d'or-
«mes en boules, accompagnaient de chaque côté
«un grand bassin placé dans une demi4une ornée '; N
« de treillages et de statues en stuc , la plupart
a de la main de Laremberg. Au-dessus de cette
« demi-lune régnait un quinconce de tilleuls, dont
a Fombrage était charmant. Lia grande allée sur-
« tout formait un berceau délicieux et impéné-
« trahie au soleil Toutes les charmilles étaient
«t taillées en portiques. »
Louis, duc d'Orléans, mourut à Sainte-Geneviève, le 4 février 1762. Il légua sa bibliothèque et son cabinet de médailles à cette abbaye dont lesbâtimens sont employés aujourd'hui pour le collège de Henri IV, où ses arrière-petits-fils suivent le cours de leurs études, et jouissent des avantages de l'éducation publique.
^fv mv tm m mfmmm>^*^*f^%^^ f ^m à 4^m m^ ^m^%%m^Mimim^ i ^ m » • >i»^»r fc»^%<»<