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CHAPITRE VIL

Le Palais-Royal sous Louis-Philippe, duc d'Orléans.

Tandis que, dans sa retraite de Sainte-Geneviève, Louis, duc d'Orléans, s'occupait de sciences et de théologie, Louis -Philippe son fils, alors duc de Chartres, faisait ses premières armes. Il était, en 1743, à cette bataille de Dettin- ^n , si malheureuse pour Farinée française.

Là, au moment du plus grand désordre et du plus extrême danger , ayant eu un cheval tué ^ous lui, il parcourait les rangs et soutenait le

courage des soldats par sa présence d'e^lril et l'exemple de sa bravoure.

A la fin de cette année, le i8 décembre^il épousa Louise^Henriette de Bourbon*Gotity , fille de Louis-Armand de Bourbon prince de Conty , et de Louise - Elisabeth de Bourbon * Condé.

Cette princesse ) remarquable par sa grâce, par la noblesse avec laquelle elle tenait sa cour, et

par la vivacité de son esprit, mourut au Palais*- Royal le 9 février 1 759, dans la 43^ année de son âge (i).

En 1747» 1^ <^ua de Chartres fut nommé

(i) On attendait atec impatience à Paris Tissue de la bataille y qu'on savait que le maréchal d'Estrées voulait livrer au duc de Cumberland en 1757. Le premier courrier qui apporta la nouvelle de la victoire d*Hastenbeck descendit au Palais-Royal, et la duchesse d'Orléans, pour satisfaire la curiosité publique , lut , dn haut du balcon qui donnait sur le jardin, le bulletin de la bataille, aux acclama-^ tions de la foule hissemblée.

Galerie historique du Palais-Royal.

gouverneur du Dauphiné, et, le duc d'Orléans son père étant mort à Sainte-Geneviève, le 4 février l'jSoiy il devint duc d'Orléans. Le roi lui conserva la maison que le prince son père avait eue.

La guerre s'étant rallumée en 1757, il servit au commencement de cette campagne sous le maréchal d'Estrées. Mais aussitôt que le maréchal de Richelieu remplaça le maréchal d'Estrées dans le commandement de Tarmée, le duc d'Orléans revint à Paris. On regretta alors que ce prince , formé à l'école du maréchal de Saxe , fût éloigné de l'armée , qui l'aurait vu avec plaisir appelé à l'honneur de la commander.

Il est probable qu'à l'exemple de ses prédécesseurs, le duc d'Orléans aurait borné les embellissemens de son palais à des décorations inté» rieures, si un événement imprévu, l'incendie de la salle de l'Opéra, qui était encore celle du cardinal, ne fut venu, en 1763, consumer une aile entière de l'édifice avec une grande partie

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du corps principal (i). C'est alors que, forcé de rebâtir une partie considérable du Palais- Royal 9 on se détermina à entreprendre une restauration générale. Lorsque la salle de spectacle du cardinal devint la proie des flammes / elle servait aux représentations de l'Opéra, dont lé privilège avait été cédé depuis 1749 par le duc d'Orléans à la ville de Paris. Ce. prince, qui avait droit à des indemnités, exigea du prévôt des marchands et des échevins que la salle et tous les bâtimens brûlés sous leur administration, fussent rebâtis et restaurés aux frais de la ville. En même temps, pour que la nouvelle salle fût construite du même côté du palais , mais en de* hors de l'aile dans laquelle se trouvait l'ancienne, le duc d'Orléans acheta et paya de ses deniers les cinq maisons voisines qui appartenaient aux

(i) Oo attribua cet incendie à la négligence des ouvriers qui travaillaient au théâtre pendant les jours de relâche dans la dernière qninxainc de carême.

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sieurs Francière, Perreau, Âubmiin, Eaubonne et Yenet, lesquelles avec trois autres luaisons acquises aux frais de la ville, des sieurs Cadeau , Montgaxon et Ihirand, donnèrent par leur démolition l'emplacement nécessaire à la construction du nouveau théâtre, tel qu'il est indiqué dans le plan de 1780.

ce La ville de Paris (dit M. Fontaine), ayant à « supporter la dépense qu'exigeait la réparation « des désastres causés par l'incendie de 1 763 , crut <c avoir le droit de charger son architecte, M« Mo- « reau , de la composition et de la direction de « ce travail. De son côté, le duc d'Orléans voulut « que M* Contant dlvry , son architecte , fît tout « ce qui le concernait dans le corps du palais. a Ainsi, tandis que M. Moreau élevait la nou- « velie salle et toute la £siçade du palais du côté <c de là rue Saint-Honoré, M. Contant construice sait les vestibules, les appartemçns et le grand « escalier , ouvrage du plus bel effet , l'un des

a plus remarquables que l'on connaisse , et d'auet tant plus digne d'éloges que l'espace dans lequel <c il a été bâti était très resserré par remplacement ce réservé à la salle de l'Opéra. Oa demandait à oc M. Moreau une salle de spectacle plus vaste ^ «t plus magnifique que celle qui venait d'être bra- <x lée, mais il lui était interdit d'en montrer Tap- «tparence aurdehors; d'autre part, M. Contant « devait trouver des dispositions commodes , c grandes j magnifiques , dans la partie que le a théâtre n'occupait pas , sans toutefois qu'il pût n disposer des façades sur lesquelles étaient per<a cées les fenêtres qu'il était chargé de décorer.

ce Les résultats de ce bizarre accouplement « furent ce que l'on devait en attendre. Les deux ce architectes firent chacun preuve de talent, mais, ce ainsi qu'on aurait dû le prévoir, ils ne s'enten- « dirent pas, et tout fut en désordre. Nous avons « remarqué par exemple un mur de distribution tf qui se trouve au milieu d'une fenêtre dans l'aile

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«c gauche de la première cour. Nous pourrions cia ter encore un grand nombre d'irrégularités, de a fautes^ de bizarreries semblables, sans parler des «K erreurs de niveau et d'alignement que l'on ren- (c contre à chaque pas dans le Palais-Royal , et <K qu'il a été impossible de faire disparaître. »

£n 1771 9 lors de la lutte qui éclata entre les parlemens et la cour, le duc d'Orléans prit hautement la défense des parlemens. Réuni de cœur et de principes au prince de Conty son beau-frère, ce fut lui qui présenta au roi les protestations des princes du sang et leur adhésion à tous les arrêts des parlemens dans les diverses affaires de Besançon , de Toulouse , de la Bretagne et de Paris. Louis XV aimait le duc d'Orléans autant par souvenir du régent que pour lui-même, et, sans les funestes influences dont il était entouré, peut-être le monarque eût^l écouté les sages conseils de ce prince qui cherchait à lui démontrer tous les dangers que le trône avait

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k courir dans cette lutte impopulaire. Mais Louis XV, très jaloux de son autorité, était par caractère, contraire à toutes les mesures qui pouvaient la restreindre. Aussi le chancelier Maupeou et le duc d'Aiguillon , soutenus par le fatal ascendant de madame du Barry, l'entraînèrent facilement à prononcer la suppression des parlemens du royaume. Le duc d'Orléans protesta contre ce coup d'autorité, et tous les princes protestèrent avec lui, excepté pourtant le comte de la Marche, depuis prince de Conty, mort à Barcelonne en 1 8 1 4- Le roi exila de la cour tous les princes , excepté de même le comte de la Marche; mais cet exil ne fut pas long.

Ce fut quelque temps après son rappel à la cour, que le duc d'Orléans obtint du roi Louis XV l'autorisation tacite d'épouser secrètement madame de Montesson, et ce mariage fut célébré le a4 avril 1773 (i).

(i) La bénédiction nuptiale leur fut donnée dans la

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Madam6 de Mon tesson occupa d'abord la maison connue sous le nom d'hôtel de Chàtillon qui faisait alors partie du Palais-Royal (i), et qui était même contigiîe à l'appartement du duc d'Orléans. Rien n'était sans doute plus commode que cet arrangement , on peut même dire plus convenable puisqu'enfin Madame de Montesson était devenue la femme du duc d'Orléans. Mais

chapelle de madame de Montesson par le cure de Saint-£ustache ; il y avait été autorisé par l'archevêque de Paris sur le consentement du roi.

Grimm , dans sa correspondance ( troisième partie , tome m, page 4^9) au sujet de ce mariage , rapporte ce qui suit: « Par un édit de Louis XIII, il est défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du sang sans une lettre écrite de la propre main du roi; celle de Louis XY ne contenait que ces mots : « Mons l'archevêque , vous croirez « ce que vous dira de ma part mon cousin le duc d'Orléans, « et vous passerez outre. »

(i) Des lettres-patentes de l'année 1 766 ratifièrent l'échange que le duc d'Orléans avait fait de cet hôtel contre quelques domaines du duché de Valois , et l'incorporèrent à l'apanage. Il a été depuis Ycndu nationalcment, et n'a pas été radieté.

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communiquait avec celle qu'il avait donnée à Madame de Mon tesson et dont l'issue était dans la chaussée-d'4ntin ; en sorte que ces deux mai* sons, réunies en réalité, conservaient l'apparence d'être séparées. Une salle dé spectacle y fut construite ( i), et le duc d'Orléans y joua souvent luimême la comédie (a).

(i) « La salle de spectacle , fort simple ^ fort agréable , était « de forme ovale. Un amphithéâtre venait par gradins jus- « qu'à un rang de loges circulaires occupées par les dames de « la maison du duc d'Orléans. Les deux personnes qui « jouaient le mieux étaient madame de Montesson et le « chevalier de Cossé. »

(Souvenirs de Stanislas Girardin, tome V\)

{ij On lit dans les mémoires de Ba^haumont : « On a r^n présenté, il y a quelques jours , 1662, chez M. le duc d'Or- « léans une pièce de M. Collé y si connu par ses amphigouris. « Elle a pour titre ie Roi et le Meunier, Ce pelit drame a eu « le plus grand succès , et le mérite par la naïveté qui y'règne. « M. le duc d'Orléans jouait un des principaux rôles , !e meu- « nier 'y Granval faisait Henri /^. Cette pièce est devenue la « partie de chasse de Henri IV ^ et le duc d'Orléans y joua sou-* « vent le rôle de Michaud. » Le prince avait nommé Collé son lecteur.

Ce nouveau genre de vie acheva de dégoûter le duc d'Orléans du Palais-Royal , et, en 1780, il se détermina à le transmettre par avancement d'hoirie au prince son fils, Louis-Philippe-Joseph, alors duc de Chartres, auquel il en fit la cession par un acte légal.

Cependant Saint-Cloud, l'autre résidence de la maison d'Orléans, déplaisait également à madame de Montesson à qui les usages du temps et la bienséance ne permettaient pas plus d'en faire les honneurs que ceux du Palais-Royal. Le duc d'Orléans acheta le château de Sainte-Assise et le donna à Madame de Montesson. Dès lors le séjour de Sainte-Assise remplaça celui de Saint- Cloiid dans la belle saison. Malheureusement pour la maison d'Orléans, Saint-Cloud n'était pas inaliénable comme le Palais-Royal; c'était une propriété libre et patrimoniale que Monsieur, frère de Louis XIV, avait achetée et bâtie à ses frais. Le baron de Breteuil négocia facilement avec

Madame de Montesson le traité par lequel le duc d'Orléans veodit Saint^oud à la reine Marie* Antoinette pour le prix de six raillions.

Le duc d'Orléans assista au sacre de Louis XVI

le I a juin 1 775 et y représenta leduc d'Aquitaine. Ce prince fut honoré à la cour, respecté et chéri partout y et il eut le bonheur de vivre dans des temps paisibles.

Il mourut à Sain te- Assise , le 18 novembre 1 785 , et fut enterré au Valnde-Grâce. Son cœu^ fut déposé dans l'église de Saint-Port, paroiisse de Sainte-Assise « pour y attendre, disait-il dans son testament, celui de la dame du lieu (i). »

Le duc Louis-Philippe d'Orléans était magnifia que dans ses équipages, dans -ses fêtes, dans ses actes de générosité. Un jour qu'il était à Villers-

(i) C'est ainsi qu*il appelait madame de Monte^on. Elle mourut à Paris dans sa maison , rue de la Chaussée-d'Antin , Iç 5 février 1806. Sen corps fut transféré dans l'église de Saint-Port, conformément au vœu du duc-d'Oriéans.

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CotteretSy il convia vingt-deux paroisses à une fête qu'il donna dans son parc , et tous les habitans, qui y vinrent , furent traités splendidement (i).

Paris a long-temps retenti des fêtes superbes qu'il donna à Christian YII roi de Danemarck, lorsque ce monarque vint à Paris en 1 768. Christian VII, après avoir été couronné en 1767, parcourut l'Allemagne , la Hollande, l'Angleterre et la France. Beau-frère du roi George m, il avait été reçu à Londres avec une froideur qui lui avait fort déplu et qui fit ressortir encore plus à ses yeux le brillant accueil qui lui fut fait en France. La cour et la ville se disputèrent le

(i) Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XJV, avait décidé qu'il ue serait fait aucune coupe dans la forêt de Yillers-Cotterets avant cent ans. Ses héritiers respectèrent sa volonté, et ce ne fut qu'en 1768 que son arrière-petit-fils, Louis-Philippe, duc d'Orléans, fit faire dans cette forêt la première coupe de futaie^ C'est à cette occasion qu'il donna cette grande fête.

plaisir de lui rendre hommage et de fêter sa présence. Les beaux'^esprits du t^nps se mirent en frais pour le saluer de leurs petits vers , aux spectacles , aux académies , dans les musées ^ enfin partout. Le roi (Louis XV) l'accueillit avec grâce et lui dit, en parlant de la disproportion d'âge qui existait entre eux : «Je serais « votre grand-père , » — « C'est ce qui manque à a mon bonheur, » répondit avec effusion le jeune monarque.

M' le duc de Duras, premier gentilhonmie de la chambre du roi, fut chargé de faire les honneurs de Paris et des spectacles à sa majesté ds^oise. Le duc d'Orléans (Louis^Philippe) s'empressa de donner au roi de Danemarck un bal magnifique au Palais-Royal. Ce fut en y dansant que le duc d'Orléans se cassa le tendon d' Achille dans le salon d'Oppenort (i).

(i) Galerie historique du Palais - Royal : tableau de M. Devéri4.

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Toutes les célébrités du temps se plaisaient à lui rendre hommage.Les États-Unis de rAmérique septentrionale ayant proclamé leur indépendance le 4 juillet 1776, le célèbre Franklin vint à Paris, précédé de la brillante nouvelle pour les Américains du succès de leurs armes à Saratoga où la division anglaise du général Burgoyne avait mis bas les armes devant la division américaine du général Gates. Tout Paris se précipitait sur les pas de Franklin et Tintérét pour les Américains se manifestait de toutes les manières. Franklin fut bientôt autorisé à déployer le caractère de ministre plénipotentiaire des États-Unis. 11 parut à Versailles, fut reçu à la cour avec ses cheveux sans poudre et dans la simplicité du costume américain, et, le 6 février 1778, il signa deux traités qui furent conclus entre le roi de France elles États-Unis, l'un de commerce et d'amitié, l'autre d'alliance.

Après avoir été présenté à Versailles , Franklin

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fut pareiUeineiit présenté au Palais-Royal au duc d'Orléans (Louis-Philippe), aïeul du prince actuel, ainsi qu'au prince son fils, alors duc de Chartres, à madamç la duchesse de Chartres et à leurs enfans(i).

Nous ne passerons pas non plus sous silence la visite que Voltaire fit au Palais-Royal, dans cette même année 1778, lorsqu'il vint à Paris jouir de son dernier triomphe, et recevoir à la représentation d'Irène l'hommage de la reconnaissance de tout un peuple (â). Il demanda au

(i) Galerie historique du Palais -Royal ; tableau de AI. Steuben.

(a) «r Taîrons-nous le beau jour où Paris dans Tivresse , « D^un triomphe paisible honorait ta vieillesse ! « Qu'on ëtale avec potnpe aux yeux des conqudrans « Des gardes , des vaisseau^ , des étendarts sauglaus , a Le glaive humide encore et fumant de carnage , « Ou le profane encens vendu par Tesclavage x « Ta garde était un peuple accouru sur tes pas ; « Il bénissait ton nom , te portait dans ses bras ; <c Des pleurs de la tendresse il ranimait ta vie ;

DU PÀLAIft-ROTAL. iZg

docteur Tronchin, premier médecin du duc d'Orléans , qui logeait au Palais-Royal , à voir les petits-enfans de Louis-Philippe, duc d'Orléans. «Je voudrais, disait-il, voir, avant de mourir, « cette jolie petite Bourbonnaille! » et quand il remonta dans son grand carrosse bleu de ciel parsemé d'étoiles, il fut salué par les acclamations de la foule rassemblée dans les cours du palais (i).

«A Tanter un grand homme il condamnait r«nyie ; « Admirait les éclairs qui brillaient dana tes yeux , « Contemplait de ton front les sillons radieux , « Creuses par soixante ans de travaux et de gloire , « Et gui d^un siècle entier semblaient tracer Fhistoire. ^

(Ghénier, Épitre à Voltaire.)

(i) Galerie historique du Palais-Royal.

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