CHAPITRE VIII
Le Palais-Royal, sous Louîs-Philippe-Joseph, duc d'Orléans.
Nous avons dit plus haut que Louis*Philippe 9 duc d'Orléans, avait cédé le Palais-Royal à son fils Louis-Philippe-Joseph en 1780. C'était peu après que ce prince, qui portait encore le titre de duc de Chartres, était revenu des campagnes navales qu'il avait faites au coromen cernent de là guerre occasionnée par la protection que la
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France accorda aux colonies anglaises de FAmérique Septentrionale contre leur métropole. Les deux première^ ne furent que des campagnes d'évolutions 9 mais la troisième fut importante. Le duc de Chartres, en qualité de lieutenant-général des armées navales, inspecta à Brest les trois escadres réunies dans ce port, et, le roi lui ayant confié le commandement de l'escadre bleue, il arbora son pavillon sur le Saint-Esprit , de 80 canons. L'armée navale, sous les ordres du vice-amiral comte d'Orvilliers , sortit de la rade de Brest le a juillet : le a 3 on découvrit la flotte anglaise commandée par l'amiral Keppel, et le 27, par la hauteur d'Ouessant, le comte d'Orvilliers lui livra combat. L'ennemi était instruit qu'un prince du sang royal de France commandait l'escadre bleue qui formait avant le combat l'arrière-garde de la flotte française. L'amiral Reppel, manœuvrant dans l'intention de couper cette division du reste de l'armée
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navale , le ççmte d'Orvilliers fit virer de bord et l'escadre bleue se trouva former l'avant-garde. Le Saint-Esprit fut exposé à deroi-portée de canon au premier feu des Anglais. Voici les termes dans lesquels s'est expliqué le ministre de la marine sur ce combat en écrivant au duc de Penthièvre, amiral de France , beau«*père du duc de Chartres : «M. d'Orvilliers a donné des preuves de la plus « grande habileté ; M. le duc de Chartres d'un cou- <K rage froid et tranquille et d'une présence d'esprit détonnante... Sept gros vaisseaux, dont un à trois a ponts, ont successivement combattu celui de «M. le duc de Chartres, quia répondu avec la plus «grande vigueur, quoique privé de sa batterie c< basse ; un vaisseau de notre armée a dégagé le «c Sain t-Esprit dans le moment le plus vif et a essuyé n un feu si terrible qu'il a été absolument désem- « paré et obligé de se retirer. » L'armée navale étant rentrée à Brest , le duc de Chartres vint à Paris et à Versailles ; il y fut reçu avec enthou-
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siasme par le public. Le roi lui confia la distribution des grâces qu'il accordait aux officiers des
trois escadres. Il retourna à bord de son vaisseau
et reprit le commandement de l'escadre bleue dans une croisière vers les Sorlingues.
Les ennemis que le duc de Chartres avait à la Cour, inquiets de ses succès, profitèrent de son absence et de celle des officiers de la marine témoins de sa conduite pour l'attaquer par la calomnie. Ils cherchèrent aussi à indisposer contre lui le duc de Penthièvre,son beau-père, en lui persuadant que le duc de Chartres voulait le supplanter dans sa charge de grand-amiral dont il désirait seulement la survivance. Lorsque le duc de Chartres revint de sa croisière , il trouva donc le public refroidi, son beau-père aigri contre lui, et la Cour résolue à ne lui point accorder la survivance qu'il se flattait d'obtenir. Blessé de Tin justice qu'il éprouvait, il voulait cependant encore rejoindre la flotte et continuer à servir sur mer; mais la
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reine lui écrivit de la part du roi pour le lui dé«fendre formellement, et alors le duc de Chartres fut obligé de se contenter de la charge de colo^ nel-général des hussards, que le Roi créa pour lui 9 à condition qu'il renoncerait à prétendre à là survivance de la charge de grand-amiral. La charge de colonel-général des hussards lui donnait le droit de faire directement avec le roi le travail de toute l'arme, sans l'intervention du ministre de la guerre.
Devenu propriétaire du Palais-Royal, le duc de Chartres forma le projet de l'agrandir çt de l'embellir : parmi les plans qui lui furent présentés, il donna la préférence à ceux de M. Louis, son architecte, qui déjà s'était fait une grande réputation par la construction delà salle de spec^ tacle de Bordeaux. « On a pu reprocher à cet ara chitecte des écarts de goût , des défauts de cor-^ <f rection , mais il faut convenir qu'il conçut pour « le Palais-Royal un projet vaste, ingénieux, qui
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a fut généralement admiré , et que le prince eut et raison d'approuver (i), »
La forme désagréable , Tirrégùlarité des habitations qui bordaient le jardin en trois sens, le» inconvéniens continuels auxquels donnaient lieu les concessions et les privilèges dont chaque propriétaire jouissait , firent naître l'idée d'isoler la promenade et de l'entourer de portiques surmontés de bâtimens dont la décoration eit l'ordonnance devaient s'accorder avec celles d^ la grande façade du Palais. Les critiques furent nombreuses, les oppositions ne le furent. pas moins. Les propriétaires des maisons qui environnaient le jardin du Palais-Royal et qui avaient tous des vues^ des terrasses, des portes, des escaliers sur ce jardin , crièrent à la violation des droits acquis y et se réunirent pour contester au duc de Chartres le droit de faire des rues et de
(i) Voir le plan de 1781, n» 4-
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bâtir dans son jardin. Ils le citèi^ent devant lé parlement de Paris , qui jugea le procès contre eux. Le duc de Chartres obtint des lettres patentes^ enregistrées le a6 août 1 784 , qui lui permettaient d'accenser (i) les terrains des maisons bâties et à bâtir au pourtour du jardin , à raison de vingt sols par toise : le tout formant S^Soo toises (2à).Les clauses et conditions sont, outre la redevance de l'accensement, « de rembourser les a prix des constructions à ceux qui les auraient « avancés , d'entretenir à perpétuité et de reconsc< truire les bâtimens dans le même état de soli- « dite 9 forme , dimension et décoration ; enfin de « réserver pour le service du Palais les galeries a de circuit autour du jardin. » (3)
(i) L'accensemeiit d'un terrain était une aliénation à perpétuité , moyennant un cens annuel et non rachetable.
(a) On rapporte, pour exemples de concessions pareilles , les terrains de la place Dauphine ^ sous Henri lY, et ceux du palais des Toumelles , sous Charles IX.
(3) C'est en vertu de ces droits que, sous les auspices de
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Pour l'exécutiondu plan de M. Louis , approuvé par le prince le la juin 1781 , il fallut abattre la grande allée j au regret de tous les vieux habitués du Palais-^Royal , de tous les promeneurs de Paris et de tous les politiqueis en plein vent qui, la canne à la main , corrigeaient sur le sable les fautes de nos grands capitaines , et gagnaient des batailles sans se déranger. Cette allée était composée de marronniers d'une grosseur et d'une hauteur ex* traordinaires ; ils avaient été plantés par le cardinal de Richelieu j et ce souvenir ajoutait encore à l'effet qu'ils produisaient. Cependant la plupart des arbres étaient couronnés, presque tous se trouvèrent pourris dans le cœur et il fut reconnu qu'ils n'auraient pas survécu long-temps si on ne
M. de Beileyme, préfet de police, les galeries du Palftis- B.oyal 9 rendues à leur largeur primitive , ont été débarrassées de tous les étalages, de toutes. les superfétations qui gênaient ta voie publique, et sont redevenues l'une des plus agréables promenades de Paris.