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les avait pas abattus à cette époque. Parmi ces beaux marronniers ily en avait un remarquable par l'étendue de son feuillage : on l'avait surnommé t arbre de Cracoi/ie, parce que dans, le temps des premières tentatives de la Russie pour subjuguer la Pologne y on prenait à Paris un grand intérêt aux efforts qne faisaient les Polonais pour défendre leurs droits politiques et leur indépendance nationale. On se réunissait autour de cet arbre pour entendre la lecture des nouvelles : le courrier de l'Europe et la Gazette de Leyde étaient presque les seuls journaux du temps. Parmi les habitués de Varbre de Crdcos^ie on reinarquait M. Métra, qui en était en quelque sorte le chef ^ et dont le nez était devenu célèbre par sesdimensions extraordinaires 9 et la famille de petits nez
dont le nez principal était couvert.
Pendant que M. Louis préludait à ses travaux, l'Opéra brûla une seconde fois. Le 8 juin 1781 , après une représentation d'Orphée, le public
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était déjà sorti de la salle, mais il y avait encore beaucoup de monde tant sur le théâtre, que dans lés loges des acteurs et surtout des actrices : le feu prit à une bande d'air qu'on cbtipà aussitôt, mais malheureusement du seul coté où elle était enflammée ; il gagna les coulisses et le théâtre -fut bientôt en combustion. Les issues des loges des acteurs furent prompt^:nent obstruées par les flammes et les loges elles-mêmes remplies de fumée : ce qui y fit périr beaucoup de monde. Un danseur nommé Huart sauta par la fenêtre du second étage sur le toit d'une boutique, glissa dans la Cour des Fontaines et nese tiia pa$ : mais un petit bon-homme qui le servait, n'ayant pu se déterminer à en faire autant, resta dans U loge et périt.
Le feu ayant promptement envahi toutes les parties de la salle, le comble tomba en masse avec un fracas épouvantable, et sa chute fit jaillir une gerbe de feu semblable à l'éruption d'un
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volcan. L'alarme fut générale dans Paris; le tocsin sonna , une portion considérable de la popuïaticm de .cette grande cité accourut au Palais^Royal , où se portèrent en même temp& les gardes^fran* çaises et les gardes suisses , le guet à pied et le guet à cheval commandés parle chevalier Dubois; les capucins, les Récolléts, et les Cordeliers s'y rendirent également , selon l'usage du temps, sous la conduite de leurs supérieurs religieux. Les pompiers deParis, commandés par M. Morat, rendirent les plus grands services et furent habilement secondés par les gens de la maison d'Or^ léans, sous les ordres de M. Lebrun , inspecteur du Palais-Royal. On parvint à retirer des flammes plusieurs personnes, au nombre des« quelles se trouvaient quelques danseuses qui auraient péri sans le courage de ceux qui les sauvèrent. Enfin, plus heureux qu'en 1763, où presque tout le Palais-Royal fut brûlé, à la suite de l'incendie de l'ancienne salle de l'Opéra,
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on parvint à se rendre maître du feu , sans qu'aucune partie du Palais , même la Cour des Fontaines , devînt la proie des flammes. Cepen-^ dant la salle et ses dépendances furent entièrement consumées^ Il n'y avait point alors d'assurances contre les incendies, et la perte fut immense.
Cet incendie servit de prétexte pour enlever rOpéra au Pglais*Royal , malgré les réclamations du duc de Chartres et du prince son père. L'ad»ministration de la ville de Paris, qui en 1 768 avait accordé quatre années pour remplacer la salle de spectacle du cardinal, se montra cette fois plus avare de temps. L'Opéra au comble de sa gloire était devenu indispensable pour les plaisirs des parisiens; on craignit les lenteurs que devait nécessairement entraîner l'examen des nombreux projets qui furent présentés pour donner à la capitale un théâtre digne d'elle, et,. sy^rès diverses hésitations, on finit par recourir au provisoire.
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On adopta le plan de M. Lenoir, qui s'engagea a bâtir en six semaines, dans un terrain acheté par la ville de Paris , sur le boulevard, la salle qui subsiste encore sous le nom de théâtre de la Porte Saint-Martin. Les travaux commencèrent le aa juillet 1781 , et l'ouverture du théâtre eut lieu te 5 octobre suivant.
«La salle que M. Lenoir a bâtie était moins ((magnifique^ mais plus grande, d'une meilleure recoupe, et plus commode que celle qui venait « d'être brûlée au Palais-Royal : on en blâma le <c goût , mais on ne peut s'empêcher de vanter « l'adresse et l'habileté avec lesquelles , en moins (cde deux mois, éette grande entreprise avait été « terminée comme par enchantement (i). »
Le plan de 1781 conservait la cour avec la même décoration du côté de la place du Palais- Royal ; il divisait l'espace opposé , du côté du jardin, en deux autres cours avec des* colonnades
(y) M. Fontaine,
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à jour et des apparteraens au-dessus. Mais la translation, de l'Opéra à la Porte Saint-Martin déterminale prince et M. Louis, son airchitecte , à faire des changemens et des modifications au plan précité. Après avoir achevé les bâtimens &ur les trois côtés du jardin, on avait fondé la colonnade qui devait les séparer des cours du Palais : elle s'élevait lentement , et les colonnes n'étaient encore qu'à quelques pieds hors de terre , lorsque le prince, dans le chimérique espoir de ramener un jour l'Opéra au Palais-Royal , ordonna de quitter ce travail en 1786, pour commencer à construire, dans le jardin des princes , la salle actuelle du Théâtre-Français ; mais à peine les voûtes des caves de cet édifice furent-elles fermées , que ces fondations furent à leur tour abandonnées , et on démolit successivement en 1787 et 1788 le grand corps de logis du Palais qui fennaitle jardin des princes du côté du sud ; l'aile où se trouvait le salon d'Oppenort ainsi que la grande
galerie de Coypdi qui séparait ce jardin de la rue de Richeli^i ^ enfin Faile dite Faile de la Chapelle qui le séparait de la seconde cour.
: Pendant ces démolitions , le mode d'habitation de l'intérieur du Palais-Royal avait subi de grands cbangemens. Le duc Louis^Philippe était mort à Sainte-Assise le 1 8 novembre 1785, et le duc Louis-Philippe-Joseph et k duchesse d'Orléans avaient cédé à leurs enfans les appartemens qu'ils occupaient, étant duc et duchesse de Chartres y dans les ailes latérales de la première cour, pour s'établir dans les grands appartemens qui s'étendent dans l'aile latérale de la seconde cour, depuis le grand escalier jusqu'au jardin sur lequel le duc d'Orléans habitait constamment les trois arcades, 178, 179, 1 80 , réservées à l'apa-
nage par les lettres - patentes de 1784, et qui communiquaient de plain-pied avec l'appartement de la duchesse d'Orléans sur la cour et sur la rue de Valois.
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La question du théâtre n'avait pas été résolue par le plan de 1 78 1 , puisque l'Opéra subsistait encore lorsque ce plan avait été dressé. Le plan de 1786 (i) indique la disposition de la nouvelle salle de spectacle confiée aux talens de M. Louis. C'est alors qu'au lieu de trois cours y selon les premiers projets, on prit le parti de n'en faire que deux. La plus grande , celle sur le jardin , que l'on nomma la cour cThonneur , devait avoir la même étendue qu'aujourd'hui, en y ajoutant celle d^ trois colonnades latérales qui n'appartiennent pas à ce projet. Le second grand escalier qui en faisait partie , mais qui n'a pas été construit , était destiné k desservir les nouveaux appartemeas de l'aile projetée entre le théâtre et les arcades sur le jardin. Cet escalier se trouvait placé par te second projet , comme par le. premier, dans la partie qui devait être bâtie &ï prolongation
(i) Voir le plan de 1786, n" 5.
du second vestibule sur la gauche. Ce second projet, préférable au premier, aurait encore présenté de grandes difficultés à résoudre, mais on n'en a exécuté qu'une faible partie, savoir : le mur dé face du pavillon répétant celui de M. Contant sur la façade qui regarde le nord ; le vestibule en colonnes; le commencement de Fescalier, et la façade en retour adossée au théâtre , avec quelques distributions accessoires.
Cependant le nouveau théâtre s'élevait bien lentement et le duc d'Orléans, désabusé, parle refusde la Cour, de l'espérance qu'il avait conçue de faire revenir l'Opéra au Palais-Royal, consentit à passer le 6 février 1787 avec Gaillard et Dorfeuille un l>ail pour la location de la salle que construisait M. Louis ; mais en attendant qu'elle fût achevée, il leur permit d'élever à leurs frais une salle provisoire bâtie en charpente sur le terrain du jardin des princes. Ils y amenèrent la troupe qui jouait sur le boulevard au théâtre e/e^
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Fariétés amusantes, dont ils étaient directeurs ; et y pendant trois ans, les BeaalieUj les Bordier, lesBarotheau y furent applaudis tous les soirs au Palais-Royal par de nombreux spectateurs (i).
Ce fut vers cette époque que commença en Frapce le grand mouvement national qui est de-* venu la révolution. Les notables, convoqués en 1787, n'a varient point calmé Texigence de la nation ; un cri général s'élevait pour obtenir la convocation des ÉtatsnCîénéraux. Alors éclata la
(i) Outre la 'salle de bois provisoire des Variétés , il y avait encore dans le Palais-Royal un second petit théâtre situé à l'extrémité de Taile des arcades sur le jardin , du même côté. Ce petit théâtre fut occupé d'abord par ce qu'on appelait les petits comédiens du comte de Beaujolois, La salle, construite aux frais du prince, en 1783, sur les dessins de M. Louis, subsiste encore , mais avec de grands changemens dans la décoration. Louée d'abord par bail du 3o août 1 783 à Gardeur pour la somme de 1 5,ooo fr. , elle fut vendue , le 94 juin 1767, à Desmaréts qui la céda à mademoiselle Montansier pour la somme de 570,000 fr.; revendue, en 181 4, par expropriation forcée , elle devint un café à spectacles.
lutte de la Cour avec le parlement de Paris , au sujet des édits bursaux portaqt création d'un emprunt de quatre cent millions pendant cinq ans.
Le roi tint, le 19 novembre 1787, une séance royale dans laquelle il annonça qu'il était venu pour entendre les opinions de son parlement, oc Chacun, avait dit S. M., pouvait les énoncer li« « brement; »mais lorsqu'il fut reconnu que la grande majorité serait contraire à Fenregistrement, le roi défendit au garde-des-sceaux Lamoignon d'achever de compter les voix , et ordonna lui-même que les édits fussent enregistrés. Alors le duc d'Orléans se leva et protesta contre cet enregistrement, qui, dit-il, lui paraissait illégal. Après que le Roi se fut retiré, tout le parlement adhéra à cette protestation , et déclara que la compagnie n'avait eu aucune part à la transcription des édits sur ses registres. Le lendemain, le duc d'Orléans fut exilé à Villers-Cotterets , et
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deux conseillers du parlement, MM. de Freteau et Sabatier , qui avaient parlé avec le plus de force contre Tenregistrement, furent arrêtés et relégués dans les prisons du château de Dourlens et du mont Saint-Michel. Le parlement se rendit en corps à Versailles pour demander au roi le rappel du duc d'Orléans et la mise en liberté des deux conseillers arrêtés. Le roi s'y refusa en disant : <c qu'il avait eu de fortes raisons de les punir. » Lé parlement répliqua que « le roi n'avait pas le a droit de punir, puisqu'il n'avait pas celui de ju-^
« ger; qu'il n'avait que le plus beau droit de tous, cr celui de faire grâce. » Et il demanda que le duc d'Orléans et les deux conseillers fussent mis en jugement, mais le roi s'y refusa pareillement.
L'opinion publique s'empressa d'environner de sa faveur ceux que la Cour avait punis de leur résistance à ses volontés. Elle s'attacha spécialement aaduc d'Orléans, ^ans lequel on ne vit plus
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qu'une illustrie victime du poui>oir arbitraire (i). Mille circonstances, qui avaient été jusqu'alors comme inaperçues ou du moins sans influence, se colorèrent tout-à-coup de l'intérêt de la situation dans laquelle la * rigueur impolitique de l'autorité venait de placer le premier prince, du sang. Il revint à Paris le a3 mars 1788, avec la permission du roi , mais ce ne fut que le 1 7 avril qu'il obtint celle d'aller lui £aire sa cour.
Les États-Généraux furent convoqués le a4 décembre 1 788, et, lors de l'élection des députés, le duc d'Orléans fut élu à la fois à Paris , à Villers- Cotterets et à Grespy-en-Valois. Il accepta cette dernière députation de préférence ajix deux autres parce que les cahiers de ce baillage, c'est à-dire les instructions données aux députés par leurs coi^mettans, lui paraissaient plus conformes au vœu national. Aux États-Généraux , dans la
(1) Mémcnres du marquis A^ Ferrières, tome i^', page la.
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chambre de la noblesse , le duc d'Orléans se rangea dans cette minorité courageuse qui résistait aux prétentions de la majorité. Le ^5 juin 1789, il fut du nombre des quarante-sept députés de l'ordre de la noblesse qui se réunirent au tiersétat déjà constitué en assemblée nationale , afin d'y vérifier leurs pouvoirs en commun. Le roi ayant ensuite ordonné la réunion des trois ordres en une seule assemblée , elle eut lieu le 127 juin , et le 3 juillet le duc d'Orléans en fut élu président ; mais il refusa cette fonction. Quelques jours après , son buste fut porté en triomphe à Paris en même temps que celui de M. Necker , au moçient où le renvoi du ministère qui avait appelé les États^Généraux , et l'approche des troupes avec lesquelles on avait l'espoir de subjuguer l'opinion 9 firent éclater l'insurrection parisienne et provoquèrent la formation de la garde naticmale.
Le jardin du Palais-Royal offrait alors tant
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d'attraits divers de curiosité ou de distraction , qu'ilétait devenu le rendez-vous de tous les étrangers, de tous les promeneurs. On y avait élevé en 1 786 un cirque artistement décoré en cornpartimens de treillage. Il offrait l'image d'un bosquet orné de fleurs et d'arbustes, et rafraîchi par des eaux qui s'élevaient et retombaient sur la terrasse dont cette élégante construction était couronnée. La hauteur du bâtiment, pour ne pas obstruer la vue, se trouvait moitié au-dessus, moitié au-dessous du sol. On devait y arriver, des appartemens, par une petite galerie à jour, et, des parties basses du Palais , par un couloir souterrain dont on retrouve encore quelques traces. Ce cirque fut d'abord destiné à des exercices d'équitation qui n'eurent jamais lieu; plus tard on y donna des fêtes, des repas^ des jeux, des bals , des représentations scéniques , qui augraentèrent encore la foule dont le Palais-Royal se remplissait tous les jours. Le cirque occupait entre
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les allées du Palais-Royal remplacement où se trouvent aujourd'hui le bassin et la plus grande partie des deux carrés de gazon. Loué d'abord à Rose, restaurateur, il servit dans la révolution à la réunion du club de la Bouche de fer. Ensuite il fut loué à Gervais et à Desaudrais , et ce fut avant l'expiration de leur bail qu'il devint la proie des flammes, en' 1799 (a5 frimaire an VIII). Le mouvement politique qui agitait toutes les têtes et le défaut de journaux qui rendissent compte des opérations de l'assemblée, accrurent le désir de chacun de se rapprocher et de se communiquer ses idées. Les réunions du public dans le jardin du Palais -Royal devenaient chaque jour plus nombreuses. On y accourait en foule de tous les quartiers de Paris, pour y chercher des nouvelles, et se mettre au courant de ce qu'on ne pouvait apprendre autrement. L'arrivée d'une personne qui venait de Versailles était un événement; on l'entourait,
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00 l'interrogeait, on l'écoutait avec avidité pour apprendre à la fois ce que faisaient la Cour, le ministère et les États-Généraux. Ces grandes réunions^ devenues journalières, présentaient plus de danger pour la tranquillité que Tinfluence des journaux : elles rendaient la force populaire plus redoutable en la mettant à portée d'agir de concert, et l'opinion publique s'enflanunait avec plus de rapidité. Ainsi le la juillet 17^99 après la formation d'un nouveau ministère et le départ de M. Necker , qui avaient mis Paris dans la plus grande effervescence , des groupes se for^ nièrent dans divers lieux publics, notamment dans le jardin du Palais-Royal. Ce fut dans un de ces groupes qu'un jeune homme, inconnu ju&fT qu'alors, proposa de prendre les armes et d'arborer une nouvelle cocarde comme signe de ralliement et de reconnaissance mutuelle : ce jeune homme était Camille Desmoulins* Voici comme il raconte lui-même cette scène remarquable dont
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les conséquences ont été (Fune si grande im-* portance : « Il était deux heures et demie; je ve*» « nais sonder le peuple. Ma colère était tournée « eu désespoir. Je ne voyais pas les groupes, quoi» « que vivement émus et consternés , assez dispo» « ses au soulèvement Trois jeunes gens me paru* « rent agités d'un plus véhément courage; ils se c tenaient par la main : je vis qu'ils étaient venus « au Palais-Royal dans le même dessein que moi; fit quelques citoyens passifs les suivaient» «Masoc sieurs, leur dis-je^ voici un commencement ce d'attroupement civique, il faut qu'un de nous se 9 dévoue et monte sur une table pour haranguer « le peuple. » — « Sl(mtez-y, » — «c Ty consens. » « Aussitôt je fus plutôt porté sur la table que je « n'y montai. A pehie y étais-je que je me vis ente touré d'une foule immense. Voici ma courte ce harangue, que je n'oublierai jamais :
a Citoyens , il n'y a pas un moment à perdt*e. a J'arrive de Versailles, M. Necker est renvoyé :
(( ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthéiemy c< de patriotes : ce soir tous les bataillons suisses « et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour « nous égorger ; il nepous reste qu'une ressource j « c'est de courir aux armes , et de prendre des « cocardes pour nous reconnaître. «J'avais les larcc mes aux yeux, et je parlais avec une action que « je ne pourrais n\ retrouver ni peindre. Ma mo* <c tion fut reçue avec des applaudissemens infinis. Je continuai : « quelle couleur voulez-vous? » QueU « qu'un s^écria : choisissez. — «Youlez-vous le vert, « couleur de l'espérance, ou le bleu Cincinnatus, a couleur de la liberté d'Amérique et de la dé* « mocratie! » des voix s'élevèrent: le vert, couleur « de l'espérance ! Alors je m'écriai : «Aniis ! le signal a est donné. Voici les espions et les satellites de « la police qui me regardent en face. Je ne tom- « berai pas du moins vivant entre leurs mains. » « Puis, tirant deux pistolets de ma poche, je dis : « que tous les citoyens m'imitent!» «Je descendis
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a étouffé d'embrassemens; les uns me serraient « contre leur cœur, d'autres rae baignaient de a leurs larmes : un citoyen de Toulouse, craignant « pour mesjours, ne voulut jamais m'abandonner. « Cependant on m'avait apporté un ruban vert ; <c j'en mis le premier à mon chapeau et j'en dism tribuai à ceux qui m'environnaient. Mais, un « préjugé populaire s'étant élevé contre la couce leur verte, on lui substitua les trois couleurs « qui furent alors proclamées comme les couleurs « nationales (i). »
Les ennemis du duc d'Orléans lui fireixt un crime de sa popularité, mais il dédaigna ces menaces , et continua de défendre avec fermeté les doctrines constitutionnelles. Les événemens des 5 et 6 octobre furent l'occasion de nouvelles calomnies contre ce prince. On prétendit, comme
(i) Galerie historique du Palais -Royal ; tableau de M. Horace Vemet.
de coutume, qu'il en avait été le moteur, et on s'efforça d'imputer au prétendu parti d'Orléans les crimes qui ensanglantèrent cette nuit terrible. M. de la Fayette, alors commandant de la garde nationale parisienne , eut, quelques jours après, avec le duc d'Orléans, chez madame la marquise de Coigny , cette entrevue sur laquelle on débita tant de fiables. Il lui représenta seulement qu'il^ serait de son honneur de faire cesser les bruits injurieux qui circulaient sur son compte ; que le plus sûr moyen d'y. parvenir serait de quitter la France; que le Roi lui saurait gré de ce sacrifice au repos public et de cette marque d'attachement. Le duc d'Orléans fit céder ses répugnances à cette considération. On le flattait d'ailleurs de l'espoir d'être utile à la France pendant son ab* sence; on le chargeait d'une mission que la suite a prouvé n'avoir été qu'un prétexte mis en avant pour le déterminer plus sûrement à partir. Il n'est pas impossible qu'il ne s'en fût déjà aperçu
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lui-même lorsqu'il consentit à l'accepter; néan*> moins son désir de ne pas voir son nom associé aux mouvemens populaires remporta sur tout autre motif; il partit pour l'Angleterre, le i4 octobre 1789, après avoir pris congé du roi aux Tuileries, et avoir reçu de ses mains les instructions dressées par M« de Montmûrin.
Peu de temps après le départ du prince ^ le tribunal du Châtelet de Paris commença secrètement à recevoir des dépositions sur les événemens dés
5 et 6 octobre, et l'instruction de cette procédure
dura plusieurs mois. Il est incontestable qu'elle était dirigée principalement contre le duc d'Orléans, que ses ennemis voulaient absolument trouver coupable. Cependant malgré cette instruction, dont il n'ignorait pas la tendance, et les insinuations qui lui furent adressées pour l'engager à ne pas quitter l'Angleterre , il revint en France àl'époque de la fédération. Bravant l'orage excité contre lui, il arriva à Paris dans les pre-
miers jours de juillet 1790^ et parut à la tribune pour y expliquer les causes de son absence et celles de son retour. Un mois après que le duc d'Orléans entrepris sa place de député, une députation du tribunal du Châtelet se présenta à la barre de l'assemblée nationale, déposa la procédure sur le bureau^ et demanda aux termes de la loi constitutionnelle qui ne permettait pas de mettre en jugement les membres de l'assemblée nationale sans qu'elle les eût préalablement décrétés d'accusation , que l'assemblée déclarât qiUil y as^aii lieu à accusation contre le duc d'Orléans et le comte de Mirabeau. L'assemblée ordonna l'impression de toute la procédure, et chargea un de ses comités d'en faire le rapport. Ce rapport fut fait le 2 octobre par M. Cha* broud, et l'assemblée déclara à une grande majorité : qu'il n'y aidait lieu à accusation ni contre le duc d'Orléans, ni contre le comte de Mi--
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Nous avons déjà dit qu'au mois de juillet 1 789 le duc d'Orléans avait refusé la présidence de l'assemblée, lorsqu'elle lui avait été offerte après la réunion des ordres. Il se conduisit avec là même mesure à l'époque de la fuite du roi et de la famille royale, le 21 jiiin 1791 ; loin de chercher à profiter de cette occasion pour s'emparer du pouvoir, ni lui, ni aucun de ceux qu'on accusait de former son parti et de vouloir le porter au trône, ne firent aucune déoiarche qui pût indiquer cette intention. Il déclara, au contraire , publiquement qu'il n'accepterait ni la régence , ni aucune place qui le mettrait à la tête du gou-^ vernement. Le duc d'Orléans siégea dans l'assemblée constituante jusqu'à l'époque de sa dissolution, le 3o septembre 1791 , et continua à résider au Palais-Royal.
La nouvelle salle du Palais-Royal, aujourd'hui le théâtre Français, venait alors d'être terminée, et, vers la fin de l'année 1790, cette salle li-
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vrée à Gaillard et 0orfeuille (i), fut ouverte au public. « M. Louis; dit M« Fontaine^ fil preuve « de la plus rare et de la plus haute intelligence «t dans la conception et l'exécution de toutes les « parties de ce beau travail. Les inurs de la salle a et les escaliers furent construits en pierre de ec choix ) taillées avec la plus, grande habileté; la a charpente delà couverture de l'édifice ainsi que « les planchers, les plafonds et les supports des « loges furent faits en fer ^ lôs interstices étant a remplis par des pots de terre cuite, mode de ce construction jusqu'alors peu connu en France, « et qui présentait le grand avantage de rendre « l'édifice incombustible. Jamais dans un aussi « petit espace on n'avait su trouver une salle de «spectacle plus complètement, plus artistement c( ménagée : belle ouverture d'avant^scène , gran*
(i) Le prix de la location annuelle , pour trente ans, était de ^fi,ooo fr. : prix bien modique si Ton considère que la construction de cette salie avait coûté trois millions.
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a denr de théâtre suffisante , distribution de loges « commode , corridors spacieux , dégagemens « nombreux, abordsconvenables, solidité à toute « épreuve sanssoutiensapparens; tout était digne « de remarque dans ce bel édifice. »
C'est par là que se terminèrent les constructions faites au Palais-Royal par le duc d'Orléans (Louis-PhilippeJoseph).
La position de fortune où ce prince fut réduit par une foule de circonstances ^ les unes préexistantes ou étrangères à la révolution , les autres résultant des lois rendues par les assemblées , ainsi que nous l'expliquerons plus amplement , ne lui permit pas de mettre la dernière main aux grands travaux qu'il avait entrepris. Ne pouvant achever l'aile en colonnade à jour entre le jardin et la cour d'honneur, il avait permis d'élever au-dessus de ces constructions , qui n'étaient guère encore que des fondations , des hangars en planches qui formaient trois rangées de
boutiques séparées les uues des autres par deux promenoirs couverts. Ces hangars , loués à Romain en 1786, furent d'aboixi appelés le camp des Tartares , ensuite les galeries de bois. La dernière partie de ces misérables échoppes, qui tombaient en ruines 9 à été démolie après quarantetrois ans d'existence, au commencement de 1 829, pour faire place à la galerie lieuve dite galerie d'Orléans.
Lavoyepierre succéda à Romain en 1789 dans le bail des galeries de bois, et en 179a il obtint du prince un nouveau bail de douze ans, tant de ces mêmes galeries que de celle qu'il s'obligea de construire à ses frais entre le théâtre et l'-aile des arcades qui sépare la rue de Montpensier du jardin du Palais-Royal. Cette galerie, qu'on a appelée la galerie vitrée^ lui fut louée avec les galeries de' bois pour le prix de cinquante-quatre mille livres par an. Ce bail, qui n'a expiré qu'en 1804? a eu l'avantage de rendre impossible l'alié-
nu PALAIS-ROYAL. 173
nation de ces parties importantes du Palais-Royal^ pendant l'époque où tout s'aliénait avec une déplorable facilité.
Cependant beaucoup de circonstances malheu-* reuses se réunissaient pour aggraver la situation des finances du diic d'Orléans et pour porter ses embarras pécuniaires au plus haut degré* Il s'était chargé d'une masse de dettes toutes antérieures à la révolution, qui étaient ce qu'on appelait alors des rentes sur la maison d Orléans, dont les capitaux n'étaient point exigibles, tandis que par l'effet de la révolution ils le devinrent toutà-coup; car le prince se trouva alors privé d'une partie des revenus nécessaires non seulement au service de ces rentes, mais même à sa propre existence et à celle de sa famille. Cette réduction provenait principalement de la privation des produits de son apanage et de la suppression des droits féodaux.
Les biens composan t l'apanage du ducd'Orléans,
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dont le revenu brut s'élevait en 17B9 à 4;8Qa,6o7 ( 1 ), lui avaient été enlevés par un, décret de l'assemblée nationale ) et remplacés par une rente apanagère d'un million, dont aucun terme, ni aucun quartier n'a jamais été payé, non plus que le million annuel pendant vingt ans voté pareillement par rassemblée constituante pour l'extinction des dettes de la maison d'Orléans. Un tel déficit dans ses recettesétaitplus que suffisant pour mettre le duc d'Orféans hors d'état de servir les intérêts dus à ses créanciers; et cependant ce n'était encore qu'une partie de ses pertes. Depuis l'abolition du régime féodal , les contribuables avaient cessé de payer indistinctement tant les droits abolis, que ceux qui, déclarés rachetables, devaient continuer à être payés jusqu'à ce que le rachat en eût été effectué , et il n'y avait alors
(i) Voyez le Moniteur de 1790, où se trouve l'état qui en a été fait par le Comité des domaines de rassemblée constituante.
aucun moyen quelconque de les contraindre à payer. Il n*y en avait pas davantage de forcer la perception des autres revenus , lorsqu'elle ne s'effectuait pas volontairement. Tout le monde était ruiné, les ventes de bois étaient presque des non-valeurs ; en sorte que le duc d'Orléans ne touchait plus que des fractions de ses revenus , sans pourtant cesser d'être passible de tous les paiemens envers ses créanciers.
Ce fut dans ce déplorable état de choses que, sur la fin de 1791 , le duc d'Orléans se détermina à assembler ses créanciers pourprendre avec eux des arrangemens que sa situation financière lui imposait; et, le 9 janvier 1792, il signa avec eux un concordat par lequel il promettait de faire vendre à leur profit ceux de ses biens désignés dans un état annexé au concordat, dont l'aliénation sei'ait jugée nécessaire pour effectuer le remboursement intégral de leurs créances; il autorisait en même temps ses créanciers à nommer
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quatre mandataires chargés de surveiller les opérations des ventes qui devaient s'effectuer sous sa direction. C'était sans doute un bien grand sacrifice que sa loyauté pouvait seule lui faire supporter, et auquel il se soumit avec une résignation admirable; mais quelque grand que ce sacrifice fut en lui-même , il a eu des conséquences encore plus funestes que tout ce qu'il était possible de prévoir ) et sur lesquelles nous serons bientôt obligés de revenir.
Le duc d'Orléans habitait toujours tranquillement le Palais-Royal , lorsque la guerre fut déclarée le ao avril 1 79a. Il crut alors devoir demander la permission de se rendre comme volontaire à l'armée du nord où ses deux fils le duc de Chartres et le duc de Montpensier servaient à cette époque. Le Roi lui ayant fait dire a qiCil poui^ait faire tout ce qtiû voulait , » il considéra cette réponse comme l'autorisation qu'il avait demandée y et se rendit à Yaleo-
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ciennes au mois de mai, accompagné de son troisième fils le comte de Beaujolais alors âgé de douze ans et demi. Le duc d'Orléans suivit l'armée dans les divers mouvemens qu'elle fit sur la frontière et même dans les Pays-Bas sous les ordres du maréchal Luchner , et il se trouva aux deux affaires de Menin et de Gourtrai. On espérait alors que cette armée prendrait l'offensive d'une manière énergique , mais cet espoir fut déçu, et, dans les premiers jours de juillet, la division où servaient le duc de Chartres et le duc de Montpensier, ayant été envoyée en Lorraine par l'intérieur de la France, pour y remplacer la division de l'armée du centre qui devait se porter sur la Flandre ( ce qu'on appela alors par dérision le chassé'Croisé des armées ) , le duc
d'Orléans crut pouvoir profiter de cet intervalle d'inaction pour aller vaquer momentanément à ses affaires à Paris. U était à peine arrivé au Palais-Royal qu'il reçut du Roi l'ordre de ne
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plus retourner à l'armée. Il resta donc au Palais- Royal qu'il n'a plus quitté, depuis lors, que pour être transféré comme prisonnier dans les forts de Marseille.
Cependant l'invasion du territoire français de« venait plus imminente de jour en jour. Les armées étrangères marchaient de toutes parts contre la France, et, le j i juillet, l'assemblée nationale législative déclara que la patrie était en danger. Cette déclaration proclamée sur toutes les places publiques de Paris, le fut sur celle du Palais- Royal avec une potrïpe extraordinaire.
Voici la formule que le président avait prononcée au nom du corps législatif: ^
« Des troupes nombreuses s'avancent sur nos (c frontières : tous ceux qui ont horreur de la a liberté s'arment contre notre constitution.
a Citoyens ! la patrie est en danger!
ce Que tous ceux qui ont déjà eu le bonheur « de prendre les armes pour la liberté, se sou-
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« viennent qu'ils sont Français et libres ; que leurs a concitoyens maintiennent dans leurs foyers a la sûreté des personnes et des propriétés, que « les magistrats du peuple veillent, que tout reste a dans le calme de la force, qu'ils attendent pour a agir le signal de la loi, et la patrie est sauvée.» Cette publication fut faite avec un appareil de solennité propre à en rehausser l'importance et à l'imprimer plus profondément dans les esprits. Le bruit du canon Tannonça dès le matin, le aa juillet : les officiers municipaux à cheval et divisés en deuK corps, sortirent à dix heures de l'Hôtel-de-Ville, faisant porter au milieu d'eux , par un garde national , une bannière tricolore où était écrit : citoyens y la patrie est en danger î devant et derrière eux marchaient plusieurs canons accompagnés de nombreux détachemens de gardes nationaux.
La bannière indicative du danger de la patrie
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était ornée de quatre gut€k>ns sur chacuo desquels était écrit l'un de ces mots : liberté , égaUté^ publicité y responsabilité i une musique adaptée à la circonstance se faisait entendre devant le corps^ municipal. C'est dans cet ordre que l'on parcourut les principales rues et places de Paris pour y faire la proclamation. De Tastes amphi* théâtres étaient dressés sur les places publiques : le fond en était fermé par une tente couverte de guirlandes de feuilles de chêne j chargée de cou** ronnes civiques et flanquée de deux piques sur^ montées du bonnet de la liberté. Le drapeau de la section flottait sur le devant de Tamphithéâtre garni de deux pièces de canon y et le înagistrat du peuple revêtu de son écharpe, assis à une table posée sur deux tambours j recevait les noms des citoyens qui venaient se faire inscrire pour marcher aux frontières. Cest de là que sont partis les vainqueurs de Jemmapes, de Yalmy,
avec tous les siens aux États-Unis d'Amérique, qui était le seul pays du monde où ils pussent trouver alors un asyle. Il le lui manda , et adressa en même temps au président de la Convention une lettre qui fut supprimée , parce qu'elle n'arriva à Paris qu'après la révocation du décret , mais qui pourtant fut connue. Il est bien à regretter que le duc d'Orléans n'ait pas suivi ce conseil y qui lui eût épargné de grands malheurs^ et à sa famille de grands regrets.
Nous n'entreprendrons pas la tâche aussi pénible qu'affligeante de suivre le duc d'Orléans au milieu du tourbillon dans lequel il a été entraîné pendant le temps terrible où il a siégé dans la convention nationale. Renié par les uns, poursuivi par les autres, il fut bientôt persécuté par tous. Le comité de sûreté générale de la Convention ayant décerné des mandats d'arrestation contre les deux fils du duc d'Orléans, le duc de Chartres et le duc de Montpensier, qui servaient
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dans les armées françaises , l'un dans celle de la Belgique, et l'autre dans celle du Var, cette me-» sure fut bien tôt suivie ,de l'arrestation du duc d'Orléans lui-même et de celle de tous les membres de sa famille qui n'avaient pas quitté la France. Il fut arrêté au Palais-Royal le 4 avril , avec son troisième fils le comte de Beaujolais âgé seuléknent de treize ans et demi : le duc de Montpensier fut arrêté à Nice; mais le duc de Chartres, instruit du sort qu'on lui préparait par le général Dumouriez qui lui remit lui-même l'original du décret rendu contre lui, quitta l'armée le 5 avril , et se réfugia en Suisse. Le duc d'Orléans arrêté au Palais-Royal, fut d'abord gardé à vue dans ses appartemens, puis conduit à la mairie, d'où il réclama inutilement auprès de la Convention l'inviolabilité de sa per« sonne en qualité de député, en faisant observer qu'il ne pouvait être arrêté qu'eu vertu d'un
décret d'accusation rendu par la Convention
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elle* même. Où ré()ondit k sa réclamation en passant à l'oi^re du jour, et le duc d'Orléans ainsi que le comte dé Beaujolais furent emprisonnés à l'Abbaye
Ce fut dans cette prison que les quatre man-* dataires de ses créahciers lui déclarèrent que , Corinne son arrestation et sa prochaine translation dan^ les forts de Marseille le fhettaient hors d'état de. procéder lui-metne aux ventes qu'il avait promis de faire , il était nécessaire qu'il leur donnât une procuration pour pouvoir vendre eux-mêmes ceux des biens désignés dans l'état dont la vente serait jugée nécessaire à la liquidation. Le duc d'Orléans s'y résigna , et signa; entre deux guichets comme lieu de liberté^ une procuration qui devint la source de sa ruine. Tous les biens du duc d'Orléans furent frappés du séquestre au moment de son arrestation; mais les mandataires ayant obtenu de la Convention l'autorisation de faire les ventes dési-
gnéeà dans le concordat , sous la condition que les produits en seraient versés dans le trésor public y ils commencèrent leurs opérations; et tel était l'épouvantable thaos où étaient totnbées les lois et lesformes de la justice, (}ue, sans égard pour les termes du mandat , pour ceux de la procuration et pour ceux même du décret de la Convention, tout fut mis en vente indistinctement, tant les biens désignés dans l'état du concordat , que ceux qui n'y étaient pas compris; et on n'eut pas plus de scrupules pour ceux que le duc d'Orléans lui-même n'aurait pas pu vendre , s'il l'avait voulu , tels que le Palais* Royal et ses dépendances, qui ne pouvaient pas légalement être aliénés puisqu'ils avaient été exceptés de la reprise des biens de l'apanage en 1791, et qu'aucune loi subséquente n'en avait permis ou prescrit la vente. Néanmoins^ par leur acte du 3o juillet 1 793 , les mandataires se ren** dirent eux-mêmes acquéreurs d'une partie des^
bâtimens de la Cour des Fontaines , et vendirent le reste pour la somme de huit cent seize mille trois cents francs, en assignats. Les autres mai* sons dépendantes du Palais furent vendues de la même manière, et, le ai octobre 1793, Gaillard et Dorfeuille furent déclarés adjudicataires et propriétaires pour la somme d'un million six cent mille francs, en assignats , non seulement du théâtre dont ils étaient locataires, mais encore de la partie du Palais qui s'y trouvait adossée. Gaillard et Dorfeuille s'étaient associés à quelques comédiens français qui avaient fait scission avec leurs camarades de TOdéon , alors le théâtre de la Nation^ et ils exploitaient ensemble la salle du Palais-Royal, que l'on commença à appeler le Théâtre de la République à la fin de 1 79a. Mais dans l'impossibilité où ils se trouvèrent de payer le prix de leur acquisition, ils entrèrent en ar^ rangement d'abord avec le sieur Prévost, puis avec M. Julien , qui , s'étant fait rétrocéder leur
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marché , se trouva au même titre en possession
du théâtre.
Pendant qu'on se partageait ses dépouilles ^ le duc d'Orléans était retenu avec deux de ses fils (le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais )j sa sœur madame la duchesse de Bourbon , et le prince de Conty , dans les prisons de Marseille où il avait été transféré de l'Abbaye, par les ordres de la Convention. La duchesse d'Orléans, qui s'était retirée à Vernon auprès du duc de Penthièvre son père, fut elle-même arrêtée peu de temps après l'avoir perdu, et conduite au Luxembourg, alors converti en prison (i). Le
(i) Plus tard, en 1794, Tordre fut donné de transférer la duchesse d'Orléans à la Conciergerie : c'était le signal de sa mort La courageuse vertu de Benoît , concierge du Luxemboui^, la sauva; et, après le 9 thermidor, cette princesse fut placée dans une maison de santé , la maison Belhomme à Charonne, où elle resta jusqu'au 18 fructidor, époque où elle fut déportée.
Elle chercha alors un asile en Espagne. Après l'entrée des troupes françaises dans ce royaume, elle se retira à Mahon;
duc d'Orléans conduit à Marseille fut d'abord mis au fort Notre-Dame, et bientôt après on le transféra au fort Saint -Jean où ses deux plus jeunes fils sont restés enfermés pendant trois ans et demi (i). Le duc d'Orléans pouvait
elle y était encore en 1 814, lorsque la restauration la ramena en France 9 où elle vécut dans la plus profonde tranquillité et dans l'exercice de toutes les vertus. Elle est morte à Ivry, près paris y \fi a3 juin 1821, et son corps a été transporté dans la chapelle de Dreux^ que cette princesse avait commencé à relever pour servir de sépulture à sa famille , et qui a été achevée par les soins de son fils , le duc d'Orléans.
(i) Le duc de Montpensier (Antoine-Philippe d'Orléans) a tracé lui-même les détaib de sa longue captivité à Marseille, dans un écrit rempli de charme et d'intérêt, qui fait partie des Mémoires sur la révolution française*
Le comte de Beaujolais , à peine âgé de douze ans, fut enfermé dans ce cachot en même temps que le duc d'Orléans ^ son père , la duchesse de Bourbon sa tante , et le prince de Conty. Un jour, il était parvenu à tromper la surveillance des gardes; mais instruit que son frère, moins heureux que lui, s'était cassé la jambe en cherchant à s'évader par sa fenêtre, il vint reprendre ses fers , et dit à son frère en l'embrassant : « Je n'aurais {)u jouir sans toi de ma liberté. »
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se croire oublié dans sfi prison , lorsque^ le 3 octobre , le député Amar parut à la tribune de la convention nationale pour y faire un rapport au nom du comité de sûreté générale sur la prétendue conspiration des Girondins, à la suite duquel il proposa de ipettre en accusation quarante-cinq de leurs collègues et d'ordonner qu'ils fussent jugés par le tribunal révolutionnaire. Ces quarante-cinq dépqtés appartenaient au parti de la Gironde auquel oious avons dit que le duc d'Orléans avait toujours été opposé. Cependant/ après qu!on eut entendu le rapport d'Amar , Billaud-Yarennes , im des députés de Paris qui passait pour avoir beaucoup d'influence dans le parti de la Montagne , proposa simplement et sans le motiver, que le duc d'Or^ léans fôt ajputé à la liste des députés que la Convention allait mettre en accusation devant le tribunal révolutionnaire; et telle était la terreur qui régnait alors, que cette addition fut décrétée
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sans qu^l s'élevât une seule voix pour s'y opposer, ni même pour en demander le motif. Des commissaires furent aussitôt chargés d'aller chercher le duc d'Orléans et de le conduire à Paris.
A leur arrivée à Marseille , ils l'assurèrent que c'était moins un jugement qu'un éclaircissement que l'on désirait , et qu'il était probable que ce décret avait été rendu afin d'avoir un moyen de mettre un terme à sa captivité. Le duc d'Orléans se laissa persuader d'autant plus aisément que cela paraissait plausible; arrivé à Paris dans la nuit du 5 au 6 novembre , il fut conduit directement à la Conciergerie, où on lui annonça qu'il comparaîtrait dès le lendemain devant le tribunal révolutionnaire. Ce ne fut qu'alors qu'on lui fit connaître Tacte d'accusation sur lequel il allait être jugé. Son étonnement fut grand en voyant que cet acte d'accusation était précisément le même que celui qui avait été dressé contre les Giron-
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dins^ ses ennemis, et sur lequel ils avaient été condamnés à mort et exécutés huit jours auparavant : on ne s'était même pas donné la peine d'en faire un autre qui pût au moins être applicable au duc d'Orléans, et il est remarquable que parmi les absurdités qu'il contenait on eût laissé subsister le chef d'accusation dirigé contre le député Carra , auquel on avait reproché sans raison d'avoir voulu placer le duc d*York sur le trône de France. Aussi , lorsque le duc d'Orléans entendit la lecture de cet article, il dit froidement : « Mais en vérité ceci a «l'air d'une plaisanterie. «Interpellé par le tribunal de déclarer ce qu'il avait à répondre aux accusations portées contre lui , il se borna à faire observer « qu'elles se détruisaient d'elles-mêa mes, et qu'elles ne lui étaient pas applicables, ce puisqu'il était notoire qu'il avait été con- <K stamment opposé au système et aux mesures « du parti qu'on l'accusait d'avoir favorisé. »
Néanmoins le tribunal ayant passé outre , et l'ayant condamné à mort sans désemparer, il dit sans se déconcerter, après avoir entendu sa sentence : « Puisque vous étiez décidés à me f( faire périr, vous auriez dû au moins chercher « des prétextes plus plausibles pour y parvenir , n car vous ne persuaderez jamais à qui que ce (c soit que vous m'ayez cru coupable de tout ce (c dont vous venez de me déclarer convaincu , et « vous moins que personne, vous qui me con- <c naissez si bien (ajouta-t-il en regardant An- « tonelle, chef du jury). Au reste, continua-t-il, « puisque mon sort est décidé , je vous demande a de ne pas me faire languir ici jusqu'à demain, ce et d'ordonner que je sois conduit à la mort sur** « le-champ. » On lui accorda sans difficulté cette triste faveur. En traversant la -place du Palais- Royal, la charrette qui le conduisait au supplice fut arrêtée quelques minutes , et pendant ce temps il promena ses tegards avec le plus grand
sang-froid sur la façade de son palais. Arrivé à la place Louis XV, il monta d'un pas ferme sur l'échafaud, et reçut le coup mortel le 6 novembre 1793 (16 brumaire an a) à quatre heures du
soir.
Après la mort de ce prince , le Palais-Royal fut réuni au domaine de FÉtat.
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