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CHAPITRE IX

Le Palais-Royal depuis sa réunion au domaine de l'État.

Lorsque le Palais-Royal, déjà mutilé par les ventes des mandataires, eut été réuni au domaine de l'État, on ne songea plus ni à Fachever, ni à l'entretenir, ni même à prendre les mesures nécessaires à sa conservation; on ne s'occupa qu'à en tirer des revenus et à en faire de l'argent. Les arcades sur le jardin que le duc d'Orléans avait conservées, furent vendues nationale-

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ment ainsi que les bâtimens de Thôtel de Châtillon qui avaient échappé aux mandataires. Il y eut même des aliénations partielles faites dans ie corps du Palais à des restaurateurs , que leur banqueroute a annulées. Des locations de toute espèce y furent établies par un entrepreneur principal, le sieur Provost, qui tenait la ferme des jeux, et ces locataires dégradèrent le Palais dans tous les sens, sans que personne s'occupât de les en empêcher. Les uns hachaient les murailles pour agrandir les fenêtres ou pour percer des portes, les autres coupaient des arcs pour établir des tuyaux de cheminées ; on faisait des cuisines partout, et il est étonnant que l'édifice ait pu résister au traitement qu'on lui a fait subir.

La salle de spectacle du Palais-Ro^al, qu'on appelait alors le Théâtre de la République, continuait à être exploitée par une société composée de quelques uns des comédiens français que la

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dépréciation des assignats ruinait graduellement et que leur chute totale ruina totalement. Après eux, le sieur Sageret, qui était alors entrepreneur de plusieurs théâtres dans Paris, devint locataire de celui du Palais-Royal. Malheureusement, une clause de son bail, passé le 1®^ juillet 1 797 , l'autorisait à faire à la salle tous les changemens, toutes les constructions, répara** tions et décorations qu'il jugerait à propos; et, en vertu de cette clause, la salle qui avait déjà été fortement ébranlée par le canon du r3 vendémiaire an IV (5 octobre 1796) (1) fut ei-tièrement bouleversée. On voulait alors que tout fût grec ou romain. La décoration intérieure de la salle, telle que M. Louis l'avait faite, n'étant

(i) Lorsque les troupes des sections de Paris se retiraient en désordre par la rue de Richelieu , quelques coups de canon tirés par elles sur les vainqueurs mutilèrent les colonnes du péristyle. La façade du théâtre porte encore les traces de ces coups de canon.

pas dans ce style , on la mutila impitoyablement; l'arrangement des loges, tout exécuté en fer et en pots y fut détruit pour être remplacé par une décoration en colonnes de charpente peintes en marbre jaune antique , posées en bascule sur la voûte du vestibule au rez-de-chaussée. On établit sur ces colonnes une voûte en bois qu'on plaça plus bas que l'ancien plafond de la salle construit en fer et en pots, lequel fut tranché en plusieurs endroits pour rattacher le nouveau plafond et les nouvelles colonnes à l'ancienne charpente en fer, à laquelle heureusement on n'osa pas toucher autrement. Il résulta de ces travaux qu'une salje très commode, très solide et incombustible, devint incommode, peu so- Ude ( au moins dans l'intérieur ) et susceptible d'être incendiée; qu'au lieu d'être à son aise et de bien voir (à la vérité dans des loges découvertes, dont on ne voulait pas alors), le public se trouvait partout à l'étroit , et que les colonnes

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des loges avec les cloisons des divisions cachaient la scène à une grande partie des spectateurs.

Cette entreprise ne fut pas avantageuse à M. Sageret qui s'y ruina et disparut bientôt après avec son bail. Lie directoire s'attribua alors la direction du Théâtre-Français et en chargea M. Mabéraut en qualité de commissaire du gouvernement, mais la salle resta dans l'état où M. Sageret l'avait mise.

Napoléon, ayant renversé le directoire et s'étant emparé des rênes du gouvernement, donna le Palais-Royal au Tribunat pour en faire le lieu de ses séances. On commença par expulser des appartemens du Palais les tripots , les maisons de jeu et les établissemens <le corruption qui l'avaient envahi. Mais il y manquait une grande salle d'assemblée ; on la voulait de dimensions à peu près semblables à celle du conseil des Cinq- Cents au Palais Bourbon : M. Blève en conçut lespremiersplans^etM.deBeaumont les termina.

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(c II était sans doute difficile, dit M. Fontaine, en connaissant l'état de dégradation où le Palais- Royal était tombé d'y trouver un emplacement convenable pour l'établissement de cette salle qui devait contenir une assemblée de deux cent cinquante membres avec des galeries pour les spectateurs. On se détermina à la placer dans le pavillon dont M. Louis n'avait construit que le rez-de-chaussée et le mur de face , et qui répétait sur la façade de la grande cour le pavillon que M. Contant avait construit antérieurement sur la même façade. On détruisit quelques distributions intérieures au premier, et on prolongea le cercle de l'amphithéâtre jusqu'à la naissance de l'aile gauche de la cour d'entrée. On profita adroitement du peu d'espace qu'on avait à exploiter , et quoique cet ouvrage ait été fait à la hâte et construit d'une manière légère et peu solide, il faut rendre justice à l'auteur et reconnaître qu'il a mérité des éloges tant pour

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la belle ordonnance de la composition que pour la recherche et le bon goût de toutes les parties de son ensemble. La salle du Tribunal bâtie en 1801 a été démolie en 1837 pour la continuation des grands appartemens, après avoir servi pendant treize ans de chapelle au Palais. »

Mais Napoléon, devenu empereur, voyait d'un œil inquiet cet organe du pouvoir populaire , ce dernier asyle des libertés nationales; il ne tardarpas à s'en débarrasser*

Dans la séance du 18 septembre 1807 , sous la présidence de M. Fabre de l'Aude, MM. les conseillers d'Etat Pelet, Bérenger et Maret furent introduits pour faire une communication de la part du gouvernement. M. Bérenger prit la parole, et , après un discours étudié, il donna lecture du sénatus-consulte du 19 août 1 807 et du décret impérial du 29 du même mois qui transféraient au corps législatif les attributions constitutionnelles du Tribunàt. Après

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Fallocution respectueuse du président, M. Carrion de Nizas , tribun, proposa de voter une adresse à l'Empereur « pour frapper les peuples « de cette idée que le Tribunat a reçu l'acte du a Sénat sans regret pour ses fonctions, sans in- (c quiétude pour la patrie ; et que les sentimens « d'amour et de dévouement au monarque qui « ont animé le corps, vivront éternellement dans « chacun de ses membres. » Cette proposition fut unanimement adoptée ; le Tribunat ordonna l'impression de la motion , et arrêta qu'une commission, composée de MM. Fabre, président, Dacier etDelaitre, secrétaires, Carrion delNizas, Perrié, Delpierre, Gillet et Fré ville, serait chargée de la rédaction de l'adresse (i).

Après la dissolution du Tribunat, le Palais- Royal fut réuni au domaine extraordinaire de la Couronne, dont il a toujours fait partie jus-

(i) Galerie historique du Palais-Royal j tableau de M. Ga&sies.

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qu'en 1 8 1 4- Napoléon vint un jour le visitera cinq heures du matin dans le mois d'août 1807 avec M. Fontaine, son architecte. L'apparition inattendue de M. Fabre de l'Aude ^ président du Tribunaty contraria le désir qu'il avait d'être seul: il termina sa visite au second salon , sans vouloir même aller jusqu'à la salle des séances, et il remporta les préventions défavorables qu'il avait contre le Palais-Royal , et que rien par la suite n'a pu détruire.

Cependant plusieurs projets furent présentés à Napoléon pour tirer parti de cet édifice et lui donner une destination quelconque. « Un de ces projets, dit M. Fontaine, consistait à y établir définitivement la Bourse et le Tribunal de commerce qui avaient été expulsés des Petits-Pères , lorsque cette église fut rendue au culte catholique. On les avait transpojrtés provisoirement au Palais-Royal où ils occupaient le vestibule à colonnes de Faile du milieu du rez-de-chaussée,

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SOUS la salle du Tribunat. Selon le projet dont nous parlons, la grande salle aurait occupé tout le premier de Faile sur le jardin avec deux grands escaliers à ses extrémités. Le rez-dechaussée aurait été distribué en portiques à jour et en boutiques de marchands. Les bureaux , le Tribunal et ses dépendances auraient rempli le reste du Palais-Royal. Mais ce projet ne reçut aucune exécution. On voulut ensuite en faire le chef-lieu de l'État-major de la place de Paris y pour y loger le gourerneur de la ville , puis encore en faire le palais des beaux^rts avec les écoles de peinture, de sculpture et d'architecture : rien de tout cela ne s'exécuta. Enfin on imagina d'y reporter une autre fois , mais isolément et au milieu de la grande cour, le théâtre de l'Opéra avec des salons et des ap-

partemens qui auraient servi à donner des fêtes publiques, mais ce projet fut repoussé comme les autres. »

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(c Ce ne fut que lorsque , parvenu au sommet de sa puissance, Napoléon s'aperçut qu'il manquait de palais pour les rois qui venaient rendre hommage à sa gloire , qu'on lui proposa et qu'il parut agréer l'idée de comprendre le Palais- Royal dans le plan général de la réunion des palais du Louvre et des Tuileries, et de faire en sorte que par des arcs y des galeries et des colonnades, ces trois grands édifices réunis présentassent le plus vaste ensemble et la plus magnifique ' résidence de souverain qui eût été connue jusqu'à présent. Néanmoins il ne fut pas donné plus de suite à ce projet qu'aux précédens, et le Palais-Royal, qui n'avait été amélioré en rien parle séjour du Tribunat, resta tellement décrédité, après tant de dégradations, que dans les dernières années de l'empire on alla jusqu'à proposer de le mettre en vente pour en faire un objet de spéculation. » Mais cet édifice était destiné à reprendre bientôt son ancienne splendeur.

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