‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 4 sur 26 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Le Palais-Cardinal , devenu Palaî^Royal sous la régence

d' Anne~d' Autrich e.

Le testament de Richelieu avait mis Louis XIII

en possession du palais Cardinal ; mais l'état languissant de ce monarque ne lui permit pas de venir l'habiter. Ck>mme si le ciel avait attaché sa destinée aux jours de son ministre, il ne lui survécut que de quelques mois : c'est au château de Saint-Germain qu'il mourut, le i4 niai j643, triste et sombre au milieu d'une cour peu nom-

breuse qui n'entoura son lit d'aucun de ces re-^ grets qui sont la consolation des mourans. Anne d'Autriche y devenue régente, quitta le Louvre et vint, le 7 octobre i643y avec ses deux fils, Louis XIY et le duc d'Anjou , encore enfans , habiter le palais Cardinal, qui prit alors le nom de PàlaiS'Jto/al ( i ). La duchesse d'Aiguillon , nièce de Richelieu , supplia la reine de rétablir la première inscription de Palais-CardinuL oeil est peu «séant, lui dit-elle, de Caire injure aux morts parce ce qu'ils ne peuvent la repousser : en honorant la «mémoire du cardinal de Richelieu, vous immoral taliserez votre nom {%).n Ces mots, arrosés de

(i)ffLe/narquis deFourilIe, qui était alors grand mare- «bat-des-^logis de la àiaison du roi, représenta à la reine ré-gente qu'il ne convenait pas que le roi demeurât dans une maison qui portait le nom d'un de ses sujets; et, sur ces raisons 9 la reine ordonna qu'on ôtât rinscrlption. »

(PlOAHIOL. )

(a) Sauvai.

DV PA.L\iS*ROYAL. fg

larmes 9 touchèrent la régente; Tinscription fut rétablie y mais l'usage prévalut ^ et cet édifice a toujours porté depuis le nom de Palais^Rojral.

La démolition de l'hôtel deSillery^ commencée par le cardinal dans la vue de faire une place devant son palais , fut continuée par ordre de la régente; on abattit on même temps quelques édifices voisins pour construire des corps-de*garde , qui , avec quelques chétives maisons d'un aspect irrégulier, formaient la seule perspective de la demeure du souverain.

Louis XIY , alors âgé de cinq ans, fut installé dans la chambre du cardinal ; son appartement était petit 9 mais commodément situé ^ entre la galerie des hommes illustres qui occupait Faile gauche de la seconde cour, et la galerie qui régnait le long de l'aile de l'avant-cour, où Champagne avait peint les plus beaux traits de la vie du Cardinal.

L'appartement de la reine-régente était beau-

làO HISTOIRE

coup plus vaste, plus élégant. Non contente de ce que Richelieu avait fait, elle ajouta au luxe des ornemens qu'il avait prodigués : elle confia le soin de ces embellissemens intérieurs à Jacques Lemercier, devenu son architecte, et à Vouet, « qui passait (dit Sauvai) pour un des meilleurs « peintres de l'Europe, et lui-mérae le croyait si «r bien , qli'il ne faisait aucune difficulté de s'en « vanter. »

Son grand cabinet^ quijut long-temps la merveille et le miracle de Paris (i), était l'ouvrage du cardinal; mais elle se fit construire de plus

(i) On admirait dans ce cabinet un tableau dé Léonard de Vinci; la parenté de la Vierge , d'Andréa del Sarto; un Énée sauvant Anchise, d'Annibal Carrache; une nativité de Gaudentio; une fuite en Egypte du Guide, un saint- Jean monté sur un aigle, attribué à Raphaël; deux tableaux du Poussin, avec les pèlerins d*Éniaûs, de Paul Véronèse*

Anne d'Autriche fit transporter plus tard ces tableaux ori~ ginaux à Fontainebleau ) dans l'appartement qu'elle fit faire pour.elle dans cette résidence royale.

une salle de bain, un oratoire et une galerie. Tout ce que le goût du temps avait pu créer de fleurs, de chiffres, de paysages, d'idylles en peintures, avait été semé sur un fond d'or dans la salle de bain (i). L'oratoire était orné de tableaux où Champagne, Vouet, Bourdon Stella, Lahire, Corneille, Dorigny et Paerson avaient peint la vie et les attributs de la Vierge. Une seule croisée dont les grands carreaux de cristal étaient montés dans de l'argent , et soutenus par des points et des triangles d'argent ciselés avec art, éclkirait cette retraite mystérieuse où les intrigues de la politique se mêlèrent plus d'une fois aux pratiques de la religion.

Sa galerie était placée à l'endroit le plus retiré ; Vouet l'avait couronnée d'un plafond doré ; le parquet était une marqueterie artistement travaillée par Macé. C'est là que le grand conseil se

(i) Les fleurs étaient de Louis -^ les paysages de Belin.

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tenait ; c'est là encore que la Régente fit arrêter les princes de Condé^ de Conty ^ et le duc de Longuevitle.

La vue des appartemens de la reine était sur le jardin. Pour en respirer Tair avec plus de liberté, elle fit construire un balcon par J. Lemercier , qui l'embellit d'une élégante balustrade , dont l'exécution fut confiée à maître Etienne de Nevers , serrurier ordinaire des bâtimens du roi « Cette balustrade, dit Sauvai Voptimiste, était ci** « selée avec plus de tendresse, de mignardise et « de patience, que ne pourrait être travaillé Far* a gent par les plus habiles orfèvres.»

Le jardin n'était alors ni beau ni régulier : il contenait un mail, un manège, et deux bassins dont le plus grand , appelé le Rond deau^ était ombragé d'un petit bois. Louis XIV , dans son enfance y se laissa un jour tomber daus le bassin du petit jardin dit Jardin des princes.

Mais il fallait un appartement pour le duc

DU PALAlS-fiOTAL. a3

d'Anjoiit depuis duc d'Orléans, frère du rx>i(i). Pour h pratiquer^ on détruisit , à l'aile giaudie du palais, dans la cour qui donne sur la place, la vaste galerie que Champagne aTait consacrée à immortaliser les grandes actions du cardinaL

On ne peut écrire Austoire du Palais^Royal à cette époque, sans retracer en grande partie riiistoire de la Fronde , cette parodie de la Ligue, si féconde à la fois en grands personnages et en petits événemens {%).

(i) Lire à ce sujet les' mémoires de La Porte, valet de chambre dé Louis XIV» On y trouve des détails curieux sur les jeux d'enfance dés deux frères; mais la gravité de l'histoire ne permet pas toujours de les raconter.

(a) « Tantôt on était d'un parti, tantôt d'un autre. En i65 1 , après une discussion au parlement entre le prince de Condé et le coadjuteur, chacun rassembla imtour de soi ses amis. Le marqufs de Rouillac , fameux par son extravagance , qui était accompagnée de valeur, se vint offrir à moi. Le marquis de Canillac , homme du même caractère , y vint dans le même moment. Dès qu'il eut vu Rouillac , il me fit une grande révérence , mais en arrière en me disant : « Je

A la tête des principaux acteurs de cette tragicomédie se présente la Reine-Régente Anne d'Autriche. Cette princesse avait de la beauté , de la grâce, de là dignité dans sa personne , et les plus belles mains du monde. !l^evée dans les idées d'une galanterie alors permise en Espagne, mariée au plus froid des époux , au plus ennuyé des princes, elle ne se défendit pas d'un certain penchant à la coquetterie. Sa complaisance à accueillir les hommages fut mise au rang des infidélités par la jalousie du roi (i).

« venais, monsieur, pour vous assurer de mes services; mais « il n'est pas juste que les deux plus grands fous du royaume « soient du même parti. Je m'en vais à l'hôtel de Condé, » et vous remarquerez , s'il vous plaît, qu'il y alla. »

( Mémoires de Retz, tome II, page 499. )

(i)« Madame de Chevreuse (dit Retz,) m'a conté plusieurs ibis que la reine n'était Espagnole ni d'esprit , ni de corps ; qu'elle n'avait pas la vivacité de sa nation , qu'elle n'en tenait que la coquetterie , mais qu'elle l'avait au souverain degré \

Humiliée •par Louis Xtll , persécutée par Riche-

que M. de Bellegarde , vieux , mais poli et galant à la mode de Henri III, lui avait plu; mais qu'elle s'en était dégoûtée, parce qu'en prenant un jour congé d'elle, lorsqu'il alla commander l'armée de La Rochelle, et lui ayant demandé en général la permission d'espérer une grâce avant son départ, il s'était réduit à la supplier de vouloir bien mettre la main à la garde de son épée; qu'elle avait trouvé cette manière si sotte, qu'elle n'en avait jamais pu revenir ; qu'elle avait agréé la galanterie de M. de Montmorency, beaucoup plus qu'elle n'avait aimé sa personne j que l'aversion qu'elle avait pour les manières de M. le cardinal de Richelieu, qui était fort pédant en amour, avait fait qu'elle n'avait jamais pu souffrir la sienne....; qu'elle lui avait vu, dès l'entrée de la régence, une grande pente pour M. le cardinal (Mazarin); qu'elle lui avait vu dans des momens de certains airs qui avaient beaucoup de ceux qu'elle avait eus autrefois avec Buekingham *; qu'en d'autres elle avait remarqué des circon-

* Le souvenir de Buckingham resta long-temps cher à la reine. Un jour (i644) que Voiture était auprès d^elle, Anne d^ Autriche lui demanda à quoi il pensait : le poète lui répondit par ces vers qu^eile a trouvés si jolis (dit madame de Motteviile), qu'acné les a long-temps tenus dans son cabinet :

<c Je pensais que la destinée ,

« Après tant dHnjustes malheurs.

lieu(i)9 elle avait inspiré cet intérêt que répand le

staiices qui lui faisaient juger qu'il n'y avait entre eux qu'une liaison intime d'esprit »,

(i) Jlichelieu avait élevé, dit^on, son orgueil jusqu'à parler d'amour à Anne d'Ajutrich^* Il fut blessé d'un refus, et

« Vous a justement couronnée « De gloire , d^ëclat et d^honneurs ; « Mais que vous étiez plus heureuse « Lorsque vous étiez autrefois , « Je ne veux pas dire amoureuse , ff La rime le yeut toutefois.

a Je pensais , car nous autres poètes (c Nous pensons extravagamment, « Ce que , dans Phumeur où vous êtes .

« Vous feriez , si dans ce moment « Vous avisiez en cette place « Venir le duc de Buckingham ; . « Et lequel serait en disgrâce (c De lui ou du père Vincent. »

Louis XIII conserva jusqu'à sa dernière heure un souvenir amer des torts que sa jalousie supposait à la reine; car, lorsque Chavigny fut chargé par Anne d'Autriche d'assurer le roi , au lit de mort, qu'elle n'avait mérité aucuns reproches , ni dans les intrigues avec l'Espagne , ni sous d'autres rapports , ce prince répondit : « Dans « l'état oîi je suis , je dois lui pardonner , mais je ne puis la

« croire. »

malheur sur les personnes de son rang; mais devenue, après leur mort, maîtresse du souverain pouvoir elle en dépassa les bornes^ et compromit plus d'une fois les intérêts et la sûreté du trône par

devint imjdacable ^ C'est ainsi qu'on prétend qu'il descendit lui-même dans le cachot de Chalais, pour en tirer ou même soiUciier des aveux qui pouvaient compromettre Anne d'Autriche. Elle avait, dit-on, avoué l'errance d'épouser le duc d'Orléans, après la mort du roi que les médecins et les astrologues croyaient peu éloignée. Le roi eut le courage ou plutôt la cruauté de faire comparaître Anne d'Autriche en plein conseil. Là, il lui reprocha , avec un sourire amer , d'avoir souhaité un autre époux. « Je n'aurais pas assez ga*

* Qaelqnea mémoires du temps parlent d'aune déclaration qne la brusque arrivée du roi aurait interrompue. Brienne » dans ses Mémoires recueillis et publiés avec tant de goût , de grâce et d'^intérét, par M. Barrière , raconte que le cardinal, dans sa folle irresse pour la reine, dansa devant elle une sarabande. «Richelieu , dit-il', était vêtu d^un pantalon de velours vert ; il avait à ses jarretières des sonnettes d^ai^ent , et il tenait en main des castagnettes. La reine » M. de Chèvreuse , Beringhen, et le violon Bocco, étaient cachés derrière un paravent , d^où Ton voyait les gestes du danseur. La princesse ne paya que ti*op cher, le plaisir qu^elle avait eu de voir danser une éminence. »

la hauteur de son caractère , l'irréflexion de ses premiers mouvemens et la violence de ses emportemens. Comme mère , elle eut des vertus recom-

gné au change , » répondit-elle avec dédain. Une autre fois Richelieu ayant découvert qu*Anne d'Autriche entretenait une correspondance secrète avec le roi d*£spkgne et le cardinal infant, se servit avec succès de cette découverte pour rendre sa fidélité suspecte au roi. Elle cachait ses dépêches dans une cassette déposée dans un cabinet de son oratoire au' Yal-dè-Grace, où elle se retirait fréquemment pour ses dévotions. Une religieuse de sa confidence les remettait entre les mains de Laporte, ancien domestique de madame de Chevreuse , qui rendait en échange les lettres de llnfant Le cardinal fit ordonner au chancelier Séguier d'aller, de la part du roi , au Yal-do-Grape saisir cette correspondance pendant que la reine y serait. On dit que Séguier fit avertir la reine *. On ne trouva rien; mais Anne d'Autriche ne fut pas moins obligée de signer un écrit par lequel elle se reconnaissait coupable d'imprudence.

* Histoire du cardinal de Richelieu , par M. Jay. Mais Anne de Gonzague et madame de Motteville rapp'ortent un mot de la reine à sa toilette , qui ferait croire que finvestigation du chancelier fut intime jusqu^à Pindiscrëtion. De la Porte, dans ses Mémoires, page 143 , dit : « Que la reine aj'ant caché une lettre daus son sein , le chancelier Vy voulut reprendre. »

DU PALAis-noYAL. ag

inandables(i); comme reine, elle manquait de génie j et sa politique était tracassière.

Déclarée Régente dans le lit de justice du i8 mai 1643, elle ne vit dans le dépôt de Fautorité royale que le droit de n'éprouver aucune résistance à ses volontés. Naturellement ennemie des affaires , elle remit à Mazarin le soin de les diriger : la galanterie , autant que la politique peutêtre, décida ce choix. Alors, on vit se renouveler

(i) Ses enfans ont arrosé son lit de mort de leurs larmes ; elle avait elle-même entouré leur berceau des soins les plus tendres. Il est impossible de porter plus loin la sollicitude maternelle ; soit dans la maladie qui failUt enlever Louis XIV et son frère encore enfans , soit cSlans leur première éducation. Elle présidait elle-même aux leçons , et s'attachait à graver dans leur cœur de nobles sentimens, et à donner à leur esprit cette fleur d'aménité qui répandit par la suite sur la cour de Louis XIV tant d'élégance et tant d'éclat. On connaît sa réponse toute royale à Mazario , qui cherchait à la sonder sur la passion du jeune Louis XIV pour Mancini, nièce du cardinal : « Si le roi était capable de cette indignité, t je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la « nation contre le roi et contre vous. »

3o HISTOIRE

les intrigues qui s'étaient élevées contre Marie de Médicis , à l'occasion de la scandaleuse omnipotence de Ck)ncini : le nouvel italien était plusfin, plus adroit y plus sojreux; souple jusqu'à l'humilité , caressant jusqu'à l'adulation, incapable d'une grande résolution , n'osant, comme Richelieu, attaquer de front les obstacles; souvent déconcerté par la violence irréfléchie de la reine, il temporisait, attendant de la ruse ce qu'il n'était pas en lui de demander au courage. Sa faveur irritait l'ambition des grands : sa qualité d'étranger servait de prétexte à la haine du peuple. La guerre s'alluma entre le parlement et la cour; on se donna des noms de faction : les partisans de la cour s'appelèrent Mazarinsj les autres furent nommés Frondeurs. Bachaumont s'avisa de dire un jour en badinant « que le para lement faisait comme les écoliers qyiifronderU « dans les fossés de Paris, qui se séparent dès qu'ils ce voient le lieutenant-civil, et qui se rassemblent

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«dès qu'il ne paraît plus. » Cette comparaison fut trouvée plaisante; on la célébra par des chansons« Le coadjuteur (De Retz) et ses amis prirent des cordons de chapeaux qui avaient la forme d'une fronde. Aussitôt le pain, les chapeaux, les gants , les mouchoirs, les éventails , les garnitures, les écharpes , tout fut à la Fronde.

Le parlement demandait l'éloignement de Mazarin; et dans cette vue il entravait toutes les opérations de la Régente. Rlessée de cette résistance , elle n'écouta que sa colère ; et pour intimider le parlement , elle fit enlever par Comminges, lieutenant de ses gardes, le 26 août 1648, Broossel, conseiller de la grand'chambre,^qui{iit mené à St-Germain , et Blancmesnil , président aux enquêtes, qui fut conduit à Yincennes.

tt Je ne puis exprimer (dit le cardinal de Retz « dans ses mémoires) la consternation qui parut « dans Paris le premier quart-d'heure de Tenlè» « vement de Broussel, et le mouvement qui s'y

et fit dès 1^ second. La tristesse , ou plutôt l'abat- « tementy saisit jusqu'aux enfans: on se regardait, « on ne disait rien. On éclata tout d'un coup, on « s'émut y on courut, on cria, on ferma' les bou-

« tiques je pris le parti d'aller trouver la reine.

ce Je sortis en rochet' et en camail , et je ne fus « pas arrivé au Marché-Neuf que je fus accablé a d'une foule de peuple qui hurlait plutôt qu'il « ne criait. Je m'en démêlai en leur disant que la « reine leur ferait justice. Je trouvai sur le Pont- « Neuf le maréchal de La Meillerajre à la tête des « gardes , qui bien qu'il n'eût encore en tête que c( quelques enfans qui jetaient des pierres aux fc soldats , ne laissait pas d'être fort embarrassé , ce parce qu'il voyait que les orages commençaient c( à se grossir de tous côtés. Il fut très aise de me it voir , il m'exhorta de dire à la reine la vérité ; a il s'offrit de venir lui-même rendre témoignage. « J'en fus très aise à mon tour , et nous allâmes a ensemble au Palais-Royal, suivi d'un nombre

« infini de peuple qui criait : Brousse!! Brous- « sel! (i) »

La reine était dans son grand cabinet avec Monsieur (Gaston duc d'Orléans)^ le cardinal Mazarin, le duc de Longueville, le maréchal de Villeroi , l'abbé de la Rivière, MM. de Beautru f de Guitaut, capitaine des gardes, et le comte Nicolas de Nogent.

La Meilleraye raconta avec force l'émeute dont il venait d'être témoin ; le coadjuteur confirma ce récit. Le cardinal sourit malignement ; la rein^ se mit en colère , et dit : tf II y a de la révolte à « imaginer qu'on puisse se révolter : vqilà les a contés ridicules de ceux qui la veulent : l'auto- « rite du roi y donnera bon ordre. »

« Tout ce qui était dans le cabinet (dit encore (( Retz, si précieux à consulter dans tout ce qui « concerne les troubles de la Fronde) jouait la

(i) Galerie historique du Palais-Royal: tableau de M. De-

vena.

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m comédie. Je faisais l'innocent , et je ne l'étais « pas ; le cardinal faisait l'assuré , et il ne l'était oc pas autant qu'il le paraissait : il y eut quelques a momens où la reine contrefit la douce^ et elle a ne fut jamais plus aigre. M. de Longueville té- « moignait de la tristesse, et il était dans une joie c sensible , parce que c'était l'homme du monde <( qui aimait le plus le commencement de toutes (f les affaires. M. d'Orléans faisait l'empressé et le «c passionné, en parlant à la reine; je ne l'ai jade mais vu siffler avec plus d'indolence qu'il fit « une demi-heure après, en entretenant Guerchy « dans la petite chambre grise ; le maréchal de tt Yilleroy fai^it le gai pour faire sa cour au mi- (c nistre, et il m'avouait en particuUer, les larm^^s tt aux yeux , que l'État était sur le bord du préci- « pice. Beautru et Nogent bouffonnaient et repré- « saataienf, pour plaire à la reine, la nourrice a du vieux Broussel (remarquez, je vous prie, « qu'il avait quatre-vingts ans!), qui animait le

DV PALAIS-ROTAL. 35

<r peuple à la sédition : quoiqu'ils connussent <c très bien que la tragédie ne serait peut-être « pas fort éloignée de la farce. Le seul et unique « abbé de la Rivière était convaincu que Témo-

« tion du peuple n'était qu'une fumée Sur ce

a que le bon-bomme Vannes , lieutenant- colonel « aux gardes y vint dire à la reine que les bourbe geois menaçaient de forcer les gardes, le vieux a Guitaut j homme de peu de sens, mais très aftf fectionné, dit d'un ton de voix encore plus rau- « que qu'à son ordinaire, qu'il ne comprenait pas « comment il était possible de s'endormir en Té- « tat où étaient les choses. « £h bien ! lui dit le oc cardinal , quel est votre avis ? a Mon avis est , « lui répondît brusquement Guitaut , de rendre <cce vieux coquin de Broussel mort ou vif», a Je pris la parole et je lui dis: «Le premier a ne serait ni de la piété ni de ta prudence « de la reine ; le second pourrait faire cesser le « tumulte.» La reine rougit à ce mot, et s'écria:

« Je vous entends, monsieur le coadjuteur^ vous tf voudriez que je donnasse la liberté à Broussel; tt je l'étranglerais plutôt avec les deux mains.» Et ce achevant cette dernière syllabe , elle me les « porta presqu'au visage, en ajoutant : Et ceux « qui., (i).» Le cardinal, qui ne douta pointqu'elle « ne m'allât dire tout ce que la rage peut inspirer, tf s'avança et lui parla à l'oreille. Elle se composa ce à . un point que , si je ne l'eusse connue , elle

« m'eût paru bien radoucie Enfin le maréchal

« m'entraîna , et tous les gardes du corps me por- « taient amoureusement sur leurs bras, en me « criant : « Il n'y a que vous qui puissiez remédier « au mal. » Je sortis ainsi avec moh rochet et mon « camafl, en donnant des bénédictions à droite « et à gauche. »

Cependant le parlement s'était assemblé pour délibérer sur l'arrestation du conseiller Broussel ,

(i) Galerie historique du Palais - Royal : tableau de M. Scheffer.

L ' DCJ PALAIS-ROYAL. 87

que le peuple en armes redemandait à grands pris : il donna arrêt par lequel il fut ordonné qu'on irait en corps et en habUsj c'est-à-dire eu robes rouges, au Palais-Royal, redemander le$ prisonniers. L'arrêt fut exécuté à l'heure même. Le parlement sortit au nombre de cent soixante officiers , et se rendit auprès de la reine ; mais

Anne d'Autriche s'emporta et leur dit pour toute réponse : « Je sais bien qu'il y a du bruit dans la a ville , mais vous m'en répondrez , messieurs du « parlement, vous , vos femmes et vos enfans, » et elle rentra dans sa petite chambre grise, dont elle ferma la porte avec force,

Une seconde tentative, feite auprès de la reine à la prière du président de Mesmes , et sous les auspices du duc d'Orléans , ne fut pas plus heureuse. Le parlement sortit du Palais-Rqyal. Lorsqu'il fut arrivé à la barricade de la Croix du Tiroir, la multitude en fureur l'entoura, et un garçon rôtisseur s'avançant à la tête de deux cents

hommes, et mettant l£( hallebarde dans le ventre du premier président , Mole, lui dit: « Tourne^ ;c traître , et si tu ne veux être massacré toi-même, « ramène-nous Broussel, ou le Mazarin et le chan- <x celier en otage. » Plusieurs conseillers se jetèrent dans la foule pour s'échapper. Le seul premier président se donna le temps de rallier ce qu'il put de la compagnie et revint au Palais- Royal au petit pas , tranquille et intrépide dans le feu des injures et des menaces. Malgré son éloquence f la reine demeurait ihflexible^ « Monsieur a fît mine de se jeter à genoux devant elle , dit le « cardinal de Retz; quatre ou cinq princesses (i), •« qui tremblaient de peur, s*y jetèrent effective-

(i) Marguerite de Lorraine , duchesse d'Orléans, seconde femme de Gaston, frère ^e Louis XIII.

Gabrielle de Montmorency, princesse de Condé, douairière, sœur du maréchal, mère du grand Condé.

Claire de Maillé , princesse de Condé , femme du' grand

Condé,

Geneviève de Bourbon , duchesse de Longueville , sœur

dii grand Condé.

DCr PALAlS-aOTAL. 3^

ce ment. Le cardinal se joi^it au gros de la cour a et l'on tira enfin à toute peine cette parole de a la bouche de la reine: «Eh bien ! messieurs du a parlement , voyez donc ce qu'il est à propos de c fiaire(i). » On s'assembla dans la grande galerie, ce on délibéra y et l'on donna arrêt par lequel il <c fîit ordonné que la reine serait remerciée de la a liberté accordée aux prisonniers. »

Cette concession j qui ^ faite de bonne foi , eût adouci les esprits ^ ne fit que révéler à la multitude le secret de sa force. Les ehnemis de Mazarin , à la tête desquels se trouvait toujours le coadjuteur, recommencèrent avec plus d'acharnement leurs manœuvres. La reine y pour punir la capitale ^ qui demandait à grands cris la chute et l'exil de son favori, résolut de se retirer à St-Germain avec le roi et toute la cour. Dans la nuit du 5 au 6 janvier, après avoir soupe gai*

(i) Galerie historique du Palais -Royal ; tableau de M, Steuben.

ment avec ses dames, qui la firent reine dugâ'^ teau des rois y elle se déshabilla et donna secrètement tous les ordres nécessaires au départ.

« Les portes du Palais-Royal se fermèrent avec « commandement de ne les plus o^vrir : la reine «se releva; le maréchal deViJleroy, à -qui on ce donna connaissance de cette résolution quand cr il fut indispensable qu'il la sût, laissa dormir le « roi jusqu'à trois heures du matin , puis le fît lece ver lui et Monsieur^ pour les faire monter dans « le carrosse qui les attendait à la porte du jardin « du Paliais-Royal. La reine se joignit au roi et à « Monsieur : ces trois personnes royales furent « suivies du maréchal de Villeroy, de Villequier « et de Guitaut , capUaine des gardes de LL. MM., « de Cominges, lieutenant des gardes de la reine, a et de madame de Beauvais , sa première femme « de chambre. Ils descendirent par un petit esn « calier dérobé qui de l'appartement de la reine (( allait dans le jardin, et, sortant par cette petitç

(( porte qui est par-delà le rond-d'eau, montèrent (( dans les carrosses qui les attendaient. La reine u étant au Cours, qui était le lieu du rendez-vous, « s'y arrêta pour attendre que le duc d'Orléans « avec toute la maison royale fut venu la joindre. (( Mazarin se mit dans un carrosse à six chevaux, « et s'en alla trouver la reine , qui l'attendait. Le (( duc d'Orléans , qui avait soupe chez le raaré- « chai de Grammont, étant arrivé au Luxem- « bourg, fit éveiller Madame, qui se leva toute « troublée de cette nouvelle ? il fit aussi lever a Mesdemoiselles ses filles, et toutes ensemble <( s'en allèrent où la reine les attendait. Made- « moiselle , fille aînée du duc d'Orléans , qui avait « été avertie par la reine même , alla se joindre, « selon l'ordre qu'elle en avait reçu , avec la face mille royale. Le prince de Qjndé en fit autant (( dans sa maison : madame la princesse sa mère

« prit madame la princesse sa belle-fille et le pe-

* <» tit duc d'Enghien son petit-fils, encore au mail-

f( lot, et vint de même grossir la troupe du Cours, a Le prince de Conty fut aussi de la partie , et « toute la maison royale étant assemblée elle « prit le chemin de St-Germain en Laye (i). »

La seule duchesse de Longueville refusa de partir avec la cour; elle prit pour prétexte sa grossesse; mais la véritable cause de son refus était le plaisir de rester dans Paris à la tête de l'opposition. Cette charmante duchesàe, dont les yeux de turquoise coûtèrent la vie au jeune doligny^ et rendirent La Rochefoucauld frondeur et poète , s'enivrait de l'idée de son triomphe. Pour le mieux assurer, elle attire à Paris le prince de Cohty son frère , et le vieux duc de Longueville son époux, qui avaient suivi la cour, et, comme pour servir d'otage aux habitans de la capitale , elle va s'établir à l'Hôtel-de-Ville , accompagnée de la duchesse de Bouillon. Toutes

( I ) Mémoires de madame de Mottevîlle.

Galerie historique du Palais-Royal : tableau de M. Horace Vcrnel.

deux se montrèrent au peuple j belles de tous leurs charmes et de leurs enfans qu'elles tenaient dans leurs bras, et la multitude les salua avec enthousiasme. La duchesse deLongueville ajouts^ encore à sa popularité en faisant ses couches à l'Hôtel-de-Ville , où elle mit au jour un fils qui fut nommé du nom même de la ville de Paris (i). Mais le brillant échafaudage de cette royauté factice tomba devant la régente ramenant le jeune monarque dans sa capitale , après raccommodement de St-Germain.

Anne d'Autriche se croyait tranquille, lorsqu'un ennemi plus redoutable parut sur la scène^ se plaignant avec hauteur de son ingratitude, et mêlant le sarcasme à la menace : c'était Gondé. Condé avait un génie admirable pour la guerre j son coup-d'œil était rapide et sûr , son courage à toute épreuve, son activité infatigable; il aimait les dangers, les actions d'éclat, et la victoire lui

(i) Charles Paris d'Orléans, comte de Longueville, lue au Passage du Rhin.

était familière. Sa conduite politique offre des

variations qui la rendent moins imposante que sa conduite militaire. Persuadé que seul il devait être l'appui et la gloire du trône, il se laissa égarer par cette prétention. La Fronde le vit tantôt ami et défenseur de la cour, tantôt son adversaire et son ennemi. Son caractère altier s'indignait de voir à la tête des affaires un prêtre, que par dérision il appelait le dieu Mars , et son ambition ne pouvait se réduire à jouer le second rôle. La reine sentit tout ce qu'elle avait à craindre de cet illustre mécontent, et comprit que si elle ne détachait point le coadjuteur du parti du prince, elle resterait trop faible pour lutter contre eux. Elle eut recours à un de ces moyens si puissans lorsqu'ils sont employés par une femme, plus encore par une reine, à l'égard d'ui^ homme ambitieux et galant.

Retz, alors coadjuteur de Paris, doué au plus haut degré du génie des intrigues , tout à la

fois souple et audacieux j habitué à se faire un masque des vertus qu'il méprisait; d'un caractère haut et redoutable , d'un esprit vif, pénétrant , inépuisable en ressources , mesura de son coup-d'œil d'aijgle l'espace que livraient à son ambition les diverses factions qui agitaient la cour et la ville, et il s'empara fièrement de toutes les avenues qui pouvaient le mener à la puissance. Véritable Protée de la Fronde , on le voit se mêler à toutes les cabales, figurer dans tous les mouvemens , s'armer de sa popularité tantôt comme d'une menace contre la cour, tantôt comme d'un moyen de réconciliation.

C'est ainsi que le i ®^ janvier 1 65o , madame de Chevreuse remit au coadjuteur un billet de la reine ainsi conçu : « Je ne puis croire , nonobstant <c le passé , que M. le coadjuteur ne soit à moi; je a le prie que je le puisse voir sans que personne ce le sache que madame et mademoiselle de Che- « vreuse. Ce nom sera sa sûreté, Akiïb.» Retz fit

cette réponse à la reine : « Il n'y a jamais eu de a moment en ma vie où je n'aie été également à « Votre Majesté f je serais trop heureux de moutf rir pour son service , pour songer à ma sûreté. « Je me rendrai où elle me l'ordonnera.»

Il enveloppa le billet de la reiiie dans le sien , et madame de Chefvreuse lui porta le lendemain sa réponse , qui fut bien reçue. Cette duchesse de Chevreuse ^ si jolie , si spirituelle , si passionnée pour l'intrigue et les plaisirs , qui profana d'une manière si brillante les charmes et les qualités dont le ciel avait pris soin de l'embellir , était la confidente d'Anne d'Autriche, et avait de l'influence sur l'esprit du coadjuteur par l'amour qu'avait inspiré à ce prélat mademoiselle de Chevreuse, sa fille, qui préféra, comme sa mère, le scandale de la célébrité aux modestes triomphes de la vertu.

Le coadjuteur se trouva donc à minuit au cloître Saint-Honoré, oùGabouri, porte-man-

teau de la reine, vint le prendre, et le mena par un escalier dérobé au petit oratoire , où elle était toute seule enfermée. Anne d'Autriche lui témoigna toutes les bontés que la haine qu'elle avait contre le prince de Condé pouvait lui inspirer, et que l'attachement qu'elle avait pour le cardinal Mazarin pouvait lui permettre. ((Le « cardinal entra demi-heure après (dit le cardi- « nal de Retz dans ses mémoires); il supplia la « reine de lui permettre qu'il manquât au res- « pect qu'il lui devait pour m'embrasser devant a elle. Il fut au (iésespoir, disait-il, de ce qu'il ne (c pouvait me donner sur l'heure même son bon*

a net Entre autres arrangemens qui eurent

ce lieu dans cette conférence, il fut résolu que . «ç l'on arrêterait M, le Prince , M. le prince de oc Conty et M. de Loagueville (i).»

Le 18 janvier i65o, la reine avait convoqué le conseil au Palais-Royal ; il se tenait d'ordinaire

(1) Galerie historique du Palais -Royal ; tableau de' M. Hersent.

48 HISTOltlE

dans la galerie. « Le prince de Ck>Ddé passa le a premier, le prince de Conty, son frère, après, (c ensuite le duc de Longueville, et le reste des <c ministres. M. le prince, en attendant la reine , <c s'amusa à parler au comte d'Avaux d'affaires de a finances. Le cardinal Mazarin, voyant les «c princes entrés dans la galerie , au lieu de les « suivre , prit l'abbé de la Rivière par la main et a lui dit tout bas : « Repassons dans ma chambre, « j'ai quelque chose de conséquence à vous dire.» « La reine, d'autre côté, ayant quitté son lit, où a elle s'était tenue toute habillée, donna l'ordre « nécessaire à Guitaut, capitaine de ses gardes. « Elle prit le roi, à qui jusqu'alors elle n'avait ^ a rien dit de cette résolution, et s'enferma avec <c lui dans son oratoire ; elle le fit raiettre à gea noux , lui apprit ce qui se devait exécuter en a cet instant, et lui ordonna de prier Dieu avec a elle, afin de lui recommander le succès de cette « entreprise , dont elle attendait la fin avec beau-

ff coup d'émotion et de battémens de cœur (i). (c Au lieu de la reine, qu'on attendait au conseil, « Guitaut entra dans la galerie. M. le prince lui « demanda ce qu'il désirait; Guitaut lui répondit « tout bas: <c Monsieur, ce que je veux, c'est que « j'ai ordre de vous arrêter, vous, M. le prince « de Gonty votre frère, et M. de Longueville»^..» a Guitaut fit entrer Comminges, son neveu, et ce douze gardes par la porte du bout de la gale* (c rie où ils étaient attendant l'ordre. Il les fit ce passer pour lui ouvrir la petite porte qui (( donne au jardin , afin d'y pouvoir descendre (( par un petit escalier dérobé. Le prince de Con.ty <c ne parla point du tout. lie duc de Longueville, « qui avait mal à une jambe, et qui ne trouvait « pas agréable de s'en servir dans cette occasion , tf allait lentement et mal volontiers. Guitaut fut « obligé de commander à deux gardes de lui ai-

(i) Galerie historique du Palais- Koyalf tableau de M. Hersent.

5o ttlSTOIRfe

a der à marcher. On voyait dans son voyage qu'il « avait regardé cette disgrâce comme un malheur «qui le conduirait au tombeau. M. le t^rince, a marchant le pt'emier , arriva plus tôt que les « autres à la porte du jardin qui donne dans là « rue; il fallut attendre les deux princes qui le « suivaient pour faire ouvrir la porte. Dès qu'ils « furent arrivés , Guilaut ouvrant la porte, le -t carrosse se trouva tout prêt pour les recevoir, f< et Comminges, qui y monta avec eux, les fît a sortir par la porte de Richelieu potir ne point « traverser Paris , et les conduisit au bois de Vince cennes(i).»

Ce coup d'état n'apaisa point la fureur du peuple contre Mazarin. Ce ministre instruit des efforts que l'on tentait pour délivrer les princes les fit transférer d'abord à Marcoussy, de là au Havre. C'est dans cette dernière prison que le

(i) Galerie historique du Palais-Royal; tableau de M. Horace Vernet.

DU PALAIS-Rt)TAL. 5l

cardinal, inquiet de l'orage amassé sur sa tête, se rendit pour briser lui-même les fers de ses illustres prisoniiiers ^ qui revinrent à Paris le 1 6 février i65i.

La mise en liberté des princes ne satisfît pas encore les exigences du peuple : c'était Mazarin qu'il détestait , c'était l'exil de Mazarin qu'il demandait. La reine voulait bien faire des sacrifices, mais se séparer de son ministre était au-dessus de ses forces. Elle résolût donc , si Mazann était obligé à quitter Paris, de le suivre une seconde fois. Mais les projets de cour ne sont pas si mystérieux qu'ils ne fassent bientôt naitre quelques soupçons , et le peuple supporte impatiemment qu'on cherche à le tromper. Aussi dans la nuit du 9 au lo février i65i , sur le bruit que la reine voulait enlever le roi et le conduire une seconde fois à Saint - Germain , les rues se remplirent de bourgeois et d'artisans qui criaient : aux armes l

5là HISTOIRE

A minuit , Anne d'Autriche fut avertie de ce mouvement; elle était déjà couchée. Elle montra beaucoup de fermeté dans cette occasion^ donna ordre de doubler les gardes et fit avertir les serviteurs du roi. Le bruit augmentait à tous momens dans les rues. Le duc d'Orléans ( Gaston ) envoya De Souches, un de ses familiers, à la reine pour la supplier de faire cesser le tumulte* Elle lui répondit avec humeur que « c'était le ce duc d'Orléans qui avait fait prendre les armes <c aux bourgeois, et que par conséquent il était 4c le seul qui pût faire taire le peuple; qu'elle n'a* oc vait point eu la pensée de partir ; que le roi et «Monsieur dormaient tous deux paisiblement,» et pour l'en convaincre elle voulut qu'il allât voir le roi dans son lit. De Souohes passa chez le roi et le trouva dans un profond sommeil. Il sortit du Palais^Royal entièrement persuadé que la reine n'avait nul désir de quitter Paris, et, en retournant au Luxembourg , il fit ce qu'il put pour

un PALAIS-HOYAL. 53

apaiser les Parisiens. « Ils répondirent qu'ils voûte laient eux-mêmes voir le roi. » II y en eut donc a qui entrèrent jusque dans le Palais-Royal, criant a qu'on leur montrât le roi y et qu'ils le voulaient fc voir. «La reine , le sachant, commanda aussitôt « qu'on ouvrît toutes les portes , et qu'on les mett nàt dans la chambre du roi. {lavis de cette finance chise, ils se mirent tous auprès du lit du roi, «dont on avait ouvert les rideaux; et reprenant «alors un esprit d'amour, lui donnèrent mille bé- «nédictîons. Ils le regardèrent long-temps dormir « et ne pouvaient assez l'admirer. Cette vue leur « donna du respect pour lui : ils désirèrent davan- «tage de ne pas perdre sa présence; mais ce fut « par des senlimens de fidélité qu'ils le témoignè- «rent. Leur emportement cessa, et au lieu qu'ils ce étaient entrés comme des gens remplis de furie, «c ils en sortirent comme des sujets remplis de dou- « ceur, qui demandaient à Dieu de tout leur cœur « qu'il lui plût leur conserver leur jeune roi, dont la

« présence avait eu le pouvoir de les charmer ( i ).» *

Cependant Mazario avait cru devoir se rjetirer à Sedan^bien persuadé que le peuple de la Fronde était trop frivole pour bouder long-^t^ps le pouvoir j et que , quand on chante dans l'esclavage , on est fait pour porter des fers. Aussi , quoique éloignée , il gouvernait encore et la reine et l'État. Le peuple avait mis quelque espoir dans Gaston, duc d'Orléans, mais ce prince aimable, instruit, éloquent y était sans constance et sans fermeté. Pendant la Fronde ^ on le retrouve dans toutes les intrigues de la cour, des princes et du Parlement, tantôt du parti de la reine , tantôt opposé à la cour; un jour l'ami de Condé, le lendemain son adversaire. Toujours envieux de l'autorité, et avide de s'^n saisir sans jamais en avoir ni le talent ni le courage, Gaston se complaisait dans ce grand

commérage politique; mais il était dans sa desti-^

(i) Mémoires de madame de Motteville.

Galerie historique du Palais-Royal , tableau de M. Mauzaia3e^

DU PALAlS*ROTAL. 55

née comme dans son caractère de ne jamais être qu'un illustre brouillon.

Abandonnés ainsi par ceux qui avaient promis de défendra leurs intérêts , les partisans de la Fronde voyant que le gouvernement du roi prenait de jour en jour plus d'ascendant, revinrent sous ses bannières après les sièges d'Orléans et d'Ëtampes, et le combat de la porte St-Antoine, où mademoiselle de Montpensier, si célèbre par sa grande fortune , ses onze promesses ou espérances de mariage (i), et sqs amours romanesques

(i) i^ Le comte de Soissons ^ tué à la bataille de Marfée.

a» l.0uisXIV.

3*- Le cardinal infant.

4° Le roi d'Espagne.

$^ Le prince de Galles, depuis Charles II.

&o L'empereur Léopold.

70 Monsieur f frère du roi Louis XIV.

8<> Le duc d'Enghien.

90 Le roi de Portugal.

lo» Le duc d'York , depuis Jacques II.

xi^ Charles Paris , comte de Longueville.

avec le duc de Lauzun, fit tirer sur l'armée royale le canon de la Bastille, canon qui, en Fempêchant d'épouser Louis XIV, tua , sinon son mari, au moins son mariage.

Mazarin reparut à la cour dans tout l'éclat de sa puissance ; il signa le traité des Pyrénées, et ses derniers momens furent eqtourés de toute la solennité qui accompagne la mort des rois.

Anne d'Autriche , heureuse de voir son fils sur le trône et Mazarin auprès de lui, passa les dernières années de sa vie dans des exercices de charité et de religion.

Ce fut le ai octobre iGSa que Louis XIV revint de Saint-Germain à Paris; ce fut le même jour qu'il abandonna la résidence du Palais-Royal pour aller habiter le Louvre.

ou PALAIS-ROTA.L. S"]

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