SCÈNE DE MAGIE
Le i""' septembre l7lo mourut le roi Louis XIV. Pendant tous le mois d'août il avait été très malade. L'approche de l'heure suprême ne l'abattit pas. Tant qu'il conserva sa connaissance, tout se passa avec cette décence extérieure, cette
((l'uvité, ii'Uo majf>lô nui avuiuiil aft'<»iMpa;^in'' tinilrs IcH Jiclions «le sa vie, il y surnamM un iiuluifl, un air de vôrilé cl de siinjdiiitr (pil liaimiitiit jusunau l>Ius léger 8ou|)çon de roprùsentation et de toinédie.
Lo '.M; août, il êlait dtjà très faible, il se lit amener ludaui.hin et lui dit:
— Mon enfant, vous allez ôtro un grau*! roi, ne miinitez pas dauB le i^oût ([110 j'ai eu pour les bâtiments ni dans celui que j'ai eu pour la guerre; lArhez, au contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Iten<lcz à Dieu ce que vous lui devez. Suivez toujours les bons conseils, t:\cliez de soulager vos peuples, ce que jo suis assez mallicureux pour n'avoir pu faire. «
Il lo tint longtemps sur son lit l'embrassant et le bénissant; ensuite il adressa ses adieux aux seigneurs de sa cour.
Le même jour, un paysan vint proposer aux médecins un élixir — « Fagon voulut dire quelque chose; ce manant, (jui se nommait Lebrun, le malmena fort brutalement. Fagon, qui avait accoutumé de malmener les autres, et d'en être respecté jusipiau tremblement, en demeura tout abasourdi. On donna donc au roi dix gouttes de cet élixir. Quelque temps après il se trouva plus fort; mais le pouls étant retombé et devenu mauvais, on lui en présenta une autre prise : « A la vie ou i\ la mort », dit-il, en buvant le verre. Le roi parut revenir. A cette nouvelle, la foule, qui depuis huit jours courait au soleil levant, quitta les salons du duc d'Orléans. »
L'amélioration ne se maintint pas, et Versailles fut de nouveau dé.sert.
« Tout le monde, dit Saint-Simon, s'entassa dans les carrosses et s'enfuit. Louis vit ainsi le désert se faire autour de lui; même M°' de Maintenon, qui se retira à Saint-Cyr; même le P. le Tellier, qui abandonna son pénitent, naguère le puissant monarque qu'il était parvenu à allilier à son ordre. » 11 resta seul avec le cardinal deRohan et le curé de Versailles. Le dimanche 1*' septembre . à huit heures du matin, le roi, qui avait passé la nuit en prières, dit tout à coup : i Allons, voici le moment, je sens que la vie m'échappe; j'avais cru qu'il était plus difficile de mourir. » On entendit un soupir prolongé... Il avait vécu.
A neuf heures les salons du Palais-Royal ne pouvaient contenir la foule qui s'y portait.
Le 9, dans la soirée, le cortège funèbre sortit silencieusement de Versailles, traversa le bois de Boulogne et, par des chemins détournés, se rendit à Saint- Denis. Il ne se trouva point au convoi six personnes qui n'y fussent appelées j>ar leurs fonctions.
Malgré les précautions prises pour éviter les insultes de la foule, le cortège rencontra dans la plaine des rassemblements qui buvaient, chantaient riaient et le saluaient au passage de leurs couplets et de leurs cris de joie.
C'était la fin du règne des jésuites, et l'on parlait démettre le feu aux maisons de ces pères avec les flambeaux du convoi.
Le nouveau roi avait cinq ans. Qui allait gouverner en son nom?... On parlait du duc du Maine. Louis XIV avait laissé un testament qui partageait le pouvoir entre ce dernier et Philippe dOrléans.
Philippe convoqua le Parlement, et dans un discours très étudié et très
Le Palais-Cardinal, appelé Palais-Royal sous Louis XIV.
habile, dit que si le roi avait, dans son testament, mutilé les prérogatives de la régence, c'est qu'il avait cédé à des obsessions que personne n'oserait plus soutenir.
Louis XIV, dans un dernier entretien, lui avait dit : «J'ai fait les dispositions que j'ai crues les plus sages ; mais s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien, on le changera. » Et il demanda la régence et le droit de composer son conseil. Le Parlement, après une courte délibération déclara, (12 septembre 1715) M. le duc d'Orléans régent de France, ordonna que le duc de Bourbon, déclaré chef
LiV. 13. A. Fayard, éditeur
HISTOIRK [)tJ PALAIS-H(»V\I
(lu conseil sous l'aiitoriti'' «lu ilui- dt )i'lôaiis, présiderait en hum nhMoricc; <|ue In (liic tlii >îiiiti(* ronsei'voi'iiit la char^iMle siiriiittMidant de rédiiration du rot, iiiaiH sans aulorilé sur les troupes composant la niaisun de Sa Majesté, ni même sur • elles de sa ^urdc: le commandenienl du ces troupes dcmciirernit à M. le duc <l ( Orléans.
Lo roi mineur, en son lit de justice, conlirmaccs dispositions.
Le pouvoir souverain aucpiel le duc venait do parvenir était depuis lonj?t(«uips l'objet secret de son ambition.
Nous avons dit (jue, bien (jn'il ne crût à rien, et mal^,'ré une impiété notoire, son imayinalion se laissait facilement impressionner par les plus bizarres superstitions. 11 ne consultait pas seulement les alchimistes, mais les sorciers et tous lui avaieid prédit qu'il ré^Mierait après Louis XIV.
11 avait enfin osé inlerroj^er un devin sur la mort du roi.
Ce tut M""» d'Ar;,'eiiton (ou la Séry, comme on l'appelait, (|ui avait succédé ;\ la Desmares) ipii, llallant chez lui le penchant au merveilleux, introduisit un (lovin qui devait lui révéler l'avenir.
Saint-Simon rapporte ainsi cette curieuse .scène de magie:
« La Séry avait chez elle une petite lille de huit ou neuf ans <|ui y était née et n'en était jamais sortie, et qui avait l'iynorance et la simplicité de cet âge et de cette éducation.
• Lntre autres fri|)ons de curiosités cachées, M. le duc d'Orléans avait beaucouj» vu en sa vie; on en produisit un chez sa maîtresse qui prétendait faire voir dans un verre rem^di deau tout ce (ju'on voudrait savoir. Il demanda quelqu'un de jeune et d'innocent pour y regarder, et cette petite lille s'y trouva propre.
« Ils s'amuseront donc à vouloir savoir ce qui se passait alors même dans des lieux éloii,'nés, et la petite tille voyait et rendait ce qu'elle voyait à mesure. Cet homme prononçait tout bas quelque chose sur ce verre rempli d'eau, et on le regardait avec succès.
« Les duperies que M. le duc d'Orléans avait souvent essuyées l'engagèrent à une épreuve ({ui pût le rassurer. Il ordonna tout bas à un de ses gens, à l'oreille, d'aller sur-le-champ à quatre pas de là, chez M™* de Nancré, de bien examiner qui y était, ce qui s'y faisait, la position et l'ameublement de la chambre et la situation de tout ce qui s'y passait et, sans perdre un moment ni parler à personne, de le lui venir dire à l'oreille. En un tour de main, la commission fut exécutée, sans «[ue personne s'aperçût de ce que c'était, et la petite tille, toujours dans la chambre.
« Dès ([ue M. le duc d'Orléans fut instruit, il dit à la petite fille de regarder dans le verre, (jui était chez M™« de Nancré et ce qui s'y passjiit. Aussitôt elle leur raconta mot pour mot tout ce qu'y avait vu celui que M. le duc d'Orléans y avait envoyé. La description des visages, des figures, des vêtements, des gens qui y étaient, leur situation dans la chambre, les gens qui jouaient à deux tables dilTérentes, ceux qui regardaient, ou qui causaient, assis ou debout, la disposition des meubles, en un mot, tout.
« Dans l'instant, M. le duc d'Orléans y envoya Nancré, qui rappoiia avoir
tout trouvé comme la petite fille l'avait dit, et comme le valet qui y avait été d'abord l'avait rapporté à l'oreille de M. le duc d'Orléans,
«... Encouragé par l'exactitude de ce que la petite fille avait vu de la chambre do M""*^ de Nancré, il avait voulu voir quelque chose de plus important, et ce qui se passerait à la mort du roi; mais, sans en rechercher le temps, qui ne pourrait se voir dans ce verre Ml le demanda donc tout de suite à la petite fille, qui n'avait jamais ouï parler de Versailles, ni vu personne que lui de la cour. Elle regarda et leur expliqua longuement tout ce qu'elle voyait.
«' Elle lit avec justesse la description de la chambre du roi à Versailles et de l'ameublement qui s'y trouva, en effet, à sa mort. Elle le dépeignit parfaitement dans son lit et qui était debout auprès de lui. Dans sa chambre, un petit enfant avec l'ordre (Louis XV), tenu par M"i° de Ventaduur, sur laquelle elle s'écria parce qu'elle l'avait vue chez M"'' de Séry. Elle leur fit connaître M'"« de Maintenon, la figure singulière de Fagon, Madame, M'^c la duchesse d'Orléans, M'^^ i^ duchesse. M'"" la princesse de Gonti; elle s'écria sur M. le duc d'Orléans ; en un mot elle leur fit connaître ce qu'elle voyait là de princes et de domestiques, seigneurs ou valets.
« Quand elle eut tout dit, M. le duc d'Orléans, surpris qu'elle ne leur eût point fait connaître Monseigneur, Mgr le duc de Bourgogne, ni M. le duc de Berry, lui demanda si elle ne voyait point des personnes de telle ou telle façon. Elle répondit contrairement que non et répéta celles qu'elle voyait. C'est ce que M. le duc d'Orléans ne pouvait comprendre, et dont il s'étonna fort avec moi, et en rechercha vainement la raison,
« L'événement l'expliqua. On était alors en 1706. Tous quatre étaient alors pleins de vie et de santé, et tous quatre étaient morts avant le roi. Ce fut la même chose de M. le prince, de M. le duc, de M. le prince de Conti, qu'elle ne vit point et vit les enfants des deux derniers, M. du Maiiie, les siens, et M. le comte de Toulouse, mais jusqu'à l'événement, cela demeura dans l'obscurité.
« Cette curiosité achevée, M. le duc d'Orléans voulut savoir ce qu'il deviendrait.
« Alors ce ne fut plus dans le verre,
« L'homme qui était là lui offrit de le lui montrer comme peint sur la muraille de la chambre, pourvu qu'il n'eût point de peur de s'y voir; et au bout d'un quart d'heure de quelques simagrées devant eux tous, la figure de M. le duc d'Orléans, vêtu comme il l'était alors et dans sa grandeur naturelle, parut tout à coup sur la muraille comme en peinture, avec une couronne fermée sur la tête.
« Elle n'était ni de France, ni d'Espagne, ni d'Angleterre, ni impériale. M. le duc d'Orléans, qui la considéra de tous ses yeux, ne put jamais la deviner ; il n'en avait jamais vu de semblable. Elle n'avait que quatre cercles et rien au sommet. Cette couronne lui couvrait la tête,.. Il était assurément alors bien
1. Ou lit ccpendiinl dans les Mémoires do Madame, mère du régent: u Un fou s'imagine (|u'il peut faire voirunanj^e dans une chambre, et mon fils veut s'amuser de ce fou. Il va le trouver et il lui demande oombieu de temps le roi a encore ù vivre. »
Hxi lll--|(>im, l'i l'M.AIs |;nV\L
«''loij{iiô l^^^l^p n'Rout «lu royaume et «lo rimaj^iiitT. C'était pf-ut-i'-tro i-e «pu? ••«•Ito ••omoMiH' siii^»ulirro lui ainionr.iit.
<• Ti'Ul rrla s'était passi'- à Paris. <lu'/ sa lualtresso, en préKPucf» de Ifiir [»Iuh étroit intrinsè(iuo, la voillo «lu jour <iu'il ino in raconta, et jo l'ai trouvé bï i»\traor(liuair<> i\\io je lui ai donné place ici. non pour l'approuver, mais pour lo nMnlr»\ »
r«>ul cela, en effet, est très intéressant en ce (pi'il recompose iwur nous la vie iMtrlIectui'llc de l'époinic. A côté du sceptre <pii ^{ouverne la France, il y a donc une ba;^uelte mat:;i(pie. Mais ce sorcier inconnu ipii nous propose son énigme n'est qu'un i)récurseur de charlatans et «laventuriers illustn-s dont la lin du xvm» siècle fut peuplée. Bientôt sous Louis \V, nous verrons Suint-Ciermain, Casnoava, puis Ca^^liostro et M<>smor.
I.\ lorilNKE l>U HliC.KNT. — LES SOUPEUS ET I.KS OUniES DU PAL VIS-l!oVAL. —
nOrÊS ET SOl'PEUSES.
(!est à l'inépuisable Saiul-Siniou ipi • l'on doit do connaître dans leurs détails intimes le jour et la nuit du ré<,'ent. Fidèle à la méthode (jue nous avons suivie dans Y Histoire des Tuileries, et dont les lecteurs, parait-il, nous ont su bon gré, nous nous bornons à citer les documents historique <, les témoins, lorsque nous avons à rapporter des faits importants, ou à donner <les portraits de personnages (jui ont joué un ;,'ran<l rôle.
Nous laissons donc ici la parole à Saint-Simon, en nous bornant à faire remanpier qui! tléi^Miit le duc Philippe des premières années de la régence, alors (pi'il était encore plein de vigueur. Plus tard, on assistera à sa décadence.
• Toutes les matinées étaient livrées aux affaires, et les différentes sortes d'affaires avaient leurs jours et leurs heures. Il les commençait seul avant de .s'habiller, voyait du monde à son lever, qui était court et toujours précédé ou suivi d'audiences auxquelles il perdait beaucoup de temps ; puis ceux qui étaient chargés plus directement d'affaires le tenaient successivement jusqu'à deux heures après midi.
Il Ceux-là étaient les chefs des conseils : la Vrillère; bientôt après, Leblanc, tlont il se servait pour beaucoup d'espionnages; souvent Torcy, pour les lettres de la poste ; quehpie fois le maréchal de Villeroi, pour piaffer; une fois la semaine, les ministres étrangers, quelquefois les conseils ; la messe dans sa chapelle en particulier, quand c'était fête ou dimanche. Les premiers temps il se levait matin, ce qui se ralentit peu à peu et devint après incertain et tardif selon qu'il s'était couché.
Sur les deux heures, ou deux heures et demie, tout le monde lui voyait prendre <iu chocolat ; il causait avec la compagnie. Cela durait selon qu'elle lui
TirSTOIUE DU PALAIS-ROYAL 101
plaisait. Le plus ordinaire eu tout n'allait pas à denii-heiifr. 11 rentrait et donnait audi(Mice à des dames et à des hommes, allait chez M*"" la duchesse d'Orléans, puis travaillait avec quelqu'un, ou allait au conseil de rég(Mice; quelquefois il allait voir le roi ; le matin rarement, mais toujours matin ou soir, avant ou après le conseil de régence et l'abordait, lui parlait, le quittait avec des révérences et un air de respect qui faisaient plaisir à voir, au roi lui-même, et qui apprenaient à vivre à tout le monde.
.1 Après le conseil, ou sur les cinq heures du soir, s'il n'y en avait point, il n'était plus question d'affaires ; c'était l'Opéra ou le Luxembourg, s'il n'y avait ('té avant son chocolat, ou aller chez M»'e la duchesse d'Orléans, où quelquefois il soupait, ou sortait par ses derrières, ou faire entrer compagnie par les mêmes derrières, ou, si c'était en belle saison, aller à Saint-Clond ou en d'autres campagnes, tantôt y souper, tantôt au Luxembourg ou chez lui.
« Ses soupers étaient toujours en compagnie fort étrange. »
Cette compagnie se composait de femmes plus que galantes, et de 7'oués.
Ce nom de roués est de l'imagination du régent et voulait dire que ses convives, par leurs vices, avaient tous mérité le supplice delà roue. Ceux-ci acceptèrent gaiement le surnom, « pour se distinguer de leurs valets qui ne sont que des pendards », disait-on.
Il y eut les anciens et les nouveaux ; ceux ({ui dataient du règne de Louis XIV et ceux qui vinrent après. La plupart avaient un surnom. Il en faut citer quelques-uns :
La Fare, /e Bon Enfant ouïe Poupard, capitaine des gardes du duc et arbitre de ses plaisirs ; Fargis, l Escarpin ; Canillac, la Caillette triste, type de roué diplomate; Brancas, la Caillette gaie^ un des plus spirituels débauchés; Broglie, le Brouillon; Noce, Braqucmardus de Nocendo, gentilhomme de la chambre de M. le duc, humoriste spirituel et caustique.
Nommons encore l'abbé de Grancey, aumônier du Palais-Royal ; Polignac, de Nesles, d'Efliat, de Simiane, Clermont, Contlans, Noailles, Fontenelle.
Chacun d'eux mériterait ici un croquis, mais ils sont trop nombreux, et après eux les dames réclament une place. L'élément féminin se renouvelait souvent ; puis il était de deux sortes : les premiers rôles et les comparses, les soupeuses attitrées et les beautés choisies un peu partout, celles des premières heures, du souper, et celles de la fin de la nuit, de l'orgie. Les plus fameuses furent les maîtresses du régent: M™® de Parabère, le petit Corbeau noir, ou le Gigot; M'"'= de Sabran, ou f Aloyau, M™° de Berry ou Jouf flotte, fille du régent, M^^^ d'^. verne, de Phalaris ; puis des tilles d'Opéra : la Dupré, la de Roy, les deux Souris et cent autres.
Tout était permis aux soupers du régent, pourvu que l'on fût gai, spirituel, libertin, et que l'on ne parlât point politique. L'esprit le plus rond et le plus franc était le meilleur, les saillies les plus gauloises étaient les plus goûtées. Point de gène. On buvait sec; les daines les premières, comme M""2 de Gèvres, (ligue femme du gouverneur de Paris, qui mettait sur les programmes de l'Hôtel de ville: « Beaucoup hoire. »
TTi^^Toinr r>r i'\i.\i>-i:ii^ \i
lioiirs (H iiMMH'H f^^iait'iil une mn'U' <l(i rninc-iiiaroiiiKM'iu de» vices cl Un plaisir. Mm «Mitr.int. ils laissiiiriit leurs litif-^, Nm- -.'.ri'"'^ < ' !-'tir pudctt- • 't porto.
Ia»s convives ôlaient inlnuluits par (>)oIil' et deux valut» surnoinuiéi» li*8 Mirebnlais. On 8o nlaçait à sa jîuisp. Le» p'j^tMit et ses amis so servaiont cuxiuoiih's afin d t'tit' plus lihrrs, ot luônic fais;ii<'nt d«; la c.uisino.
« Mou lîls sait laii»' la cuisiue. dil Madauu! d'Orloau», c'eHt une ciiose qu'il a appris»' on Ivspa^îiH'. »
• La rhèro, exiiuiso, s'appn'-tail daiis d«'s i-uilroits laits exprès, de plaiu-pied. dont tous les ustensiles étaient d'ar^'cnt; eux-mêmes mettaient souvent la main à l'œuvrcavec les cuisiniers. » (Saint-Simon.) Le vin préféré était le Champagne. On buvait peu de liifueurs. Le vin .lutorisait ot excusait tout, mémo la promiscuité dos favoris ot dos maîtresses. Le ré^^ont ne connaissait pas la jalousie, il riait des tours que lui jouaient .ses maîtresses. M. de Souhiso disait : De quoi se {ilainldoiu; M. lo duc ? Nai-je pas permis à sa maitresse, M™*deNe8le. d'aller couclior avec lui?
VA Mailaino d'Orléans :
« .Te soutiens à mon lils que, de sa vie, il n'a été amoureux et que son amour ne consiste que dans la déiiauclio. — Il répond : 11 est vrai que je ne saurais être comme un héros de roman, mais j'aime à ma mode. — Je réponds : Votre mode est d'aller comme à votre chaise percée.
«Chez mon lils et chez ses maîtresses, tout va tambour batt.ml, sans la moiuilre t^alanterie. Gela me rappelle les vieux patriarches qui avaient beaucoup de femmes. Mon tils a beaucoup du roi David. Il a du courage, de l'esprit, il est musicien, petit, brave, et il couche volontiers avec toutes les femmes. »
Naturellement, les roués imitant leur maître, les galanteries étaient plus variées que les mets. Tons pour toutes; toutes pour tous. On se trompait et l'on se retrouvait comme on pouvait.
Nous laisserons à d'autres d'essayer de prêter de l'esprit à cotte bande joyeuse, de mettre en scène la Caillette gaie et le Petit Corbeau noir, Broglie aux propos obscènes et la Sabran aux propos amers; la Sabran qui a dit un jour :
« Lame des princes me parait faite d'une boue à part, la m'hne qui sert pour l'âmides laquais. »
Et que deviendrions-nous quand le souper tournait à l'orgie? Ouand on éteignait les lumières et surtout quand par surprise on les rallumait ? Vers la lin d'un souper, * La Fare nous proposa de montrer une lanterne magique de sa composition. On prépara l'appartement et il nous fit passer en revue une partie des gravures de l'Arétin sur lesquelles il avait fait des couplets analogues *. Mais au dernier tableau de ces obscénités, la lumière s'éteint. On s'agite, on s'égare dans les ténèbres. Quelqu'un dit qu'il va demander des flambeaux et l'on a du temps à mettre à profit.
Mais tout à coup une armoire <à deux battants s'ouvre, garnie «le llambeaux,
^. \\e privéo du duc de Richelieu.
et sa lumière imprévue révèle des tableaux vivants qui n'ont rien /i envier à ceux de la lanterne magique.
Ce lut après cette séance que le régent voulut ({ue la Fare lui coupât la main droite.
— Mon ami, lui dit-il, je le prie de me faire un plaisir.
— Je suis prêt, monseigneur. Que désirez- vous?
— Que tu me coupes la main droite.
— Quelle plaisanterie !
— Du tout : c'est très sérieux, et je t'ordonne positivement de me couper la main.
— Monseigneur, je n'y consentirai jamais.
— domptez donc sur les amisi soupira le régent... Tous des ingrats.
— Mais Votre Altesse n'y songe pas. Et pourquoi vous couper la main?
— Pour la purifier. Cette lanterne magique, cette obscurité... ces femmes... ces caresses... oh ! la Fare, coupe-moi cette main, te dis-je.
— Monseigneur! monseigneur!... Je ne vous comprends pas.
— Eh bien, sens, dit-il, en mettant sa main sous le nez de la Fare. As-tu senti? As-tu compris?... Coupe donc, te dis-je.
Mais la Fare tint bon jusqu'à ce que le prince fût arrivé près de son lit.
A défaut de la lanterne magique, d'autres plaisirs terminaient le souper. (^ha(i[ue convive en inventait. M™® de Tencin imagina les tableaux vivants du paradis terrestre. C'était d'une exécution bien facile, il n'exigeait en fait de ^costumes et d'accessoires qu'une feuille de figuier.
Cependant on trouva cette feuille de trop pour des ballets dansés par l'élite des sujets de l'Opéra. Quant au maillot et à la jupe de théâtre, ils auraient été ridicules dans une réunion où l'habillement complet d'une dame ne pesait pas douze onces!...
« Fniin, loj'sque l'ivresse complète avait mis les convives hors d'état de parler et de s'entendre, ceux (pii pouvaient encore marcher se retiraient. On emportait les autres. Et tous les jours se ressemblaient. Le régent, pendant la première heure de son lever, était encore si appesanti, siofïusqué des fumées du vin, qu'on lui aurait fait signer ce que l'on aurait voulu. (Mémoires secrets de Duclos.)
Tout cela se passait à huis clos, mais le public ne l'ignorait pas, et le Palais- Royal apparaissait aux Parisiens comme un laboratoire d'infamies et de crimes, « comme une île infâme retranchée au milieu des misères publi(iues ; véritable Caprée, où cependant mancpiait un Tibère. » (Lemontey.)
Les soupers du Luxembourg faisaient diversion à ceux du Palais-Royal; le liUxemb(*rg était la résidence de la duchesse de Berry, Joufflo{^te, la lille aînée ilu régent. Son père lui avait donné cinquante gardes à cheval, et ses mœurs plus que légères autorisaient à penser que ces gardes avaient près d'elle un service de nuit. « Mais les scrupules, dit-elle, ne sont faits que pour le vulgaire. »
Les soupers du Luxembourg ne le cédaient en rien à ceux du Palais-Royal. La princesse Joufllolt<\ (jui prenait plaisir à amener des iilles à son père, avait
104 HlftiTulKK Dl l'\[,\is lioV.vL
soin (!»• garnir s.i t.ihK- ilf c'cs lieautés la<i|c.'> i[\H' lo i»riiiif aiiiiail a lionvrr partout.
L'ûli*. piMiilaiit k'R Ki'i'ixl^'-'^ chaleurs, i'hilippc et ses roués allaient faire iwtlianiiche aux TuiltMJt's ou au bois do houlu^iic. Dans cos proinrna'le» aux llaiiibeaux, los rouros rivalisaient Uc toilollcs et de disliabillés lascifs. KUes y réalisaient, dit Mail). Marais ', une ancienne prophétie :
Quiin I on vrrra fuiiime raix'-o, Corpit pti cac, rtil au imoicr.
Ou verra In France ruin<^e, Pnr le |inpiiT *.
1 rouronloudrc cotte proplR-lio, il faut savoir qu'à présent toutes les femmes so font raser la tète et no j,'ardent que (luebjues cheveux courts par derrière, «luelles font friser et qu'elles appellent un tiynon. Le corps en sac, c'est qu'elles vont partout, et même dans les églises, avec des robes lon^'ucs, boutonnées et point trousisées, <ju"elles appellent un sac. Le cul en paniei', c'est que depuis deux ou trois ans elles portent sous leurs jupes, pour les rendre plus arrondies et moins plates, une sorte de verlugadin (pii s'élar^'it fort jiar le bas et quelles ont prises des femmes anglaises. » Les sacs se boulonnaient tlu haut en bas avec des diamants.
Cependant les joies du régent n'étaient pas toujours sans mélange. * Un a parlé d'une aventure de nuit arrivée aux Tuileries où le régent se promenait avec ces dames. Il fut insulté par trois hommes qui le traitèrent mal et sa maitresîif aussi. M. de Biron voulut aller auprès. Ils lui dirent qu'il faisait là un vilain métier et quils ne lui conseillaient pas de les suivre et quil n'irait pas jusquà la porte. Il s'en retourna paisiblement. Et depuis ce temps-là. la porte des Tuileries a été fermée à dix heures. » (M. Marais.)
Nous en resterons là sur ce sujet ; plus loin, lorsuq.- n<.iis n-iirendruns lu galerie des grandes maîtresses du régent et aussi quand nous aurons à parler de la banqueroute, nous aurons encore l'occasion de raconter quebiues soupers.
Afin de varier, autant que possible, cette longue peinture de scandales, parlons de la famille du régenl.
L\ FEMME nu RÉGENT. — SES TROIS FILLES. -- LE DUr. DE r.D.VRTRES.
On se souvient que le duc Philippe avait été marié, encore adolescent et malgré lui, à M"« de Blois qu'il naimait pas. Cette princesse, de son côté, avait dit : € Je ne me soucie point qu'il m'aime, mais qu'il m'épouse. »
l. Journal de Mathieu Marais, 16 août 1720. ". La banque de Law.
Soutenez au moins en colonel général les injures que vous m'avez faites en jésuite.
D'ailleurs, à cette époque, l'amour dans le mariage n'est plus du tout à la moae et passerait pour ridicule '. » Les deux époux vécurent sur le pied d'une mutuelle tolérance. Froide, nonchalante, cette grande kndore, comme disait le duc, n'était pas jalouse de la personne de son mari, mais seulement de son autorité dans la famille. De ce côté elle eut toute satisfaction; elle gouverna sa maison et vécut à sa guise.
Elle passait son temps à se parer ou à jouer au lansquenet, quand elle ne res tait pas couchée sur son sofa, à moitié nue.
i. Mémoires de Madame.
LiV. 14. A. Fayard, Éditeur.
KlIecoiisoiilaili\ (lonnor dcH enfants à hoii mari, mais no H'ofTtMiHuit pas '|ii il
• Il crtt de SOS maîtresses. Isllo rc(.<»vait M"" de Sôry et pormcltail ft sa flll*' alii''»-
d'où faire sa eompajjtiic. Kilo acruoillail clie/ ellr» M""* do rarahère « j^iokso
i\ pleine eoinluro. » Kll<' lui |)ermettait tout, sauf de criti«iuer ses pots <!••
^îlianibre.
' Grande traeasscrio au Palais-Hoyal ciitir le récent ot la n'-gento, rerit Mat II. Marais. La princesse se plaint que M'"" de Parabère est venue dans son petit jardin et dans sa parde-robe et qu'elle s'est moqué"' de ses pots de chambre. lOlle a beaucoup pleun'i et elle a pris le parti de se retirer à l'abbaye do Montmartre. Elle 50 plaint aussi du retour do .sa ftlle, M'"« de Modrne. (jue l'on attend, et ne veut pas revoir sa tille dont elle se croyait défaite. »
Tendre mère !... Mais elle trouvait (juc c'était assez de mettre les enfants au monde sans avoir en<'ore à s'occuper do leur éducation. Son fils, encore enfant, courait les bals mascpiés do l'Opéra, entretenait la petite Gumaut, en tombait malade: elle ne s'en souciait aucunemenl.
Uuant au régent, qui se souvenait de ses i>remières armes, en voyant son tils alité, il se contentait, pour toute morale, do lui dire : « Il faut nous ménager, nous ne sommes pas de fer. •>
Mais s'il négligeait sou tils, le régent s occupait trop de ses lilies.
11 nous répugne d'avoir à rapporter certaines monstruosités, mais cependant nous ne pouvons les pas.ser sous silence. Le lecteur nous saura gré, nous l'espérons, d'en avoir parlé sans nous y être arrêté complaisamment.
Kn 1717, la duchesse do Berry, veuve depuis longtemps, eut un enfant qui. dit-on alors, olVrait tout à la fois deux degrés de la descendance directe du régent. Voici le couplet cjui courut :
Eulia votre esiirit se guérit,
Des praiolcs du vulgaire.
Belle duchesse de Berry,
Acbevez le mystère.
L'a nouveau Loth vous sert, mère des Moabites, Donnez-nous promptement un peuple d'Anomonites '.
Le duc d'Orléans fut très irrité de ces vers. Il apprit (pTils étaient du jeune .\rouet de Voltaire. Mais ce poète nia lépigramme d'une manière si originale qu'il désarma le prince. Il lui fit remettre les vers suivants par M. de Brancas :
Non, monseigneur, en vérité.
.Ma musc n'a jamais chanté Ammonite? ni .Moibites, Brancas vous répondra de moi :
L'n homme instruit chez les jésuites, Des peuples île l'ancienne loi Ne connnil ipii^ les Sodomites.
1. Voici le passage de la Bible auquel il est fait allusion :
ft Loth habita sur la monta^iae avec ses deux filles. Et l'aînée dit à la plus jeune : Notre père est vieux et il n'y a personne sur la terre pour venir vers nous, selon la coutume de tons les pays. —
La duchesse fut accouchée clandestinement et il n'en fut plus question ; mais deux ans plus tard, le même cas s'étant présenté, elle eut recours à des pratiques abortives, qui lui furent funestes. Dans le courant du mois de mai 1719, elle fut délivrée d'un enfant mort et déjà en décomposition. Elle tomba malade et succomba le 21 juin au château de la Meute. Le second enfant était de M. de Riom.
On plaignit cette pauvre princesse Joufflotte morte si jeune, à vingt-quatre ans ; elle n'était pas méchante, mais qu'elle était débauchée !
Gomme ses sœurs...
M"« de Valois, M^'« d'Orléans, étaient aussi de très bonnes personnes, mais elles étaient de leur temps et de la cour, et ne s'élevaient pas d'un degré audessus de la dépravation générale.
M"e de Valois avait pour amant le duc de Richelieu, qui n'était ni beau ni très intelligent, et dont le mérite aux yeux des femmes était le mépris cynique (|u'il affectait d'avoir pour elles.
Ainsi les souteneurs de barrière se font aimer dos filles parleur brutalité.
Quand Ghamfort écrit : « L'amour est l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes » il décrit en deux lignes l'amour des faux don Juan et des filles de son époque. Le faux don Juan qui avait séduit M"*' de Valois rencontra un rival dans le duc Philippe, à qui sa fille ainée ne servait plus que d'entremetteuse. Ce caprice monstrueux fut de courte durée et le duc tourna ensuite ses vues vers sa seconde fille, M"« d'Orléans. Cette princesse non moins jolie que sa sœur et plus spirituelle que l'aînée, n'opposa qu'une courte résistance aux désirs de son père, ne lui sacrifiant qu'un goût fort vif, mais aussi volage, [)our toutes les jolies femmes de chambre qu'elle avait auprès d'elle. La passion fut mutuelle, mais dura peu. M"" d'Orléans ne pouvant supporter l'idée de se voir préférer, outre M^^ de Parabère, soit une danseuse d'Opéra, soit une fille des cuisines du Palais-Royal, s'avisa de scrupules tardifs et révéla tout à la duchesse d'Orléans.
« Il est trop difficile, dit la jeune princesse à sa mère, de vivre avec mon père, non comme une fille ni comme une amante, mais à la manière de ses conquêtes de coulisses ou de magasins. ' »
Elle déclara ensuite qu'elle désirait se retirer dans un couvent.
Quelques jours plus tard, étant à Saint-GIoud près de sa grand'mère, elle lui demanda la permission d'aller faire ses dévolions à l'abbaye de Ghelles. Elle s'y rendit avec sa gouvernante, mais le soir, au lieu de revenir, elle écrivit à ses parents qu'elle était décidée à se faire religieuse.
Vainement le duc employa-t-il tous les moyens pour la faire changer de résolution, elle fut inébranlable.
Viens, donuons du vin à uotre père el coudions avec lui utiu .juc uous couscrvious la race de iiolr* pore, etc. — « Aiusi les doux filles de Lotli conçurent de" leur père. L'nîuée enfanta un fils et Tappola Moab. C'est lui qui est le père des.Moiibilcs. La plus jeune eufuuta un fils aussi et appela son nom Ben Hamni (Genè^se, cbap. XIX).