Dépêches officietiea, t. Il, p
Floureus au 31 octobre.
qui leur était offerte par les incapables gouvernants qu'ils avaient tolérés cinq mois.
A ce premier décret inexécutable, le général Vinoy en ajouta un second par lequel les bataillons devaient déposer au palais de l'Industrie tous leurs effets et ustensiles de campements, ainsi que leurs pelles, pioches, hachettes, etc.
Cette invitation arrivait trop tard (le 18 février), alors qu'il s'agissait déjà de construire des barricades et que presque tous les bataillons s'étaient fédérés et n'obéissaient plus qu'à un comité central.
LlV. 82. A. Fayard, éditeur.
lil6H)ll;l', L>i; l'AL.\lS.JiUVAL
BIITh
Les évéïioinonts se précipitaient. Les élections du 8 février avaient nommé une assenihléo nationale, qui, le 13, sétait réunie à Bordeaux, et le 17, 8ous la pn'sjdencede M. Gréw, avait cominenré ses travaux.
Elle avait nommé M. Tliiers rhcfdu /intwnir eréctidf, sous tautnriio iIp l'AntPwhlée, et président du conseil des ministres.
Dans sa séance du 98, elle re(:ut coinniuincalion des conditions i\o jiajx oblfuues le '^Jl i\ Ver.^ailles par MM. 'riiicrs el Favre, »»t vota eiisiijto le tr:iit<- do paix détinitif, par 54G voix contre 107.
Au traité de paix étaient joints quatre articles ({ui stipulaient le droit, pour l»--- Allemands, de faire occuper par ;{0,0(H) huinmes la partie de la ville de Paris coni. prise entre la Seine, la rue du faubourg Saint-Honoré et l'avenue des TertJes; les occupants étaient autorisés à visiter (Uux monuments, le Louvre et les Invalides, mais par escouades et après avoirdéposé les armes.
Dès la veille, la garde nationale transporta ses canons de l'École militaire sur la rive droite, « alin de les mettre en sûreté contre les Prussiens» qui n'avaient pas plus le droit de les prendre que d'enlever lObélisque.
Avant le jour, par ordre affiché du coinité central, la ((aide nationale occupa les abords du quartier où les Allemands devaient parquer leur triomphe.
A sept heures du malin, l'empereur d'Allema<rne, MM. de Moltke et de Bismarck passèrent en revue le corps qui avait obtenu la faveur d'entrer dans Paris.
Après le déûlé de ces troupes, Guillaume et de Moltke retournèrent à Versailles, mais le chancelier voulut savourer la satisfaction d'entrer dans I*aris. Toutefois ce ne fut pas en char triomphal, mais en simple coupé. Gomme il passait dans l'avenue de la Grande-Armée, il mit la tète à la portière et fut reconnu par un groupe de personnes dont lune s'écria avec un geste menaçant :
— Voilà ce salaud de Bismarck !
Quoique parfaitement au courant de la langue française, il ignorait cependant la signification de ce mot. appartenant plus à la langue verte qu'à la langue classique, et le soir, de retour à Versailles, il demanda à un do ses secrétaires, au courant de tontes les finesses de notre langue:
— Qu'est-ce que c'est sa/aui ? Je ne connaissais pas ce mot-là. L'explication quil désirait, lui fut donnée; il n y avait pas de quoi nous
demander un milliard de plus.
Les troupes allemandes qu'accompagnait un matériel de campagne considérable furent cantonnées au palais de l'Industrie, au Cirque, au Panorama et dans toutes les maisons qui bordent les Champs-Elysées.
Quelques scènes regrettables eurent lieu; plusieurs femmes ont été fustigées et traitées en un mot, comme autrefois la malheureuse Theroigne de Méricour* sur la terrasse des Tuileries.
C'était un spectacle pénible que celui de ces malheureuses femmes à moitié nues, les vêtements en lambeaux, les cheveux en désordre, tiraillées en tout sens, en butte à tous les opprobres, le visage couvert d'une pâleur mortelle, poursuivies par une foule barbare.
Plus de vingt subirent ce traitement que beaucoup d'entre elles probablement ne méritaient pas.
Une scène d'un autre genre se passait rue de Rivoli.
Vers trois heures un détachement de uhlans étant venu faire une ronde jus- ({u'au commencement de la rue, près des sentinelles françaises, un individu d'une quarantaine d'années environ leva son chapeau en l'air, appela les cavaliers, leur olïrit des cigares, et quand ils repartirent, cet homme agita son chapeau avec enthousiasme et se mit h crier :
— Vive la Prusse !
Aussitôt la foule se rua sur ce misérable, prête à l'écraser sous ses pieds. Deux vigoureux marins s'emparèrent de lui et réussirent à l'arracher à un châtiment mérité.
Le lendemain 2 les préliminaires du traité de paix ayant été votés, M. Jules Favre demanda l'évacuation immédiate des troupes allemandes; le 3 cette évacuation était terminée. Ainsi s'évanouissaient les doux rêves de pillage caressés partant de Prussiens. On se rappelle cette lettre d'une Dorothée à son fiancé :
■< /{apporte-moi des boucles d'oreilles du Palais- Royal. »
Quelques jours avant le triomphe prussien, l'agent Dutreillis était allé â l'hôpital voir son collègue.
Son chômage forcé lui était doublement pénible, d'abord en ne lui laissant d'autre ressource que ses trente sous de garde national, puis en l'obligeant à une inaction qui contrariait ses habitudes.
11 eût volontiers fait de la police pour son plaisir, et, pour cette raison, attendait avec impatience le rétablissement de son collègue afin de reprendre l'affaire Mayer.
A sa grande surprise, il retrouva Prouvaire alité :
Celui-ci lui raconta que longtemps, sans qu'il s'en doutât Mayer blessé avait couché dans la même salle que lui; qu'il l'avait dénoncé et que pour prix de son zèle il avait failli être étranglé.
— J'allais mieux, ajouta-t-il, j'allais sortir quand lu bouleversement que m'a causé ce second attentat m'a remis sur le flanc. Je ne souffre pas, mais j'éprouve une sorte d'accablement général, je suis incapable de faire cent pas dans la rue, sans me reposer. Cependant je ne veux pas que ma vengeance m'échappe. Ce scélérat était aux Moulinaux, il doit y être retourné, parce que son idée lixe est de passer aux Prussiens et de retourner à Bellevue. — Comment sais-tu cela ?
ttd'^ HISJOIUK DU l*ALAIb-H<'N AL
rroiivair» ^uniu !•) hïUmu'u.
— (Juel inlriM ii-l-il à rotounior muiiiloiittiit u Bellovun? Un nnuid int<'ri^t. dit lo rnalailo, j«î le huIh.
— lu 11' fniiiiai>*, mais tu no tifiis pas à iiir !•• «liro?
— Seulement avec na jambe malade il lui Kera diflicile de pasKer à rennemi.
— Alnrs tu crois (ju'il «»sl aux Mouliuaux?
— Oui, parce qu'il s'y est fait des amis, (ju'il pas-i.- |Miiir un lit-r<»s et qu'il faut ((u'il aille :\ Hellevue.
— Parce qu'il y a de rar^{ent caché? insinua I)ulj»illiH.
— Je lo suppose.
— Sa femme te l'a dit. Je sais que tu lui as liié les vers du nez avant <le recevoir ton coup de couteau.
Kli bien ce serait dommage (.^ il do nuMiio df laisser cette canaille aller déterrer son ma{.,'ot et s'en retourner ensuite tranquillement eu Allemagne. Il faudr.iit empùclier cela.
— Sans doute et j'y cotnpte bien.
— Mais puisque tu ne peux te tenir sur les jambes.
— Encore quel(|ues jours et j'aurai recouvré mes forces. S'il parvient à franchir la li^'ne, il m'échappe pour toujours, mais s'il doit attendre la lin du siège, alors je serai rétabli et je le devancerai là haut, s'il est possible.
— Je t'accompajjinerai, dit Dutreillis.
— J'y compte et si je suis dehors j'irai te chercher pour terminer la campagne commencée ensemble.
Deux ou trois jours plus tard, au premier bruit du départ de Jules Favre pour Versailles, Dutreillis courut au Val-de-Grâce... Son camarade n'y était plus.
C'était le 27 janvier, le soir : Mayer, sa femme et son beau-père Amelot veillaient autour dun maigre feu de bois-vert.
— Les Prussiens ne tirent plus, dit le père Amelot.
— Le fort vient de tirer, mais pour avoir le dernier mot. C'est la fin. Demain on va publier l'armistice conclu aujourd'hui à Versailles.
— Allons ! buvons un dernier coup à notre délivrance prochaine.
Et Mayer prenant sur la cheminée une bouteille à demi pleine, allait se verser à boire, quand son beau-père s'y opposa :
— Assez 1 dit-il. Ménageons la bouteille; il en est temps. Vous ne vous gênez pas, Mayer; on voit que le vin ne vous coûte rien.
— Baste ! dans quelques jours il y en aura de l'autre.
— Avec quel argent ?
— Le mien, beau-père, et quand vous le voudrez je vous payerai une pièce de vieux bourgogne.
— Vous êtes donc bien riche?
— Mais plus que vous ne le croyez : Et je compte bien maintenant me retirer et vivre de mes rentes.
— Oh ! Oh !... fit le vieux paysan. Mais c'est de la farce. Et du regard il interrogea sa tille.
Celle-ci lui répondit :
— 11 paraît qu'il a beaucoup d'argent caché à Bellevue.
— Combien ?
— Assez, reprit Mayer, pour vivre de mes rentes.
— Et d'où provient tant d'argent?
— Tiens! mais de mes économies. Et avec cela, bcau-pcre, après voua avoir ravitaillé convenablement, nous allons Julie et moi vivre en Allemagne, comme de petits seigneurs.
— En Allemagne ! se récria la femme, jamais !
— Aimes-tu mieux te faire écharper en France? La femme ne doit-elle pas suivre son mari ? Et pour commencer, demain tu vas m'accompagner à Bellevue.
— Pour chercher cet argent?
— Oui.
— Mais la ville est occupée par les Prussiens.
— Elle sera évacuée à la paix. Puis comme anciens serviteurs de la villa et en qualité d'Allemands, on nous laissera y reprendre notre chambre en attendant l'évacuation.
— Vas-y sans moi, dit la femme.
— Pourquoi?
— Je ne veux pas toucher à cet argent caché, sans savoir d'où il provient.
— Ah ça! fit Mayer en se levant avec colère, me prendrais-tu pour un voleur? La femme baissa la tête.
— Je ne dis pas cela, murmura-t-elle, mais enfin si, sortie un soir, je rentrais avec un billet de mille francs, n'aurais-tu pas le droit de me demander où et comment j'ai gagné pareille somme?
— Certes ! Mais si j'ai le droit de te demander des comptes, je n'en ai pas h te rendre. L'argent que j'ai caché à Bellevue est à moi, il est non pas à toi, mais à notre enfant. Après moi, tu en as la garde.
— Mais tu n'es pas en danger de mort.
— Je ne serai en sûreté que lorsque je serai en Allemagne... J'ai derrière moi deux ennemis mortels toujours prêts à me suivre. C'est pour cette raison que je veux me rendre à Bellevue avant que mes compatriotes en soient partis et qu'il est nécessaire que tu m'accompagnes.
— Dès lors qu'il y a un danger à partager, dit la femme, je te suivraL
Le lendemain 28, l'armistice était proclamé. Mayer enleva la bande rouge de son pantalon, échangea sa vareuse d'uniforme contre une blouse, et accompagné de sa femme et de son enfant se dirigea vers Bellevue. Au premier poste prussien il se déclara Allemand et produisit des pièces qui constataient sa nationalité. Il put gagner ainsi la villa do Belfonds.
Partout sur leur chemin ils avaient vu les ravages de la guerre, arbres
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al)atliis. jaiiliiis (h'iriiits, iiiiiis.nis luùlrr^, unis ro <|iii |. -^ irappa d ivaiit.i/ furi'iil li's (Irvastalioiis i-xi-rrrr^ sur lu |»lat<aii tir Mi-iulnii |iiir 1«'S ohiis fjiin . • 1 N'^'tMiio inilitairo alhMniiiul.
<:•' tloniicr, pour t''lal)lir mm hilU'ric, avait fait ahatir.' mm viii^laiiio il»-s
iiiaj^niliquos tilleuls dunl les «juaijriiple.s raii^t'-fs fum l <}<>.- il. -s pinn ma^^ni-
li<iues avenues que l'on connaisse.
l>iiis la villa le parc et le parterre avaient servi «le bivouac pendant la fin <lo Il belle saison ; des arbres rares avaient été mis en fagots pour dissiper les brouillanls de l'automne ; çàet là des débris d'acajou, do palissandre ou de bois de rose, montraient quo le bois sec des meubles avait parfois été préféré aux brancbes vertes du jardin. Des fauteuils dorés avaient pourri l'hiver dans des massifs où l'été, nos vaimiueurs s'étaient réunis ]>our boire et sans les goûter, des vins exquis de la maison et se disputer aux cartes quelques pfenigs.
« Ces diables» étaient très tiers de leur stnpide vandalisme et leurs nobles oiliciers, pour leurs nécessités, se servaient de i»référence des pa},'es arrachéfs aux livres les])lus élégants et les plus précieux.
Lorsqu'ils furent admis en présence de l'oflicier (pii occupait le grand appartement du rez-de-chaussée, le comte Herbert, ils le trouvèrent dans l'ordure (jue lui elles siens s'étaient fait un plaisir de réjjundre sur les meubles, les tapis et les tentures.
11 n'y avait pas une cheminée qui ne fût crevée par les fournaises qu'ils avaient prétendu y établir. 11 n'y avait pas un objet qui ne fût brisé, ou souillé de quelque trace de malpropreté ou d'orgie.
Des tas de bouteilles se voyaient partout sur des tas d'ordures amoncelés à grands coups de balai dans les coins par les ordonnances. Les tableaux étaient lacérés, ou agrémentés de lourdes plaisanteries. La chambre à coucher de M'" de Belfonds lit surtout l'étonnement de la femme de chambre.
— Ils sont propres les gens de ton pays, dit-elle à son mari. Si tu voyais la chambre de mademoiselle, on dirait qu'un troupeau de cochons y a passé.
— C'est le droit de la guerre, répondait le Prussien. Nos soldats avaient le droit de tout détruire; ils ont agi avec beaucoup de modération. Le gouvernement de la Défense nationale a tenté, par tous les moyens, de faire brûler les bois de Meudon avant l'an ivée des Prussiens, et le maire de Paris, M. Emmanuel Arago, a déclaré qu'il brûlerait la capitale plutôt que de la rendre.
— Eh bien! s'écria la femme en s'élançant à une fenêtre, regarde!... Qu'est-ce que cela?...
— C'est Saint-Cloud qui brûle.
— Oh! c'est horrible! La ville entière n'est qu'un brasier... Tu vois bien que le feu est mis exprès; il éclate sur plusieurs points à la fois et déjà plusieurs foyers se rejoignent...
— N'est-ce pas un crime?
— C'est une exécution militaire'.
1. Les premiers iuceudies furent allumés le 20 janvier et l'œuvre de deslructioQ continua k- 21 et les jours suivants. Six cents maisons furent pillées et détruites.
— Après rarmistice ?
— Oh! c'est abominable ! toutes ces familles ruinées, toute une population sans asile...
— On en verra bien de l'autre dans quelque temps, dit Mayer.
— Mais la guerre est finie! repartit la jeune femme.
— Elle ne l'est point entre les Français. Aussi je suis impatient do partir. Je serais déjà en route, si le pavillon du jardin n'était habité et n'avait une sentinelle... Tu sais ce que je veux dire?
Enfin le 27, le traité de paix fut publié et les Allemands se préparèrent au départ. On sait qu'en vertu de l'article 3 les troupes allemandes devaient quitter immédiatement l'intérieur de Paris, les forts et les positions du sud.
Cette nouvelle fut accueillie par les soldats de Guillaume, avec des cris de joie et les préparatifs de départ ne furent pas longs, mais ils furent marqués par de nouveaux actes de sauvagerie. Les officiers, à coup de revolver, brisèrent toutes les glaces qui étaient restées intactes jusque-là, et après avoir emballé tous les objets qu'ils avaient mis de côté par un pillage préliminaire, ils mirent en pièces tout ce qui leur tomba sous la main.
Enfin vers le soir la malheureuse habitation fut débarrassée de tous ces goujats qui se retirèrent à Versailles.
Mayer attendit que la nuit fut tombée, puis il dit à sa femme :
— Viens; il est temps.
Il alla à sa resserre de jardinier, y alluma une lanterne et prit une pioche.
La nuit était noire et glaciale. Un silence de mort régnait sur le coteau si bruyant naguère. La femme, après avoir enveloppé sa petite fille dans un châle, la prit par la main et suivit au jardin son mari, qu'elle avait renoncé à interroger.
Le pavillon, au pied duquel Mayer avait enterré son trésor, était situé à l'extrémité du jardin... Une de SOS fenêtres donnait sur un chemin encaissé entre deux murs de clôture. Une porte, à quelques pas du pavillon, s'ouvrait sur ce chemin. Pour rendre les connnunications plus faciles, les Allemands l'avaient brisée... Dans l'obscurité de cette nuit d"hiver, à la lueur d'une lautcrne, le jardin dévasté, où l'on ne pouvait faire un pas sans se heurter àcentobjols luHéroclites, avait un air de désolation saisissant.
Julie Mayer grelottait autant de frayeur que de froid. Cette maison, qui lui avait été si hospitalière et si bonne, n'était-ce pas une morte dont ils allaient violer la sépulture, dont ils méditaient de dépouiller le cadavre?
Tout en traversant le jardin, elle se rappelait les promesses qu'elle avait faites à sa maîtresse de veiller sur la propriété.
« Pourvu que Mayer lui eût dit la vérité et que ce dépôt ({u'il allait déterrer fût légitimement à lui!... »
Arrivé au pavillon, le Prussien en explora les abords avec sa lanterne. 11 n'était pas tranquille. Il voulut ensuite le visiter. Rien de plus facile, il n'ont qu'à en pousser la porte qui tournait encore sur ses gonds, mais qui ne ferniait plus.
Il n'y trouva personne, en sortit et se mit à l'ouvrage.
[\:S IIISTOIIIK DU PAIAIS-HOYAL
Il cnMis.i avec pivcaulioii hoiis )ii prtMiiièrc iiiarcho de l'eHcalior do pitrr<«, on (Iritliiyant 1«' trou avec ses mains.
La rarlM'lU' riait piofoiHii' et avait t'I»'- n'fi'iiiiéo av«>c un ni*'lan^'n df tcrro ol «lo cailloux forteuionl tubscs, lo (K'hlai dcniamla un L-mps a.she/, luny. ICnlin il uiurniura :
— .lo la tiens.
Cï'tait une hoiiloillo caclirtéo (|u'il retira avec précaution.
— Une bouteille! lit la femme étonnée.
— Une bouteille renjplie d»^ billets de mille francs, répondit Johann Mayer.
— Combien? demanda encore Julie.
— tSoixanle mille francs ; pour nous une fortune, dit l'espion en se relevant, son trésor à la main.
— Partons, dit la femme d'une voix trtiubiaiile d'émotion.
— N'avons-nous rien de plus à emporter d'ici? demanda Mayer.
— Non, rien, partons... J'ai peur. Il nie semble avoir entendu du bruit auprès de nous, des pas dans le chemin. Ramasse ta pioche pour nous défendre.
— C'est vrai, tu as raison, dit Mayer.
Mais au moment où il se baissait pour emporter l'outil, la porte du pavillon s'ouvrit toute grande et un coup de feu lui jeta à la face sa lueur rouge.
Mayer poussa un sourd «gémissement. Il étendit les bras en chancelant, sa bouteille roula dans la boue, et lui tomba comme une masse sur l'escalier.
La femme, l'enfant poussèrent des cris affreux.
En même temps un homme apparut sur le petit perron de l'entrée, tenant encore l'arme fumante à sa main. Malgré l'obscurité, Julie Mayer le reconnut aussitôt.
— A l'assassin ! à l'assassin I cria-t-elle.
Prouvaire enjamba le cadavre et sauta dans le jardin ; mais la femme désespérée se jeta sur lui en criant toujours de sa voix stridente. L'agent faisait de vains efforts pour échapper à son étreinte.
— Lâche-moi, disait-il essoufflé, ou je te tue, je suis assez vengé.
Puis du retj;ard autour de lui, il cherchait la précieuse bouteille dont il savait le contenu; enfin l'apercevant, il fit un effort suprême pour se dégager et renversa la femme sur le corps de son mari.
Par ici, messieurs! cria tout à coup un homme qui fiMiL-iiissait la porte du
jardin. L'assassin est près du pavillon.
— Au secours ! gémissait la femme'dont Prouvaire s'efTor(.ait d'étouffer les cris.
Les survenants furent bientôt sur le terrain de la lutte ; mais le coupable les entendit et prit la fuite.
A la vue du jardinier, gardien de la propriété, étendu sans vie et de sa femme qui se relevait écht-velée et souillée de boue:
— Où est-il le brigand ? s'écrièrent les gens saisis d'horreur.
— Là, derrière ce tas de bois, dit la petite fille.
En un instant, le tas de bois désigné par l'enfant fut cerné par cinq ou six citovens de Bellevue qui s'étaient chargés de la police de la localité.
Officiers de fédérés peudaut la conunuuu.
Prouvaire s'était blotti entre des fagots; ses dents claiiuaient de terreur, ses jambes se dérobaient sous lui, il ne pouvait ni marcher ni parler. Ce fut un travail pour l'extraire du refuge où l'épouvante l'immoljilisait.
Mais, avant tout, la victime ne réclamait-elle point des soins?
Allant au-devant de ceux qui ramenaient l'assassin, la femme Maycr les pria de l'aider à transporter son mari sur un lit.
— Je crois, disait-elle, qu'il respire encore...
On s'empressa d'accéder à sa demande, Mayer fut porté à la maison, mais dès
LlV. 83. A. Faynrd, 'dteur.
6W IlIsrollU-: hl- PAfAlb-HOYAL
tiu'iMi «■\aiuiiiiiHa blossiiro; un ne piil (louU't-i|u il Tiil mort, lu ballu 1 avuit altciiit un «uMir.
On (l«Mnan<iiiii l:i fonnuo coniinont co nialliour était arrivé.
— NoiH n'avions pas do vin ponr sonper, <Iit-(?llo, mou mari u'est rapp<'lô • piil avait caché l'aïuiée dernière «pielipics ixinlrillcs do vin lin sous la prcmitro marche de l'escalier dn pavillon i-t nous sommes allés eubemblo leH déterrer; mais la eacliettc avait été déjà, y|.sitée : il ne restait, plus qn'uno bouteille. Au moment où il mo la montrait en mo disant (prcllo valait cher et «jne c'était un vrai IrésiOi', la porte dn pavillon s'est ouverte et l'Iiomme (|ue vous avez arrêté u tiré sur lui à bout portant. Je me suis élancée sur ce misérable en criant à l'assassin, mais je n'étais pas la plus forlt-cl je succombais «piand v<jus éles arrivés.
l'rouvaire n'était i)aslàpour la contredire; taudis (prelle donnait cette explicatiûu aux deux honamcs qui l'avaient aidée à transportcj^.la, victime, Prouvairo, d autre part était conduit au poste de la maiiie.
Pendant le trajet il recouvra sa i)réscnce d'esprit et prépara sa défense. 11 n'av.iit qu'uu \Hiiït menson<;e à dire pour obtenir le bénéfice des circonstances les plus atténuantes. Venu pour arrêter un espion prussien, qui quatre mois auparavant l'avait <,'ratilié d'un coup de couteau, il no s'était ])oint iiasardé sans armes dans la villa. Une lutte s étant engagée et Ma} er ayant voulu le frapper de sa pioche, il avait tiré sur lui...
Il était dans le cas de li';.;itimo dét'ou.se.
Le lendemain matin il lut conduit à Paris. Le service de la Préfecture se réorganisait, il fut interrogé sur-le-champ.
11 raconta ses aventures en invoquant les témoignages de M. Claude et <le l'agent Dutreillis. Il l'ut écouté avec un bienveillant iutérèt jusqu'au moment où il parla de son intention d'arrêter l'espion prussien à Bellevue.
— Il n'en était plus temps, lui dit-on. La mission dont vous avait chargé M. Claude n'avait plus de rai.*^on d'être pendant l'armistice, encore moins après la paix. De même que ce Joliann Mayer i)erdait sa qualité d'espion par la cessation des hostilités.
— Mais son coup <le couteau?
— C'était un lait de guerre, un acte qui eût été puni selon le code militaire, si vous aviez livré le coupable à la justice pendant la guerre. Est-ce M. Claude «{ui vous ordonna de poursuivre Mayer à Bellevue?
— Non, monsieur.
— C'est de voti'e propre mouvement que vous avez agi?
— Oui, monsieur.
— Vous avez assumé une lourde responsabilité et vous vous seriez sans doute abstenu si vous n'aviez écouté le désir de la vengeance. N'est-ce pas à ce mobile que vous avez obéi?
Prouvaire garda le silence.
Le magistrat reprit :
— Vous avez tué uu Allemand...
— En légitime défense.
HISTOIRE DU PALAIS-ROYAL t)59
— Réfléchissez, Prouvaire. Vous avez pénétré la nuit avec escalade dans une propriété habitée et vous en avez assassiné le gardien?...
Prouvaire d'une voix étranglée par l'émotion :
— Au moment où je m'avançais vers lui, il leva sur moi sa pioche, prêt à me fendre le crâne... alors je fis usage de mes armes...
— Parfait pendant la guerre; criminel après la signature de la paix. Vous avez par ce meurtre compromis le village que les Prussiens auraient brûlé, comme Saint-Gloud, si une compagnie de leurs troupes se fût trouvée là. Vous vous êtes mis dans un cas exceptionnellement grave, car vous pouvez avoir à répondre à la fois du meurtre que vous avez commis devant la justice française et devant la justice allemande, si elle vous réclame.
L'agent de la sûreté fut donc maintenu en état d'arrestation.
Au moment où il sortait du cabinet du juge, son regard se croisa avec celui d'un jeune homme qu'il fut très étonné de rencontrer là en qualité d'employé de la préfecture.
C'était un étudiant fort connu dans les brasseries de la rive gauche pour ses opinions maratistes et qui, à la fin de l'empire avait été souvent aux prises avec les agents de M. Pietri; on le nommait Raoul Rigault.
Quelques semaines plus tard, ce jeune homme devait être le maître à la Préfecture où l'avaient attiré son ambition révolutionnaire et ses instincts policiers.
Nous le retrouverons bientôt.