L.V COMMUNE
Il nous reste à parler de l'insurrection qui incendia le Palais-Royal... entre tant d'autres édifices remarquables.
Le gouvernement parisien de la Commune, proclamé le 28 mars, ne fut point une improvisation. Paris le portait dans son sein depuis six mois, — gestation longue et laborieuse...
Le 28 septembre, dans une réunion delà Ligue républicaine, Ledru-Rollin s'était exprimé ainsi, en parlant au nom du salut de Paris :
« C'est la grande Commune qui a sauvé le sol de la Patrie... Lyon l'a déjà instituée, resterez-vous en arrière, vous, Parisiens, qui avez toujours marché à la tête de la Révolution ?A'omOTe3 la Commune; insistez, agissez, votez, soyez dignes de vos pères. Faites revivre cette grande Commune qui, en 1792, a sauvé la France et préparé la République.
Le 28 septembre, 180 chefs de bataillons, accompagnés du Comité-Central républicain se présentèrent à l'Hôtel de ville, pour demander qu'il fût procédé à des élections municipales. M. Gambetta les harangua.
Le 5 octobre, ayant à leur tète le major Flourens, ils se représentèrent armés avec dix bataillons de Relleville. Ils demandaient des élections municipales et
tir.i» IllSTniKi.; \M- !• \I. MS-HOYAL
lu l«'Vf»' tMi iiiasst' on pniviiirr. FiCs inoiiiliros dn la DAfensn verHèront do» torrnits dV<lo*(Ui'ii('n sur liMirsubscurH hliispliùinatuuru et prouvèrent qu'ils ne youl.iitMit pas h'om aller.
l-'lourous Hc n'iira ruiivaincu, mais mécontont.
A sa sortie jIo l'Hotj^l de villo, tous les tambours battirent aux cbamps, et los bataillons (It'lib'reiil aux «ris dr vire la Commune.
Le 8, 1"'^ baUiillons do M«»nlmartre et d<' Holleville descendirent place de I Hùtel do ville, aux cris de vive la Commune/ Le$élection$t... La foule devenait monaçanlo, lorsque, au rappel battu <lans plusieurs <|uartiers, plusieurs bataillons accoururent et firent évacuer la place au cri de : A bas lu Commune I... Une liaranjîuc do Jules Favre et une pluie violente achevèrent la victoire du gouvernement.
Ce mouvement avait été <liri;,'é par lil;in((ui, Pyat, Dolescluse, Sapia, Toulain. Millère, Lofranoais et Flourens. Il aurait pu ôtre sérieux; nous aurait- il sauvés?
La réponse à cette question a été faite par les sorties de la garde nationale fédérée contre la poignée dhommes qui, au 4 avril, la battit presque sans coml»;it. 11 est à penser que ni Flourens ou Duyal, ni Bergeret lui-même n'auraient été pins heureux contre les Prussiens.
Le 30, M. Thiers avait reçu les instructions nécessaires pour négocier un ai niistice ayant pour objet le ravitaillement de Paris, et la nomination d'une assemblée nationale chargée de traiter de la paix. Sur ces entrefaites, le 27, le journal de Félix Pyat, Le Combat, demanda s il était vrai que le gouvernement retint une dépêche annonçant «lue Bazaine avait rendu Metz et son armée. Le '^\S, le gouvernement nia le fait ({ue M. Thiers lui avait appris, et le peuple, indi- «;né mit à sac les bureaux «lu Combat ;]e 29, le gouvernement avoua...
A (^et aveu, le rappel est battu dans plusieurs arrondissements; les chefs de bataillons se rendent à l'Hôtel de ville. Ils se retirent peu après avec de vaines promesses, mais deux heures après reviennent avec une armée. ) L'Hôtel de ville est envahi. Les maires et adjoints délibèrent et décident que
\ ; les élections de la Commune auraient lieu dans les quarante-huit heures.
Nous passons sous silence le tumulte qui suivit, et les membres du gouvernement séquestrés pendant quelques heures, l'évasion d'Ernest Picard et enfin la reprise de l'Hôtel de ville par les bataillons amis de Trochu.
Le 31 octobre fut la première défaite des hommes de la Commune. Elle mit en relief toute leur incapacité.
Cependant leur popularité n'en fut pas entamée.
Lorsque enfin la stratégie du général Trochu, les fautes politiques et l'incapacité des membres de la Défense, nous eurent amenés à ce que M. de Bismarck appelait le moment psychologique, la garde nationale qui ne vivait que de sa solde, envisagea avec effroi le désarmement qui allait résulter d'une capitulation.
Ses bataillons s'unirent dans une idée commune de prévoyance et formèrent une fédération dont la direction prit le nom «le Comité central de la garde nationale.
Le 12 février 1200 délégués se réunirent, salle Ragache, pour procéder à la nomination du comité. Le 22 le comité convoquait les délégués de tous les bataillons à une réunion. Le 24, le comité vote les résolutions suivantes :
1" La garde nationale proteste contre toute tentative de désarmement et déclare qu'elle y résistera au besoin par les armes.
2° Les délégués de compagnie soumettront à leurs cercles respectifs de compagnie la résolution suivante :
« Au premier signal de l'entrée des Prussiens à Paris, tous les gardes s'engagent à se rendre immédiatement en armes à leurs lieux ordinaires de réunion pour se porter ensuite contre l'ennemi envahisseur.
o» Dans la situation actuelle la garde- nationale ne reconnaît plus d'autres chefs que ceux qu'elle se donnera.
Et malgré la publicité donnée à cet acte et à d'autres semblables, beaucoup de Parisiens lurent avec surprise l'affiche dont le comité central couvrait les murs le jour de l'entrée des Prussiens, le l*^'" mars.
En moins de quinze jours, Montmartre, Belleville et Montrouge furent armés de plus de 300 pièces d'artillerie mises en batteries contre l'intérieur de la ville, et le comité central commanda à plus de 200,000 hommes.
Voilà ce qu'avait produit la question des trente sous. L'origine de l'idée communaliste est dans l'histoire de la Révolution, mais l'idée n'a été réalisée que par la crise de la suppression de solde.
Reprenons notre énumération des événements importants.
Le 6 mars nomination d'Aurelles de Paladines. On crie à la provoc^ation.
Le 12 suppression du Crt du peuple, dupèreDuchêne, du Mot d'oj'dre, de la Caricature et de la Bouche de fer.
Le 18 le gouvernement tente pendant la nuit de reprendre les canons de Montmartre. L'armée lève la crosse en l'air et livre son général aux insurgés. Les généraux Clément, Thomas et Michel Lecomte sont fusillés rue des Rosiers. — Le 19, le gouvernement s'enfuit honteusement à Versailles.
Le 26 ont lieu les élections à la Commune de quatre-vingts conseillers ; elles s'accomplissent dans le plus grand ordre.
Le 28 la Commune est proclamée. Ce gouvernement étrange et mal composé allait à Paris pendant deux mois exercer le pouvoir le plus absolu, disposer des hommes et des propriétés selon son bon plaisir, agiter la France et étonner le monde. Le premier acte de la Commune fut d'élever la solde à 2 fr. 50 et pour faire de l'argent de saisir les caisses des administrations publiques, des assurances et les recettes des chemins de fer; le second acte fut d'organiser la terreur. Elle supprime en un jour 18 journaux et décrète l'arrestation de leurs rédacteurs. Tout citoyen de 19 à 40 ans doit faire partie de la garde nationale ; on organise des chasses nocturnes aux refractaires; ces malheureux arrachés la nuit à leurs femmes et à leurs enfants, sont enfermés dans une caserne et de là envoyés dans les forts du sud. Les arrestations se multiplient, et souvent sur les dénonciations des journaux de la Commune. Du 1" avril au 20 mai on ne cesse d'emprisonner des prêtres etdes religieux depuis l'archevêquejusqu'aux séminaristes.
flftJ Hti^TOlfuVDI' I».\L\IS.H<»Y.\I,
Dos scènes do pillngo, do hrJitalilA «•! (l'ivroj;ti«'rlo a^coiniiagiuMit o«s juroHtatioiisot ti)ii'« Ifs lial>if;mls rjni irupparliciiiifiil pas à la rdiiimiiiit* (-otiitn<>iii'(rnt à In'inldiT polir Ii'iir vie nu Iimiis hiciis. Les ^;an«H «lAlivi-t-nTil cinhuix journ prÙHila 500,0(X) billets (le dt-part. Wrs lo mili«>ii d'avril, «l'après la diminutioii des dt'maiidt's ([ii()tiili»Miiits clic/, les l»Miilaii;^'crs, on (>Mtitnail à 7'M»,(MKI le noiubrodu<( ùiui;;raiits. f.es r-'fi .t.l.iic.-s --.- .l.'..ni|screiil en fctniii"^, <'ti i-..iiii.-i-^ .mi ftuplov-'de chemin de fer
Uaoul Mi^jaull avait puidié l'urr^^té suivant :
AnTKiLK I"'. Les passeports ne seront publies «(m- m pi- . .-, ju-IiIk mIivcs cl sérieuses.
Aht. ir. Aticiin passeport ne sera délivré aux individus tombant nous le coup de la loi militaire.
AuT. III. Aucun i)asscport ne st>ra délivré »ux individus qui, soit a^'enls de l'ancienne police, soit à elle étranj^ers, ont des relations avec Versailles.
Aur. IV. Les individus (pii rentrant dans les cas prévus par leRarticIes2 et.'J, se présenteraient pour obtenir des j)asseport.s seraient iminédi!item<Md arrêtés et envoyés au dépôt de l'e.x-préfectnre de police.
Le bureau des passeports devint un piège à naïfs.
De même les bureaux de poste (]ui recevaient des lettres pour la provinci- .-l l'étranger bien que toutes les communications postales fussent interceptées.
Malgré un printemps superbe ; malgré le gai soleil et la verdure qui égayait sesboulevardset ses places après l'hiver du siège. Paris était d'une tristesse mf)rne.
Plus de commerce, plus rie voitures, que les omnibus et «pielques rares liacres réquisitionnés pardesofticiers ou des conseillers de la Commune. Les rues étaient désertes, t^ur la chaussée des groupes çà et là causaient des affaires publiques avec la liberté dont on jouissait alors !... Sur les trottoirs des rues jadis les plus vivantes, des camelots étalaient leurs tabacs allemands et belges, leurs parfumeries avariées, les cent articles de leur commerce; les entrepreneurs de jeux prohibés, les marchands de cartes transparentes s'installaient, enfin les marchands des quatre saisons mettaient en vente leurs denrées.
Parlerons-nous de la physionomie du Palais-Royal ?
Pendant le siège elle avait un air de tristesse morne bien naturel au inilieudu deuil national et de la détresse des Parisiens. Les cafés, les grands restaurateurs demeuraient ouverts, mais sans clients le plus .souvent.
LorS(iue la famine sévit, l'étalage de Chevet et de Véfour étaient fort curieux et fort ingénieux aussi.
Sans doute ces grandes maisons avaient des provisions abondantes en conserves de toTites espèces. Mais aurait-il été décent et prudent d'étaler aux yeux de tant de malheureux mourants de faim, des gigots, des jambons, des saucisses de porc, des dindes truffées, des saumons fumés?
Pour ceux qui soutTrent de la faim l'attraction eût été irrésistible. Ils seraient ventis pour dévorer des yeux tant de bonnes choses. Pourquoi irriter leur souffrance? N'est-ce pas en pareil temps insulter au malheur et braver aussi lopinion de ceux qui eussent voulu la réquisition de tous les vivres?
Aussi les restaurateurs du Palais-Royal ne yarnireut leur montre qu'avec une élégante et prudente sobriété.
Chevet, privé de ses truites monstrueuses, tint à avoir toujours un poisson de Seine, brochet ou barbeau de taille modeste, couché entre quehiues branches de persil I...
Quelques boîtes de viandes conservées-, des pots de graisse et de confitures, et même (nous l'avons vu) des assiettes de bouts de boudin de porc composaient l'exhibition ordinaire. Quand le jardin d'Acclimatation fut réduit à sacrifier ses animaux les restaurants du Palais-Royal étalèrent des quartiers de viande rouge d'éléphant, des morceaux de gibiers exotiques qui durent faire bien des envieux!...
Mais si des capitalistes gourmands se régalèrent chez Véfour de bison, de cerf, de zèbre, d'autruche efd'éléphant, malgré les vins fins dont ils arrosèrent ces mets extraordinaires, ils ne firent pas de bruit et n'agacèrent point les passants des éclats d'une joie intempestive.
Pendant le siège, le Palais-Royal demeura silencieux. Le soir, presque sans lumière, on eût dit une nécropole.
Après l'armistice, il reprit un peu de son animation passée ; comme un malade, dont la pâleur se dissipe et le regard s'échauffe en prenant une cuillerée de cordial. Il renaissait à l'espérance. Les loueuses de chaise avaient reparu et il y avait déjà des miettes de pain pour les moineaux qui, par miracle, avaient survécu à la famine. Mais une crise nouvelle se préparait.
Le Palais-Royal (et nous pouvons dire le 1°'' arrondissement) accueillit avec une répugnance visible l'avènement du nouveau gouvernement. Ses votes se portèrent aux premières élections sur MM. Adam, maire, et Meline, adjoint, qui déclinèrent l'honneur qui leur était fait ; aux élections complémentaires, le même arrondissement nomma MM. Pillot et Vésinier, mais les abstentions furent très nombreuses.
Beaucoup d'habitants des galeries s'étaient sauves et le jardin, pendant les mois d'avril et de mai, resta abandonné de ses promeneurs et de ses enfants.
Cependant les officiers fédâi-és n'oublièrent point les grands restaurants du Palais-Royal, qui n'osaient point fermer, et qui peut-être, comme certains limonadiers, faisaient k mauvaise fortune bon visage.
Tous les héros du 18 mal n'étaient pas ennemis du plaisir et l'on n'avait rieu à leur refuser.
« Que cela dure encore un mois, disait un cafetier &t je suis à sec. »
Le Palais était habité par les officiers les plus galonnés, les plus brillanis de l'année fédérée. La Commune lui avait donné pour gouverneur le citoyen Marigot, ex-caporal de la ligne qui, au 18 mars, avait levé la crosse en l'air.
Retenu par ses fonctions au palais, il ne prit aucune part aux combats livrés dans la banlieue... Peut-être dormait-il bien sans gloire?... En tout cas, le temps et les occasions lui manquèrent pour s'illustrer. Il passa son temps moitié à ne rien faire et moitié à méditer sur sa fortune militaire, une des plus étonnantes (les temps modernes.
«M HlSTOiKlî; DU l'AlAIS-UoVAI.
Kilo di^pnsRait los rOvns los plus (•xtr;»v.i;4:iiiK ot il «lovait so t;il«'r ♦»! ko (loiiiainiant si rrrlliMiioiit lo citoyen ^oiiviTiifur do lasocondo r^sidonco royalode Franco ^'lait bien le caporal Marigot du 88" do Hkhc.
Ancnii d«' ses ct»lèliros prédécossciirs n'avait j^ravi ni rapidoment les doj^réii dos liouneurs et du pouvoir.
Sans doute les autres gouverneur.^, ceux de l'IIijtfl (!<• ville, des Tuilerie.'*, étaient atissi sorti, dcj)tns peu de l'obscnrité; mais Piiidy avait servi son pays comme internatioualislo et s'était dévoué dans plusieurs complots contre l'empire; ot Dardelle improvisé colonel ot seif,'neur des Tuileries était un homme de bonne famille qui jjortail très bien l'uniforme nîilitaire ; tandis que lui, Marigot, n'avait d'autre mérite que celui que lo (Jumité contrai avait deviné en lui... sans lo lui révéler.
S'il fit peu parler de lui pendant son gouvernement, ce fut de crainte qu'on se r.ii>polât sa nomination pour b> romplacor |)ar un ciloycn d'un presti^jf plus éclatant. 11 nebouyoa [toinlct bo laissa oublier jus(iu'à l'heure de lut ataalrophclinale.
LLn DLUNlfclHS JOURS DE LA COMMLNE. L l.NCIiSDIE DU PALXIS-IIOYAL.
Ainsi qu'on aurait pu le prévoir au lendemain du 31 octobre, la Commune avait fait preuve d'une lamentable incapacité. Elle avait dépensé deux mois à délibérer ou exécuter des niaiseries et des crimes. Dès le mois de mai. ses chefs savaient à(j[Uoi s'attendre. Leurs jours étaient comptés. La trahison était partout, et le seul espoir «{ui eût queb^ue temps soutenu les chefs de l'insurrection, celui d'un mouvement de la province en leur faveur, s'était éteint.
Déjà plusieurs notabilités de la Commune songeaient à la fuite.
Dans cette période de découragement, les malheureux soldats fédérés euxmêmes refusaient de marcher, sauf quelques bataillons qui n'étaient ni immortels, ni infatigables.
On avait dû offrir une haute paie pour recruter des hommes, et l'on prenait les mesures les plus menaçantes non contre l'armée nationale, mais contre la ville et ses habitants.
Nous ne citerons que deux de ces dernières, pour montrer à quel degré de folie furieuse la Commune était arrivée.
Deux avis du ^9 mai.
La délégation scientifique acceptera tous les jours de huit heures à onze heures du matin les soumissions de sulfure de carbone qui lui seront faites. Le membre de la Commune, chef delà délégation scientifique.
PàRISEL.
Paris le 19 mai 1871.
HISTOmi<: J)U PALÂIS-UOYAL
Ce deraier aperçut un homme qui l'appelait en agitant un mouchoir.
On sait que le sulfure de carbone est une matière incendiaire des plus redoutables.
Ce Parisel, alchimiste de la Commune, préposé à la recherche des engins et des matières de destruction, était un repris de justice des plus dangereux. Il parvint à s'échapper et on le dit tué sur les barricades. Jugé par contumace il fut condamné à mort; en faisant une enquête sur ses antécédents, sur sa conduite pendant le siège et pendant la Commune, on fit quelques découvertes dont la Cour d'assises eut à s'occuper. Au mois de mai 1872 il fut par défaut, frappé
LiV. 84. A. Faynrd, éditeur.
MB HI.STOIHE M l'ALAIs Ii< >v \i.
«liiiu' i><'iin< (le viii^l ;iii>- lit' Iravaiir !..•..- pour all<'iitat à la itiii|.iir avec vio- Ii'iuM) et avorlenioiit ('onsommô.
liO scoHui avis parait ôtro insonsé, il a jiroUuit i\ Paris une BonRatlon fariW- i conrovoir. Lo vdiri :
* Les habitants do Paris sont invit«^s A se ron<iro à leur ilomlrijo tout qunranfr huit AewrM ,' pas8(^ ce délai leurs titres de rente au ^'rand-livre seront brûlés;
Pour le comité eontral,
Cependant malj^ré l'aitivité dévorante do (nielques-uns et grâce au désarroi général, et à la trahison de qut'hpies chefs uiilitaires, la Commune n'était ronil)l('tement prête ni jmur défendre Paris, ni i)our l'intHiidier, lorsque Dainjirowski dégarnit les portes do l'ouest et que le commandant Trêves s'en aperçut.
Ce dernier, dans la matinée du 'Jl mai, après avoir visité le fossé de la porte de Saint-Cloud, apen.ut sur le bastion au-dessus de lui un homme qui l'appelait en agitant un mouchoir blanc. C'était M. Ducat<>l, pi(|ueur des ponts et chaussées, qui se fit connaître et afiirma que le rempart était abandonné.
Le capitaine ayant constaté une évacuation complète télégraphia aux généraux Douai et Vergé, qui ne tardèrent pas à arriver.
A quatre heures du soir, sans conj) férir, ils étaient maîtres du pont de Grenelle.
Les fédérés qui occupaient l'Arc-de- Triomphe et y avaient établi une batterie, se retirèrent à la hâte.
A dix heures, la ligne. occupait le Trocadéro, et trente mille hommes de l'armée étaient dans Paris.
Delescluze appiit cetévénementsans émotion apparente, donna à quatre généraux présents à l'Hôtel de ville des ordres qu'il croyait inutiles, et fit démentir l'entrée des Versaillais par ses journaux. — Le procédé est chinois.
Ce ne fut que le *?3 au soir que les journaux Le Jîap/jcl, rAimnt-fjarde, Le Parislibre, YOfficiel portant la date du '2'.\. annoncèrent enlin le fait accompli depuis longtemps.
On trouve dans h Cri du peuple de Vallès la description d'un combat terrii)le livré victorieusement p;u' le 7 i' bataillon à la porte de Saint-Cloud.
Le 21 avant minuit les troupes occupaient Grenelle, une partie de Vau^'irard, le pont de l'Aima, les abords de la gare Montparnasse. Des batteries étaient établies contre les deux barricades qui fermaient le quai de la Conférence et la rue de Rivoli.
Le 22 l'armée nation;Ue fit peu de progrès, perdit un temps précieux, ce qui rendit courage aux fédérés. Le Comité de salut public appelle aux barricades, et la Commune tient une dernière .séance dans laquelle elle décrète que chaque membre se rendra dans son arrondissement afin de diriger et d'activer la défense.
HISTOIHE DU PALAIS-UOYAL 667
Les mesures incendiaires sont prises au Palaisde justice et à la Préfecture, au palais d'Orsay et au palais de la Légion d'honneur; — en même temps que Tordre est donné aux pompiers de ne pas aller au feu.
Le 23 vers 6 heures du soir éclatèi-ent les premiers incendies.
A un coup de clairon ordonné par Kudes les incendiaires exécutèrent la rue de Lille et le ^as de la rue du Bac et la Légion d'Jioinieur. Puis ce fut le tour du ministère des finances, des Tuilei'ies et du Louvre; celui du Palais-Royal approchait.
Vers minuit les employés qui gardaient la Banque avaient vu passer rue Radzivill de lourdes charrettes chargées de pétrole et se demandaient si ce chargement n'était pas destiné à allumer le Palais-Royal du côté de la rue de Beaujolais.
A la même heure on évacuait l'Hôtel de ville, en en confiant la destruction au citoyen Pindy.
Vers deux heures un premier ordre du Salul-Public avait été donné au commandant du Palais-Royal d'incendier le Palais. Un second ordre signé E. Eudes, y fut enyoyé à dix heures. Il était ainsi conçu :
« Incendiez et repliez-vous sur l'Hôtel de ville. En cas de refus, faites passer les officiers par les armes. »
Peu après un camion chargé de bonbonnes de pétrole,, traîné par une douzaine de fédérés, entra dans la cour du Palais-Royal.
Le gouverneur Marigot n'y était plus ; il en avait confié le commandement au colonel Léopold Boursier, marchand de vin de profession, qui aussitôt se mit à la besogne. Il était secondé par le colonel Alfred Bernard, ouvrier bijoutier, délégué du III« arrondissement, et Joseph Hinard, capitaine d'état-major delapremière légion.
Si ces officiers ne brillaient point par leur instruction militaire, certes ils étaient à la hauteur des opérations qu'ils devaient diriger dans cette nuit sinistre. Cependant le garçon boucher colonel Bénot, qui venait de brûler les Tuileries et la bibliothèque du Louvre, s'offrit à leur donner un coup de main pour cette œuvre de patriotisme et de salut.
« Ils procédèrent méthodiquement, après avoir fait disparaître beaucoup d'objets précieux appartenant au prince Napoléon et après s'être amusés à briser les glaces à coups de crosse de fusil. Peut-être ces badigeonneurs au pétrole se rappelèrent-ils avec orgueil que le 24 février 1848, le peuple victorieux « calme dans sa force et dans sa majesté, avait jeté par la fenêtre tout ce que renfermait le palais, meubles, tentures, tableaux, objets de collections, et en avait fait dans la cour d'honneur plusieurs tas ({lie Ton avait allutnés
« Trois foyers furent préparés :
« Le premier dans le pavillon de Valois, au rez-de-chaussée, au ))remier et au second étage; le second dans le bâtiment ([ui fait façade sur la cour d'honneur :
Iiil'IliKoliiintiit «1 ndur lnni montrer r(»m!iu'iil la Coiniiiiiiii? roiiiiMcn.iil la prot'Mlitdi (|(^s li'tlros, los huiles iiiiiit'r.iles fiireiil verstM-s dans la ljiljliolh<'<|iio.
- Ln troisième foyer fut di.sposé do façon ùenflanniuîrlo iiavillon de Ncuioui'b et l:i Comi'djp-Franraise. Dans ce but oti entassa au milieu du corps do garde, sur un monceau {\o salde, des bancs, «les chaises, des coiïres en bois : cela constituait un bûcher «(ui remplissait presque toute la salle ; on y cassa une bonbonne de pétrole et ainsi tout fut saj^ement disposé.
• Boursier, en colonel pnnlent, avait fiil n-Miier ses hommes sur I Ilot*] de ville. (îo furent Alfred Hernard et .Joseph Iliiiard iiui, théâtralement, une torche à la main et aux cris de : Vive la Comminn' ! mirent le feu aux foyers préparés.
<« Il était alors plus de trois heures du iiialirï.
« Le pavillon de Valois, saturé de pétrole à tous les étapes, s'enllamma avec une rapidité extraodinaire et bientôt les vitres éclatées laissèrent échapper des tourbillons de feu et de fumée. Les habitants du quartier éperdus, sachant que si les llammes n'étaient maîtrisées, tout le Palais-Royal, le ThéAtre-Franrais, la rue de Richelieu pouvaient brûler, se désespérèrent et n'osaient sortirdeche/ eux, car les fédérés, embusqués dans l'hôtel du Louvre ' el derrière une barricade de la rue do Rivoli, tiraient sans merci sur tout individu qui faisait mine de vouloir combattre le feu, « (M. Ducamp), Les Convulsions dv Paris, t. IH.
Les insurgés tiraient sur toute personne qui se montrait sur la terrasse, et lorsque l'approche des troupes de ligne les obligèrent à abandonner les barricades des rues de Rivoli, ISaint-Honoré, un seul d'entre eux, volontaire du père- Duchêne et chef de la barricade construite rue de Richelieu, devant le Théâtre- Français, courait sans cesse de sa barricade jus(|u'à la cour où s'organisait la chaine. Deux, trois, quatre fois il arma son chassepot et lâcha sa détente; 1 aiguille, heureusement, était cassée. On l'entoura; on lui arracha son fusil et ses pistolets et on l'entraina au poste de la Banque. Mais rien n'arrêta les hommes courageux (jui se dévouaient au salut du rpiarticr.
« Le premier qui prit l'initiative, ajoute M. Ducamp, fut M. Alfred Lesaché, graveur dessinateur. Demeurant rue de Valois, il comprenait mieux que nul autre l'imminence du péril ; il réunit des hommes de bonne volonté; on gréa une pompe, que plusieurs fois il fallut abandonner à cause de la fusillade que les fédérés dirigeaient sur les sauveteurs; des femmes, de pauvres vieax hommes tremblotants et courbés apportèrent des seaux d'eau; on cherchait des échelles el l'on n'en trouvait pas. Il fallait faire la part du feu, opérer des coupures dans les murailles, étouffer les foyers incandescents en y poussant des cloisons de briques ; ce n'était pas l'énergie qui faisait défaut, c'étaient les outils, c'étaient lesbras. En sacrifiant le pavillon de Valois, on pouvait sauver le reste du palais et empêcher l'incendie de gagner la Comédie-Française. Si le Théâtre-Français, rempli de décors, de pans de bois, détofifes, de papiers, était seulement touché par une étincelle, c'en était fait, tout était perdu. Pour éviter un tel désastre, il fallait du monde; où donc en trouver? — A la Banque.
i. Ua QomiHë Laadeek avait fait occuper les niagasius el l'hôtel du L'^urre.
« Le marquis de Plœuc* n'était point sans crainte; si le feu débordant le palais proprement dit, envahissait les boutiques, si, ravageant les galeries, s'avivant à l'alcool des parfumeurs et des restaurateurs, il atteignait les approches des hautes et vieilles maisons où circule le passage Radzivill, la Banque elle-même pouvait se trouver singulièrement compromise. Le sous-gouverneur pensait, en outre, que c'était un devoir d'humanité d'attaquer l'incendie et de le limiter à la part que l'on ne pourrait lui arracher.
« Il avait sous la main les trente ouvriers que Ton gardait en hospitalité, depuis le lundi matin : il résolut de les utiliser et de les faire concourir au salut commun. Il appela ces braves gens près de lui, excita leur courage, fit appel à leur dévouement et leur promit une gratification dont leur bon vouloir n'avait pas besoin. Ils appartenaient à M. Frédéric Vernaud, entrepreneur de travaux publics, et étaient placés sous les ordres directs de leur conducteur, M. Louis Dupont. Ils n'hésitèrent pas et s'offrirent sans condition à courir au Palais- Royal. Une pompe fut amenée. Ils s'y attelèrent; on ouvrit à deux battants les portes de la Banque et ils apparurent rue de la Vrillère.
« Nul n'avait dormi dans le quartier. Tous les habitants des rues voisines, secoués par l'inquiétude, étaient accoudés à leur fenêtre, on jasait sur les trottoirs ; ce fut un cri unanime :
— Vive la Banque !
Et, pour mieux leur faire la route libre, chacun se jeta valeureusement sur la barricade de la rue Radzivill, que ne défendait plus aucun fédéré, et s'empressa de la démolir.
Précédés, guidés par M. Louis Dupont, les vingt-neuf ouvriers maçons, tailleurs de pierres, terrassiers, menuisiers, serruriers, fumistes, partirent au pas de course. La petite pompe sonnait allègrement sur le pavé, pendant que la fusillade de la guerre civile recommençait à crépiter dans le lointain.
t Le premier soin de M. Dupont, averti probablement par M. Lesaché, fut de courir au poste du pavillon de Nemours, d'en faire enlever les lits de camp, d'en démolir le bûcher préparé qui « braisait » sans flamber encore, grâce au tas de sable dont l'action absorbante avait en partie neutralisé celle du pétrole, et de préserver de la sorte l'aile du palais contiguë à la Comédie-Française.
Rapidement on arma les deux pompes amenées dans la cour d'honneur par les habitants du quartier, et l'on put combattre l'incendie d'une façon quelque peu sérieuse, malgré les coups de fusil isolés qui parfois venaient encore troubler les travailleurs sans les interrompre.
« On avait pu monter sur la terrasse, briser les fenêtres et opérer le déménagement d'une partie des objets précieux.
« Ce que l'on a sauvé du gouffre est incalculable, dit la lettre d'un témoin oculaire qui fut toujours au poste le plus périlleux; tentures, meubles, pendules, etc., etc., arrachés du milieu des poutres qui tombaient du plafond du deuxième étage
1. M. de Plœuc, sous-youvenicur de la Bauque, n'avait point quitté sou poste pendant la Commune et avait conservé ses eu)ployé3.
«>70 in>ln)l;|, 1)1 l'XLAlSHOVAL
«Iniis II? ^{raiiil salon il ill«iit«) ; les iiiaroiis ko beosiiuiit do la luriro rommo fle vrais piiinpiors; ahl 1rs braves ouvriers!... »
A s.'pt hourcH, trois |><iiiipiiTs do Paris, le caporal HaillicMomy, los sapeurs l'oINt (>( KoïKiuct. ipii apparlouaienl au pKste spécial «In la Baiiqiio, «ont envoyés p;ir M. do l'hiMin. arrivent, et, sous lonr din-rlion, les elforts do sanvcl i ' .-inont raisonnes et ni«''llioili<|nos. 0>i«'l.pi)'s minutes ajjroH, einqnanto h i i
12" batîiillon, c'csl-à-diro du bataillon di- la Manque, accrtunirent conduisant une iiouvello pompe. Co renfort est roi.n avec nn cri de j«.ie.
Le caporal IJarlhéleniy dit aux nouveaux venus:
— C'est bien; maintenant nous sommes eu nombre pour nous rendre maîtres du feu.
Si le massif ilu l*alais-Uoyal, si le lliràlie-Français et tout et- qui l'avolsine, n'ont pas Hé détruits par rincendie pendant la matinée du î2'i mai, on le doit à l'escouade des trente ouvriers, à la couipa;,'nie du 12"balaillon, que la Banque de France a dirigée sur le lieu du sinistre. File se protéf^fcait de la sorte contre un danjïer éventuel, j'en conviens; mais ce danger était encore assez éloigné pour qu'il y ait eu du mérite à aller le chercher afin de hitter contre lui et de le vaincre.
« Il fallait absolument empêcher le feu de glisser !«• long des combles du Pulais-Royal et d'atteindre les bâtiments de la Comédie-Française: le caporal Barthélémy, les sapeurs Polet et Fouquet. M. Lesaché, M. Torribio, maltremachiniste du théâtre, léunirent leurs elforts et parvinrent àprati(iuer plusieurs larges coupures qui devaient arrêter le cheminement des flammes. On avait de l'eau ; les pompes du théâtre, celles du palais, celles de la Banque étaient amplement alimentées; on n était pas encore maitre du feu, mais on avait du moins réussi à concentrer et à protéger les approches de la rue Uichulieu.
c II n'était pas huit heures du matin lorsque les premiers pantalons rou;^es apparurent. Ahl quel cri : Vive la ligne!...
« Des soldais du G" provisoire (actuellement 10G<= de ligne) arrivaient au pas de course, déployés eu tirailleurs, parle jardin, sous la conduite de M. Péan, leur colonel.
<< M. Lesacl: j. ([ui les avait aperçus le [)remier, s'était élancé sur la galerie ; il agitait un drapeau d'ambulance et criait : Au feu ! au feu ! Vive la France !
« Les soldflts se précipitèrent, et, dès que leur présence fut connue, tous les gens du ({uartier, sortant des caves et des ai-rières boutiques, où ils s'étaient rcfagiés, accoururent. On ne manquait plus de bras pour faire la chaîne; tout le monde s'y mit. Cette fois, le feu, maté, fut forcé d'épargner une bonne partie du palais et n'eut à dévorer que le pavillon de Valois.
La retraite ordonnée par Boursier avait été si rapide, J^ue les fédérés avaient abandonné dans le vestibule du palais plus de cent cinquante fusils, leurs sacs, leurs gamelles; les soldats s'en emparèrent, et, comme la plupart de leurs fusils étaient vieux, ils les échangèrent contre les fusils neufs, dont 1 1 fédération avait su ai'mer ses troupes.
t Malgré les progrès très sensibles que l'on faisait contre le»fcu, le travail ne
languissait pas, et pendant que la toiture des Tuileries s'écroulait dans les flammes, le Palais-Royal échappait h une destruction complète. A midi, l'incendie était dompté; vers cinq heures du soir, il fumait, ne flambait plus et commençait à s'éteindre.
« De tous les incendies allumés par ordre du Comité de salut public, celui du Palais-Royal est le seul qui fut partiellement dominé ou du moins cerné de telle sorte qu'il ne put répandre ses ravages sur les quartiers voisins. Si la Banque eût tardé d'une heure seulement à envoyer une première pompe et une équipe d'ouvriers, le malheur devenait irréparable et tout le palais « marchand » était détruit. Les négociants le comprirent et firent entre eux une souscription dont le montant, remis au marquis de Plœuc, fut distribué par lui aux ouvriers qui, sur son initiative étaient partis, en volontaires, pour combattre le pétrole enflammé de la Commune ' ».
Mentionnons encore, parmi les sauveteurs du palais, une section de sapeurs que céda à huit heures du matin un commandant du génie.
La chaleur du foyer était telle, nous dit un témoin oculaire, que nous avons vu des morceaux de glaces de formes étranges ; les pierres se sont en quelque sorte vitrifiées et l'on nous a montré des amalgames de métal, de chaux, de plomb et de porcelaine qui présentent l'aspect le plus bizarre.
Tl nous reste à dire ce qu'est devenu le gouverneur Marigot et les raisons probables qui déterminèrent le Comité du salut public à l'éloigner du Palais- Royal.