‹ Histoire du Palais-RoyalChapitre 13 sur 126 · Mathieu .Marais · texte numérisé non relu

Mathieu .Marais

C'est par ce seul cnnal qu'à présont la fortune, Chez les plus haut huppé:-, h la cour s'introduit Avec le duc Borgnon, qu'il n'eût fait à la guerre Et tant d'autres que lui...

Madame irAverne

Mais que dira ma mère?

Doutez-vous que ceci n'excite son courroux?

M. d'Averne Votre mère! Et mon Dieu! vaut-elile mieux que vous?

Madame d'Averne J'appréhende surtout mes quatre oncles Boissises.

M. d'Averne

Vos oncles? L'un est gueux, les autres sont d'église ; Pour apaiser leurs cris sur eux on répandra Les grâces, les faveurs...

Madame d'Averne

Mais chacun glosera.

Le public déchaîné. ..

M. d'Averne

Beau sujet de contrainte I Craignons de rester gueux; n'ayons pas d'autre crainte Mais laissons ce discours, je vous l'ai déjà dit. J'ai donné ma parole et cela vous suffit.

Le Régent conduisit sa maîtresse à Saint-Cloml el ù l'Opéra dans sa loge. La maréchale d'Estrées donna une fête aux deux amants, M"'" d'Averne la lui rendit à Saint-Cloud avec bal, souper somptueux, illumination, feu d'artifice sur la Seine. « Tout Saint-Gloud, Boulogne, et le bord de l'eau de côté et d'autre, Passy Auteuil, étaient remplis de carrosses avec des llambeaux ce qui faisait le plus bel effet, et on voyait de toutes parts les délices de Gaprée. Il y avait un monde épouvantable. » La fête coûta cent mille écus sans compter la note des déguts présentée par les paysans'^de l'endroit.

Mais le scandale fut grand. C'était au lendemain de la baïKjueroute. L'indignation fut générale. Des spectateurs criaient à chaque fusée qui s'élevait: — Voilà une action des Indes qui part.

IV'iJ UlSTOiiiL: DU i'ALAIS-HOYAL

hos vers innnlniilsoin^^li'n'iit le prince ilioiilô. Oj i|iialruiii pcutdoniicr lidce do la vorvc saliri<iiH' <l<!'|»l()y<'o mnlr»' lui :

C.Id'x ler (likli^iila et Un Iriiiial- ntnr, Avpr doiiion cacimit \r* forfniU l'I \f» iriiifi. IMiilippe plu» hardi, tuiTont d'nutrca mashne», Knit hrilliT |i<)ur lei> »\pn9 dix mill** lampion*.

Mais il l'iail Miurd à la criliijiic, ooiniiio aux explosions de colèn- du pciiplo. Après la fùtc de Saint-Cloiid, il en donnn une autre au Palais-I{oyal d'un taiiaj^o et d'un éclat encore plus insolents. Un feu d'arlilicc splrndide couvre <runeplui<' d'étoiles les cours et les jardins du jialais illuminé. Mais il n'y a pas d»* belle fùte sans lendemain, et • le Uégent est tombé malade pour s'être trop échaufTé à son feu du Palais-Royal, et d'autres disent avec sa maîtresse. Il s'était, comme cela lui arrivait souvent, purgé et enivré ce jour là. » (M. Marais, i

Entîn il n'en mourut pas, mais Hichelieu jx-olila de .sa maladie auprès de M"" d'Averne ; il le sut, prit cette femme en dégoût et la renvoya. Fendant quel(jues jours on ne parla plus d'amour au Palais-Royal; mais cela ne pouvait durer. M"'" de Sabran, une ancienne maltresse, lit venir de Marseille où elle était au couvent, une de ses nièces, M"« Houel, et l'otTrit au Régent.

Il donna à cette odalisque -iO.OOO écus et douze mille francs de rente; mais une vierge de seize ans devait lonnuyer de son innocence, et, malgré .sa tante de Sabran qui se chargeait de son éducation, M"- Houel fut congédiée brusquement.

A qui le tour?

A M™" de Phalaris, (ou do Falari ?)

A la première nouvelle le mari accourut pour partagerson bonheur. En chemin il proclamait et escomptait sa bonne fortune d'une façon si scandaleuse, qu'on l'arrêta et l'enferma à la Bastille... à la demande de sa famille.

On croit rêver un lêve honteux en remuant toutes ces ordures. •

Aussi plus tard, de 89 à 94, on trouvera bien modérée la Révolution!...

Reprenons cette édifiante chronique:

(I Le Régent, dit Mathieu Marais, parait publiquement au spectacle avec ^Ime lie Falari et M™* de Vauvray, qui la mène, pendant iju'il est en paritcu. lier avec M"'" de Parabère. Ce sont des maitresses alternatives et consécutives. »

La Phalaris accepte le partage. Et d'ailleurs de ce qui restait du brillant débauché le plus sérieux était l'argent. Borgne, presque aveugle, obèse, apoplectique, il n'avait même plus la force de se traîner au bal de l'Opéra ni aux orgies qui lui étaient olfertes au dehors.

Eu 17.23 il était devenu hideux et imbécile. Lemontey dans son Histoire de la Régence nous trace de sa personne le portrait suivant:

t Le duc d'Orléans parut d'abord vouloir se livrer au travail, dit Duclos, mais sa paresse et sa dissipation lui tirent bientôt abandonner les affaires au secrétaire d'État et il continua à se plongei: dans sa chère crapule. Sa santé s'en altérait visiblement et il était la plus grande partie de la (matinée dans im en-

HISTOIRE DU PALAIS-aOYAL

Les maitresses du Régent.

gourdissement qui le rendait incapable de toute application. On prévoyait que d'un moment à l'autre il serait emporté par une apoplexie. Ses vrais serviteuj-s tâchaient de l'engager à une vie de régime, ou du moins à renoncer à des excès qui pourraient le tuer en un instant.

« Il répondait qu'une vaine crainte ne devait pas le priver de ses plaisirs.

« Cependant, blasé sur tous, il s'y livrait plus par habitude que par goût. Il ajoutait que loin de craindre une mort subite, c'était celle qu'il choisirait. »

Le même historien dit ailleurs :

« Son médecin Chirac ayant voulu l'alarmer sur ces signes précurseurs d'une

LiV. 16. A. Fayard, éditeu

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1*^2 Ill-|( 111:1: hl l'\l \i- l;(»v \l,

apoplt'XU'. il vu acct'plu l.i inniact; avi'c ji»i«' et, loin il fii iIiIdiuiht 1i.'i;<iii|», il s'.iltui'hu (i(-s lors à la provoiiutT par un régiinu iu<Mii-trior. iOuiiuyé (riiiin exisltin-f* dont il avait ôpuist' riiilôrùt, ot convaincu par ses étudeH purticuliôroH qu'une liyilropisio di» poitrine «lovait t»n ùtro le terni») naturel, ce prince vit dans une mort foudroyante la dernièro faveur de la nature. »

Au l'alais-Uoyal tout le monde s'attcMidait à ce dénouement. Kn AriKlolerro on ouvrit dtis paris sur la date probable de sa mort.

Depuis plusieurs jours Chirac voulait le soif^ner. iMilin ;i \tisaille>^, le J décembre, il lui olijecta des allaires urgentes pour éciiappur à sa lancette, et nian- ^'ea beaucoup, connue do coutume, à diner et î\ souper.

\'ers sept heures du soir en entiant dans son cabinet, il apeirul la duchesse de IMjalaris el lui dit : « Entre/, donc; je suis bien aise de vous voir. » Il tenait à hl main la dédicaoe d'un livre que lauteur lui adressait de son lit de mort. C'était une Uisiu ire générale de la danse sacrée et profatie par Bonnet.

lui faisant asseoir près de lui sa maîtresse : — Vous m'égayerez par vos contes, lui dit-il, j'ai j,'rand mal à la tùb\

Us étaient assis, chacun dans un fauteuil, devant le feu ; il se laissa tomber de côté sur elle, il avait i)erdu connaissance et depuis il ne devait plus en recouvrer le moindre rayon.

. La Phalaris effrayée cria au secours de toute sa force et redoubla ses cris. Voyant que personne ne répondait, elle appuya, comme elle put ce pauvre prince sur les deux bras coutigus des deux fauteuils, courut dans le grand cabinet, dans la chambre, dans les antichambres, sans trouver qui (jue ce soit, enlin dans la cour et dans la galerie Basse. C'était sur l'heure du travail avec le roi que les gens de M. le duc d'Orléans étaient sûrs que personne ne venait chez lui, et qu'il n'avait ((ue faire d'eux.

« Enfin la Phalaris amena du monde, mais point de secours. Dans la foule qui accourut, il ne se trouva pas un seul homme de l'art et ce fut un laquais qui ouvrit inutilement les veines du cadavre.

* Dans le même moment survint M»'' de Sabranqui s'écria:

— Eh! mon Dieu! Qu'allez-vous faire? Il sort d'avec une gueuse.

Il n'y avait là personne de sa famille.

« M. le duc de Chartres, débauché alors fort gauche, était à Paris chez une tille de théâtre qu'il entretenait » i^Saint Simon.)

La nouvelle de cette mort fut accueillie du public par une explosion de vers satyriques et un débordement d'injures.

Une épitaphe latine disait:

« La débauche enlève Philippe el Louis est sauf, mais tji, Hulon, prends garde. »

Une autre des plus grossières:

Dans ce cercueil est eufermé Le plus jirand escroc de la France, 11 eut toujours un œil ferme Pour mieux viser notre finauce, Mais la mort qui ^ise plus droit I.,ui creva 1 œil qui lui restoit.

Et voici pour les riinéruillos

Hier j'ai pu voir, Dieu iner(:i!

Le spectacle qu'à nuit close, Saint-Cloud renvoyait ici Spectacle fort bien choisi.

Bien éclairé, bien servi.

Grand tintamarre de cloches, Maints bourgeois dans les ruisseaux.

Maints félons guettant les poches Maints pages, de leurs flambeaux, Frisant crins, brûlant (iliapeaux; Le guet, avec grande prudence.

Disant aux bavards : Silence!

Les officiers du défunt En crêpes et manteaux d'eraprunl ; Son corps suivi, comme l'arche, De jésuites gros et frais.

Cent pauvres allaient après; Mais si tous ceux qu'il a faits.

Étaient entrés dans la marche Huit jours n'auraient pas, je crois, Suffi pour voir le convoi.

Le public ignorait encore une particularité affreuse qu'a rai)portée le journal de Barbier, mais il ne tarda pas à la connaître.

« Circonstance épouvantable et particulière arrivée après la mort de ce prince! On l'a ouvert à l'ordinaire pour l'embaumer et pour mettre son coeur dans une boîte, pour la porter au Val-de-Grâce, comme on fait.

« Pendant cette ouverture il y avait dans la chambre un cliien danois du prince ; ce chien, sans que personne ait eu le temps de l'empêcher, s'est jeté sur son cœur et en a mangé les trois qua7'ts, ce qui marquerait une certaine malédiction, car un chien comme celui-là n'est jamais affamé et pareille chose n'est jamais arrivée. Ce fait a été caché, autant qu'on l'a pu, mais il est absolument vrai. »

DEUX il Mr i-\(rnF.

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